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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 09:54

C'est le 21 juin 1791 que Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, Élisabeth (sœur de Louis XVI) et les deux enfants du couple royal (Louis-Charles et Marie-Thérèse) furent arrêtés à Varennes. Il s'agit de Varennes en Argonne dans le département de la Meuse, village qui a aujourd'hui moins de 700 habitants mais qui en avait presque le double en 1791.

La veille au soir, déguisés, ils s'étaient enfuis des Tuileries bien que très surveillés. Le 21 juin à 15,30 heures ils avaient atteints Châlons-en-Champagne, puis Sainte Menehould vers 19,30 heures. C'est là que Louis XVI fut reconnu par un citoyen nommé Drouet. Celui-ci prit un chemin de traverse et atteignit Varennes avant le carrosse royal. Lorsque le carrosse parvint à Varennes, il n'y avait que 8 personnes pour l'arrêter. Voir illustration.

Les gardes du corps de Louis XVI, déguisés en cochers étaient armés. Ils auraient pu faire feu et dégager la route.

Depuis Paris, le carrosse de Louis XVI et de sa famille avait déjà parcouru environ 250 kms, il restait moins de 60 kms pour atteindre Montmédy à la frontière belge. A Varennes, le roi devait retrouver une escorte avec 40 hussards mais celle-ci n'arriva que plus tard, c'est-à-dire trop tard car entre-temps la population avait été ameutée, le tocsin sonné et des renforts étaient arrivés en nombre.

Mais au moment de l'arrestation, le roi interdit d'employer la force pour lui ouvrir un passage.

Le pauvre homme en perdit la tête car, si lui ne voulait pas de violence, ce ne fut pas le cas de ses ennemis qui faisaient leur fonds de commerce des têtes tombées.

Les raisons de la fuite :

Voici l'avis d'Alphonse de Lamartine dans l'Histoire des Girondins parue en 1847 (livre deuxième, chapitre III) :

« Les menaces atroces qui les assaillaient (il s'agit de la famille royale) dès qu'ils se montraient aux fenêtres de leur demeure, les outrages des journalistes, les vociférations des Jacobins, les émeutes et les assassinats qui se multipliaient dans la capitale et dans les provinces, les obstacles violents qu'on avait mis à leur départ pour Saint-Cloud (le lundi de Pâques 18 avril 1791, la garde nationale et la foule empêchèrent le roi et sa famille de quitter les Tuileries pour se rendre au château de Saint-Cloud), le souvenir enfin des poignards qui avaient percé le lit même de la reine aux 5 et 6 octobre (une émeute en octobre 1789 avait forcé la famille royale a quitté Versailles pour Paris. Au cours de cette émeute, la foule avait crié : « A mort l'Autrichienne »), tout faisait de leur vie une transe continuelle. Ils commençaient à croire que la Révolution insatiable s'irritait par les concessions mêmes qu'ils lui avaient faites; que l'aveugle fureur des factions, qui ne s'était pas arrêtée devant la majesté royale entourée de ses gardes, ne s'arrêterait pas devant l'inviolabilité illusoire décrétée par une Constitution (il s'agit de la première Constitution promulguée le 3 novembre 1789 qui transférait l'origine du pouvoir de Dieu à la Nation, ce qui était nouveau depuis 13 siècles de royauté française); et que leur vie, celle de leurs enfants et de ce qui restait de la famille royale, n'avait plus de sûreté à trouver que dans la fuite ».

Selon l'avis de Lamartine, ils devaient fuir mais ils le firent trop tôt ou trop tard.

Louis XVI :

Sur la carrière de Louis XVI, voir la note N° 245 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/06/louis-xvi-et-nantes-n-245.html

En complément, voici sur ce roi, le jugement d'Alphonse de Lamartine dans l' »histoire des Girondins » au livre I, chapitre 11 :

