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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 16:38

Plutarque, Imhotep, Léonard N° 392

 

Voici trois personnages qui vécurent à des époques et dans des lieux très différents, mais qui ont pour point commun de pouvoir être considérés, dans leur contexte, comme des esprits « universels ».

 

Plutarque :

Il naquit vers l'an 46 à Chéronée, ville grecque de Béotie située presque à égale distance du sanctuaire de Delphes (à l'ouest) et de la ville de Thèbes (à l'est, ne pas confondre la Thèbes égyptienne et la Thèbes grecque). Ce site de Chéronée placé dans un endroit stratégique fut le témoin de nombreuses batailles dont en -447 (Athènes s'empara de Chéronée), en -338 (Philippe II de Macédoine, père d'Alexandre le Grand, vainqueur le 1er septembre d'une coalition dont Athènes, Thèbes...), -245 (bataille entre plusieurs ligues grecques) , -86 (le Romain Sylla vainqueur de Mithridate VI roi du Pont, ancien pays situé sur la partie asiatique de l'actuelle Turquie et qui doit son nom au fait que la Mer Noire était appelée Pont-Euxin dans l'antiquité) …

La bataille de -338 est la plus célèbre, elle permit à la Macédoine de dominer la Grèce. La cité de Thèbes fit élever un monument sur le site de la bataille en mémoire des Thébains morts au combat : un lion dressé sur un socle, le tout ayant 5,50 mètres de haut.

Plutarque fut historien autant que philosophe et prêtre d'Apollon à Delphes. Les Athéniens lui accordèrent la citoyenneté, puis Rome fit de même. Plutarque comme tous les lettrés grecs parlaient le latin pendant que les lettrés latins parlaient le grec, tout au moins à partir de la main-mise de Rome sur la Grèce, au second siècle avant Jésus-Christ.

Plutarque écrivit de nombreuses biographies qu'il publia deux par deux, mettant en parallèle un Grec et un Romain comme Alexandre et César, Démosthène et Cicéron, Pyrrhus et Marius, Thésée et Romulus, Aristide et Caton l'Ancien, Lycurgue et Numa...En tout, nous sont parvenues 44 biographies d'hommes célèbres de l'antiquité par 2 : 22 Grecs et 22 Romains, connues sous le titre de « Vies parallèles » plus 4 biographies isolées et parmi celles que l'on sait perdues : Scipion l'Africain. Ce travail immense sert encore de nos jours à tous ceux qui s'intéressent à l 'histoire antique.

Plutarque écrivit également 230 textes de nature philosophique dont 79 seulement nous sont parvenus. Ils sont rassemblés sous le titre « œuvres morales ».

Plutarque décéda vers l'an 125, probablement à Chéronée.

 

Imhotep :

Cet Égyptien vécut dans les années 2600 avant Jésus-Christ au temps de la troisième dynastie pharaonique. Il est connu comme vizir, architecte, médecin, philosophe….

Il est surtout resté célèbre pour avoir été l'architecte de la pyramide à degrés de Saqqarah (au sud-ouest du Caire), le monument en pierres le plus ancien conservé au monde. Cette pyramide fut construite pour servir de monument funéraire à Djoser (s'écrit aussi Djeser), premier pharaon de la troisième dynastie.

En 1862 fut découvert à Louxor, un papyrus de 20 mètres de long et de 30 centimètres de large qui est conservé en Allemagne à la bibliothèque universitaire de Leipzig et connu sous le nom de « papyrus Ebers », du nom d'un des propriétaires, qui assura la traduction du document et non du découvreur (Edwin Schmith). Il s'agit d'un traité médical rédigé au seizième siècle avant Jésus-Christ, relatif aux maladies et à leurs remèdes. Certains auteurs pensent qu'il s'agit de la transcription 10 siècles plus tard des connaissances d'Imhotep.

L'histoire de l'Egypte antique est connue par l'archéologie, par toutes les inscriptions sur les monuments, les papyrus...mais aussi par une histoire de l'Egypte rédigée en grec au troisième siècle avant Jésus-Christ par un prêtre égyptien nommé Manéthon. C'est à lui que l'on doit une liste de pharaons depuis les premières dynasties.

Le renom d'Imhotep ne fit que s'amplifier en Egypte au fil des siècles : plusieurs statuettes le représentent, son nom figure sur plusieurs inscriptions et un temple construit au début du second siècle avant Jésus-Christ, lui est même dédié à Philae, près du temple consacré à Isis.

 

Léonard de Vinci :

Les termes pour qualifier Léonard de Vinci (Leonardo da Vinci) sont très nombreux : peintre, sculpteur, architecte, ingénieur, anatomiste, musicien, poète, inventeur… Il est le type parfait de « l'esprit universel ».

*Il naquit le 15 avril 1452 à Anchiano, un hameau de la ville de Vinci, située en Toscane (à vol d'oiseau à 15 kms au sud de Pistoia et à 25 kms à l'ouest de Florence) ; ville qui a aujourd'hui dans les 15.000 habitants. Il mourut le 2 mai 1519 à Amboise (Indre-et-Loire). Il est inhumé dans la chapelle Saint Hubert du château royal d'Amboise.

*En 1469, Léonard devint l'élève, à Florence, d'Andrea del Verrochio (Florence 1435/Venise 1488 et qui, entre autres, réalisa, à partir de 1483, la statue équestre de Bartolomeo Colleoni, voir note N° 389)

*En 1482, Léonard est à la Cour du duc de Milan Ludovic Sforza surnommé Ludovic le More (1452/1508, fils de Blanche Marie Visconti. Il fut fait prisonnier le 10 avril 1500 par les Français et emmené prisonnier en France où il mourut). C'est durant ce séjour à Milan que Léonard peignit la Cène.

*A partir de 1500, Léonard passe successivement à Mantoue, Venise, Rome puis Florence

*En 1515, François 1er le fait venir en France et met à sa disposition le château de Clos Lucé à Amboise. Ce château bâtit sur un ancien site gallo-romain fut acheté en juillet 1490 par le roi de France Charles VIII qui y fit construire un oratoire pour son épouse la célèbre Anne de Bretagne. En 1515 c'est Louise de Savoie (mère de François 1er) qui acquiert ce château. Il fut classé aux monuments historiques en 1862.

*Outre le château de Clos Lucé, Amboise possède 2 autres châteaux :

-le château royal qui surplombe la Loire et appartint durant 4 siècles à la famille d'Amboise avant d'être confisqué en 1434 au profit de la couronne de France (il fut classé aux Monuments historiques en 1840)

-le château Gaillard, qui comme le Clos Lucé se trouve au bord de la rivière l'Amasse qui se jette dans la Loire. Le château Gaillard fut construit en 1496, il fut classé en 1963 et n'est ouvert au public que depuis 2014. Les 3 châteaux sont proches et selon certains auteurs un souterrain joignait le château royal et le Clos Lucé et permettait à François 1er de rendre visite discrètement à Léonard de Vinci.

*Les œuvres de Léonard de Vinci sont très nombreuses ; parmi les plus célèbres : la Joconde (tableau réalisé dans les années 1503/1506, au musée du Louvre), la Cène à Milan et « l'homme de Vitruve » (du nom d'un architecte romain du premier siècle avant Jésus-Christ).

Plusieurs musées lui rendent hommage ou sont consacrés à ses « découvertes », comme à Vinci (dans le château des comtes Guidi), à Milan (Museo della Scienza e della Tecnologia Leonardo da Vinci), à Martigny (fondation Gianadda)….

 

Illustrations : on trouvera en illustrations 3 vues de Vinci, photos Michèle Delisle juin 1999.

J.D. 24 septembre 2017

 

Vinci en juin 1999, photos Michèle Delisle
Vinci en juin 1999, photos Michèle Delisle
Vinci en juin 1999, photos Michèle Delisle

Vinci en juin 1999, photos Michèle Delisle

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 17:32

Bergame monuments N°391

 

Complément à la note N°389

 

La ville de Bergame est vraiment divisée en deux parties : la ville haute (città alta) et la ville basse (città bassa), séparées non seulement par une différence d'altitude mais fondées à plus de 2.000 ans d'intervalle. Les deux parties sont reliées par un funiculaire de 240 mètres de long avec une pente forte (52%). Le funiculaire part de la ville basse Via Vittorio Emanuele III (roi d'Italie de 1900 à son abdication le 9 mai 1946) pour aboutir dans la ville haute Piazza Mercato delle Scarpe (place du marché aux chaussures) dans une bâtisse qui fut autrefois la maison de la corporation des cordonniers.

 

I-La ville haute : Celle-ci est ceinturée par une muraille construite au temps de l'occupation vénitienne (voir note 389). Ces remparts sont encore intacts comme ceux de Ferrare (Ferrara en Emilie-Romagne), de Lucques (Lucca en Toscane) et de Grosetto (en Toscane).

Ils comportent 4 portes : La porta San Alessandro au nord-ouest qui donne dans la direction du lac de Côme, la porta San Lorenzo au nord en direction de San Pellegrino, la porta San Agostino à l'est vers Brescia, Verone et Venise et la porta San Giacomo au sud qui mène vers Milan.

