Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 18:12

« L'an 40 sur le vif » est le titre d'un ouvrage publié aux éditions Marivole.

Jean Villette, l'auteur, est né à Chartres (Eure-et-Loir) en 1913.

Au moment où la Grande-Bretagne et la France déclarèrent la guerre à l'Allemagne (le 3 septembre 1939), il était professeur de dessin et d'histoire de l'art au collège de Saint-Erembert à Saint-Germain-en-Laye.

Il fut mobilisé avec le grade de sergent au cinquième régiment du génie au camp de Satori près de Versailles. Il prit des notes durant son temps de mobilisation. Il remit ses notes à jour en 1988. Il décéda le 30 mai 2005. Son texte a été publié en mars 2014

I)rappel du contexte :

C'est dans la nuit du 23 au 24 août 1939 qu'avaient été signés au Kremlin deux pactes germano-soviétiques ; les délégations anglaise et française qui étaient arrivées à Moscou le 10 août 1939 pour négocier avec les Soviétiques un pacte anti-fasciste avaient été priées de rentrer chez elles le 21 août !.

Grâce à quoi Hitler envahissait la Pologne dès le 1er septembre et Staline le 17 septembre. La France et la Grande Bretagne étaient liées avec la Pologne par des pactes d'alliance dont le dernier, qui garantissait l'intégrité territoriale de la Pologne, remontait au 31 mars 1939 (voir note N°173 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/05/la-pologne-de-l-entre-deux-guerres-n-173.html).

En conséquence de quoi, dès le 2 septembre 1939, en France était lancé l'ordre de mobilisation générale et le 3 septembre, Grande-Bretagne et France déclarèrent la guerre à l'Allemagne, mais pas à l'URSS quand celle-ci 2 semaines après l'Allemagne envahissait la Pologne.

En France, 4.734.000 soldats furent mobilisés dont 2.776.000 furent envoyés au « front », les autres étant mobilisés « à l'arrière » pour faire tourner les usines d'armement, effectuer les récoltes...

Devant l'évolution de la situation internationale , la Grande-Bretagne avait rétabli le service militaire obligatoire le 27 avril 1939. Dès le 10 septembre 1939, 160.000 soldats britanniques et 24.000 véhicules débarquaient en France pour rejoindre le « front », et cela continua et puis... plus rien.

Des millions d'hommes attendirent derrière la ligne Maginot. Pauvres Polonais. Cela leur fit une belle jambe que l'on déclare la guerre à Hitler si on ne voulait pas faire la guerre ! Il fallut attendre que les Allemands veuillent bien nous envahir pour que notre déclaration de guerre se transforme en guerre !

Après avoir eu le temps de régler toutes leurs affaires à l'est, les Allemands se ruèrent sur la Belgique, la Hollande et le Luxembourg le 10 mai 1940. Dès le 12 mai ils franchissaient la frontière française dans les Ardennes. Le 14 juin Paris était occupé, le 20 juin Lyon, le 22 juin la France demandait l'armistice. Les Allemands avaient fait 1.800.000 prisonniers. Il n'avait fallu qu'un mois pour qu'ils s'emparent de la France !

Le 26 mai, à Paris, le Gouvernement avait fait circuler les reliques de Sainte Geneviève ! Quand on ne sait plus quoi faire d'autre... Mais cela est symptomatique du désarroi des autorités. Paul Reynaud avait pourtant proclamé en septembre 1939 : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » !

Le gouvernement s'était d'abord replié à Tours puis à Bordeaux enfin il s'était installé à Vichy à partir du 2 juillet et c'est là que la représentation nationale vota les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940.

A la manière dont Staline avait roulé Anglais et Français dans la farine, dès le 26 septembre 1939 avait été pris un décret de dissolution du Parti Communiste français et les élus communistes arrêtés. (voir la note N°169 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/04/le-carnet-b-n-169.html)

II)le journal de Jean Villette :

Celui-ci commence au camp de Satory le 1er juin 1940 et se termine le 13 juillet 1940.

*A Satory, devant l'avancée des troupes allemandes, les chefs font évacuer le camp. Ils sont persuadés que l'armée va se regrouper derrière la Loire avant de contre-attaquer. L'objectif est donc de rejoindre le gros de l'armée au sud de la Loire. Le 5e régiment du génie ne dispose que d 'un camion et de la voiture du colonel. L'évacuation doit donc se faire à pied. Les soldats reçoivent l'ordre de ne pas emporter les fusils ! Il n'y a en effet pas de munitions pour les fusils, inutile donc de s'encombrer. Voilà donc le régiment qui part alors que la chasse allemande est déjà maîtresse du ciel. Il faut faire des détours, avancer de nuit en croisant ou doublant les colonnes de réfugiés. A la hauteur d'Etampes le colonel va dans la ville pour boire un café sans savoir que la ville est déjà occupée par les Allemands. Il se fait coffrer.