« Quand on se place par la pensée dans la situation de Louis XVI, et qu'on se demande quel est le conseil qui aurait pu le sauver, on cherche et on ne trouve pas. Il y a des circonstances qui enlacent tous les mouvements d'un homme dans un tel piège, que, quelque direction qu'il prenne, il tombe dans la fatalité de ses fautes ou dans celle de ses vertus. Louis XVI en était là. Toute la dépopularisation de la royauté en France, toutes les fautes des administrations précédentes, tous les vices des rois, toutes les hontes des cours, tous les griefs du peuple, avaient pour ainsi dire aboutit sur sa tête et marqué son front innocent pour l'expiation de plusieurs siècles. Les époques ont leurs sacrifices, comme les religions. Quand elles veulent renouveler une institution qui ne leur va plus, elles entassent sur l'homme en qui cette institution se personnifie, tout l'odieux et toute la condamnation de l'institution elle-même ; elles font de cet homme une victime qu'elles immolent au temps : Louis XVI était cette victime innocente, mais chargée de toutes les iniquités des trônes, et qui devait être immolé en châtiment de la royauté ».

*Ce texte de Lamartine me conforte dans l'idée que Louis XVI était un brave homme qui, dans un autre contexte aurait probablement fait un bon roi. Devant les mêmes événements, on imagine facilement un Louis XIV interdisant les clubs, les journaux « révolutionnaires » et faisant réprimer dans le sang les premières émeutes. Il n'y aurait sûrement pas eu de Révolution. Mais on ne réécrit pas l'Histoire.

*Après Varennes, la famille royale fut ramenée aux Tuileries. Une nouvelle Constitution avait été préparée et adoptée le 3 septembre 1791. Le 14 septembre, Louis XVI dut jurer fidélité à cette Constitution qui transformait le roi de France en roi des Français et lui enlevait l'essentiel de ses pouvoirs. En même temps le club des Cordeliers, d'abord, puis d'autres ensuite, réclamaient la République.

*Le 20 avril 1792, la guerre était déclarée à l 'Autriche

*le 10 août, la foule envahissait les Tuileries et massacrait gardes suisses et serviteurs (un milliers de morts). Le roi était suspendu par l'Assemblée législative.

*le 13 août, la famille royale était transférée à la prison du Temple qui devait son nom aux Templiers qui l'avaient fait construire dans les années 1240. Située dans le 3e arrondissement de Paris, le bâtiment fut détruit sur ordre de Napoléon à partir de 1808.

*Début septembre 1792, le « peuple » se livra au massacre des prisonniers dans les prisons de Paris, surtout des prêtres « réfractaires » (qui avaient refusé la Constitution civile du clergé), des nobles... : 1300 morts

*20 septembre 1792 : victoire de Valmy

*21 septembre 1792 : la Convention nationale décrète l'abolition de la royauté. C'est ce même 21 septembre que la Convention Nationale succéda à l'Assemblée législative.

*On connaît la suite qui aboutit à la mort du roi, guillotiné place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde) le 21 janvier 1793.

Marie-Antoinette :

*Marie-Antoinette naquit à Vienne le 2 novembre 1755. Elle est la fille de François 1er empereur du Saint Empire et de Marie-Thérèse d'Autriche. Ce François 1er était lui-même le fils de Léopold 1er et d'Elisabeth Charlotte d'Orléans nièce de Louis XIV. Par son père, Marie-Antoinette avait donc dans ses ancêtres les rois de France Henri IV et Louis XIII ; ce que peu de gens semblaient savoir au moment de la Révolution. François 1er et Marie-Thérèse d'Autriche eurent 16 enfants dont Marie-Antoinette.

*Pendant la vie de Marie-Antoinette, régnèrent à Vienne comme empereurs du Saint Empire : François 1er père de Marie-Antoinette décédé le 18 août 1765, Joseph II, frère de Marie-Antoinette décédé le 20 février 1790, Léopold II autre frère de Marie-Antoinette décédé le 1er mars 1792 (celui-là eut 15 enfants), et François II fils du précédent (et par conséquent neveu de Marie-Antoinette), décédé en 1835 mais qui ne fut empereur du Saint Empire que jusqu'en 1806 date de la fin du Saint Empire décidée par Napoléon 1er.

*Cette énumération est un peu longue mais elle montre que le couple Louis XVI et Marie-Antoinette avait des liens familiaux avec toutes les cours d'Europe car tous les frères, sœurs, neveux et nièces de Marie-Antoinette furent tous « casés » dans toutes les cours d'Europe et qu'il en allait de même du côté de Louis XVI.

