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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 10:38

Genève et son canton sont en Suisse, l'ancien duché de Savoie est en France, sauf 24 communes de l'ancien duché de Savoie qui ont été cédées à la Suisse par le traité de Turin du 16 mars 1816. Voici la liste de ces anciennes communes savoyardes : Aire-la-Ville, Anières, Avusy, Bardonnex, Bernex, Carouge, Chêne-Thonex, Choulex, Collonge-Bellerive, Compesières, Confignon, Corsier, Hermance, Laconnex, Lancy, Meinier, Onex, Perly-Certoux, Plan-les-Ouates, Presinge, Puplinge, Soral, Troinex, Veyrier.

Il s'agit des noms de communes tels qu'ils existaient en 1816 car depuis il y a eu, dans le canton de Genève, des scissions ou fusions qui ont changé des noms communaux.

Par le traité de Paris du 20 novembre 1815, la Suisse avait déjà récupéré 6 communes françaises prises sur le département de l'Ain : Collex-Bossy, Le Grand-Saconnex, Meyrin, Pregny-Chambésy, Vernier, Versoix.

Ces 24 anciennes communes savoyardes qui appartenaient au royaume de Sardaigne avant d'avoir été annexées par la France en 1792, les 6 anciennes communes françaises plus Genève et quelques autres communes forment le canton suisse de Genève (en tout aujourd'hui : 45 communes)

Mais si Genève et le duché de Savoie sont séparés, il n'en a pas toujours été ainsi dans « la légende des siècles ».

1-Genève et la Savoie allobroges :

« la dernière ville des Allobroges et la plus voisine de l'Helvétie est Genève. Un pont la joint à ce pays ». Voilà ce qu'écrit Jules César dans la « Guerre des Gaules » (livre I en 6).

L'Allobrogie occupait sur la rive gauche du Rhône une partie des actuels départements de la Haute-Savoie, de la Savoie, de l'Isère et de la Drôme, allant de Genève jusqu'au confluent du Rhône et de l'Isère, plus une partie de territoire sur la rive droite du Rhône jusqu'au Mont Pilat. Vienne était la principale ville des Allobroges. Voir sur mon blog les notes 27/28 consacrées aux Allobroges. http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-allobroges-62129941.html

C'est en l'an 121 avant notre ère que les Romains firent la conquête de l'Allobrogie et érigèrent ce territoire en « cité de Vienne » et le rattachèrent à la Gaule narbonnaise. Genève, ville allobroge fit partie du lot et partagea le sort du reste de l'Allobrogie.

2-Genève et la Savoie romaines :

Genève fut intégrée à la cité de Vienne jusqu'au partage de la cité de Vienne en 3 cités sous l'empereur Dioclétien vers l'an 290 de notre ère : la cité de Vienne, celle de Grenoble et celle de Genève. La limite entre la cité de Grenoble et celle de Genève passait juste au nord d'Aix-les-Bains. Ainsi, Genève devint la principale ville d'une nouvelle cité qui englobait la Haute-Savoie et une partie de la Savoie.

Mais avant d'en arriver là, Genève faillit être envahie par les Helvètes c'est-à-dire par les Suisses au printemps de l'an 58 avant notre ère. Ce fut le début de la guerre des Gaules. Selon César (« Guerre des Gaules » livre I, en 2), le territoire des Helvètes avait deux cent quarante milles de long et cent quatre-vingts de large. Le mille romain valant 1.478,50 mètres, cela fait 355 kms d'est en ouest et 266 du nord au sud, soit 94.430 kms2 contre 41.285 kms2 pour la Suisse d'aujourd'hui. La Confédération « helvétique » ne possède donc qu'une partie minoritaire de l'ancien territoire des Helvètes.

Les Helvètes avaient décidé de quitter leur territoire pour venir s'installer en Gaule et voici ce qu'écrit César (Guerre des Gaules, livre I en 7 et 8) :

« César, à la nouvelle qu'ils (il s'agit des Helvètes) prétendaient faire route à travers notre province (il s'agit de la Narbonnaise), se hâte de quitter Rome, gagne à marches forcées la Gaule transalpine (c'est-à-dire la France) et arrive devant Genève. Il ordonne de lever dans toute la province le plus de soldats possible ; il y avait en tout dans la Gaule transalpine une légion ; et fait couper le pont de Genève (celui qui faisait communiquer Genève avec le territoire des Helvètes)....