Un moment, des soldats applaudissent des avions allemands qui les survolent en disant à leurs gradés qui les enguirlandent : « ils n'ont pas la croix gammée mais des croix noires ». Et Jean Villette de commenter :

« Ce que je trouve surtout formidable, c'est qu'on nous a mis dans la tête , au cours de notre instruction, le poids d'une pince à riper ou d'une batte à bourrer, et autres balivernes, alors que personne n'a jamais parlé des caractéristiques permettant de reconnaître les avions ennemis ».

*Tout est à l'avenant. Villette rapporte de nombreuses réflexions de soldats qui ont l'impression d'avoir été trahis par les politiques. Lorsqu'il arrive à Orléans (le 15 juin), Villette n'est plus qu'avec 15 hommes, après des kms et des journées de marche. Ils s'engagent sur le pont Joffre pour traverser la Loire en même temps que des colonnes de réfugiés, mais le pont saute, dynamité par des soldats d'un autre régiment du génie. Villette n'a plus que 2 soldats avec lui. Ils parviennent à traverser la Loire par un autre pont et veulent poursuivre vers le sud espérant toujours rejoindre l'armée française, lorsqu'ils apprennent dans une ferme que les Allemands sont déjà à Bordeaux.

*Ils décident alors de retraverser la Loire et de rentrer chez eux. L'un est de Chartres, le second de Mainvilliers (dans la banlieue de Chartres) et le dernier de Saint-Germain-en-Laye. Ils se font prendre par les Allemands le 19 juin 1940 et sont internés avec beaucoup d'autres dans un camp à Voves (à une vingtaine de kms au sud-est de Chartres), camp qui avait été préparé pour recevoir des prisonniers allemands. Enfin, ils sont libérés le 13 juillet 1940.

Le récit de Jean Villette rejoint par beaucoup de points celui d'Antoine de Saint-Exupéry écrit en 1942 : « Pilote de guerre ». La désorganisation totale que l'un a vu du ciel au cours de reconnaissances, rejoint ce qu'à vu l'autre à pied à travers la campagne française.

*Après la première guerre mondiale, l'Allemagne avait perdu ses colonies, des territoires, avait livré tous ses armements et payé d'invraisemblables indemnités de guerre et 20 ans plus tard ils sont rentrés en France comme dans du beurre malgré la mobilisation de millions d'hommes et le soutien anglais!

*Comment cela a-t-il été possible ?

Je n'ai pas la réponse bien entendu mais voici quelques réflexions dont chacun fera ce qu'il voudra.

III)éléments d'explication :

*l'instabilité politique :

En Allemagne, Hitler devint chancelier en janvier 1933 et resta au pouvoir jusqu'à la chute du IIIe Reich en 1945. Il y eut donc continuité dans les ambitions, les programmes, les actions...

En France Albert Lebrun fut élu Président de la République le 10 mai 1932 et réélu le 5 avril 1939. mais sous le régime de la troisième République c'était le Président du Conseil des Ministres qui était le véritable chef de l'exécutif. Or voici la liste des Présidents du Conseil sous la Présidence d'Albert Lebrun :

-Edouard Herriot (du 3 juin au 14 décembre 1932)

-Joseph Paul-Boncour (du 18 décembre 1932 au 28 janvier 1933)

-Edouard Daladier (du 31 janvier au 24 octobre 1933)

-Albert Sarraut (du 26 octobre au 24 novembre 1933)

-Camille Chautemps (du 26 novembre 1933 au 27 janvier 1934)

-Edouard Daladier (du 30 janvier au 7 février 1934)

-Gaston Doumergue (du 9 février au 8 novembre 1934)

-Pierre-Etienne Flandin (du 8 novembre 1834 au 1er juin 1935)

-Fernand Bouisson (du 1er au 7 juin 1935)

-Pierre Laval (du 7 juin 1935 au 24 janvier 1936)

-Albert Sarraut (du 24 janvier au 4 juin 1936)

-Léon Blum (du 4 juin 1936 au 29 juin 1937)

-Camille Chautemps (du 29 juin 1937 au 13 mars 1938)

-Léon Blum (du 13 mars au 10 avril 1938)

-Edouard Daladier (du 10 avril 1938 au 20 mars 1940)

-Paul Reynaud (du 20 mars au 16 juin 1940)

-Philippe Pétain (du 16 juin au 11 juillet 1940)

Soit 17 Présidents du Conseil de juin 1932 à juillet 1940. Or chacun peut constater la propension qu'ont les élus qui arrivent au pouvoir à critiquer ceux qui étaient avant eux, à commencer par faire tout le contraire pour revenir finalement à la même politique. Classique ! Mais ce n'est pas cela qui donne de l'efficacité à l'action ! C'est peut-être une des raisons de la faiblesse de la France à l'époque.

*l'incapacité à tenir compte des autres pays :

Aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, la gauche obtint 386 députés et la droite 222. Léon Blum appelé à former le gouvernement, mit en application le programme du Front populaire : semaine de 40 heures de travail (au lieu de 48 auparavant), congés payés (2 semaines), conventions collectives, nationalisations...