*A partir de ce constat on peut se demander pourquoi les autres puissances européennes n'intervinrent pas plus rapidement et plus énergiquement contre la France révolutionnaire. On peut émettre l'hypothèse qu'ils furent partagés entre 2 sentiments : d'une part, la solidarité familiale et la peur de la contagion révolutionnaire devaient les inciter à intervenir mais d'autre part, dans les siècles passés, tous ces pays avaient été en guerre à de multiples reprises contre la France et l'on peut imaginer que les fournées successives de têtes de Français qui passaient sous la guillotine ne devaient pas faire pleurer les Anglais, les Prussiens ou les Autrichiens.

*Marie-Antoinette épousa le futur Louis XVI à Versailles le 16 mai 1770. Ils eurent 4 enfants :

*Marie-Thérèse née le 19 décembre 1778 et décédée le 19 octobre 1851. Elle épousa son cousin (fils du futur Charles X) le 9 juin 1799. Elle avait reçu le titre de Duchesse d'Angloulême. Elle fut la seule survivante de la famille et vit tour-à-tour l'exécution de son père, de sa mère, de sa tante, la mort de son frère sans compter tous les proches comme la princesse de Lamballe (décapitée et dépecée en pleine rue!)

*Louis-Joseph né le 22 octobre 1781 et décédé le 4 juin 1789

*Louis Charles né le 27 mars 1785 et décédé à la prison du Temple le 8 juin 1795, décès dû aux conditions d'internement. C'est à lui, que les royalistes décernèrent le titre de Louis XVII

*Sophie-Béatrice née le 9 juillet 1786 et décédée le 19 juin 1787

Lors de la fuite à Varennes, il n'y avait donc que 2 enfants encore vivants.

*Le portrait, que Lamartine dresse de Marie-Antoinette, est équilibré, on peut penser que dans un autre contexte, en tant que reine, elle aurait pu soutenir la comparaison avec beaucoup d'autres.

*Mais c'est sur elle que se concentra la haine populaire contre la monarchie. Lamartine écrit (dans l'Histoire des Girondins livre premier chapitre XIV) :

« Le peuple soulevé a besoin de haïr quelqu'un, on lui livra la reine. Son nom fut chanté dans ses colères. Une femme fut choisie pour l'ennemie de toute une nation ».

*Voici, à titre d'exemple, comment Fréron parle de la reine dans « l'Orateur du peuple » après la fuite à Varennes :

« Il est parti ce roi imbécile, ce roi parjure ! Elle est partie, cette reine scélérate, qui réunit la lubricité de Messaline à la soif de sang qui consumait Médicis ! Femme exécrable ! Furie de la France ! C'est toi qui étais l'âme du complot ».

*Ce Fréron fut un massacreur à Toulon et Marseille comme Collot d'Herbois le fut à Lyon et Carrier à Nantes ! (voir note N°92 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-revolution-francaise-115651234.html).

Il était bien placé pour accuser Marie-Antoinette !

Marie-Antoinette fut décapitée le 16 octobre 1793. Détail atroce : les fossoyeurs récupéraient les vêtements sur les cadavres avant de les jeter dans la fosse.

Élisabeth de France :

Elle est née à Versailles le 3 mai 1764. Elle est la fille de Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe. Par son père elle était donc la petite fille de Louis XV et de Marie Leczinska et par sa mère la petite fille d'Auguste III roi de Pologne et l'arrière petite fille de Joseph 1er empereur du Saint Empire. Cela confirme les liens de la Cour de France avec les autres Cours d'Europe.

Élisabeth de France fut la sœur de 3 rois de France (Louis XVI, Louis XVIII et Charles X) et de Clotilde qui fut reine de Sardaigne après son mariage avec Charles-Emmanuel IV.

Fidèle à son frère (Louis XVI) jusqu'au bout elle le suivit dans son infortune et fut décapitée le 10 mai 1794 avec pour crime d'avoir été la sœur du roi !

En guise de conclusion :

Depuis 3 ans on voit régulièrement circuler sur internet des caricatures qui représentent François Hollande déguisé en Louis XVI : pauvre Louis XVI, il ne méritait pas un pareil outrage !

J.D. 27 août 2015

inscription sur la tour de l'horloge à Varennes, photo Aimelaine du 19.7.2015

inscription sur la tour de l'horloge à Varennes, photo Aimelaine du 19.7.2015

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