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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 13:47

I) Le sujet :

L'année 1794 est la dernière année de la Terreur et de la Révolution qui s'arrêtent, de fait, après l'exécution de Maximilien Robespierre et de 22 de ses fidèles dont son frère (Augustin), Saint-Just (Louis-Antoine), Couthon (Georges), Hanriot (François) …le 28 juillet 1794.

Le tribunal révolutionnaire décida que Philippe-François Le Bas qui s'était suicidé au moment de l'arrestation, devait être mis dans la charrette avec les autres condamnés pour être conduit à la guillotine !

Voici le jugement d'Alphonse de Lamartine sur cette année 1794 dans « Histoire des Girondins » (publiée en 1847) au chapitre XVI du livre cinquante-deuxième :

II Le texte de Lamartine :

« L'année 1794 s'inaugurait ainsi dans le sang. La guillotine semblait être la seule institution de la France. Danton et Saint-Just avaient fait proclamer la suspension de la Constitution et le gouvernement révolutionnaire (par décret du 10 octobre 1793, la Constitution du 3 septembre 1791 avait été suspendue et le gouvernement avait été proclamé révolutionnaire).

La loi, c'était le Comité de salut public.

L'administration, c'était l'arbitraire des commissaires de la Convention.

La justice, c'était le soupçon ou la vengeance.

La garantie, c'était la délation.

Le gouvernement, c'était l'échafaud.

La Convention ne pouvait cesser un moment de frapper sans être frappée elle-même.

La France, fusillée à Toulon, mitraillée à Lyon, noyée à Nantes, guillotinée à Paris, emprisonnée, dénoncée, séquestrée, terrifiée partout, ressemblait à une nation conquise et ravagée par une de ces grandes invasions de peuples qui balayaient les vieilles civilisations à la chute de l'empire romain, apportant d'autres dieux, d'autres maîtres, d'autres lois, d'autres mœurs à l'Europe. C'était l'invasion de l'idée nouvelle à laquelle la résistance avait mis le feu et le fer à la main. La Convention n'était plus un gouvernement, mais un camp. La République n'était plus une société, mais un massacre de vaincus sur un champ de carnage. La fureur des idées est plus implacable que la fureur des hommes, car les hommes ont un cœur, et les idées n'en ont pas. Les systèmes sont des forces brutales, qui ne plaignent pas même ce qu'elles écrasent. Comme les boulets sur les champs de bataille, ils frappent sans choix, sans justice, et renversent le but qu'on leur a assigné. La Révolution démentait ses doctrines par ses tyrannies. Elle souillait son droit par ses violences. Elle déshonorait le combat par les exécutions. Ainsi s'ensanglantent les causes les plus pures. Nous ne le disons pas pour excuser le peuple, mais pour le plaindre. Rien n'est plus beau que de voir briller une idée nouvelle sur l'horizon de l'intelligence humaine ; rien n'est si légitime que de lui faire combattre et vaincre les préjugés, les habitudes, les institutions vicieuses qui lui résistent. Rien n'est si horrible que de la voir martyriser ses ennemis. Le combat alors se change en supplices, le libérateur en oppresseur et l'apôtre en bourreau. Tel était, involontairement chez quelques-uns, théoriquement chez d'autres, le rôle des membres de la Montagne et du Comité de salut public. Leurs théories protestaient, mais leur entraînement les emportait. Ils laissaient aller les vengeances du peuple, les fureurs de l'anarchie, les cruautés des proconsuls, jusqu'aux spoliations et aux assassinats de Rome dégénérée. Le parti de la Commune (il s'agit de la commune de Paris), composé d'Hébert, de Chaumette, de Momoro, de Ronsin, de Vincent et des plus effrénés démagogues, dépassait, entraînait la Convention. »

III La question :

Ce tableau de la Révolution est assez noir et ne correspond pas à ce qu'on apprend à l'école, tout au moins de mon temps (j'ai 76 ans). Mais il me semble que c'est Lamartine qui a raison.

Cela pose la question suivante : Comment la Révolution qui prônait des principes humanistes de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité, a-t-elle pu être l'occasion de tant de massacres, d'arbitraire et d'horreurs ?

C'est une question universelle dans l'espace et dans le temps.

On peut en effet poser à l'infini des questions du genre :

*Comment les religions chrétiennes, qui ont pour sixième commandement « tu ne tueras point », ont-elles pu bénir toutes les armées du monde partant en guerres ou laisser l'inquisition envoyer tant d'innocents au bûcher ?

