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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 19:01

1-L'Italie dans la triple alliance :

A partir du royaume de Sardaigne, l'unité de l'Italie avait pu se réaliser grâce à l'appui de la France de Napoléon III et aux victoires sur l'Autriche. L'affaiblissement de l'Autriche devait coûter cher, peu d'années plus tard, à la France et à Napoléon III (voir sur le blog la note N°1 « réunion de la Savoie et de Nice à la France »)http://jean.delisle.over-blog.com/article-reunion-de-la-savoie-et-de-l-arrondissement-de-nice-a-la-france-en-1860-55731847.html

Après s'être alliée à la France contre l'Autriche, l'Italie s'allia à la Prusse en 1866, encore contre l'Autriche, et récupéra Venise et la Vénétie.

Le nouveau royaume d'Italie, proclamé le 17 mars 1861, occupé à faire son unité, avait pris du retard dans beaucoup de domaines sur les autres pays européens et spécialement dans la constitution d'un empire colonial.

*L'Italie avait des visées sur la Tunisie où ses nationaux étaient les étrangers les plus nombreux, mais elle fut prise de vitesse par la France. Sous prétexte de protéger sa frontière algérienne, la France envahit la Tunisie et en fit d'abord un protectorat français par le traité du Bardo signé le 12 mai 1881 avec le bey de Tunis. Lequel protectorat se transforma en annexion par la Convention de la Marsa le 8 juin 1883.

*Le 7 octobre 1879, l'empire allemand et l'empire d'Autriche-Hongrie avaient signé un traité d'assistance mutuelle, appelé « duplice ». Les Autrichiens pour se prémunir contre les visées des Russes dans les Balkans et les Allemands contre la France dont ils pensaient qu'ils voudraient récupérer l'Alsace et la Lorraine.

*Mécontente de l'intervention française en Tunisie, l'Italie rejoignit le 20 mai 1882 l'alliance entre l'Allemagne et l'Autriche et la « duplice » devint la « triplice » ou triple alliance.

*En face, la France, la Grande-Bretagne et la Russie s'unissaient dans la triple entente en 1907. Il y eut d'abord des accords entre la Russie et la France en 1892/1893, puis entre l'Angleterre et la France ((entente cordiale 8 avril 1904), puis entre la Grande-Bretagne et la Russie le 31 août 1907 qui transformèrent de fait des accords bilatéraux en triple entente.

2-l'Italie neutre :

Les accords de la triple alliance étaient des accords défensifs, qui n'engageaient les signataires qu'en cas d'agression de l'un d'eux. Or ce fut l'Empire d'Autriche-Hongrie qui déclara la guerre à la Serbie et l'Empire allemand qui déclara la guerre à la Russie puis à la Belgique et à la France. L'Italie en profita d'abord pour rester neutre dans le conflit et surtout pour se vendre au plus offrant. La diplomatie italienne négocia des avantages territoriaux, avec les 2 camps, avant de s'engager.

L'opinion italienne était très divisée : Il y avait les pacifistes opposés à l'entrée en guerre de l'Italie, les partisans de l'entrée en guerre avec l'Allemagne et l'Autriche et ceux qui voulaient un engagement avec la triple entente (Angleterre, France, Russie). Parmi ces derniers signalons particulièrement 2 personnalités : Benito Mussolini et Gabriele d'Annunzio.

*Benito Mussolini : (1883/1945) milita d'abord au sein du parti socialiste italien (PSI) et fut directeur à partir de 1912 de « Avanti » organe du PSI.

Pacifiste, Mussolini participa même à la « semaine rouge » (Settimana rossa) du 7 au 14 juin 1914. Mouvement pacifiste parti d'Ancône qui s'opposait à l'intervention militaire italienne en Libye dans le cadre de la constitution par l'Italie d'un espace colonial.