*Le palazzo della Ragione (palais de la raison) fut construit entre 1183 et 1198. Il est considéré comme le plus ancien palais communal d'Italie. Au début, la justice y fut rendue, d'où son nom. Il sépare deux places (piazza Vecchia et piazza del Duomo) qui concentrent l'essentiel des monuments de la ville haute. Sur le fronton du palazzo della Ragione figurait le lion de Venise que les Français détruisirent lors de l'invasion de 1796, et qui fut restauré en 1933. Sous les arcades de ce palais, un cadran solaire au sol date du XVIIIe siècle avec une restauration de 1857.

 

*la piazza Vecchia : au centre de cette place, se trouve une très belle fontaine ornée de sphinx. Elle fut offerte à Bergame en 1680 par Alvise Contarini qui fut le huitième et dernier membre de la famille Contarini a devenir doge de Venise et qui le fut de 1676 à sa mort le 15 janvier 1684.

Autour de cette place, on trouve :

-le « Palazzo Nuovo », œuvre de l'architecte Vincenzo Scamozzi (1548/1616), ce qui vaut à ce bâtiment d'être aussi appelé « palazzo Scamozziano ». Il servit de mairie jusqu'en 1873 et fut transformé en 1928, en bibliothèque appelée « Angelo Mai », du nom d'un cardinal et théologien (1782/1854). La bibliothèque qui compte plus de 700.000 volumes a été constituée à l'origine par un don en 1768 d'un cardinal nommé Alessandro Giuseppe Furietti.

-la Tour Civique (torre civica ), de 52 mètres de haut construite au douzième siècle avec une horloge du quinzième. Du sommet de cette tour on domine les deux places (piazza Vecchia et piazza del Duomo). Une grosse cloche fut ajoutée en 1656, elle donna son surnom à la tour : Campanone (grosse cloche). Tous les jours à 22 heures et depuis 361 années, elle sonne 100 coups : autrefois, pour annoncer la fermeture des 4 portes de la ville, et dans les temps plus récents pour en rappeler le souvenir.

 

*la piazza del Duomo : Cette place est encadrée par le baptistère, la cathédrale (duomo), l'église Santa Maria Maggiore, le mausolée à Colleoni (Cappela Colleoni) et le palazzo della Ragione.

-le baptistère : ce bâtiment octogonal se trouve sur la partie ouest de la place. Œuvre de Giovanni da Campione (1320/1375). Ce sculpteur né en Lombardie travailla à Bergame pour le baptistère et pour la basilique Santa Maria Maggiore. Le baptistère fut d'abord construit en 1340 à l'intérieur de la basilique Santa Maria Maggiore (au fond de la nef) où il resta jusqu'en 1661. Il fut démonté et déplacé 2 fois avant de se retrouver à son emplacement actuel en 1898/1899. L'intérieur comporte des bas-reliefs qui représentent la vie de Jésus. L'autel est surmonté d'une statue de saint Jean-Baptiste (ce qui est logique pour un...baptistère). A l'extérieur, la partie médiane est en marbre rouge de Vérone, ornée de statues féminines représentant les vertus, ce qui est à souligner car le beau-sexe est souvent associé aux catastrophes genre ouragan Sandy, Elena, Audrey, Katrina ou Irma.... Au sommet du baptistère un ange ou un archange selon interprétation.

 

-la basilique Sainte Marie Majeure (au sud de la place) : Celle-ci fut construite à partir de 1157 à l'emplacement d'une église du VIIIe siècle déjà dédiée à Marie et elle-même construite sur un ancien temple dédié à Clementia (dieu romain de la clémence).

A partir de 1353, Giovanni da Campione fit ajouter deux porches, l'un côté nord (piazza del duomo) dont les colonnes reposent sur deux lions de marbre rose (ou rouge selon les versions) provenant de Verone, et l'autre, côté sud (il donne sur la Piazza Rosate) dont les deux lions qui supportent les colonnes sont de marbre blanc du Val d'Ossola (au nord-ouest de la Lombardie, à la frontière suisse).

La basilique renferme :

-66 tapisseries flamandes et florentines des seizième/dix-septième siècles, dont neuf seulement sont exposées à l'intérieur sur les murs des bas-côtés

-le tombeau de Gaetano Donizetti (peintre italien né à Bergame en 1797 et décédé dans la même ville en 1848). Dans la ville haute, un musée (museo Donizettiano) lui est consacré dans un palais des XVe/XVIe siècles.

-des panneaux de marqueterie du seizième siècle, ayant pour thème l'ancien testament ornent la balustrade du chœur. Ils ont été réalisés d'après des dessins de Lorenzo Lotto (peintre né à Venise en 1480 et décédé à Lorette -Loreto- dans la province d'Ancône en 1556). Protégés, ces panneaux ne sont pas toujours visibles par le public.

-à l'extérieur, côté nord, deux barres de 0,531 et 2,63 mètres représentent la longueur des anciennes mesures en vigueur à Bergame et servaient de contrôle aux commerçants.

 

-la chapelle Colleoni (capella Colleoni) : celle-ci fut construite entre 1472 et 1476 sous la direction de Giovanni Antonio Amadeo (architecte et sculpteur lombard 1447/1522) pour servir de mausolée à Bartolomeo Colleoni (décédé le 2 novembre 1475) et à sa fille Medea décédée le 6 mars 1470. Voir fiche 389.

Elle fut construite à l'emplacement de l'ancienne sacristie de la basilique Sainte Marie Majeure (sacristie détruite par les soldats du condottière sans l'accord du clergé!), donc complètement accolée à celle-ci côté des lions roses.

Cette chapelle est surtout réputée :

-pour sa façade en marbre, avec une rosace encadrée par les bustes de Jules César (-102/-44) et de Trajan (53/117),

-pour les fresques de la coupole, œuvre de 1732/1733 de Giambattista Tiepolo (peintre et graveur 1696/1770),

-pour la statue équestre de Colleoni qui domine son tombeau. On trouvera en illustration le blason de Colleoni représenté à plusieurs reprises dans la chapelle. Je laisse au lecteur le soin d'interpréter !

 

-la cathédrale : Sur son emplacement, il y eut d'abord, au cinquième siècle, une cathédrale dédiée à Saint Vincent, à l'emplacement de constructions romaines qui furent en partie découvertes, lors de fouilles, à partir de 2004 et qui ont permis l'ouverture d'un musée de la cathédrale en 2012. C'est à l'occasion d'une rénovation en 1459 que l'édifice fut dédiée à Saint Alexandre, saint patron de la ville de Bergame.

Cet Alexandre était un soldat romain de la légion thébaine qui s'était convertie au catholicisme. La plupart des membres de cette légion furent exécutés, à la fin des années 280, à Agaune en Suisse (aujourd'hui Saint Maurice en Valais). Alexandre avait échappé au massacre, il fut repris et décapité à Bergame le 26 août 303. Une colonne proche de la cathédrale fut érigée à l'emplacement de son exécution.

L'intérieur de la cathédrale contient des tableaux de peintres réputés dont Tiepolo. La coupole a été ajoutée en 1853.

Bergame possède un séminaire (Saint Pierre) où le futur pape Jean XXIII fut séminariste de 1892 à 1900.

 

*autres monuments de la ville haute : il s'agit principalement de la citadelle (cittadella) située dans la partie ouest de la ville haute. Construite à partir de 1355, elle abrite aujourd'hui un musée archéologique et un musée des sciences naturelles.

En montant vers le château de San Vigilio, on peut aussi visiter le jardin botanique Lorenzo Rota.

 

II-la ville basse : Elle a pris le pas sur la ville haute en termes d'activités administratives et commerciales. Au niveau touristique, il faut surtout voir « l'Accademia Carrara » fondée dans les années 1790 par le comte Giacomo Carrara et qui est réputée comme un des plus importants musées de peintures d'Italie. Elle est située dans un palais construit en 1810, qui a ouvert à nouveau en avril 2015 après 7 années de rénovation.

 

Illustrations : on trouvera en illustration :

-le blason de Bartolomeo Colleoni

-un des lions roses de Sainte Marie Majeure

-une des 4 portes d'entrée de la ville haute (San Giacomo)

emprunts au net.

J.D. 16 septembre 2017

la porte San Giacomo, un lion rose, le blason de Bartolomeo Colleoni
la porte San Giacomo, un lion rose, le blason de Bartolomeo Colleoni
la porte San Giacomo, un lion rose, le blason de Bartolomeo Colleoni

la porte San Giacomo, un lion rose, le blason de Bartolomeo Colleoni

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 16:56

Caravaggio N°390

 

Caravaggio est le nom d'une ville lombarde d'environ 16.000 habitants située dans la province de Bergame à 25 kms au sud de Bergame et à une quarantaine de kms à l'est de Milan. Cette ville est réputée pour avoir donné son nom à un peintre célèbre, pour être la ville natale d'un autre peintre et pour son sanctuaire Santa Maria del Fonte.

 

I-Le Caravage : Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Il Caravaggio ou Le Caravage ou simplement Caravage en français, naquit en fait à Milan le 29 septembre 1571, d'une famille originaire de Caravaggio. Son père participa à la construction de la cathédrale de Milan, construction commencée en 1386 et qui ne sera terminée qu'au début du dix-neuvième siècle sous Napoléon. En outre ses parents se réfugièrent à Caravaggio lors de la peste de Milan commencée en 1576. Le Caravage lui-même séjournera à Caravaggio de 1589 à 1592.

