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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 15:52

« Nous avons fondé notre colonisation, depuis les débuts, sur le principe de l'assimilation. On a prétendu faire des nègres de bons Français. On leur a fait réciter : Nos ancêtres les Gaulois ; ce n'était pas très malin »

Charles De Gaulle. Propos rapportés par Alain Peyrefitte dans « C'était De Gaulle » éditions de Fallois (Fayard) 1994, tome 1, page 54

Il n'y a pas que dans les colonies, en France aussi, des générations d'élèves ont appris : « Nos ancêtres les Gaulois » ; et beaucoup de gens, probablement, pensent la Gaule comme une entité unique avec un peuple gaulois homogène. La réalité est tout autre.

1-La représentation des Gaulois :

Voici la description de la Gaule faite par Jules César (-102/-44) dans le premier chapitre de « la guerre des Gaules » (qui eut lieu de -58 à -51) :

« L'ensemble de la Gaule est divisé en trois parties: l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par le peuple qui, dans sa langue, se nomme Celte, et dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par le langage, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de ces trois peuples sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la province romaine (il s'agit de la Narbonnaise annexée par les Romains et que César ne considère plus comme faisant partie de la Gaule proprement dite) et des raffinements de sa civilisation, parce que les marchands y vont très rarement, et, par conséquent, n'y introduisent pas ce qui est propre à amollir les cœurs, enfin parce qu'ils sont les plus voisins des Germains qui habitent sur l'autre rive du Rhin, et avec qui ils sont continuellement en guerre. C'est pour la même raison que les Helvètes aussi surpassent en valeur guerrière les autres Gaulois : des combats presque quotidiens les mettent aux prises avec les Germains, soit qu'ils leur interdisent l'accès de leur territoire, soit qu'ils les attaquent chez eux. La partie de la Gaule qu'occupent, comme nous l'avons dit, les Gaulois commence au Rhône , est bornée par la Garonne, l'Océan et la frontière de Belgique ; elle touche aussi au Rhin du côté des Séquanes (qui occupaient la partie méridionale de l'actuelle Franche-Comté) et des Helvètes (Les Suisses); elle est orientée vers le nord. La Belgique commence où finit la Gaule ; elle va jusqu'au cours inférieur du Rhin ; elle regarde vers le nord et vers l'est. L'Aquitaine s'étend de la Garonne aux Pyrénées et à la partie de l'Océan qui baigne l'Espagne ; elle est tournée vers le nord-ouest. »

Ce texte de César montre qu'il distinguait la Gaule étendue jusqu'au Rhin du peuple gaulois lui-même qu'il circonscrit à une partie de la Gaule. Un texte de l'historien Grec Plutarque (qui vécut de vers 45 à vers 127) qui écrivit de nombreuses biographies permet de compléter le texte de César. Dans la « vie de César » (au point 15), Plutarque écrit à propos de la guerre des Gaules :

« En moins de dix ans que dura la guerre des Gaules, il (il s'agit de César) prit d'assaut plus de huit cents villes, soumit trois cents nations, combattit, en plusieurs batailles rangées, contre trois millions d'ennemis, en tua un million et fit autant de prisonniers ».

On a, c'est certain, aucun moyen de vérifier les chiffres de Plutarque mais ses sources sont généralement considérées comme fiables et citées par de nombreux historiens. Pour lui , il y avait au moment de la conquête de César 300 nations en Gaule. On peut discuter le terme de « nations » mais cela exprime une grande division entre de nombreux groupes qui devaient passer leur temps à se faire la guerre. Il y avait au moins un point commun à tous ces groupes : les Gaulois n'avaient pas d'écriture, et pas d'écrivains. L'enseignement assuré par les Druides était oral. On en a confirmation au livre VI (point 14) de la « guerre des Gaules » de César qui écrit : « Ils (il s'agit des druides) estiment que la religion ne permet pas de confier à l'écriture la matière de leur enseignement ». On manque donc de sources gauloises pour parler des Gaulois. Et les auteurs grecs et latins qui ont écrit sur les Gaulois en donnent une image particulièrement négative, à part César qui n'avait pas intérêt à dévaloriser ses ennemis pour rehausser sa propre gloire. Pour ne pas interrompre le texte, je vais mettre un certain nombre de citations sur les Gaulois en annexe. Ces textes peuvent être contestés, donnant le point de vue des auteurs antiques sur les Gaulois, ils méritent d'être connus.

