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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 17:44

Du 26 juin au 28 septembre 2009, le Musée de la Révolution Française (au château de Vizille Isère) organisa une exposition sur le thème : « Corday contre Marat, les discordes de l'histoire ».

Très intéressante exposition accompagnée d'un « journal d'exposition » très documenté et très bien illustré.

En rappelant au passage que le domaine de Vizille (magnifique parc, château et son musée) appartient au Conseil Général de l'Isère et qu'il est d'accès gratuit aux visiteurs comme la dizaine de musées propriété de ce Conseil Général. Que les touristes et visiteurs en profitent car dans ce bas monde, les meilleures choses ne sont pas forcément éternelles !

J'emprunte au rédacteur (Guillaume Mazeau) du journal d'exposition de 2009, ses notes sur Charlotte Corday et Marat :

1- Charlotte Corday (1768/1793:

« De son vrai nom Marie Anne Charlotte de Corday d'Armans, celle qu'on surnommera la pucelle de Caen est issue d'une modeste famille de la vieille noblesse normande. Elevée dans la tradition aristocratique puis au couvent, elle participe à la mondanité caennaise après la fermeture des établissements religieux. Choquée par les brimades que subissent ses proches et par la guerre civile, elle sympathise en 1793 avec le mouvement d'opposition à la Montagne, à tort appelé « fédéraliste ». Alors que son entourage est contre-révolutionnaire, elle s'engage dans la voie de la Révolution modérée que proposent notamment les Girondins les plus conservateurs. Quand certains d'entre eux arrivent à Caen, fuyant la répression montagnarde en juin 1793, elle se décide à tuer celui que l'on présente alors, avec Robespierre et Danton, comme le principal coupable des violences : Marat. Elle ne lui survivra pas plus de quatre jours : le 17 juillet, elle est exécutée sur la place de la Révolution, entamant une carrière d'héroïne nationale ».

2- Jean-Paul Marat (1743/1793):

« Quand Marat entre dans la Révolution, il a déjà presque cinquante ans. Par sa polyvalence, il appartient à la génération des hommes des Lumières, convaincus que tous les domaines doivent être explorés pour assurer le progrès de l'homme. Avant 1789, il s'est déjà fait connaître pour ses travaux scientifiques sur la physique, ses pamphlets politiques et ses essais juridiques et philosophiques dénonçant le despotisme monarchique (Les Chaînes de l'Esclavage 1774). Dès 1789, il fonde son journal , (L'Ami du Peuple, fondé en septembre 1789), qui l'impose progressivement comme un des porte-parole des patriotes les plus radicaux. En 1793, proche des Cordeliers, élu député de Paris, réputé pour ses surenchères, il est devenu un des principaux boucs émissaires de la frange la plus conservatrice de l'opinion, qui le considère responsable des massacres de septembre 1792. En mai 1793, de plus en plus malade, devenu gênant pour un pouvoir montagnard qui feint de jouer la conciliation, il se retire provisoirement de l'espace public, tout en continuant à écrire son journal. Le 13 juillet, il est poignardé par une jeune inconnue : Charlotte Corday. Aussitôt élevé au rang de martyr de la République, il devient, dès le Directoire, une des figures détestées de l'histoire française. »

3- Contexte et commentaires :

Du 15 mars de l'an 44 avant notre ère (assassinat de Jules César) au 7 janvier 2015 (tuerie à Charlie-Hebdo) en passant par le 14 mai 1610 (assassinat du roi de France Henri IV), il y a toujours eu des attentats et assassinats dans l'histoire des sociétés humaines et à travers toutes les civilisations.

Sans remonter aux « 70 pharaons en 70 jours » de l'Egypte antique, il faut remarquer, qu'il y a des moments de l'histoire, où la marmite du diable bout à plus gros bouillons qu'à d'autres. Nous sommes probablement à l'un de ces moments, mais il y en eut beaucoup d'autres. Je n'en citerais qu'un avant de revenir à la Révolution.