En avril 1584, il fut mis en apprentissage à Milan chez un peintre nommé Simone Peterzano. Très vite, l'élève dépassa le maître et devint même rapidement célèbre. Il figure parmi les grands peintres et a donné son nom à un courant appelé « Caravagisme » dont voici la définition selon Larousse :

« courant pictural issu de l’œuvre du Caravage caractérisée par le réalisme des représentations et la vigueur des contrastes d'ombre et de lumière ».

Après son séjour à Caravaggio il partit pour Rome en 1592 et reçut l'appui du cardinal Francesco del Monte. Il réalisa des œuvres principalement pour les églises Saint Louis des Français et Sainte Marie du Peuple.

Si il fut un grand peintre, il mena une vie de « mauvais garçon » et tua même en 1606 un homme nommé Ramuccio Tomassoni, au cours d'une bagarre.

Obligé de fuir Rome après ce meurtre, il se retrouva à Malte début 1607, puis à Naples, enfin en Sicile en 1608 tout en continuant à peindre.

Pensant avoir obtenu le pardon du pape pour ce meurtre, il voulut regagner Rome. Il débarqua à Porto Ercole, sur la côte (presqu'île de Monte Argentario) à 150 kms environ au nord de Rome. Atteint de paludisme, il mourut le 18 juillet 1610 à l'hôpital Sainte Marie Auxiliatrice de Porto Ercole. Il avait 38 ans.

Que sa vie ne fut pas un modèle de vertu n'empêcha pas la banque d'Italie d'imprimer entre 1990 et 1997 des billets de 100.000 lires à l'effigie du Caravage et la poste italienne d'émettre des timbres consacrés au Caravage en 1960 et 1973.

 

II-Luigi Cavenaghi : il naquit à Caravaggio le 8 août 1844 et mourut à Milan le 7 décembre 1918. Il fut à la fois peintre et restaurateur.

Installé à Milan, on retrouve ses œuvres comme peintre dans des églises de Milan, au sanctuaire de Caravaggio ainsi que dans l'église Sainte Marie de Gallarate (province de Varèse en Lombardie).

Comme restaurateur, il est surtout célèbre pour la restauration entre 1901 et 1908 de « La Cène » de Léonard de Vinci, œuvre réalisée entre 1495 et 1498 dans le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan.

 

III-Sanctuaire : Le 26 mai 1432, à Caravaggio, vers les cinq heures du soir, la Vierge Marie est censée être apparue à une italienne de 32 ans nommée Giovanetta di Pietro Vacchi, fille de paysan, mariée à un mari décrit comme brutal.

La Vierge lui demanda de prier pour la paix dans sa famille, entre les États ainsi qu'entre l’Église d'Occident et celle d'Orient. Une fontaine, qui existe toujours, est réputée avoir surgi en même temps que l'apparition, d'où le nom du sanctuaire.

Sept années plus tard au concile de Florence, le 6 juillet 1439, les Églises catholique et orthodoxe décidaient leur réunification. Voir fiche N°285 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/05/felix-V-le-pape-aux-3000-bulles-n-285.html

Il n'y eut pas de suite à ce projet de réunification, mais à l'époque cela fut mis en relation avec l'apparition de Caravaggio.

C'est à la demande de Charles Borromée (1538/1584) qui fut nommé archevêque de Milan en 1564, que commença en 1575, à l'emplacement de l'apparition, la construction d'un sanctuaire, sur les plans de l'architecte Pellegrino Tibaldi dit le Pellegrini. Voir illustration. L'actuel bâtiment a remplacé une chapelle beaucoup plus modeste que l'évêque de Crémone avait fait construire au siècle précédent.

Depuis, le sanctuaire Santa Maria del Fonte de Caravaggio est en Italie un important centre de pèlerinages. Le Pape Jean-Paul II a visité ce sanctuaire le 19 juin 1992.

Des églises dédiées à Notre-Dame de Caravaggio ont également été construites au Brésil et en Croatie.

J.D. 10 septembre 2017

 

le sanctuaire de Caravaggio

le sanctuaire de Caravaggio

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 16:08

Bergame histoire N°389

 

*Bergame (Bergamo) est une ville italienne de Lombardie située sur l'axe Turin/Milan/Venise; à 35 kms environ au nord-est de Milan. La ville compte dans les 120.000 habitants, nombre à multiplier par 4 pour l'ensemble de l'aire urbaine de Bergame.

La ville est encadrée à l'Ouest par la rivière Adda qui sort du lac de Lecco (branche Est du lac de Côme) avant de rejoindre le Pô ; et par l'Oglio à l'Est qui sort du lac Iseo avant, aussi, de se jeter dans le Pô. Cela signifie aussi que Bergame se trouve au centre des grands lacs d'Italie du Nord, avec le lac Majeur et le lac de Côme à l'Ouest et les lacs de Garde et d'Iseo à l'Est.

*La ville fut fondée vers l'an 1200 avant Jésus-Christ par une tribu de Ligures qui l'appelèrent Barra. Les Ligures, qualifiés de peuple « italo-celtique », qui ont donné leur nom à la Ligurie, comme les Lombards à la Lombardie ou les Burgondes à la Bourgogne, s'étaient développés dans le sud-est de la France et l'Italie du Nord. Ils installèrent la ville sur une colline située au débouché des vallées formées par les rivières Brembo et Sério, toutes deux affluents de l'Adda.

*En l'an -550, des Gaulois Cenomanes s'emparent de la ville et l'appellent Berghem.

Les Cenomanes originaire de la région du Mans (en France) avaient une branche qui avait émigré en Italie du Nord.

*En -428, la ville est détruite par des Gaulois Senonis (originaires de la région de Sens dans l'Yonne)

*De -239 à -173 : guerre des Ligures contre les Romains. En -196 les Romains s'emparent de Bergame et lui donnent le nom de «Bergomum ». La ville suit alors le destin de Rome.

*En 402, destruction de la ville par les Wisigoths

*En 450, destruction de la ville par Attila et les Huns

*En 569, les Lombards s'emparent de la ville et règnent sur la Lombardie jusqu'en 774, date de la victoire de Charlemagne sur les Lombards. De cette période lombarde signalons la reine Théodelinde de Bavière née vers l'an 573, petite fille d'un roi lombard par sa mère, épouse de 2 rois lombards successifs, qui fut à l'origine de la conversion des Lombards au christianisme, qui fit construire l'église Saint Jean Baptiste de Monza (aujourd'hui dans la banlieue nord de Milan) et assura, jusqu'à son décès le 22 janvier 627, la régence durant la minorité de son fils. Elle fut inhumée dans l'église de Monza. C'est à l'emplacement de cette église que fut construite au XIIIe siècle l'actuelle cathédrale Saint Jean Baptiste de Monza. De l'église de Théodelinde, il reste la « chapelle de la reine Théodelinde » avec des fresques consacrées à sa vie. C'est dans cette même chapelle qu'est conservée la « couronne de fer des rois lombards ». C'est Théodelinde qui aurait fait fabriquer cette couronne à l'occasion du sacre à Milan, en mai 591, comme roi des Lombards, de son second mari (Agilulf, qu'elle avait épousé en novembre 590). Elle servit ensuite pour le sacre des autres rois lombards puis pour Charlemagne, Charles Quint et Napoléon comme roi d'Italie.

*Après la période carolingienne, la ville tomba sous la coupe des comtes Ghisalbertini qui furent chassés en 1168. Deux familles rivales : les Suardi et les Colleoni se combattirent pour le contrôle de la ville. La famille Colleoni est beaucoup mieux connue compte-tenu de la célébrité du condottière Bartolomeo Colleoni né près de Bergame vers 1395, qui mit ses compétences militaires au service de la République de Venise en 1431 puis rejoignit les Visconti de Milan en 1441 en guerre contre Venise avant de revenir au service de Venise en 1448. Mort le 3 novembre 1475, il légua sa fortune à la Sérénissime qui, en reconnaissance lui fit élever une statue équestre sur le campo Santi Giovanni e Paolo (dans le quartier du Castello). Voir illustration. A Bergame même, la « Cappella Colleoni » située dans la ville haute, est le mausolée de Bartoloméo.

*A la fin du douzième siècle, la ville commença à s'étendre dans la partie basse.

*en 1332, elle tombe au pouvoir de Milan

*en 1428, ce sont les Vénitiens qui en deviennent maîtres et conservent la ville jusqu'à l'invasion des troupes françaises en 1796. En 1561, les Vénitiens lancent la construction des remparts de la ville haute. Ces remparts longs de 5 kms sont percés de 4 portes.

*seizième siècle : création à Bergame de la « commedia dell'arte ».

*en 1797 la ville est intégrée à la « République Cisalpine » puis au royaume d'Italie créé par Napoléon en 1805.

*En 1814, les Autrichiens s'emparent de la ville qui sera libérée de l'occupation autrichienne par Garibaldi le 8 juin 1859. Bergame rejoint alors le royaume de Sardaigne avant qu'il ne devienne le royaume d'Italie le 17 mars 1861.

*180 habitants de la ville de Bergame font partie, en 1860, de l'expédition des Mille de Garibaldi pour libérer la Sicile et le sud de l'Italie. Bergame en reçoit le surnom de « Citta dei Mille ».

