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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 20:55

« La grande pitié des églises de France » est le titre d'un ouvrage publié en 1914 chez Emile-Paul frères. La dernière édition de 2012 a été publiée aux Presses Universitaires du Septentrion. Cet ouvrage récapitule l'ensemble des interventions, des articles, des actions qui furent menées de 1910 à 1914 par Maurice Barrès pour la défense du patrimoine architectural constitué par les églises de France (voir sur mon blog les notes N° 125http://jean.delisle.over-blog.com/la-loi-de-séparation-n-125.html, 126http://jean.delisle.over-blog.com/la-destruction-d-églises-en-france-n-126.html et 139http://jean.delisle.over-blog.com/2013/11/portrait-d-un-orateur-n-139.html).

En 1911, lors d'interventions à la Chambre (des députés), Maurice Barrès lut devant les députés plusieurs correspondances qu'il avait reçues. Dans l'une d'entre elles, le correspondant compare 2 départements français aux coutumes vraiment différentes : l'Eure-et-Loir et la Loire Inférieure (devenue la Loire-Atlantique le 9 mars 1957). Barrès ne donne aucune indication sur l'identité de l'auteur de la lettre. Mais cette lettre à l'époque n'a suscité aucune réaction négative, elle a donc quelque chance de correspondre à la réalité. Il m'a semblé intéressant à la lecture de ce texte d'en donner connaissance, comme témoin d'une époque. Cela devrait intéresser au moins mon frère et ma belle-sœur qui vécurent en Eure-et-Loir jusqu'en 2004 et qui sont depuis en Loire-Atlantique. Voici le texte :

« J'habite deux pays très différents, la Loire-Inférieure et l'Eure-et-Loir. Dans la Loire-Inférieure, tous vont à la messe et tous pour y aller revêtent les habits du dimanche. Le samedi, les femmes ont été occupées à empeser et à repasser leurs coiffes et les chemises des hommes. Le dimanche matin, la population féminine, soigneusement et joliment coiffée, coquettement vêtue, avec des raffinements de propreté, la population masculine habillée de drap noir, tout le monde se dirige par groupes vers l'église. Je néglige le côté spirituel et fondamental de l'acte pour n'en retenir que le côté matériel : l'édifice, la cérémonie, les enfants de chœur, le prêtre en ses habits de soie et d'or, tout donne aux yeux une impression d'ordre et de beauté, à l'esprit une jouissance, au corps une détente. De toute la journée, pas un costume de travail ne paraît dans le pays. C'est le repos, c'est le bien-être.

En Eure-et-Loir, rien de semblable. Pas un homme ne quitte ses vêtements de travail. Peu de femmes interrompent leur labeur quotidien. Les vêtements sont ceux d'hier, les pensées celles du lendemain, l'effort celui de tous les jours. Il y a bien quelque armoire où reposent des redingotes et d'antiques chapeaux hauts de forme, mais cela ne sert que pour le enterrements ou les mariages, car les foires même n'existent plus, les marchands venant à domicile. Bien peu pour Pâques et la Toussaint, à peine pour la fête locale et le 14 juillet, quitte-t-on ces vêtements de travail qui semblent incrustés à ces corps, à ces corps de sauvages, vous avez dit le mot. Les chevaux de bois de la fête locale, et les bals dans la lourde atmosphère de l'auberge, sont les seules diversions à l'enlisement de ces corps et de ces esprits dans les préoccupations matérielles et l'effort continu qui les absorbent. Si la tenue et la propreté du vêtement, si les impressions artistiques, si l'idée morale ont une valeur, même en dehors de toute conception religieuse, quelle sera, de ces deux populations, celle dont les mœurs seront plus raffinées, plus policées ? Poser la question, c'est amener la réponse »

J.D. 14.12.2013

la porte Guillaume à Chartres, détruite par les Allemands dans la nuit du 15 au 16 août 1944. Elle avait été édifiée au VIIe siècle par Guillaume de Ferrières. Une chapelle avait été aménagée au premier étage en 1250

la porte Guillaume à Chartres, détruite par les Allemands dans la nuit du 15 au 16 août 1944. Elle avait été édifiée au VIIe siècle par Guillaume de Ferrières. Une chapelle avait été aménagée au premier étage en 1250

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