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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 12:14

La loi promulguée le 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat avait prévu la constitution d'associations cultuelles qui prendraient en charge l'entretien des églises. A l'époque, le Vatican s'étant opposé à la constitution de ces associations, elles ne virent pas le jour et le problème de l'entretien du patrimoine cultuel français fut mal réglé. Voir sur mon blog les fiches N° 125 (la loi de séparation) et 126 (la destruction d'églises en France).

Maurice Barrès (1862/1923), écrivain nationaliste, qui fut député de Nancy de 1889 à 1893 puis de Paris de 1906 à 1923, fut particulièrement sensibilisé à la défense du patrimoine cultuel français. Il fit sur ce sujet de nombreuses interventions à la Chambre (des députés) écrivit des articles etc. Le tout fut rassemblé sous le titre « La grande pitié des églises de France » et publié une première fois en 1914 chez Emile-Paul frères. La dernière édition est de juin 2012 aux « Presses universitaires du Septentrion ».

Fin février 1910, Maurice Barrès eut, sur ce sujet, un entretien avec Aristide Briand qui cumulait à l'époque le poste de Président du Conseil des Ministres et le poste de Ministre de l'intérieur (et des cultes). Sur Briand voir sur mon blog les fiches N° 112 (Briand, Ferry et le Sénat), 113 (Briand, Driant et Verdun) et 123 (Dans les couloirs de la Chambre). Voici un extrait du texte de Maurice Barrès dans « la grande pitié des églises de France » au chapitre III intitulé : « Je cause avec M. Briand »

« Il est sept heures du soir. Les deux salles d'attente au rez-de-chaussée de l'hôtel Beauvau sont désertes, assez tristement éclairées. L'huissier avertit le ministre, qui m'ouvre aussitôt la porte de son cabinet, me fait asseoir au coin de son bureau, en face d'un grand feu de bois, m'offre une cigarette, allume la sienne et nous causons. M. Briand aime à causer ; il aime et il excelle à créer une atmosphère de détente où il puisse se servir de son don principal qui est la persuasion. Se promener de long en large, en fumant et en répétant : Ecoutez-moi bien... Je ne vous dit pas... Eh bien ! Alors vous m'avez suivi....Ah ! Je vous comprends....vous vous êtes dit.... vous êtes justement préoccupé... Voilà son affaire et, m'a-t-on dit, son principal travail....

 la tribune, il n'a pas son pareil. Il possède à un degré extraordinaire la faculté de saisir les impressions d'une foule, il n'est pas seulement de ces orateurs qui comprennent immédiatement l'effet de leurs paroles ; qui voient celui-ci bâiller, cet autre ricaner, ce troisième se pencher vers l'oreille de son voisin, et qui distinguent ce qui porte ou échoue. Il ne se borne pas à enregistrer, il utilise sur l'instant ses observations. C'est trop peu dire qu'il sent son auditoire, il le pressent, il en devine les mouvements avant qu'ils soient formés et, véritablement, de ses deux mains toujours tendues devant lui, il semble saisir, façonner, modeler à sa guise l'Assemblée. C'est son génie. Sur l'heure, il retire un argument qui n'a pas plu, il fortifie une note bien accueillie. Le public est sous sa parole une glaise qu'il pétrit. Quel artiste ! Disais-je un jour. Quel bonheur ! Disais-je encore. De parole facile, de voix très agréable, de geste enlaçant et de ton conciliant, il crée la persuasion. C'est du très joli travail. »

J.D. 24 novembre 2013

Briand prononçant un discours à Saint Nazaire le 1er octobre 1921, publié par Georges Suarez dans "Briand" tome VI

Briand prononçant un discours à Saint Nazaire le 1er octobre 1921, publié par Georges Suarez dans "Briand" tome VI

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