*En 1872, le siège de la commune est transféré de la ville haute à la ville basse.

*En 1887 création du funiculaire qui joint la ville haute et la ville basse. La ville basse est à 249 mètres d'altitude et la ville haute à 365 mètres. En 1912, un autre tronçon de funiculaire joint la ville haute au château de San Vigilio. Ce château situé à 496 mètres d'altitude domine la ville haute et en assurait la protection. Construit au douzième siècle, la municipalité de Bergame en a racheté les ruines en 1958. Situé au point le plus élevé de Bergame, son site permet une vue exceptionnelle sur le panorama.

 

Intérêt touristique : outre le fait que Bergame soit située au centre d'une multitude de sites réputés : les lacs, Milan, la chartreuse de Pavie, Verone, Venise….la ville par elle-même renferme nombre de musées, d'églises de monuments de grand intérêt non seulement dans la ville haute mais aussi dans la ville basse.

 

Illustrations : on trouvera en illustrations : la représentation de la reine Théodelinde, de Bartolomeo Colleoni à Venise, ainsi que l'inscription sur la participation à l'expédition de Garibaldi ; emprunts au net.

J.D. 8 septembre 2017

 

 

Bergame histoire N°389
Bergame histoire N°389
Bergame histoire N°389
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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 18:44

Le Maure qui trompe N° 388

 

En recherchant les inscriptions relatives à Charles le Téméraire à Nancy, j'ai retrouvé la photo que j'avais faite, le 29 mai 2015, d'une plaque de rue dédiée au « Maure-qui-Trompe ».

Compte-tenu de l'usage habituel du verbe « tromper », beaucoup de touristes doivent être trompés par cette plaque et même des passants car il n'est pas certain que tous les habitants de Nancy connaissent l'histoire de leur ville.

Il s'agit en fait d'un Maure soufflant dans une trompe, avec 2 versions : soit un Maure soufflant dans une trompette figurait sur l'enseigne d'une hôtellerie dans cette rue, soit un Maure était chargé de surveiller, depuis une tour de vigie les arrivées suspectes et de souffler dans une trompe pour alerter la population en cas de danger.

La rue du Maure qui Trompe est une des plus vieilles rues de Nancy. Elle communique à l'une de ses extrémités avec la Grande Rue où fut déposé le corps de Charles-le-Téméraire, voir note précédente.

Ce nom est attesté dès le douzième siècle avec une interruption de la Révolution jusqu'en 1830.

Elle fut aussi une rue très importante puisque y fut fondé en 1335 le premier hôpital de la ville puis le premier Hôtel de ville en 1664 ainsi que la Grande école en 1576. Cette rue fut également célèbre au XIXe siècle pour sa maison close (fermée après la promulgation de la loi  "Marthe Richard" en avril 1946). Lorsque fut construite l'église Saint Epvre (de 1864 à 1874, en remplacement d'une église beaucoup plus ancienne, qui avait elle-même fait suite à une chapelle en 1145), une gargouille en forme de buste féminin les seins nus et se bouchant les oreilles, regardait (et regarde toujours) en direction de cette maison.

La ville de Nancy a été fondée à partir de l'an 1069 par Gérard 1er duc de Lorraine.

 

Le Duché de Lorraine :

*Au traité de Verdun en l'an 843, les petits-fils de Charlemagne se sont partagés son empire, en créant une « Francie orientale » (l'espace germanique), une « Francie occidentale » (l'espace francophone) et un espace intermédiaire allant de la Mer du Nord à l'Italie, sorte d'espace tampon entre les 2 précédents et appelé « Lotharingie » parce qu'attribué à Lothaire.

*Mais cette Lotharingie fut l'objet de partages à plusieurs reprises : en l'an 925 un Duché y fut créé, inféodé à l'espace germanique, puis une nouvelle division en l'an 959 entraîna la création de la Haute Lotharingie et de la Basse Lotharingie.

*La Haute Lotharingie est devenue le duché de Lorraine en 1067, avec Metz comme première capitale, duché encore inféodé au Saint Empire romain germanique et qui ne deviendra un État souverain qu'en 1542 sur décision de Charles Quint. Cette dépendance à l'Europe germanique explique les nombreuses invasions françaises (avec des occupations de 1634 à 1661, de 1670 à 1697...), qui s'ajoutèrent aux rivalités entre les villes ou avec les Duchés ou Comtés voisins.

*C'est au XIIIe siècle que la capitale du Duché de Lorraine fut transférée à Nancy.

*C'est en 1354 que l'empereur germanique Charles IV érigea le Comté de Bar (il s'agit de Bar-le-Duc) en Duché.

*C'est en 1480 que le Duché de Bar fut intégré au Duché de Lorraine.

*C'est en 1552 que la France occupa militairement les « Trois Évêchés » (Metz, Toul, Verdun). Le traité de Westphalie le 24 octobre 1648, nous en confirmera officiellement la possession.

*En 1596, le duc de Lorraine Charles III (devenu duc à l'âge de 2 ans jusqu'à sa mort à 65 ans) lance une importante extension à la ville de Nancy.

*Charles V duc de Lorraine et de Bar participa à la libération de Vienne assiégée par les musulmans le 12 septembre 1683 puis, en 1686, à la libération de Budapest occupée par les musulmans depuis 1541.

*Soutenu par Charles XII roi de Suède, Stanislas Leszczynski est élu roi de Pologne le 12 juillet 1704

*Le 8 juillet 1709, victoire des troupes russes du tsar Pierre Ier sur les troupes suédoises de Charles XII à Poltava en Ukraine. Stanislas dut fuir et les Russes imposèrent un nouveau roi de Pologne (Auguste II). Stanislas se réfugia en Turquie puis en Lorraine et en France.

*15 août 1725, en la cathédrale de Strasbourg, Louis XV épousa Marie Leszczynska fille de Stanislas

*1er février 1733 : mort d'Auguste II roi de Pologne

*8 septembre 1733 Stanislas Leszczynski fut de retour en Pologne où la Diète polonaise le reconnut comme roi de Pologne dès le 12 septembre.

*22 septembre 1733, les troupes russes envahirent la Pologne, ce qui déclencha la guerre « de succession de Pologne » de 1733 à 1738, dans laquelle France, Espagne, Sardaigne, Bavière s'opposèrent à la Russie, l'Autriche et le Saint Empire.

*18 novembre 1738 : le traité de Vienne mit fin à la guerre et attribua le Duché de Bar et de Lorraine à Stanislas Leszczynski contre son abandon de la Pologne. En compensation, François III duc de Lorraine reçut le Duché de Toscane dont il devint le duc François II. En 1736 il épousa Marie-Thérèse d'Autriche (voir note N°381http://jean.delisle.over-blog.com/2017/08/les-trois-cotillons-n-381.html) et en 1745 il devint empereur du Saint Empire sous le nom de François 1er (il aura ainsi été successivement François III de Lorraine, François II de Toscane, puis François 1er du Saint Empire : le coup du père François!).

L'Infant d'Espagne (don Carlo) obtint lui, la Sicile et Naples qui devinrent le « royaume des Deux-Siciles ». (voir note N°385 http://jean.delisle.over-blog.com/2017/08/l-expedition-des-mille-n-385.html).

*Stanislas régna comme duc de Lorraine et de Bar, sous le contrôle de la France, jusqu'à sa mort le 23 février 1766 (on peut voir son tombeau dans l'église Notre-Dame de Bonsecours à Nancy).

*Il s'attacha à la ville de Nancy et fut à l'origine de la création de la Bibliothèque royale de Nancy, de la Société Royale des Sciences et Belles-Lettres (devenue Académie de Nancy), de la place Stanislas…Cette place permit la liaison entre la vieille ville et l'extension voulue par le duc Charles III.

Il a sa statue qui trône au centre de la place Stanislas avec cette dédicace : « A Stanislas le Bienfaisant La Lorraine reconnaissante 1831 »

*A sa mort, la France récupéra son territoire et ainsi prit fin l'histoire du Duché de Lorraine et de Bar.

 

Les Maures :

*Dans l'antiquité, le domaine des Berbères était appelé « Maurétanie ». Il correspondit d'abord à l'actuel Maroc avec Volubilis pour principale ville. Puis au temps de l'occupation romaine, la Maurétanie s'étendit à une partie de l'actuelle Algérie et les habitants furent appelés les « Maures ».

*Mahomet avait passé les 10 dernières années de sa vie (la période de Médine de 622 à 632) à des conquêtes militaires. A sa mort (le 7 juin de l'an 632) ses successeurs poursuivirent les conquêtes. Dès le septième siècle, ils s'emparèrent de l'Afrique du Nord. C'est en l'an 711 qu'ils franchirent le détroit de Gibraltar et commencèrent la conquête de l'Europe. Ils furent arrêtés dans la région de Poitiers en octobre 732. Mais venus de la « Maurétanie », au Moyen-Age, par généralisation, il fut des époques où tous les musulmans furent appelés des « Maures ».

J.D. 1er septembre 2017

 

gargouille de l'église Saint Epvre (photo Guillaume Jacob) et plaque de rue, photo J.D.
gargouille de l'église Saint Epvre (photo Guillaume Jacob) et plaque de rue, photo J.D.

gargouille de l'église Saint Epvre (photo Guillaume Jacob) et plaque de rue, photo J.D.