2-Les deux Gaules :

Tous les auteurs sont d'accords pour donner une origine celte aux Gaulois. Les Celtes occupaient un vaste espace en Europe délimité à l'ouest (à l'ouest pour eux) par le Rhin et au sud par le Danube. Puis vers les 6e/5e siècles avant notre ère, ils se mirent en mouvement vers d'autres pays. Il est probable qu'il n'y eut pas une seule invasion massive mais un exode régulier durant une longue période. C'est ainsi qu'ils envahirent non seulement la Gaule mais aussi toute l'Italie du Nord dont ils chassèrent les Etrusques qui se replièrent plus au sud (voir Tite-Live, Histoire Romaine, livre V-34). Mélangés aux populations d'origine, ces Celtes devinrent les Gaulois.

On ne sait pas quand apparut le vocable « Gaule », Gallia en latin. On en trouve la première mention chez Caton l'Ancien (auteur du célèbre « Delenda est Carthago », il faut détruire Carthage) vers l'an 168 avant notre ère dans une histoire romaine dont il ne reste plus que des fragments. Mais il est probable que ce vocable était plus ancien.

Pour les auteurs latins, il y eut d'abord deux Gaules :

*la Gaule Cisalpine correspondait à l'Italie du Nord. C'est le Rubicon petit fleuve côtier qui se jette dans l'Adriatique entre Ravenne et Rimini qui servait de frontière entre l'Italie proprement dite et la Gaule Cisalpine. C'est à l'occasion des guerres contre Carthage que les Romains s'emparèrent de l'Italie du Nord mais ce n'est qu'en l'an 49 avant notre ère que cette Gaule Cisalpine fut intégrée à l'Italie.

*la Gaule Transalpine qui correspondait à l'actuelle France étendue jusqu'au Rhin.

Dans cette Gaule Transalpine, les Grecs de la cité de Phocée (cité grecque sur la côte turque) s'étaient déjà implantés en fondant Marseille en l'an 600 avant notre ère, mais n'avaient pas eu l'ambition de conquête plus élargie.

A l'occasion des guerres avec Carthage (de l'an -264 à l'an -146), les Romains s'étaient emparés de la route côtière qui joint l'Italie à l'Espagne à travers la Gaule. Puis pour consolider cette position, ils s'étaient emparés de l'arrière pays, entre l'an -125 et l'an -120, et avaient fondé une première province romaine : la Narbonnaise à laquelle ils avaient rattaché en -121 l'ancien territoire des Allobroges. (voir sur mon blog les notes 27/28 consacrées aux Allobroges).

Puis il y eut la conquête de la Gaule entière par César. Certains peuples s'allièrent aux Romains. D'autres comme les Allobroges qui avaient déjà été vaincus à plusieurs reprises par les Romains préférèrent s'abstenir. Si l'on rapporte le nombre de victimes à la population de l'époque, et malgré l'incertitude des évaluations, la guerre des Gaules fut plus meurtrière (pour la France) que la guerre de 1914/18. Après avoir maté toute la Gaule, César l'organisa en province et imposa à cette province un tribut annuel de 40 millions de sesterces (voir Suétone (70/130) « vies des douze Césars, livre 1 en XXV)

Après la guerre des Gaules, César avait donné des terres aux vétérans de l'armée romaine. C'est ainsi que ceux de la deuxième légion s'implantèrent à Orange, ceux de la sixième en Arles, la septième à Béziers, la huitième à Fréjus et la dixième à Narbonne. La partie conquise par César de la Gaule transalpine fut appelée « Gaule chevelue ».

3-Les trois Gaules :

C'est entre l'an -16 et l'an -13 qu'Auguste, le premier empereur, créa trois nouvelles provinces, en fait trois Gaules dans la Gaule chevelue : l'Aquitaine, la Lyonnaise et la Gaule Belgique. Mais comme il y avait déjà la Narbonnaise, les 3 Gaules comme les trois mousquetaires de Dumas furent 4.

Lyon (Lugdunum) qui avait été créée à partir de l'an -43 par un lieutenant de César (Lucius Munacius Plancus) devint la capitale des Gaules. Dans ces trois Gaules, il restait 60 nations, à comparer aux 300 dont parle Plutarque au début de la guerre des Gaules. Cela signifie que de nombreux « peuples » gaulois disparurent à l'occasion de la guerre des Gaules soit par absorption soit par disparition pure et simple !

