Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 14:36

*Entre le 2 et le 18 août 1914, la France mobilisa 3.780.000 soldats (sur une population de 39 millions d'habitants au début de la guerre) et 8.410.000 durant la durée de la guerre dont 5% « d'indigènes » (ce qui signifie au passage que 95% n'en étaient pas). Redisons encore une fois (voir note N°154) que l'héroïque résistance belge permit à la France de terminer sa mobilisation et aux Anglais d'arriver au Havre et à Rouen à partir du 18 août 1914, le jour même où les armées allemandes franchissaient la frontière française!

*Cette énorme mobilisation vida les campagnes et les entreprises d'une bonne partie de leurs travailleurs. Or dans les campagnes, il fallait s'occuper des animaux, faire les moissons, les vendanges et autres récoltes. Dès le 7 août 1914, René Viviani alors président du Conseil (aujourd'hui on dit premier ministre) lançait un appel aux femmes, surtout à celles de la campagne. Les guerres du XIXe siècle avaient été courtes ainsi que quelques conflits en Europe au début du XXe siècle. L'opinion publique comme les autorités étaient persuadées que la guerre qui commençait serait courte elle aussi. Il fallut vite déchanter ! Il fallut aussi faire face à l'énorme consommation de munitions qui n'avaient pas été prévue, au ravitaillement des soldats et de la population....

*Des millions de femmes remplacèrent les hommes partout. Aussi bien à la campagne que dans les usines mais aussi dans les services : transports, santé (surtout pour soigner les blessés de la guerre) etc.

*Cette situation a déjà fait l'objet de nombreuses publications. L'ouvrage de référence sur ce sujet semble être : « La femme au temps de la guerre de 14 » publié en 1986 et œuvre de Françoise Thébaud, historienne qui enseigna à l'Université d'Avignon.

*En complément, voici un témoignage d'Aristide Briand extrait de son journal intime et publié par Georges Suarez (dans « Briand » tome IV publié en avril 1940, chapitre X) :

« jeudi 28 février 1918, déjeuner à l'usine Citroën avec Henri Robert et Berthelot. Cette immense usine, installée, réglée à l'américaine, a surgi de la guerre. C'est une ville. Quinze mille ouvriers et ouvrières ; quarante mille obus par jour. Dans un seul atelier immense, six mille femmes manient avec aisance, sans rien perdre de leur grâce parisienne, d'énorme instruments d'acier. Qu'adviendra-t-il de tout cela après la paix ? Que feront ces machines ? Quelle sera la vie de ces femmes ? Voilà le problème de demain - pas facile à résoudre. Pourtant il y a des gens qui, béatement s'imaginent que la guerre finie, les peuples reprendront le cours paisible et le petit tran tran d'avant guerre. »

*L'usine Citroën dont parle Briand se trouvait dans le quinzième arrondissement de Paris Quai de Javel. Elle fonctionna de 1915 à 1974. C'est en 1958 que le Quai de Javel fut débaptisé pour devenir le Quai André Citroën.

*De nombreuses usines, comme cette usine Citroën, furent créées pour les besoins de l'industrie de guerre. Sur ce sujet, voici ce qu'on peut lire dans « Isère magazine » (publié par le Conseil Général de l'Isère) dans le numéro daté avril 2014 et dans un article intitulé : « Les Isérois dans la Grande Guerre » (pages 16 à 24) :

« Lorsque la guerre éclate.... les sociétés travaillant pour la Défense nationale se comptent sur les doigts d'une main (dans le département de l'Isère) ….En septembre 1914, la crise des obus va bouleverser le paysage économique isérois. Les réserves de projectiles étant épuisées, les autorités militaires demandent aux industriels français de se lancer dans la fabrication massive de munitions....De nombreuses entreprises métallurgiques iséroises adaptent leurs ateliers et se lancent dans la fabrication d'armement, douilles, amorces, obus. En octobre 1915, on en comptera 114...De 500 pièces au mois de janvier 1915, la production d'obus des seuls établissements Bouchayer-Viallet grimpe jusqu'à un million d'unités durant l'année 1916. Autre secteur qui va prendre un essor important durant cette guerre ; l'industrie chimique. Le 22 avril 1915, les Allemands utilisent pour la première fois à Ypres, en Belgique, des gaz toxiques contre des soldats français et canadiens. En réaction, les autorités françaises décident de développer la fabrication de gaz de combat et choisissent l'Isère pour les élaborer. Avant guerre, la chimie est un secteur mineur , en Isère, présent principalement dans la vallée de la Romanche. Mais la volonté du gouvernement français est telle , qu'en à peine un an, deux pôles de fabrication de chlore, de soude, de phénol et de substances explosives vont être créés de toutes pièces à Pont-de-Claix-Jarrie, dans le sud grenoblois, et à Roussillon, dans la vallée du Rhône. En février 1916, la réplique française impressionnera les Allemands qui riposteront à leur tour, causant de ce fait une escalade dans l'utilisation des armes chimiques. Toute cette industrie, encore en activité aujourd'hui dans le sud-grenoblois et la vallée du Rhône, est née de ce conflit. ».