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 16:06

L’État bourguignon N° 387

 

On appelle « État bourguignon » (on trouve aussi la forme États bourguignons) un État constitué du quatorzième siècle au seizième, qui fut une puissance importante en Europe et que se disputèrent le royaume de France et le Saint Empire romain germanique. Cet « État » eut la dimension d'un État, l'armée et la puissance d'un État mais ne dépassa pas le titre de Duché contrairement à la Savoie, par exemple, qui de Comté en 1032, devint Duché en 1416 et royaume en 1713.

Histoire :

-Les Burgondes (qui ont donné leur nom à la Bourgogne), peuple d'origine germanique, installèrent un premier royaume de Bourgogne dans l'est de la France à partir de l'an 443. Ce royaume fut annexé par les rois Mérovingiens (les 4 fils de Clovis) en l'an 534.

-un second royaume de Bourgogne vit le jour en l'an 561, il fut récupéré par Charlemagne en 771

-un troisième royaume de Bourgogne se constitua en l'an 879, mais il se morcela au fil du temps et de ce dernier royaume émergea un Duché de Bourgogne.

-La mention « Duché de Bourgogne » apparaît pour la première fois en l'an 918. Mais en même temps s'était constitué à l'est de ce Duché un « Comté de Bourgogne » sous influence germanique.

-A la mort, sans descendance, du duc de Bourgogne Philippe de Rouvres le 21 novembre 1361, la Cour de France mit la main sur le duché de Bourgogne :

*Jean le Bon roi de France prit dès le 23 décembre 1361 le titre de Duc de Bourgogne. Ce roi était le fils de Philippe VI roi de France et de Jeanne de Bourgogne fille du duc de Bourgogne Robert II et petite fille par sa mère de Louis IX (Saint Louis) roi de France. Jean le Bon était donc l'oncle du dernier duc défunt.

On était en plein durant la guerre de Cent Ans. Jean le Bon avait été vaincu par les Anglais à la bataille de Poitiers le 19 septembre 1356 et emmené prisonnier en Angleterre dont il était revenu contre une très forte rançon et des abandons de territoire aux Anglais. A cette bataille, son fils Philippe l'accompagnait et nous avons tous appris dans les manuels scolaires qu'il disait à son père : « père gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche ». Né le 17 janvier 1342, il n'avait que 14 années lors de cette bataille de Poitiers.

Jean le Bon céda à son fils le titre de Duc de Bourgogne en septembre 1363.

*Philippe qui avait été surnommé « Philippe le Hardi » épousa le 19 juin 1369, en Belgique (à Gand) Marguerite III de Flandre. Ce mariage permit au Duché de Bourgogne de s'agrandir de ce qui constitue aujourd'hui : la Belgique, les Pays-Bas, et même une partie du nord de la France, ainsi que le comté de Bourgogne.

Philippe participa à la guerre de Cent Ans aux côtés de la France.

*A la mort de Philippe le Hardi le 27 avril 1404, c'est son fils Jean sans Peur (à ne pas confondre avec Jean sans Terre 1166/1216 qui fut roi d'Angleterre à la suite de son frère : Richard Cœur de Lion), né à Dijon le 28 mai 1371, qui devint duc de Bourgogne sous le nom de Jean 1er de Bourgogne. Son père l'avait envoyé guerroyer contre les Turcs, sous les ordres du roi de Hongrie. Il fut vaincu et fait prisonnier le 25 septembre 1396 à la bataille de Nicopolis (sur la rive droite du Danube dans l'actuelle Bulgarie). Philippe le Hardi dut payer une forte rançon pour libérer son fils. Malgré sa défaite il fut accueilli en héros à son retour en Bourgogne et surnommé Jean sans Peur.

Le roi de France Charles VI perdant la raison à partir de 1393, un conseil de régence fut mis en place; parmi les régents : Louis de France frère de Charles VI et Jean sans Peur. Les deux hommes ne s'entendaient pas. Jean sans Peur fit assassiner Louis de France le 23 novembre 1407, à Paris rue Vieille-du-Temple (à cheval sur les actuels troisième et quatrième arrondissements). Ce Louis de France, frère du roi, né le 13 mars 1372 avait épousé en 1389 Valentine Visconti fille de Galéas Visconti seigneur de Milan et petite fille de Jean le Bon roi de France par sa mère Isabelle de France.

*L'assassinat de Louis de France fut la cause de la guerre entre Bourguignons et Armagnacs : une guerre qui dura de 1407 à 1435 et qui fut une guerre entre Français à l'intérieur de la guerre de Cent Ans (1337/1453).

L'Armagnac était un comté situé dans l'actuel département du Gers. Charles d'Orléans, fils de Louis de France épousa la fille du comte d'Armagnac Bernard VII. C'est à l'occasion de cette noce que se forma une ligue anti-bourguignonne qui fut connue sous le nom de « parti d'Armagnac ».

*En seconde conséquence, les Bourguignons qui soutenaient la France contre l'Angleterre changèrent de camp à partir de 1413 (et jusqu'en 1435). Ce sont les Bourguignons qui s'emparèrent de Jeanne d'Arc à Compiègne le 23 mai 1430 et la vendirent aux Anglais pour 10.000 livres tournois (ancienne monnaie française d'abord frappée à Tours et qui eut cours du XIIIe siècle jusqu'à la création du franc en 1795).

*Pour sa part, Jean sans Peur fut lui aussi assassiné le 10 septembre 1419 sur ordre du Dauphin (futur Charles VII) lors d'une entrevue sur le pont de Montereau (il s'agit de Montereau-Fault-Yonne dans la Seine-et-Marne).

*Le fils de Jean sans Peur lui succéda comme duc de Bourgogne sous le nom de Philippe III et régna de 1419 à 1467. Né en 1396 à Dijon, il avait épousé, en premières noces, Michelle de France (fille de Charles VI) en juin 1409.

Durant son règne, il rejoignit l'alliance française en 1435 et ce jusqu'à la fin de la guerre de Cent Ans, il ajouta en 1443 le Luxembourg aux possessions nordiques de l’État de Bourgogne. Le 10 janvier 1430, à Bruges et à l'occasion de son remariage, il avait créé l'ordre de la Toison d'Or. Le 17 février 1454 à Lille, il avait fait vœu de libérer Constantinople qui avait été prise par les Ottomans le 29 mai 1453. Ce vœu fut sans suite.

A la mort de Philippe III, lui succéda son fils Charles né à Dijon le 10 ou 11 novembre 1433 d'Isabelle de Portugal, la troisième épouse de Philippe III. L'histoire attribue à Philippe III une trentaine de bâtards de ses nombreuses maîtresses.

*Charles qui fut surnommé « Charles le Téméraire » avait de l'ambition pour son État qu'il voulait agrandir, en faire un royaume autonome des puissances voisines, spécialement de la France et surtout l'unifier territorialement car, entre le sud (la Bourgogne) et le nord (la Flandre bourguignonne), il y avait le Duché de Lorraine qui empêchait la continuité de l’État bourguignon.

Mais par manque de chance pour Charles le Téméraire, après la mort de Charles VII le 22 juillet 1461, ce fut Louis qui monta sur le trône de France sous le nom de Louis XI et ce dernier voulait contrôler la Bourgogne. Ce fut une guerre sans merci entre Louis XI et Charles le Téméraire. Louis XI suscita, encouragea et même finança des ennemis à Charles le Téméraire qui dut faire face à des soulèvements des villes flamandes, qui fut vaincu 2 fois par les Suisses, qui s'empara de Nancy le 30 novembre 1475. La ville fut reprise par René II duc de Lorraine le 22 août 1476. Charles le téméraire revint mettre le siège devant la ville de Nancy. Il y fut tué le 5 janvier 1477.

Son corps fut retrouvé 2 jours plus tard à l'étang Saint Jean (aujourd'hui place de la Croix Bourgogne à Nancy). Les loups avaient commencé à s'en faire un casse-croûte. La dépouille fut ramenée à Nancy et déposée dans l'actuelle « Grande Rue » au numéro 30. Une plaque sur la maison et une inscription sur le sol le rappellent. Voir illustration.

En septembre 1550 la dépouille du Téméraire fut transférée en l'église Notre-Dame de Bruges, où l'on peut encore voir son tombeau.

Avec la mort du Téméraire, se termina l'histoire de l’État bourguignon. La France récupéra la Bourgogne et le Saint Empire la Flandre.

J.D. 26 août 2017

 

 

 

inscriptions à Nancy sur la mort du Téméraire, photos J.D. 29 mai 2015
inscriptions à Nancy sur la mort du Téméraire, photos J.D. 29 mai 2015

inscriptions à Nancy sur la mort du Téméraire, photos J.D. 29 mai 2015

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 19:35

Garibaldi et Saint-Marin N°386

 

En Europe, l'année 1848 fut celle des Révolutions.

A Rome, Pellegrino Rossi qui était le chef du gouvernement des Etats-Pontificaux (voir carte annexée à la note N°385) était assassiné le 15 novembre 1848.