Auguste acheva la conquête des hautes vallées alpines que César avait négligé. Le latin remplaça, lentement mais sûrement, les diverses dialectes gaulois et la Gaule toute entière adopta la civilisation romaine. Les Romains entreprirent très tôt une politique de grandes constructions en Gaule : villes, routes, aqueducs, thermes, temples... Sous le règne d'Auguste, signalons : la Maison carrée de Nîmes, le temple d'Auguste et de Livie à Vienne, le pont du Gard, des théâtres ou amphithéâtres à Orange, Arles, Lyon, Vienne ….

C'est en l'an 48 de notre ère sous l'empereur Claude (né à Lyon le 1er août -10) que les citoyens des trois nouvelles Gaules obtinrent tous les droits politiques et l'accès à toutes les magistratures y compris sénatoriales.

Les Gaulois ou ce qu'il en restait après la guerre des Gaules bénéficièrent de la « Pax Romana » tout au moins jusqu'aux invasions « barbares ».

4-Les 13 Gaules puis retour aux 2 Gaules

Sous le règne de Domitien (qui vécut de 51 à 96 et fut empereur de 81 à 96), la Gaule Belgique fut divisée en 3 provinces puis sous le règne de Dioclétien (né en 244 et qui fut empereur de 284 à 305), l'ex Gaule fut divisée en 13 provinces : la Lyonnaise d'abord divisée en 2 puis en 4, l'Aquitaine divisée en 3, la Narbonnaise divisée en 3 puis la Gaule Belgique restant divisée en 3.

Puis sous le règne du même Dioclétien, la Gaule fut regroupée en 2 diocèses :

*le diocèse des Gaules avec Trèves pour capitale et qui regroupa 8 provinces au nord de la Loire

*le diocèse de Viennoise avec Vienne pour capitale qui regroupa 5 provinces au sud de la Loire. Ainsi la Loire divisa, pour la première fois, semble-t-il, la France en 2, c'est peut-être la cause d'une évolution linguistique différente succédant au latin après la chute de l'empire romain d'Occident, entre la langue d'Oc au sud et la langue d'Oil au nord.

5-de la Gaule à la France :

Les premières invasions de la Gaule au troisième siècle furent repoussées puis les Huns se mirent en mouvement vers l'an 375 et les Huns poussant les autres les invasions dites barbares se multiplièrent jusqu'à la chute de l'empire romain d'Occident en l'an 476 et se poursuivirent même après ; ce furent les Burgondes, les Francs, les Wisigoths, les Ostrogoths, les Alains, les Alamans, les Vandales, les Suèves...

Avant ces grandes invasions, il y avait eu l'arrivée des Grecs avec la fondation de Marseille (en -600), puis des incursions germaniques, le passage des armées carthaginoises, des armées romaines, puis la conquête romaine. Après les grandes invasions, il y eut l'invasion musulmane, les Vikings, les Normands et beaucoup d'autres ensuite. Les passages des armées, invasions et occupations furent de tous temps l'occasion du viol des femmes locales. Il y eut donc au travers des âges une multitude de « Gauloises » qui portèrent des enfants dont le père n'avait rien de Gaulois. Le résultat est que les Français de souche aujourd'hui ont probablement très peu de Gaulois dans leurs gènes. Mais puisqu'on nous dit que les Gaulois sont nos ancêtres !

Après la chute de Rome, les Francs l'emportèrent sur les Burgondes, mais le pays s'appelait toujours la Gaule. En 843, au traité de Verdun, les petits-fils de Charlemagne se partagèrent son empire, le divisant en 3. La « Francie Occidentale » qui deviendra la France, la « Francie Orientale » qui donnera l'espace germanique et entre les deux la Lotharingie qui durant des siècles sera sources de conflits entre les deux autres. A partir de là, le vocable « Gaule » fut progressivement remplacé par le vocable « Francie ». L'appellation « France » ne devient officielle qu'en 1190 sous le règne de Philippe Auguste.

6-Organisation et coutumes des Gaulois :

Au livre VI de la « Guerre des Gaules », Jules César consacre un long développement pour décrire l'organisation et les mœurs des Gaulois. Je ne vais pas recopier tout l'intéressant texte de César mais j'y renvoie le lecteur intéressé.

J.D. 15 novembre 2013

P.S. La récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76

Coq, symbole gaulois, photo Claire Legrand 17 octobre 2014

Coq, symbole gaulois, photo Claire Legrand 17 octobre 2014

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