Cela partait d'un bon sentiment mais au mauvais moment car pendant que les Français profitaient de ces acquits sociaux, de l'autre côté du Rhin, chez Messerschmitt, Krupp et beaucoup d'autres, seul, le réarmement accéléré de l'Allemagne, était à l'ordre du jour.

Cela n'a pas changé depuis, nos parlementaires votent à jets continus des lois (sociales, fiscales, environnementales, administratives...) sans jamais se préoccuper des autres pays c'est-à-dire de nos concurrents commerciaux. Le 26 juin 2015, à un journaliste qui faisait remarquer à un ministre (Michel Sapin) que le code du travail français était beaucoup plus gros que celui des pays voisins ; le ministre répondit : « si il est plus gros, il n'y a qu'à l'imprimer en caractères plus petits, il sera moins gros ».

Sur l'intelligence de cette réponse chacun émettra le jugement qui lui convient.

Le code du travail français (le Dalloz) avait 2600 pages en 2005 et 3500 en 2015 !

En arrivant au pouvoir en 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault demanda un audit sur la compétitivité de l'économie française. Ce rapport connu sous le nom de « rapport Gallois » fut remis au gouvernement le 5 novembre 2012. En voici quelques extraits d'abord au niveau du constat fait par le rapport :

« Les auteurs font état des pertes de part de marché depuis les années 1970 et qui semblent encore s'accélérer. Ils reprennent une conclusion de la Conférence nationale de l’industrie en 2011 : « L’industrie française atteint aujourd’hui un seuil critique, au-delà duquel elle est menacée de déstructuration. » Ils énumèrent les chiffres suivants :

  • part de ce secteur dans la valeur ajoutée totale passée de 18% en 2000 à un peu plus de 12,5 %, en 2011

  • emploi industriel passé de plus de 26 % de l’emploi salarié total en 1980 (5,1 millions de salariés) à 12,6 %,en 2011 (3,1 millions de salariés)

  • part de marché des exportations françaises en Europe passée de 12,7 %, en 2000, à 9,3 % en 2011

  • solde de la balance commerciale passé d’un excédent de 3,5 milliards d’euros en 2002 à un déficit de 71,2 milliards d’euros en 2011.

Les auteurs constatent que l’opinion publique a « le sentiment que l’industrie « fout le camp » et, pire, que c’est irrémédiable. ».

Puis le rapport avance des propositions qui sont connues pour la plupart mais aussi plus inusitées comme l'arrêt de l'inflation législative en citant comme exemple la taxe professionnelle qui a fait l'objet de 68 modifications en 35 ans !

Mais le rapport Gallois fut mis sous le coude, car il était en totale contradiction avec les promesses électorales qu'avait fait le candidat Hollande. Il faut ressortir la plaquette qui avait été diffusée durant la campagne présidentielle, plaquette intitulée : « Le changement c'est maintenant, mes 60 engagements pour la France ». En 41 pages de textes, l'auteur y emploie 225 fois le mot « JE » et tout est conjugué au futur, pas au conditionnel, surtout pas. Quelques rappels :

« Je favoriserai l'emploi et la production en France » page 8

« Le déficit public sera réduit à 3% du produit intérieur brut en 2013 » page 11

« Je renégocierai le traité européen issu de l'accord du 9 décembre 2011 » page 12

« Je ferai en sorte que tous ceux qui ont 60 ans et qui auront cotisé la totalité de leurs annuités retrouvent le droit de partir à la retraite à taux plein à cet âge-là » page 16

« J'agirai pour que soient construits au cours du quinquennat 2,5 millions de logements intermédiaires, sociaux et étudiants » page 18

« Je réduirai de 30% la rémunération du président de la République et des ministres » page 32. Cette disposition a été adoptée à l'article 40 de la loi de finances rectificatives pour 2012 (en juillet 2012) mais annulée le 9 août 2012 par le Conseil constitutionnel. Depuis on n'en entend plus parler ! Etc, etc.

Mais il est vrai que « la reprise, elle est là », comme il dit depuis 3 ans ! : La méthode Coué comme Paul Reynaud en 1939 ! Il ne reste plus qu'à ressortir Sainte Geneviève !

*La division :

Après la première guerre mondiale, les Allemands furent très divisés, Hitler les rassembla. Les Français furent autant divisés mais personne ne les rassembla. En outre l'alliance de Staline et d'Hitler amena les communistes à être opposés à la guerre. Ils ne rejoignirent la Résistance qu'à partir de l'invasion de l'URSS par Hitler le 22 juin 1941. De plus, le pacifisme avait fait des adeptes en France. Les Français ne voulaient plus de la guerre, ce qui était louable, mais nous n'étions pas seuls au monde.

Nous ne le sommes toujours pas mais je doute de la capacité de nos dirigeants à tirer les leçons du passé.

J.D. 17 août 2015

L'an 40 sur le vif N°252

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

Recherche

Liens