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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 17:59

Le 7 septembre 1925, Gustav Streisemann adressait une lettre au Kronprinz.

*Gustav Streisemann né en 1878 fut chancelier de la République de Weimar du 13 août 1923 au 23 novembre 1923 puis ministre des Affaires étrangères jusqu'à sa mort le 3 octobre 1929

*Guillaume de Hohenzollern ou Guillaume de Prusse (1882/1951) dit le Kronprinz était le fils héritier de l'empereur Guillaume II (1859/1941). Il fut déchu de ses droits de prince-héritier lors la proclamation de la République de Weimar et de l'abdication de Guillaume II le 9 novembre 1918.

*Guillaume II s'était réfugié en Hollande après son abdication et la reine de Hollande (Wilhelmine, reine de 1890 à 1948) s'opposa à son extradition par les alliés qui voulaient le juger. Le Kronprinz avait été exilé en Hollande. Il put revenir en Allemagne en 1923 grâce à Streisemann. Il soutint Hitler lors de sa prise de pouvoir et les nazis se servirent du Kronprinz comme caution morale.

*le contexte : Après le désastreux traité de Versailles, la désastreuse occupation de la Ruhr et l'effondrement de l'économie allemande, les alliés comprirent que de laisser sombrer l'Allemagne n'arrangerait les affaires de personne. Il y avait en outre la crainte d'une contagion communiste. Des négociations furent conduites qui aboutirent aux accords de Locarno signés le 16 octobre 1925. Les négociateurs, principalement Gustav Streisemann côté allemand et Aristide Briand côté français furent très critiqués dans leur pays respectif. Mais la France isolée et l'Allemagne ruinée n'avaient guère d'autres issues que de s'entendre.

Stresemann était un admirateur de Napoléon 1er et dans un discours prononcé le 29 janvier 1917 (en pleine guerre mondiale) il avait présenté l'Allemagne comme poursuivant la mission de Napoléon 1er contre l'Angleterre !

C'est probablement pour se justifier, surtout vis-à-vis de la postérité, que Steisemann adressa cette lettre au Kronprinz. Mais, elle éclaire la politique allemande au fil de l'Histoire, comme l'intervention d'Austen Chamberlain devant la Chambre des Communes le 24 mars 1925 éclaire la politique anglaise (voir la fiche N°181 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/06/la-politique-anglaise-au-fil-des-siecles-n-181.html).

Cette lettre de Streisemann a été publiée par Suarez dans « Briand » tome VI (édité en 1952) chapitre I. La voici :

« A mon avis, la politique étrangère de l'Allemagne a pour le prochain avenir trois grands buts. D'abord la solution de la question rhénane, dans un sens favorable pour l'Allemagne et l'assurance de vivre en paix, sans quoi l'Allemagne ne pourra recouvrer ses forces. En second lieu , la protection des dix ou douze millions d'Allemands qui vivent maintenant sous le joug étranger. Troisièmement la rectification de nos frontières orientales, reprise de Dantzig, du corridor polonais et modifications du tracé de la frontière de Haute-Silésie. A plus longue échéance, rattachement de l'Autriche à l'Allemagne, bien que je me rende compte que ce rattachement ne soit pas de nature à apporter à l'Allemagne que des avantages car il compliquera beaucoup le problème de notre organisation.

Le meilleur moyen de réaliser ce programme est pour l'Allemagne d'entrer dans la S.D.N. (Société des Nations) Si la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et la Roumanie savent que l'Allemagne peut parler librement à Genève (siège de la S.D.N.), elles auront plus d'égards pour leurs minorités, dont elles se sont engagées par les traités internationaux à respecter les droits. En outre, toutes les questions qui, pour le peuple allemand sont brûlantes, par exemple la question de notre culpabilité, celle du désarmement général, de Dantzig, du bassin de la Sarre, etc...sont de la compétence de la S.D.N. Et un orateur habile peut les présenter à l'Assemblée de la Société de façon à créer de sérieux désagréments à l'Entente (les Alliés de la guerre de 14 contre l'Allemagne). La France n'est pas du tout ravie par l'idée de l'admission de l'Allemagne, tandis que l'Angleterre la souhaite afin de balancer l'influence prépondérante de la France à Genève.