Puis Mussolini vira de bord complètement et défendit la participation à la guerre du côté de la triple entente. Il fut exclu du PSI le 29 novembre 1914 et créa alors son propre journal : « Il popolo d'Italia » et le parti fasciste après la guerre (en 1921) et l'on connaît la suite. Lors de l'entrée en guerre de l'Italie, Mussolini fut enrôlé au 11e bersaglier le 2 septembre 1915 et envoyé au front. Promu caporal le 1er mars 1916 il fut blessé le 23 février 1917 et réformé.

On peut au passage faire un parallèle entre le parti communiste français (PCF) né au Congrès de Tours en décembre 1920 d'une scission du parti socialiste, l'ancienne SFIO (section française de l'internationale ouvrière) et le parti communiste de l'Italie (PCI) né d'une scission du parti socialiste italien au congrès de Livourne en janvier 1921. Mais les comparaisons ont leurs limites. Le PCI sous la direction de Palmiro Togliatti (1893/1964) d'abord puis d'Enrico Berlinguer (1922/1984) ensuite sut prendre ses distances avec le PCUS (parti communiste de l'Union Soviétique), ce que ne fit pas le PCF. Le PSI a d'ailleurs changé son nom en 1991 pour devenir le PDS (parti démocratique de la gauche étant entendu que « gauche » en italien se dit « sinistra », tout un programme!)

*Gabriele d'Annunzio : (1863/1938) patriote italien, auteur de romans, de pièces de théâtre, poète, élu député en 1897. Lorsque l'Italie entra en guerre, il s'engagea dans l'aviation (il avait plus de 50 ans). Un de ses exploits est d'avoir effectué un raid jusqu'à Vienne le 9 août 1918 pour balancer des tracts à la population autrichienne.

En Italie la victoire fut appelée « victoire mutilée » parce que toutes les promesses faites pour engager l'Italie dans la guerre avec la triple entente ne furent pas tenues.

D'Annunzio n'accepta pas cette situation, avec quelques troupes il s'empara de Rijeka (Fiume en italien) en septembre 1919 pour « offrir » à l'Italie ce territoire situé à la jonction entre l'Istrie et la côte dalmate. Aujourd'hui port de Croatie.
Le gouvernement italien ne suivit pas immédiatement. D'Annunzio proclama un état libre mais dû évacuer en 1922. Finalement l'Italie l'annexa en 1924, mais la région fut cédée à la Yougoslavie par le traité de Paris du 10 févr
ier 1947.

3-L'Italie dans la guerre :

Le 4 mars 1915, l'Italie avait adressé un mémorandum aux puissance de la triple entente pour résumer ses revendications territoriales ; les voici telles que décrites par Georges Suarez dans « Briand » tome III (publié en mars 1939), chapitre III :

« Le mémorandum italien du 4 mars demandait au nord tout le Trentin (région de Trente que l'Italie récupéra en 1919) l'annexion, sur la côte orientale de l'Adriatique, de trois têtes de pont, la première contiguë à la Vénétie (avec Trieste qui appartenait à l'Autriche-Hongrie) la seconde, plus au sud, comprenant les deux tiers de la Dalmatie et enfin un territoire turc, Vallona, clef du canal d'Otrante avec une sorte de protectorat sur l’État albanais. En Asie mineure, elle réclamait la région d'Adalia en face des îles du Dodécanèse et dans le cas où les nations de l'Entente s'enrichiraient de dépouilles coloniales de l'Allemagne des compensations à déterminer sur les confins de la Somalie, de l’Érythrée et de la Libye, c'est-à-dire au détriment des possessions françaises et anglaises. »

Mais le gouvernement italien avait précisé que l'armée italienne ne pourrait matériellement entrer en campagne avant le 14 avril (1915)

Toujours selon Suarez, en cas de victoire, l'Allemagne avait, elle, promis l’Égypte à l'Italie.

Le 9 mars les puissances de l'Entente faisaient parvenir leur accord à l'Italie, le 26 avril, un traité était signé à Londres. Ce traité fut complété le 26 avril 1917 par « l'accord de Saint Jean de Maurienne » qui précisait ce qui devait revenir à l'Italie sur la côte est de l'Adriatique .

