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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 15:35

Le 6 avril 1927, pour le dixième anniversaire de l'entrée en guerre des Etats-Unis, Aristide Briand, alors Ministre des Affaires Etrangères, adressa un message au peuple américain. Dans ce message, Aristide Briand proposait aux Américains un engagement mutuel à mettre la guerre hors la loi entre la France et les Etats-Unis.

L'idée de remplacer la guerre par l'arbitrage et le droit pour résoudre les conflits faisait son chemin. Cette idée était à la base de la création de la « Société des Nations », mais aussi des accords de Locarno de 1925.

Diverses initiatives avaient été prises dans ce sens (voir la fiche N°192 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/08/a-geneve-le-10-septembre-1926-n-192.html). L'opposition à la guerre remplissait régulièrement l'ordre du jour des congrès socialistes (voir la fiche N°8 http://jean.delisle.over-blog.com/article-clara-zetkin-58616039.html).

Le premier traité d'amitié entre la France et les Etats-Unis datait du 6 février 1778. Il était question de renouveler en 1928, une convention du 10 février 1908, à l'occasion du cent-cinquantième anniversaire du premier traité.

Le 28 décembre 1927, Frank B. Kellogg secrétaire d'Etat américain (aux Affaires étrangères) avait adressé à Paul Claudel (alors ambassadeur de France à Washington) une lettre qui était une réponse à la proposition de Briand du 6 avril 1927 et dans laquelle Kellogg proposait d'étendre à tous les pays la possibilité de signer une déclaration par laquelle « toutes les puissances renonceraient à la guerre en tant qu'instrument de politique nationale ». Sur cette proposition, il y eut de nombreuses discussions et de nombreux travaux qui aboutirent au texte suivant :

Préambule :

Ayant le sentiment profond du devoir solennel qui leur incombe de contribuer au bien de l'humanité ; persuadés que le moment est venu de renoncer franchement à la guerre en tant qu'instrument de politique nationale, afin de perpétuer les relations pacifiques et amicales qui existent actuellement entre leurs peuples ; convaincus que tous changements dans leurs relations réciproques ne doivent être recherchés que par des moyens pacifiques et être réalisés dans l'ordre et dans la paix, et que toute puissance signataire qui chercherait désormais à servir ses intérêts nationaux en recourant à la guerre devrait être privée des avantages résultant du présent traité ; espérant que, encouragés par leur exemple, toutes les autres nations du monde se joindront à ces efforts humanitaires et, en adhérant au présent traité dès qu'il entrera en vigueur, mettront leurs peuples à même de bénéficier de ses stipulations, unissant ainsi les nations civilisées du monde dans une renonciation commune à la guerre en tant qu'instrument de leur politique nationale, ont décidé de conclure un traité.
Cl
auses :

Article premier : Les hautes parties contractantes déclarent solennellement, au nom de leurs peuples respectifs, qu'elles condamnent le recours à la guerre pour le règlement des controverses internationales et y renoncent en tant qu'instrument de politique nationale dans leurs relations mutuelles.

Article 2 : Les hautes parties contractantes reconnaissent que le règlement ou la solution de tous les différents ou conflits, de quelque nature ou quelque origine qu'ils puissent être, qui pourront surgir entre elles ne devra jamais être cherché que par des moyens pacifiques.

Article 3 : Le présent traité sera ratifié par les hautes parties contractantes conformément aux exigences de leurs Constitutions respectives, et il prendra effet entre elles dès que les divers instruments de ratification auront été déposés.

Ce traité, lorsqu'il aura été mis en vigueur ainsi qu'il est prescrit au paragraphe précédent, restera ouvert aussi longtemps qu'il sera nécessaire pour l'adhésion de toutes les autres puissances du monde. Chaque instrument établissant l'adhésion d'une puissance sera déposé à...et le traité deviendra, immédiatement après ce dépôt, effectif entre la puissance donnant ainsi son adhésion et les autres parties contractantes. »

Le pacte fut signé dans l'après-midi du 27 août 1928 dans le salon de l'horloge du Quai d'Orsay. Il fut d'abord appelé « traité de Paris », mais l'appellation « pacte Briand-Kellogg » l'emporta ensuite. Ce pacte fut d'abord signé le 27 août 1928 par les représentants des pays suivants :

Afrique du Sud (Stéphane Smit)

Allemagne (Gustav Stresemann)

Australie (John Mac Lachlan)

Belgique (Paul Hymans)

Canada (Mackenzie King)

Etat libre d'Irlande (Thomas Coograve)

Etats-unis (Frank B. Kellogg)

France (Aristide Briand)

Grande-Bretagne, Irlande du Nord et Indes (lord William Cushendun)

Italie (comte Manzoni)

Japon (comte Yasuya Uchida)

Nouvelle-Zélande (James Parr)

Pologne (August Zaleski)

Tchécoslovaquie (Edvard Bénès)

Les Etats-Unis prirent l'initiative d'adresser ce pacte à 49 pays qui étaient absents le 27 août. La plupart y compris l'URSS envoyèrent leur adhésion à ce pacte. Au total 63 pays y adhérèrent. C'est à Washington que furent adressées les notifications officielles des Etats et c'est le 14 juillet 1929 que le pacte fut considéré comme entré en application.

A Paris la signature avait été précédée d'un seul discours, celui de Briand qui révéla qu'il devait à l'obligeance de Kellogg d'avoir choisi Paris pour la signature du traité, lequel Kellogg avait souhaité en outre, comme symbole, que la signature ait lieu le plus près possible de la place de la Concorde !

Aristide Briand fut surnommé : « l'apôtre de la paix ». Il prit en effet une part très active à la S.D.N. , au traité de Locarno, au rapprochement franco-allemand, au pacte Briand-Kellogg.... Sur ces dernières années de vie, il tenta d'imposer l'idée d'une union européenne pour consolider la paix, mais la « grande faucheuse » ne lui laissa pas le temps de pousser son projet.

Mettre la guerre hors la loi était une idée généreuse et on peut même dire rationnelle tellement les guerres font du ravage. Ce fut aussi le but de la S.D.N. puis de l'ONU. Malheureusement les guerres n'arrêtèrent pas. Le Japon fut le premier pays à rompre le pacte anti-guerres puis tous les autres ensuite ! Et c'est 10 ans après la mise-hors-la-loi de la guerre qu'eut lieu la plus grande boucherie de tous les temps !

En 1930, Sigmund Freud publiait un ouvrage dont le titre français est : « malaise dans la civilisation ». Dans cet écrit Freud met en parallèle l'instinct de vie et l'instinct de mort. Il faut croire que l'instinct de mort l'emporte toujours sur celui de la vie.

Depuis quelques décennies, on assiste cependant à quelque chose de nouveau. Pour l'essentiel, dans l'histoire des sociétés humaines, les guerres étaient le fait d'Etats-nations constitués. Maintenant on constate que les attentats, les opérations de guerre sont surtout menés par des groupes qui échappent aux Etats et qui n'en sont que plus dangereux.

J.D. 30 août 2014

Aristide Briand signant le pacte, publié par Suarez

Aristide Briand signant le pacte, publié par Suarez

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