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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 19:43

Texte de Victor Hugo publié en 1829 dans la série « Les Orientales »

« Murs, ville,

Et port,

Asile

De mort,

Mer grise

Où brise

La brise,

Tout dort

Dans la plaine

Naît un bruit.

C'est l'haleine

de la nuit.

Elle brame

Comme une âme

Qu'une flamme

Toujours suit !

La voix plus haute

Semble un grelot.

D'un nain qui saute

C'est le galop.

Il fuit, s'élance

Puis en cadence

Sur un pied danse

Au bout d'un flot.

La rumeur approche

L'écho la redit.

C'est comme la cloche

D'un couvent maudit :

Comme un bruit de foule

Qui tonne et qui roule,

Et tantôt s'écroule,

Et tantôt grandit.

Dieu ! La voix sépulcrale

Des Djinns !...Quel bruit ils font

Fuyons sous la spirale

De l'escalier profond.

Déjà s'éteint ma lampe

Et l'ombre de la rampe,

Qui le long du mur rampe,

Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe

Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fr
acasse,

Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et
rapide,

Volant dans l'espace vide,

Semble un nuage livide

Qui porte un éclair au flanc

Ils sont tout près ! Tenons fermée

Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideus
e armée

De vampires et de dragons !

La poutre du toit descellée

Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,

Et la vieille porte rouillée

tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer ! voix qui hurle et qui pleure !

L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,

Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.

Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle pe
nchée,

Et l'on dirait que, du sol arrachée,

Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,

Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! Si ta main me sauve

De ces impurs démons des soirs,

J'irai prosterner mon front chauve

devant tes sacrés encensoirs !

Fais que sur ces portes fidèles

Meure leur souffle d'étincelles,

Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes

Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! Leur cohorte

S'envole, et fuit, et leurs pieds

Cessent de battre ma porte

De leurs coups multipliés.

L'air est plein d'un bruit de chaînes,

Et dans les forêts prochaines

Frissonnent tous les grands chênes,

Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines

Le battement décroit,

Si confus dans les plaines,

Si faible, que l'on croit

Ouïr la sauterelle

Crier d'une voix grêle

Ou pétiller la grêle

Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes

Nous viennent encor ;

Ainsi, des arabes

Quand sonne le cor,

Un chant sur la grève

Par instant s'élève,

Et l'enfant qui rêve

Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,

Fils du trépas,

Dans les ténèbres

Pressent leurs pas ;

Leur essaim gronde :

Ainsi, profonde,

Murmure une onde

Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague

Qui s'endort,

C'est la vague

Sur le bord ;

C'est la plainte,

Presque éteinte,

D'une sainte

Pour un mort.

On doute

La nuit...

J'écoute :

Tout fuit,

Tout passe

L'espace

Efface

Le bruit. »

Commentaires :

Sur le poème : Ce texte de Victor Hugo est à replacer dans le contexte de la série « les Orientales » qui comprend 41 textes. Ils ont été rédigés après la révolte des Grecs en 1821 contre l'occupation turque commencée dans les années 1450. Voir sur mon blog le texte N° 9 intitulé : « Grèce, guerre d'indépendance » http://jean.delisle.over-blog.com/article-grece-guerre-d-indeoendance-58616338.html.

Le poème est original dans sa forme.

Sur les Djinns : D'après le coran, les Djinns sont des êtres de la création entre les Humains et les Anges. Il en est question dans le coran : Dans la sourate VI (versets 100, 112, 128, 130), la sourate VII (versets 38 et 179), la sourate XI (verset 119), la sourate XV (verset 27), la sourate XVII (verset 88), la sourate XVIII (verset 50), la sourate XXIII (versets 25 et 70), la sourate XXVII (versets 10, 17, 39), sourate XXVIII (verset 31), sourate XXXII (verset 13), sourate XXXIV (versets 8, 12, 14, 41), sourate XXXVII (verset 158), sourate XLI (versets 25 et 29), sourate XLVI (versets 18 et 29) sourate LI (versets 15, 33, 39, 74), sourate LXXII (versets 1 et 17), sourate CXIV (verset 6).

6 novembre 2013

inscription sur la maison natale de Victor Hugo à Besançon, photo J.D. 1er janvier 2016

inscription sur la maison natale de Victor Hugo à Besançon, photo J.D. 1er janvier 2016

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