A la charnière entre le XIXe siècle et le XXe, les anarchistes firent une multitude d'attentats et d'assassinats parmi les symboles du pouvoir dont : le tsar Alexandre II en 1881, le Président de la République française (Sadi Carnot) en 1894, l'Impératrice d'Autriche (Elisabeth dite Sisi) en 1898, le roi d'Italie (Humbert 1er) en 1900, le Président des Etats-Unis (William McKinley) en 1901 , le roi de Serbie (Alexandre 1er en 1903), le premier ministre russe (Stolypine) en 1911, l'Archiduc d'Autriche (François-Ferdinand) en 1914... ; sans oublier les tentatives manquées d'assassinats contre Gambetta en 1881, contre Jules Ferry en 1883, contre le roi d'Espagne (Alphonse XIII) en séjour à Paris en 1905....

La Révolution :

Lorsque Charlotte Corday, âgée de 25 ans, assassine Marat dans sa baignoire, à son domicile rue des Cordeliers à Paris, le 13 juillet 1793, il y a 4 années que la Révolution a commencé et personne, à ce moment là, n'imagine le devenir de la France et des Français. Rappel rapide :

*5 mai 1789 : ouverture des « états généraux » à Versailles.

*20 juin 1789 : serment du jeu de paume à Versailles : le Tiers-Etat s'est proclamé Assemblée nationale.

*14 juillet 1789 : à Paris prise de la Bastille

*4 août 1789 : abolition des privilèges (de la noblesse et du clergé)

*26 août 1789 : Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen

*2 novembre 1789 : les biens du clergé deviennent « biens nationaux »

*décembre 1789 : création des « assignats » (assignés à la valeurs des biens nationaux) comme monnaie

*26 décembre 1790 : déclaration civile du clergé

*20 juin 1791 : arrestation du roi (Louis XVI) de la reine (Marie-Antoinette) et du « petit mitron » à Varennes (dans le département de la Meuse)

*mai 1792 : décret sur la déportation des prêtres réfractaires (ceux qui refusent la constitution civile du clergé)

*10 août 1792 : prise des Tuileries à Paris

*13 août 1792 : mise en service de la guillotine à Paris

*septembre 1792 : massacre à Paris de plus d'un millier « d'aristocrates », ce qui entraîne la division entre Girondins (modérés) et Montagnards (radicaux) , victoire de Valmy (le 20 septembre), proclamation de la République par la Convention (21 septembre) et adoption (le 22 septembre) du calendrier révolutionnaire.

*2 octobre 1792 : création du comité de sûreté générale

*21 janvier 1793 : Louis XVI est guillotiné. Marat avait été un des plus ardents pour demander la mort du roi

*mars 1793 : création du Tribunal révolutionnaire

*le 12 avril 1793 : les Girondins obtiennent un décret d'arrestation de Marat

*24 avril 1793 : Marat est triomphalement acquitté

*1er juin 1793 : décret d'arrestation des Girondins. 21 sont arrêtés puis 29. (22 sont condamnés à mort le 30 octobre). Les Girondins qui le peuvent s'échappent et se réfugient en province dont certains à Caen. C'est là que Charlotte Corday fait leur connaissance et décide de se rendre à Paris et d'assassiner Marat, et ce dans un contexte de bouleversement total de la société.

La suite :

Promptement arrêtée , Charlotte Corday, vite jugée fut guillotinée dès le 17 juillet 1793 soit 4 jours après l'assassinat de Marat. Pour les Montagnards au pouvoir il ne fallait pas qu'elle devienne une héroïne et que son procès, sa détention ou sa mort donne le temps à des opposants de s'organiser.

Comme pour le procès Dreyfus un siècle plus tard, l'opinion française fut divisée entre ceux pour qui Marat était l'ami du peuple, un bon révolutionnaire assassiné par une folle qui méritait la mort et ceux pour qui Charlotte Corday avait débarrassé la France d'un tyran sanguinaire et qui se plaisaient à en faire une seconde Jeanne d'Arc.

Le débat anima aussi l'étranger mais où majoritairement Charlotte Corday avait le rôle positif surtout en Angleterre.

Aujourd'hui, la majorité des citoyens ne s'intéressent pas plus à Marat qu'à Corday mais parmi les historiens le débat n'est toujours pas tranché entre les partisans de Marat et ceux de Corday.

J.D. 13 janvier 2015

P.S., la liste des musées qui peuvent se visiter gratuitement dans le département de l'Isère, peut se consulter sur le site :

www.isere.fr

puis tapez sur la rubrique "loisirs"

Charlotte Corday assassinant Marat

Charlotte Corday assassinant Marat

maison natale de Charlotte Corday dans l'Orne en 1904

maison natale de Charlotte Corday dans l'Orne en 1904

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