En attendant, il employa la légion qu'il avait et les soldats qui étaient venus de la province à construire, sur une longueur de dix-neuf milles (soit 28 kms), depuis le lac Léman, qui déverse ses eaux dans le Rhône, jusqu'au Jura, qui forme la frontière entre les Séquanes (les Séquanes étaient installés dans la partie sud de la Franche-Comté), et les Helvètes, un mur haut de seize pieds (soit 4,74 mètres de haut) et précédé d'un fossé. Ayant achevé cet ouvrage, il distribue des postes, établit des redoutes, afin de pouvoir mieux leur interdire le passage s'ils veulent le tenter contre son gré....

Les Helvètes, déchus de leur espérance, essayèrent, soit à l'aide de bateaux liés ensemble et de radeaux qu'ils construisirent en grand nombre, soit à gué, aux endroits où le Rhône avait le moins de profondeur, de forcer le passage du fleuve, quelquefois de jour, plus souvent de nuit ; mais ils se heurtèrent aux ouvrages de défense, furent repoussés par les attaques et les tirs de nos soldats, et finirent par renoncer à leur entreprise »

Moralité : Jules César sauva Genève d'une invasion suisse ! A noter que c'est dans le texte de César sur la « Guerre des Gaules » qu'apparaît le nom de Genève pour la première fois.

3-Genève et la Savoie burgondes :

En l'an 443 de notre ère, les Romains cède la Sapaudia aux Burgondes, peuple d'origine germanique. La Sapaudia a donné son nom à la Savoie, mais la Sapaudia de l'époque était plus vaste que l'actuelle Savoie (dans cette note, le terme « Savoie » désigne les actuels départements de Savoie et Haute-Savoie) et comprenait une partie de la Suisse. Et c'est Genève qui se retrouve capitale d'un premier royaume burgonde, mais pas pour longtemps car les Burgondes transfèrent leur capitale à Lyon en 467 et entreprennent une politique d'expansion territoriale. Cette expansion les fait entrer en conflit avec les Francs dès 523 et les Burgondes vaincus en 534, les fils de Clovis se partagent le royaume burgonde et c'est Childebert qui récupère un secteur comprenant Lyon, Vienne, Grenoble, la Savoie et Genève.

4-Genève et la Savoie franques :

Sous la domination franque, Genève comme la Savoie dépendent des souverains mérovingiens puis carolingiens dont Charlemagne.

5-Genève et la Savoie dans le Saint Empire romain germanique :

En 888, avec la mort du dernier carolingien, de nouveaux royaumes de Bourgogne voient le jour dont un royaume de Bourgogne tranjurane dans lequel se retrouvent Genève et une partie de la Savoie.

En 1032, Savoie comme Genève tombent sous la coupe du Saint Empire romain germanique, mais avec des évolutions différentes. A Genève ce sont les évêques qui gouvernent tandis qu'en Savoie apparaît une nouvelle dynastie vassale du St Empire : celle de la Maison de Savoie. Voir sur mon blog la fiche N°66 : « histoire de la Maison de Savoie ».

Autour de Genève s'était créé dans les années 900 un comté de Genève, appelé plutôt par les historiens « comté de Genevois », ce qui est beaucoup plus logique car un comté de Genève ne comprenant pas la cité de Genève, prête à confusion. Cela entraîna des conflits de pouvoir entre les évêques de Genève et les comtes de Genevois. Une vingtaine de comtes se succédèrent et le dernier nommé Odon vendit le comté de Genevois en 1401 à Amédée VIII alors comte de Savoie ; mais cela n'incluait pas la cité de Genève elle-même. Les souverains de Savoie récupérèrent le titre de comte de Genève. Ils avaient déjà entrepris depuis le XIIIe siècle une politique d'expansion et annexé une partie de l'actuelle Suisse jusqu'à Sion.