*Partout les femmes représentent une grande part de la main-d’œuvre pendant la guerre. On peut citer l'exemple de l'usine Renault à Boulogne-Billancourt qui employait 190 femmes en janvier 1914 et 6.770 au printemps 1918. Les femmes qui travaillaient pour l'armement furent surnommées « les munitionnettes ». Elles travaillaient 11 heures par jour, souvent pour des travaux physiquement très durs.

*Dans les cérémonies de commémoration de la guerre de 14, on rend toujours hommage aux « poilus », ce qui est juste, mais on doit souvent oublier le travail des femmes durant la guerre et c'est pourtant grâce à elles que le pays put faire face.

Après la guerre :

En visitant l'usine Citroën, Aristide Briand se posa les bonnes questions : Qu'allaient devenir l'industrie de guerre et les femmes, la paix revenue.

*Le 11 novembre 1918, il y avait encore, pour la France, 5 millions de soldats mobilisés. Depuis début août 1914, la guerre avait fait pour la France 1.700.000 morts : 300.000 civils et 1.400.000 militaires (dont moins de 100.000 pour les coloniaux) et 3 millions de blessés.

*Un secrétaire d'Etat à la démobilisation fut nommé (Louis Deschamps). Les soldats furent démobilisés par contingent en tenant compte de l'ancienneté. Pour l'essentiel, la démobilisation s'étala de novembre 1918 à septembre 1919 et même jusqu'en mars 1921 pour les recrues les plus jeunes.

*Lentement mais sûrement les hommes démobilisés reprirent leur place dans les activités pendant que toutes les entreprises créées pour les besoins de la guerre se reconvertissaient ou fermaient. Beaucoup de femmes durent retourner à leur fourneau. La nation fut-elle reconnaissante envers les femmes pour leur mobilisation massive durant les années de guerre ?. Sans hésiter, on peut répondre NON ! :

*C'est en 1848, en France, qu'avait été institué le droit de vote « universel » pour... les hommes. Beaucoup d'hommes de gauche de la troisième République, anti-cléricaux, s'opposèrent au vote des femmes, craignant qu'elles ne votent plus à droite que le corps électoral masculin. Il fallut attendre une ordonnance prise à Alger le 21 avril 1944 (confirmée par une autre ordonnance du 5 octobre 1944) pour que les femmes aient le droit de vote et y participent pour la première fois lors d'élections municipales le 29 avril 1945 ! Paradoxalement les femmes en France eurent le droit d'être élues avant d'avoir le droit de voter. C'est ainsi que l'on trouve, par exemple, 3 femmes dans le gouvernement de Léon Blum en 1936.

*Il fallut attendre une loi du 13 juillet 1965 (loi 65.570) réformant le régime matrimonial issu du code civil de 1804 pour que les femmes puissent gérer leurs biens, s'ouvrir un compte en banque et exercer une activité professionnelle sans l'accord de leur mari !

*Il fallut attendre une loi du 4 juin 1970 pour que soit reconnu l'égalité entre les deux parents pour « l'autorité parentale ». Une loi de 1915 avait transféré aux mères l'autorité parentale sur les enfants quand les pères étaient mobilisés, mais cela avait duré le temps de la guerre.

*etc et ce malgré que la constitution de la IVe république du 27 octobre 1946 ait proclamé l'égalité entre les hommes et les femmes !

*L'abolition des privilèges du 4 août 1789, ce ne fut pas pour tout le monde ! Il suffit de se souvenir d'Olympe de Gouges dont la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » fut rejetée, par le corps électoral...masculin, le 28 octobre 1791, tandis qu'Olympe finissait guillotinée le 3 novembre 1793 !

Et que dire du sort des femmes encore aujourd'hui dans de nombreux pays sur terre !

J.D. 16 avril 2014

La récapitulation des notes de ce blog consacrées à la guerre de 14 se trouve sur la fiche N°76 :

http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

Elisabeth de Bavière reine de Belgique, surnommée "la reine infirmière" photo publiée dans "Le Miroir" du 21 octobre 1917

Elisabeth de Bavière reine de Belgique, surnommée "la reine infirmière" photo publiée dans "Le Miroir" du 21 octobre 1917

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

Recherche

Liens