Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 16:45

Le 24 mars 1925, Chamberlain fit une déclaration devant la Chambre des Communes qui résume une constante de la politique étrangère britannique au fil des siècles. Cette déclaration est rapportée par Georges Suarez dans « Briand » tome VI (publié en 1952), chapitre I. La voici :

« La France a besoin de sécurité. L'Angleterre reconnaît ce besoin et a le devoir de prêter son aide à la France. D'ailleurs, l'intérêt de l'Angleterre est aussi en jeu. Toutes nos plus grandes guerres ont été menées pour empêcher toute grande puissance européenne de dominer l'Europe et en particulier d'occuper seule les côtes de la Manche et les ports des Pays-Bas. C'est pour cette raison que nos ancêtres ont combattu l'Espagne à l'apogée de sa puissance, que nos grands-pères ont combattu Napoléon et que nous-mêmes, nous avons été en guerre avec l'Allemagne. C'est la question de notre propre sécurité qui se pose en ce moment. D'ailleurs, nous sommes engagés par les articles 42 et 44 du Traité de Versailles qui concernent la rive gauche du Rhin... »

Commentaires :

*Le Chamberlain dont il est question est Austen Chamberlain qui fut ministre britannique des Affaires étrangères de 1925 à 1929 et qu'il ne faut pas confondre avec son demi-frère Arthur Nevillle Chamberlain qui fut premier ministre britannique du 28 mai 1937 au 10 mai 1940. C'est ce dernier qui baissa son froc ainsi que Daladier à Munich en 1938 et qui à leur retour furent accueillis en héros pour « avoir sauvé la paix ». On sait ce qu'il en fut !

*Après l'armistice du 11 novembre 1918, il y eut le désastreux traité de Versailles (œuvre de Clemenceau) et la non moins désastreuse occupation de la Ruhr (œuvre de Poincaré). Voir la fiche N°172 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/04/le-desastreux-traite-de-versailles-n-172.html

*L'intervention d'Austen Chamberlain devant la Chambre des Communes se situe entre la conférence de Cannes (voir la fiche N° 177 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/06/la-conference-de-cannes-n-177.html) et le retour d'Aristide Briand sur la scène politique. Il redevint Président du Conseil du 28 novembre 1925 au 17 juillet 1926 en se réservant en outre le porte-feuilles des Affaires étrangères dont il fut en plus ministre du 23 juillet 1926 au 12 janvier 1932. Durant les années où Briand eut en charge les affaires étrangères de la France, il eut 2 objectifs principaux :

-travailler à réintégrer l'Allemagne dans le concert des Nations et à s'entendre avec l'Allemagne, ce qui fut rendu difficile par l'élection le 26 avril 1925 du maréchal Hindenburg comme chancelier du Reich (c'est-à-dire de la République de Weimar). « Le choix comme président du Reich d'un coupable de guerre, produisit dans les chancelleries et l'opinion l'effet d'une provocation »

-maintenir une alliance défensive avec l'Angleterre pour le cas où le militarisme « prussien » reprendrait le dessus.

Il œuvra en tant que représentant du gouvernement français et aussi au sein de la Société des Nations. Sur le premier point son entente avec Gustav Streisemann, qui eut en charge la politique étrangère de la République de Weimar à partir de 1923, permit d'atteindre les objectifs recherchés et en 1926, cela valut à Briand et Streisemann de recevoir conjointement un prix Nobel de la paix. Mais Streisemann mourut le 3 octobre 1929 et Briand le 7 mars 1932. Et l'on connaît la suite dès 1933 !

*L'intervention de Chamberlain le 24 mars 1925 illustre parfaitement la continuité de la politique britannique au fil des siècles. Ceux-ci surent toujours intervenir dans les affaires des européens continentaux pour sauvegarder leurs intérêts. Mais peut-on reprocher aux Anglais de défendre les intérêts des Anglais ?

Au cours de l'Histoire, ils surent à de nombreuses reprises susciter des coalitions de l'Europe contre la France, mais si la diplomatie britannique fut plus intelligente que la nôtre, à qui la faute ?

*A toutes les époques, il y eut en Angleterre, comme dans tous les pays, de nombreux problèmes internes. N'oublions pas que les Anglais coupèrent la tête à leur roi (Charles 1er décapité le 30 janvier 1649) bien avant que le pauvre Louis XVI ne perde la sienne (le 21 janvier 1793) que Thomas Cromwell fut décapité (le 28 juillet 1540) qu'Henri VIII fit décapiter 2 de ses épouses, qu'Olivier Cromwell mort le 3 septembre 1658, fut déterré pour être décapité, qu'Elisabeth 1ère fit décapiter sa cousine Marie-Stuart (le 8 février 1587) qui avait été reine d'Ecosse et reine de France …sans oublier l'assassinat, le 29 décembre 1170, sur ordre du roi Henri II, de Thomas Becket archevêque de Canterbury etc etc etc

*Des années 1780 à nos jours, la France connut : la royauté, la première République, le premier Empire, le retour des Rois, la seconde République, le second Empire, la troisième République, l’État français, la quatrième puis la cinquième République. Durant le même temps les Anglais conservèrent leur monarchie et le fait que les monarques (depuis Henri VIII) soient aussi chef de l’Église anglicane contribue probablement à la stabilité du système. Bien sûr que les pouvoirs d'Elisabeth II (reine depuis 1952) ne sont plus ceux de son arrière-arrière grand-mère : Victoria (reine de 1837 à 1901) mais la continuité de la royauté explique probablement la continuité du système et la continuité de la politique.

J.D. 27 juin 2014

Réception de George V à Paris, photo publiée par "Le Miroir" du 8 décembre 1918

Réception de George V à Paris, photo publiée par "Le Miroir" du 8 décembre 1918

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

Recherche

Liens