*Ce Pellegrino Rossi naquit en Toscane à Carrare (Carrara) le 13 juillet 1787. Venu en France, il reçut la nationalité française en 1838, le titre de Pair de France en 1839, envoyé comme ambassadeur auprès du Saint Siège en 1845 et obtint le titre de Comte en 1846. C'est le 15 septembre 1848 qu'il était devenu chef du gouvernement pontifical, juste 2 mois avant son assassinat.

*C'est Pie IX qui avait été élu pape le 21 juin 1846. Anticipant les événements, il avait accordé le 14 mars 1848, une constitution pour la gestion des États-Pontificaux, constitution intitulée : « Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l’Église ». Mais le peuple voulait aussi que le pape s'engage aux côtés de Charles-Albert roi de Sardaigne qui avait déclaré la guerre à l'Autriche suite aux soulèvements des populations de Venise et de Milan. Mais, cela le pape le refusa, ce qui servit, probablement, de prétexte à l'assassinat de Pellegrino Rossi et au soulèvement de la population.

*Le pape quitta Rome, le 24 novembre 1848 et demanda refuge à Ferdinand II roi des Deux-Siciles. Dès le 9 février 1849, une république romaine était proclamée Piazza del Popolo (place du Peuple). Des élections avaient eu lieu les 21 et 22 janvier 1849.

*L'Autriche, l'Espagne, la France , le royaume des Deux-Siciles, tout le monde voulut aider le pape à récupérer ses territoires. Il y avait à travers cette question un enjeu d'influence sur l'Italie.

*En France, la révolution de février 1848 avait détrôné Louis-Philippe et amené la proclamation de la seconde République française. Louis-Napoléon Bonaparte avait été élu président. La République française aurait pu soutenir la république romaine, il n'en fut rien, bien au contraire ; les troupes françaises prirent de vitesse les autres prétendants et débarquèrent le 25 avril 1849, 7.000 soldats commandés par le général Oudinot à Civitavecchia (sur la côte à environ 70 kms au nord de Rome). Oudinot proclama très hypocritement que l'armée française venait pour protéger la république romaine de l'invasion autrichienne !

*Garibaldi était arrivé à Rome le 12 décembre 1848 et le 23 avril, il avait été chargé de la défense de la ville. Les troupes françaises donnèrent l'assaut à Rome le 30 avril mais furent repoussées.

*La France envoya d'importants renforts tandis que les Autrichiens envahissaient les États pontificaux par le nord, les Napolitains par le sud et que l'armée espagnole débarquait à Gaète (sur la côte entre Naples et Rome). C'était la curée !

*La République romaine capitula et cessa son existence le 4 juillet 1849, moins de 5 mois après sa proclamation. Le pape fut de retour à Rome le 12 avril 1850 et reprit son pouvoir temporel, enfin pour peu d'années.

*Mais ce n'était pas terminé car les Autrichiens pourchassèrent les Républicains. Garibaldi et 2.000 de ses soldats parvinrent à fuir et se réfugièrent à Saint-Marin (San Marino) où ils arrivèrent le 31 juillet 1849.

*Saint-Marin a été fondée au quatrième siècle (la date du 3 septembre de l'an 301 a conventionnellement été admise pour sa fondation) et est devenue une République indépendante depuis le onzième siècle. Le territoire est situé à une vingtaine de kms de l'Adriatique à la hauteur de Rimini.

*La cité de Cesenatico (sur la côte entre Rimini et Ravenne) ravitailla Garibaldi et ses soldats et lui fournirent 13 navires à bord desquels ils purent embarquer et accostèrent à Comacchio le 3 août 1849 à une trentaine de kms au nord de Ravenne dans un lieu qui était appelé « Porto di Magnavacca » et qui, depuis, est devenu « Porto Garibaldi ». Anita Garibaldi qui était malade décéda le lendemain 4 août 1849.

*On sait que Garibaldi fut ensuite l'un des principaux artisans de l'unité italienne. *Son court passage à Saint-Marin a laissé des traces :

-En 1861, il avait reçu la nationalité de San Marino.

-On trouve à Saint-Marin une place Garibaldi avec la statue de Garibaldi (voir illustration), et à Borgo Maggiore (une des 9 communes qui composent la République de San Marino) une place Anita Garibaldi.

-La pièce de 2 euros de 2007, de San Marino est à l'effigie de Garibaldi

-des émissions de timbres consacrées à Garibaldi et à Anita en 1924, 1932, 1949, 1957 et 1999

J.D. 21 août 2017

 

piazza Garibaldi à San Marino

piazza Garibaldi à San Marino

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 20:00

L'expédition des Mille N°385

 

L'expédition des Mille (Spedizione dei Mille) fait partie des grandes épopées de l'histoire dont Alexandre Dumas a rendu compte par le menu dans « Les Garibaldiens »; texte rédigé en 1861. Grand admirateur de Garibaldi, Alexandre Dumas avait même vendu des biens pour acheter des armes et les porter à Garibaldi en Sicile, puis il le suivit jusqu'à Naples, il fut donc un témoin personnel des événements.

On a vu sur la fiche précédente (N°384), que l'agitation avait gagné l'Italie. Cela aboutit à la fin des années 1840 à des soulèvements qui furent durement réprimés.

Il fallut attendre Victor-Emmanuel II, Cavour et l'alliance avec la France de Napoléon III pour que les Autrichiens puissent être vaincus, au cours d'une guerre qui se déroula du 27 avril au 11 juillet 1859, et que le royaume de Sardaigne récupère la Lombardie.

En même temps, des peuples se soulevaient, chassaient leurs dirigeants en mai 1859, et demandaient leur rattachement au royaume de Sardaigne. Il s'agissait :

-du Grand duché de Toscane,

-du Duché de Modène,

-du Duché de Parme,

-de la légation des Romagnes qui comprenait une partie du territoire des États du Pape, à savoir  : Bologne, Ferrare, Forli et Ravenne.

 

*Après ce regroupement, l'Italie fut ramenée à 4 souverainetés :

-le royaume de Sardaigne qui avait encore sa capitale à Turin et comprenait le Piémont, le Val d'Aoste , la Ligurie (région autour de Gênes), la Lombardie, les Duchés cités ci-dessus et bien sûr la Sardaigne.

-la partie encore contrôlée par l'Autriche, à savoir : La Vénétie, le Frioul, le Trentin et Mantoue

-le royaume des Deux-Siciles dont la capitale était à Naples et qui, outre la Sicile englobait tout le sud de l'Italie. Ce royaume avait pour souverain des Bourbons de la branche Bourbon d'Espagne. Le roi Ferdinand II (1810/1859) étant décédé le 22 mai 1859, c'est son fils qui lui succéda sous le nom de François II (1836/1894). Ces souverains étaient d'un autre âge, des anachroniques qui ne comprirent pas que les aspirations du peuple avaient évolué. Au lieu de s'adapter, ils organisèrent la répression et créèrent un corps spécial d'agents chargés de terroriser les opposants. Ces agents furent appelés des « sbires » et firent le travail pour lequel ils étaient payés. Au témoignage d'Alexandre Dumas, ils se comportèrent comme les soldats de la division Das Reich à Oradour en 1944 ! Au début de l'insurrection à Palerme, le peuple se vengea et Dumas écrit :

« Si l'on compare les six ou huit sbires assassinés aux mille ou douze cents Palermitains tués, brûlés, égorgés par les Napolitains, on trouvera que la vengeance du peuple se contient dans des bornes bien étroites ».

-Ce qu'il restait d’États Pontificaux et qui séparaient le royaume des Deux-Siciles du royaume de Sardaigne agrandi à l'Italie centrale. Voir carte en illustration.

 

*Lorsque Garibaldi revint en Italie avec des volontaires de la légion italienne après leurs exploits en Uruguay (voir fiche N°383), ils se mirent au service du royaume de Sardaigne pour faire l'unité de l'Italie. La conquête du royaume des Deux-Siciles présentait le moins de risque de complications diplomatiques car Napoléon III défendait les possessions du pape et le royaume de Sardaigne seul n'était pas encore assez fort pour vaincre l'empire d'Autriche-Hongrie. En outre :

-la Grande-Bretagne avait eu maille à partir avec le royaume des Deux-Siciles dans les années 1840 à propos des achats de soufre en Sicile et n'était pas opposée à une intervention contre ce pays.

-Entre Siciliens et Napolitains ce n'était pas le grand amour, c'est le moins que l'on puisse dire et les Siciliens s'agitaient.

Toutes ces raisons désignaient la Sicile comme première cible pour agrandir le Royaume de Sardaigne. Avec l'accord officieux de Victor-Emmanuel II, Garibaldi recruta des volontaires qui furent rassemblés à Gênes. Ils s'emparèrent de 2 navires (le Piemonte et le Lombardo) et dans la nuit du 5 au 6 mai 1860, 1080 hommes prenaient la mer pour aller conquérir la Sicile. En longeant la côte italienne, ils s'approvisionnèrent en armes dans la forteresse d'Orbetello. Le 13 mai, ils arrivaient à Marsala tout à fait à l'ouest de la Sicile.