Le pacte rhénan comporte de notre part un abandon, en ce sens que nous renonçons à un conflit armé pour reconquérir l'Alsace-Lorraine ; mais cet abandon n'a qu'un intérêt théorique puisqu'en fait nous n'avons aucune possibilité de faire la guerre à la France...

C'est pourquoi la politique allemande devra pour commencer suivre la formule que Metternich, je crois, adoptait en Autriche après 1809 : finasser (finassieren) et se dérober aux grandes décisions. »

*Les accords de Locarno : Pour régler tous les problèmes non réglés par les traités d'après guerre, une réunion internationale se tint au Palais de justice de Locarno (canton du Tessin en Suisse, la ville se trouve au bord du lac Majeur) du 5 au 16 octobre 1925. Etaient représentés : La France (Aristide Briand et Berthelot) , l'Allemagne (le chancelier Hans Luther et Gustav Stresemann), l'Angleterre (Stanley Baldwin et Austen Chamberlin), l'Italie (Vittorio Scialoja et Benito Mussolini), la Belgique (Emile Vandervelde) , la Pologne (comte Skrzynski) , la Tchécoslovaquie (Edouard Bénès).

La réunion de Locarno déboucha sur les accords suivants :

*traité entre l'Allemagne, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie. Ce traité est aussi connu sous le nom de « pacte rhénan »

*Convention d'arbitrage entre l'Allemagne et la Belgique

*Convention d'arbitrage entre l'Allemagne et la France

*Traité d'arbitrage entre l'Allemagne et la Pologne

*Traité d'arbitrage entre l'Allemagne et la Tchécoslovaquie

*Traité d'alliance franco-polonais

*Traité d'alliance franco-tchécoslovaque

Voici quelles furent les principales conséquences de ces traités ou conventions :

-l'Allemagne apportait à la France sa garantie de respect des frontières de l'est (est pour la France, ouest pour l'Allemagne) et renonçait à récupérer l'Alsace et la Lorraine. Elle apportait également sa garantie du respect des frontières belges.

-l'Allemagne était admise comme membre de la S.D.N. Cet adhésion avec un siège permanent au Conseil fut effective le 10 septembre 1926

-les forces étrangères (françaises et belges) évacuèrent la Rhénanie en août 1929. La Rhénanie ou région allemande du Rhin comprend notamment la Ruhr et la Sarre.

A l'époque ces accords de Locarno suscitèrent un grand espoir parmi les populations européennes. Le 10 décembre 1926, Gustav Streisemann et Aristide Briand recevaient conjointement le prix Nobel de la Paix.

Dans l'euphorie, était signé à Paris le 27 août 1928 le « pacte Briand-Kellogg » ratifié par 57 Etats par lequel ils s'engageaient à renoncer à la guerre pour régler leurs conflits mais à recourir à l'arbitrage international. Il y eut alors 3 années sans aucune guerre sur la terre. Les 3 seules années du vingtième siècle sans guerre ! Le Japon fut le premier à rompre le pacte en envahissant la Mandchourie (invasion commencée le 19 septembre 1931). Kellog était le secrétaire d'Etat américain chargé de la politique étrangère.

Les objectifs que Stresemann assignait à l'Allemagne dans sa lettre au Kronprinz : récupération des territoires de langue allemande enlevés à l'Allemagne, annexion de l'Autriche … ce fut Hitler qui les réalisèrent !

Mais cela permet de comprendre que la politique d'extension territoriale, suivie par Hitler dans les années 1930, n'était que la continuité de la politique du Saint Empire romain germanique, du royaume de Prusse, de l'empire allemand et même de la République de Weimar. Cela explique aussi pourquoi les Allemands ont suivi le régime nazi outre la situation économique etc.

Les artisans des accords de Locarno qui avaient entraîné une meilleure coopération entre les pays européens et des espoirs de paix n'étaient plus là en 1933 !

J.D. 9 juillet 2014

Guillaume II et son fils tranquillement réfugiés en Hollande, photos prises au château d'Amerongen et  publiées par "Le Miroir" du 8 décembre 1918

Guillaume II et son fils tranquillement réfugiés en Hollande, photos prises au château d'Amerongen et publiées par "Le Miroir" du 8 décembre 1918

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