Genève se trouva complètement encerclée par les possessions de la Maison de Savoie et naturellement les Comtes devenus Ducs de Savoie en 1416, rêvaient de prendre Genève dont ils auraient probablement fait leur capitale.

6-la séparation :

En 1309 l'évêque de Genève Aymon avait accordé l'indépendance à la cité de Genève qui à ses débuts fut gouvernée par 4 syndics. Le 14 novembre 1477, la cité de Genève s'alliait avec Berne et Fribourg pour se prémunir contre la Savoie.

Le 10 décembre 1525, la Savoie parvenait à imposer un protectorat à Genève mais celui-ci fut annulé dès 1526. Le 21 mai 1536 Genève adoptait la réforme et se déclarait ville protestante (probablement pour s'affranchir plus sûrement de la Savoie). Calvin résida à Genève en 1536, fut expulsé de la ville en 1538 et fut rappelé en 1541 où il résida jusqu'à sa mort le 27 mai 1564.

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, les Savoyards tentèrent de s'emparer de force de Genève qui résista. Cette « nuit de l'escalade » est célébrée chaque année à Genève. Voir "Genève" sur la note N°56 http://jean.delisle.over-blog.com/article-savoie-et-maison-de-savoie-99226231.html

Par le traité de Saint Julien du 21 juillet 1603, la Savoie reconnaissait l'indépendance de Genève. Un traité de Turin du 3 juin 1754 précisait les frontières entre Genève et Savoie. Dès 1535, Genève cité indépendante prit le nom de « République de Genève ».

7-retrouvailles :

En septembre 1792, la France envahissait la Savoie et transformait l'ancien duché de Savoie en département du Mont-Blanc dont Chambéry fut la capitale puis en 1798, la France s'emparait de Genève et adoptait un nouveau découpage administratif : Genève devenait chef-lieu d'un département du Léman tandis que Chambéry restait chef-lieu du département du Mont-Blanc. Le département du Léman fut créé par une loi du 25 août 1798. Il comprenait le pays de Gex, Genève et une partie prise sur le département du Mont-Blanc. Ce département était divisé en 3 arrondissements (Genève, Bonneville et Thonon) et 27 cantons. Puis une loi du 17 février 1800 prit encore 5 cantons au département du Mont-Blanc ((Chamonix, Saint-Gervais, Megève, Flumet et Sallanches) pour les rattacher au département du Léman. Le département dont la capitale était Chambéry conserva son nom de département du Mont-Blanc malgré que le Mont-Blanc ne s'y trouvait plus.

Réunir Genève et la Savoie, ce que les souverains de Savoie n'étaient pas parvenus à réaliser malgré plusieurs siècles d'efforts, le Directoire le fit.

8-dernière séparation :

Avec la chute de Napoléon, Genève devint un canton suisse, officiellement le 31 décembre 1815.

Lors des négociations en 1859/1860 pour la réunion de la Savoie à la France, il y eut (tant à Genève qu'en Haute-Savoie) un important mouvement de partisans d'un rattachement à la Suisse d'une grande partie de l'actuelle Haute-Savoie, mais cela échoua. Sur cette question particulière, on peut se reporter à l'étude de Paul Guichonnet (historien genevois) : « La Savoie du Nord et la Suisse » publiée par la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie en 2001 dans la série « L'Histoire en Savoie ».

9-conclusion :

Actuellement, il y a d'importants mouvements de frontaliers entre Genève et les départements français limitrophes, avec d'une part des Genevois qui viennent habiter en France et des Français plus nombreux qui travaillent à Genève. Une coopération transfrontalière se développe. Pour l'encourager, on peut rappeler que grosso-modo, sur les 25 derniers siècles, Genève et Savoie cohabitèrent une vingtaine de siècles sous la même autorité politique, dont celle de César, celle de Charlemagne et celle de Napoléon 1er.

J.D. 12/12/2013

plaque rue de la Corraterie à Genève commémorant l'escalade, photo Abraham Batista

plaque rue de la Corraterie à Genève commémorant l'escalade, photo Abraham Batista

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