En Sicile, l'agitation avait été durement réprimée et sur l'ambiance qui régnait avant l'arrivée de Garibaldi voici des extraits d'un texte d'Alexandre Dumas qui mérite d'être lu :

« Au bout de quelque temps, les boutiques se fermèrent les unes après les autres, le commerce agonisa, les rues se dépeuplèrent. Ce fut vers ce temps qu'un rayon d'espérance vint réchauffer les cœurs. Un journal sarde, introduit à Palerme en dépit de la police, annonça la formation d'un comité à Gênes.

Ce comité avait pour but de venir, par tous les moyens possibles, au secours de la Sicile.

Le journal ajoutait qu'un corps d'expédition s'organisait dans la Haute-Italie pour aller au secours des patriotes siciliens. Alors tous les cœurs palpitèrent. Un homme se dévoua à répandre cette grande nouvelle par toute la Sicile. Ce fut Rosolino Pilo. Le 10 avril, il débarqua à Messine ; proscrit depuis dix ans, il rentrait dans son pays natal, apportant cette grande nouvelle que non seulement le corps expéditionnaire s'organisait, mais encore que Garibaldi se mettait à la tête.

Rosolino Pilo parcourut la Sicile en tous sens. Infatigable dans sa mission, partout il écrivait sur les murailles : Garibaldi arrive ! Vive Garibaldi ! Vive Victor-Emmanuel !

Chaque village eut son avertissement, que tout paysan put lire ou se faire lire.

Un autre patriote, Giovanni Correo, en faisait autant de son côté.

Bientôt, il n'y eut plus qu'un cri par toute l'île : Vive Garibaldi, vive Victor-Emmanuel, qu'un vœu, l'annexion…..

Mais le nom de Garibaldi répondait à tout et consolait de tout. Les enfants chantaient sur tous les tons, en passant près des sbires : Viene Garibaldi ! Garibaldi viene !

Le femme à laquelle on enlevait son mari, la mère à laquelle on enlevait son fils, la sœur à laquelle on enlevait son frère, au lieu de pleurer, menaçaient Garibaldi viene ! criaient-elles aux sbires.

Et les sbires sentaient courir un frisson dans leurs veines à ce nom redouté de toute tyrannie. Un astre nouveau s'était levé sur la Sicile ; cet astre, c'était l'espérance.

Avec Garibaldi, en effet, on allait avoir un nom populaire pour toute l'Italie, un capitaine de génie, un centre d'opération.

A mesure que la nouvelle se confirmait, on ne s'abordait plus que par ces mots : Eh bien, Garibaldi ? ….

Comme la muraille de Balthazar, tous les murs portaient le terrible Mane-Thecel-Pharès : Garibaldi viene ! Garibaldi viene !….

Un matin -c'était le 13 mai- ce cri éclata par toute la ville : Garibaldi a débarqué à Marsala ! Le vengeur était venu ».

 

*Après le débarquement, les troupes de Garibaldi se dirigèrent vers Palerme, passant par Calatafimi où une première bataille fut gagnée sur l'armée napolitaine, puis Alcano, Partinico, après quoi, les troupes contournèrent Palerme pour entrer dans la ville par l'est. Après 3 jours de combats, les garibaldiens étaient maîtres de la ville malgré la disproportion incroyable des forces. Citons encore Alexandre Dumas :

« Il y a une chose véritablement bien curieuse, c'est de voir vingt mille Napolitains, armés de quarante pièces de canon, relégués dans leurs forts, dans leurs casernes et dans leurs vaisseaux, et gardés par huit cents garibaldiens qui, deux fois par jour, leur portent à boire et à manger ».

 

*Les Garibaldiens furent accueillis par la population comme des héros. Dumas écrit :

« comme les soldats de Garibaldi sont vêtus de blouses rouges, la couleur rouge est devenue à la mode, et toutes les étoffes ont doublé de prix. Une simple chemise de cotonnade rouge coûte aujourd'hui quinze francs. Il en résulte que les rues et les places de Palerme ont l'air d'un vaste champ de coquelicots ».

 

*Après la conquête de Palerme, Garibaldi reçut des renforts en volontaires et en armes et acheva la conquête de la Sicile. Le 27 juillet, il était à Messine, le 19 août il débarquait en Calabre et le 7 septembre, il entrait dans Naples. Le roi François II en était parti 2 jours avant. Il se réfugia à Rome.

*Un référendum organisé, le 21 octobre 1860, auprès de la population de l'ancien royaume des Deux-Siciles donnait 1.302.064 voix pour la réunion au royaume de Sardaigne et 10.302 voix contre.

*Le royaume d'Italie proclamé le 17 mars 1861 remplaçait l'ancien royaume de Sardaigne. L'essentiel de l'unité de l'Italie était accomplie. La région de Venise fut récupérée suite à une alliance de la nouvelle Italie avec la Prusse contre l'Autriche en 1866 et Rome fut réunie après l'abdication de Napoléon III le 4 septembre 1870.

 

*En illustration on trouvera, outre une carte de l'Italie juste avant l'expédition des Mille, différents timbres émis par la poste italienne et relatifs au cinquantenaire de la mort de Garibaldi, au centenaire de l'expédition des Mille…parmi les timbres du cinquantenaire, le 10 centimes ardoise représente la maison natale de Garibaldi à Nice, le 20 centimes Brun la rencontre entre Victor-Emmanuel II et Garibaldi à Téano à 60 kms environ au nord de Naples, le 75 centimes rouge la mort d'Anita Garibaldi et le 125 centimes bleu le tombeau de Garibaldi dans l'île de Caprera (un peu au nord de la Corse et de l'île d'Elbe).

J.D. 17 août 2017

 


 

 

 

 

L'Italie en mars 1860

L'Italie en mars 1860

émissions de la poste italienne consacrées à Garibaldi

émissions de la poste italienne consacrées à Garibaldi

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 10:02

La Constitution espagnole de 1812 N° 384

 

On trouvera en illustration un tableau de Franscisco Goya (1746/1828) probablement de 1812 qui est exposé à Stockholm au Nationalmuseum. Il s'agit d'une allégorie représentant la Constitution espagnole de 1812, appelée aussi « Constitution de Cadix ».

Au début du dix-neuvième siècle, les pays d'Europe étaient encore dirigés pour l'essentiel par des souverains qui se prenaient pour des représentants de Dieu sur terre comme les pharaons de l’Égypte antique et qui possédaient un pouvoir quasi-absolu.

Ce fut l'Espagne qui fit évoluer les choses, car en France, la Terreur avait dénaturé la Révolution, ses idéaux et grands principes.

Contexte historique :

En février 1801, le Consulat avait conclu un traité avec l'Espagne connu sous le nom de traité (ou Convention) d'Aranjuez : une alliance dirigée contre la Grande-Bretagne.

Dès le mois de mai, l'Espagne en avait profité pour envahir le Portugal, guerre appelée : « guerre des Oranges ». Cette guerre se termina par le traité de Badajoz le 6 juin 1801. L'Espagne récupéra la ville de Olivence au détriment du Portugal.

En juillet 1807, pour contraindre le Portugal à respecter le « blocus continental », les troupes françaises commandées par le général Junot, envahissaient le Portugal avec l'accord de l'Espagne.

Tout aurait pu être pour le mieux dans le meilleur des mondes si le roi d'Espagne, Charles IV (1748/1819), n'avait été détrôné, le 17 mars 1808, par son fils qui prenait sa place sous le nom de Ferdinand VII (1784/1833).

Père et fils firent appel à l'arbitrage de Napoléon Bonaparte.

Celui-ci les convoqua à Bayonne, mais au lieu de trouver une solution au conflit entre père et fils il imposa son frère Joseph comme roi d'Espagne.

Dans la carrière politique de Napoléon Bonaparte ce fut sa première grande faute magistrale : l'Espagne qui était notre alliée contre la Grande-Bretagne devint une ennemie acharnée.

Dès le 2 mai 1808, le peuple espagnol se soulevait contre l'armée française qui d'alliée la veille était devenue l'occupant. La répression fut terrible mais ne fit qu'aggraver la situation. Francisco Goya immortalisa les événements en 1814, avec 2 tableaux célèbres intitulés « Dos de Mayo » et « Tres de Mayo ».

Des comités de résistance s'organisèrent un peu partout et se rassemblèrent en « Assemblée Constituante » le 24 septembre 1810 à Cadix au sud de l'Espagne (ville fondée par les Phéniciens vers l'an 1100 avant notre ère).

Le 18 mars 1812, cette assemblée adoptait une Constitution, promulguée le 19, qui prévoyait le retour d'un roi espagnol dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle héréditaire, c'est-à-dire avec un roi et son gouvernement possédant le pouvoir exécutif et une assemblée élue ayant le pouvoir législatif.

Quand Napoléon comprit qu'il ne viendrait pas à bout de la résistance espagnole, il rendit le trône d'Espagne à Ferdinand VII qui fut de retour en Espagne le 14 mars 1814 mais qui refusa de prêter serment sur la Constitution de 1812. Par décret du 4 mai 1814, il rétablissait la monarchie absolue abolissant toutes les décisions de la Constituante. En juillet 1814, il rétablissait même l'Inquisition que les Français avaient abolie en 1808 !