Le 8 mai 1915, l'Italie dénonçait la Triplice

Le 20 mai la Chambre des députés italienne conférait à son gouvernement les pleins pouvoirs pour faire la guerre

Le 23 mai (1915) Victor-Emmanuel III déclarait la guerre à l'empire d'Autriche-Hongrie

Le 24 mai le prince de Bulow ambassadeur allemand à Rome, quittait la ville avec tout le personnel de l'ambassade

Le 27, Rome rompait les relations diplomatiques avec Berlin mais sans déclarer la guerre à l'Allemagne.

L'Italie entra en guerre mais sans y être prête. Voici ce qu'écrit Suarez (ouvrage cité, même tome chapitre IX) :

« Du côté italien , on n'était pas non plus dans une situation très favorable pour réaliser des opérations d'envergure. Depuis le 20 mars (1916), le général Cadorna (qui était alors chef d'état-major italien) était en France. Il avait exposé à Joffre que son armée souffrait du manque de matériel, en particulier de mitrailleuses et d'artillerie lourde, et qu'il ne pouvait encadrer ni armer les nombreuses classes de soldats qui garnissaient les dépôts. Dans le courant de mars, Joffre avait demandé à Cadorna de prononcer sur les parties praticables de son front une offensive de diversion en faveur de notre armée qui se battait seule à Verdun. Cadorna donna l'ordre aussitôt, selon sa propre expression, d'intensifier les patrouilles sur l'Isonzo. Peut-être était-ce ainsi qu'il entendait une offensive ? Tous les prétextes lui étaient bons pour ajourner l'effort qu'on lui demandait. Les rapports de la mission militaire en Italie en faisaient foi ».

L'Italie fit la guerre à l'Autriche, un front se stabilisa rapidement sur l'Isonzo, rivière qui prend sa source en Slovénie et se jette dans l'Adriatique côté italien. De juin 1915 à novembre 1917, il y eut 12 batailles « de l'Isonzo ». La douzième appelée aussi « bataille de Caporetto » se déroula du 24 octobre au 9 novembre 1917. L'Autriche, renforcée de troupes allemandes enfonça complètement le front italien qui subit d'énormes pertes tant en soldats qu'en matériel.

Cadorna fut remplacé, un front de repli s'organisa sur le Piave (fleuve côtier qui prend sa source dans les Alpes orientales et se jette dans l'Adriatique au nord-est de Venise) et arrêta l'offensive austro-allemande en attendant que l'Italie remporte une importante victoire du 24 au 29 octobre 1918 dite « bataille du Piave ».

La participation de l'Italie mobilisa des troupes autrichiennes d'abord puis austro-allemandes ensuite et les troupes occupées sur ce front ne furent pas disponibles ailleurs pour la triple alliance (l'empire ottoman avait remplacé l'Italie comme principal allié des Austro-allemands à compter d'octobre 1914). La victoire italienne d'octobre 1918 participa à la fin de la guerre.

Selon les chiffres disponibles, les Italiens auraient eu 650.000 morts dans cette guerre, 950.000 blessés et des milliers de « disparus ».

En outre, le coût financier de la guerre entraîna l'inflation, le chômage... et fit le lit du fascisme comme il fit le lit du nazisme en Allemagne.

J.D. 21 février 2014

P.S. La récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 intitulée : « blog, liste des articles »http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html.

Cesare Battisti patriote italien pendu à Trente, par les Autrichiens, le 11 juillet 1916, photo publiée le 12 août 1917 dans "Le Miroir"

Cesare Battisti patriote italien pendu à Trente, par les Autrichiens, le 11 juillet 1916, photo publiée le 12 août 1917 dans "Le Miroir"

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jean.delisle.over-blog.com - dans Italie guerre de 14 Mussolini Gabriele d'Annunzio

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