Cela entraîna un soulèvement en 1820 qui fut réprimé par l'intervention de troupes françaises envoyées par le roi Louis XVIII. Les insurgés furent vaincus après la bataille du Trocadéro (au sud de l'Espagne à 5 kms de Cadix)en août 1823 où se distingua Charles-Albert. Or celui-ci, fin mars 1821 avait été régent du royaume de Sardaigne, une quinzaine de jours en attendant l'arrivée du roi Charles-Félix et durant ces 2 semaines il avait proclamé une Constitution parlementaire, sur le modèle espagnol, que Charles-Félix avait immédiatement annulée. Voir fiche N°66 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-de-la-maison-de-savoie-59295182.html

Quoi qu'il en soit, cette Constitution espagnole de 1812 donna des idées et entraîna des revendications à de nombreux patriotes en Italie comme en témoigne Alexandre Dumas dans « Mémoires de Garibaldi » publiées en 1860. Extraits :

« Le carbonarisme, qui seul était appelé à donner des fruits, croissait cependant vigoureusement dans les Romagnes…

dans la nuit du 24 juin 1819, le mouvement éclata, il eut l'issue funeste qu'ont d'habitude les premières tentatives de ce genre ; toute religion qui doit avoir des apôtres commence par avoir des martyrs. Cinq carbonari furent fusillés…

dans le même moment, la même société conspirait en Lombardie, et étendait ses ramifications dans les autres provinces d'Italie…

Ce fut quelques temps après qu'éclata à son tour la révolution piémontaise. Le matin du 10 mars (1821), le capitaine comte Palma faisait prendre les armes au régiment de Gênes et poussait ce cri : le roi et la constitution espagnole… Ainsi la révolution partie d'Ancône, avait gagné Naples et était revenue à Turin. Trois volcans s'étaient ouverts en Italie, sans compter celui d'Espagne, et la Lombardie s'agitait dans un triangle de feu. 

Le roi Victor-Emmanuel 1er, on se le rappelle, avait engagé à la Sainte-Alliance sa parole de ne faire au peuple aucune concession... »

 

commentaires : il y avait eu successivement :

-l'indépendance américaine et l'adoption d'une constitution en septembre 1787

-la révolution française et l'adoption de la Constitution de 1791

-la résistance espagnole et la constitution de 1812

Pour les têtes couronnées de droit divin, cela commençait à sentir le roussi, le système hérité de nombreux siècles passés tremblait sur ses bases.

Au congrès de Vienne (1814/1815), ce fut la Sainte-Alliance de tous les souverains qui mirent une chape de plomb sur les revendications des peuples. Cela prolongea l'ordre ancien d'une trentaine d'années, puis il y eut l'année 1848 qui fut appelée « l'année des Révolutions » ou «  l'année du printemps des peuples ».

Mais aujourd'hui, les magnats du pétrole, les dirigeants des grandes banques d'affaires, ceux qui contrôlent les médias… n'ont-ils pas rétabli un pouvoir absolu mais avec des formes plus subtiles qui permettent aux peuples manipulés de se croire souverains ?

J.D. 14 août 2017

allégorie de Goya sur la constitution de 1812

allégorie de Goya sur la constitution de 1812

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 12:20

Les chemises rouges de la légion italienne N°383

 

Garibaldi naquit à Nice le 4 juillet 1807, à l'époque où le comté de Nice et le duché de Savoie avaient été annexés par la France. Voir note N°21 http://jean.delisle.over-blog.com/article-garibaldi-et-verdi-61434798.html

Garibaldi avait 7 ans lorsque le comté de Nice fut rendu (provisoirement) au royaume de Sardaigne (dont la capitale était à Turin).

Dès qu'il fut en âge de travailler, il commença une carrière de marin, ce qui le fit voyager et faire beaucoup de rencontres.

Il devint très vite un patriote convaincu de la nécessité de faire l'unité de l'Italie, mais en même temps Républicain tout aussi convaincu, jusqu'à ce qu'il admette qu'il fallait donner priorité à l'unité de l'Italie et qu'il se rallie au royaume de Sardaigne jugé comme le plus apte à réaliser l'unité du pays. Mais pour l'heure, ses activités républicaines l'obligèrent à s'exiler et c'est ainsi qu'il se retrouva en Uruguay en 1841, après un séjour au Brésil.

L'Uruguay : ce pays, qui a aujourd'hui 176.000 kms2 (le tiers de la France) et environ 3.500.0000 habitants, avec comme capitale Montevideo, fut découvert en 1516. Il est situé en Amérique du sud côté Atlantique et a pour principale caractéristique d'être « coincé » entre le Brésil (indépendant, de fait depuis 1822 avec une reconnaissance du Portugal en 1825) au nord colonisé par les Portugais et l'Argentine (indépendante depuis 1816) au sud colonisée par les Espagnols. Or, au fil des siècles cela n'a pas toujours été sans problème entre Espagnols et Portugais. Aussi, les Espagnols d'Argentine et les Portugais du Brésil tentèrent de s'emparer de l'Uruguay. En outre en accédant à l'indépendance, le Brésil se proclama « empire » avec un empereur à sa tête et cela perdura jusqu'en 1889, tandis que l'Argentine adoptait un régime républicain dès 1853.

Les Portugais du Brésil annexèrent l'Uruguay en 1816, mais suite à une insurrection de la population, déclenchée en 1825, soutenue par l'Argentine, l'indépendance fut proclamée en 1828 (traité de Montevideo du 28 août 1828 et adoption d'une constitution Uruguayenne le 18 juillet 1830).

Mais à l'intérieur du pays, 2 généraux voulurent le pouvoir et créèrent chacun leur parti : Fructuoso Rivera le parti « Colorados », considéré comme « libéral » et Manoel (ou Manuel) Oribe le parti « Blancos », considéré comme « conservateurs », avec chacun le soutien d'à peu près la moitié de la population et ils se firent la guerre qui dura de 1839 à 1851 et appelée « grande guerre ». A la fin Rivera eut le renfort de la Grande-Bretagne et de la France qui furent unies (même cela put arriver!).

C'est dans ce contexte que Garibaldi arriva en Uruguay.

Montevideo comptait une assez forte colonie de migrants italiens. Garibaldi recruta des volontaires qu'il organisa en corps d'armée qui reçut le nom de « légion italienne », d'abord environ 500 hommes qui atteignirent 800. Il les arma, les entraîna et les équipa. Il eut l'opportunité d'acheter à un fabricant, un lot de chemises rouges initialement prévues pour les ouvriers de l'abattoir de Buenos Aires, et volontairement rouges pour cacher autant que faire se peut les taches de sang des animaux abattus. Voilà pourquoi les « Garibaldiens » eurent des chemises rouges qui contribuèrent à la légende garibaldienne. La légion italienne adopta aussi un drapeau : noir avec au centre la représentation du Vésuve.

Dans le conflit local, Garibaldi prit le parti des « libéraux » qu'il appelle « républicains » contre les « conservateurs » qu'il appelle « les impériaux ».

La légion italienne participa glorieusement à de nombreux combats. En voici deux témoignages extraits de « Mémoires de Garibaldi » d'Alexandre Dumas (publiées en 1860).

« On se rappelle le combat du 24 avril 1844, le périlleux passage de la Boyada ; on sait de quelle façon les légionnaires italiens s'y comportèrent. L'officier qui faisait le rapport au général Paz se contenta, à propos des légionnaires, de lui dire : Ils se sont battus comme des tigres. Ce n'est pas étonnant répondit le général Paz, ils sont commandés par un lion. »

L'amiral Lainé qui commandait la flotte française en Uruguay, adressa à Garibaldi ce message :

« Je vous félicite, mon cher général, d'avoir si puissamment contribué, par votre intelligente et intrépide conduite, à l'accomplissement du fait d'armes dont se seraient enorgueillis les soldats de la Grande Armée qui, pour un moment, domina l'Europe ».
Finalement après plusieurs années de guerre, le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay, s'unirent pour faire la guerre au Paraguay !

Entre-temps, c'est-à-dire en 1841, Giuseppe Garibaldi avait épousé Ana Maria de Jesus Ribeiro, surnommée Anita. Elle le suivit partout, prenant part aux combats.

Finalement, en mars 1848, Garibaldi avec ceux de ses légionnaires qui voulurent le suivre, rembarqua pour l'Italie. Il se mit au service du roi de Sardaigne, d'abord Charles-Albert puis Victor-Emmanuel II et contribua puissamment à l'unité italienne en faisant la conquête de l'Italie du sud et de la Sicile, en 1860, à la tête de ses chemises rouges ou « expédition des mille ».

Lors d'une conférence, en 2010, pour le cent-cinquantième anniversaire de la réunion de la Savoie et de Nice à la France, j'avais rendu un hommage particulier à Garibaldi, non seulement pour ses exploits « italiens » mais pour son soutien à la France lors de la guerre contre la Prusse en 1870/1871. Voir note N°1

En Italie, on trouve des rues ou places Garibaldi dans quasiment toutes les villes ; ce qu'il fit pour la France, mériterait de ce côté-ci des Alpes, qu'on lui rende aussi hommage.

Anita décéda le 4 août 1849 et Giuseppe Garibaldi le 2 juin 1882. On trouvera en illustration leur statue à Porto Alegre au sud du Brésil, place….Garibaldi !

J.D. 10 août 2017

 

 

 

 

Anita et Giuseppe Garibaldi, photo du net

Anita et Giuseppe Garibaldi, photo du net

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