*Comment l'islam qui se prétend être une religion d'amour et de tolérance a-t-il pu enfanter le GIA, Al Quaïda, l'Etat Islamique ou Boko-Haram et pourquoi aujourd'hui, sur la terre, tous les exciseurs, les amputeurs, les lapideurs, les égorgeurs...sont musulmans ?

*Comment le communisme qui voulait l'internationale du genre humain a-t-il pu générer le stalinisme ?

*Comment au vingtième siècle, les Allemands, qui étaient à la pointe de l'intelligence humaine dans beaucoup de domaines, ont-ils pu accepter le nazisme ?

Etc, etc

A ce genre de questions, chacun peut apporter les réponses qui lui conviennent, mais pour ce qui concerne spécifiquement la Révolution, voici quelques informations complémentaires.

IV La Révolution :

*Pour beaucoup d'auteurs, la Révolution commence à l'occasion de la réunion des Etats Généraux à Versailles à partir du 5 mai 1789. La convocation a été voulue par Louis XVI pour faire cautionner des mesures à priori impopulaires notamment dans le domaine fiscal pour équilibrer le budget (déjà!).

*La dernière réunion des Etats Généraux remontait au 27 octobre 1614 suite à la proclamation de la majorité de Louis XIII. Les Etats Généraux étaient composés de 3 ordres : la noblesse, le clergé et le tiers état. Jusqu'en 1614 le vote se faisait par ordre. Noblesse et clergé disposant de 2 voix, contre une au Tiers-Etat, pouvaient conserver leurs privilèges.

*Aux Etats-Généraux de 1789, la noblesse eut 270 représentants, le clergé 291 et le tiers état 578, ce qui assurait la majorité à cet ordre en nombre de représentants.

Les représentants du tiers-état soutenus par le bas-clergé et quelques nobles demandèrent le vote par tête et non par ordre.

*Le 17 juin 1789, les Etats Généraux se proclamèrent Assemblée nationale. Le 20 juin suite au « serment du jeu de paume » cette assemblée se fixa pour tâche de rédiger une constitution. L'Assemblée nationale prit alors le nom d'Assemblée constituante.
*Louis XVI voulut mettre fin à ces Etats généraux le 23 juin. C'est là que Mirabeau aurait répondu : « Nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n'en sortirons qu'à la force des baïonne
ttes ».

*L'assemblée constituante rédigea une première constitution qui fut promulguée le 3 novembre 1789 et qui comportait en préambule la « déclaration des droits de l'homme et du citoyen ». Une constitution, qui se voulait définitive, fut adoptée le 3 septembre 1791 et acceptée par Louis XVI le 13 septembre de la même année.

*Ayant terminé l'achèvement de la Constitution, l'assemblée décida de se dissoudre et de faire place à une assemblée législative. Il aurait été plus simple de décider que l'Assemblée constituante devenait Assemblée législative et que les auteurs de la Constitution la fassent appliquer.

*Avant de se séparer, les Constituants décidèrent que ceux qui avaient été membres de la Constituante ne pourraient siéger à la législative ! C'était éliminer les principaux meneurs de la nouvelle assemblée ! Et c'est là, de mon point de vue, une des principales causes du dérapage de la Révolution.

*Ces meneurs s'imposèrent dans les clubs, dans la presse qu'ils contrôlaient et surtout dans la « commune de Paris » qui avait vu le jour après la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 et qui s'était proclamée commune insurrectionnelle de Paris en août 1792.

*Cette commune de Paris imposa ses diktats à l'Assemblée législative d'abord puis à la Convention Nationale qui succéda à la législative à compter du 21 septembre 1792.

*Pour imposer sa loi à la représentation nationale, la commune de Paris mobilisa le peuple à plusieurs reprises. Encouragé, le peuple, appuyé par les « fédérés » (surtout ceux venus de Marseille) se livra à des massacres répétés : aux Tuileries le 10 août 1792, dans toutes les prisons parisiennes début septembre 1792, etc....

*En ajoutant les rivalités entre clubs et les luttes pour le pouvoir entre les individus, la Révolution devint sanguinaire. Les Girondins eurent la peau des royalistes, les Jacobins eurent celle des Girondins d'abord, puis des Cordeliers ensuite. Enfin ceux qui se sentaient menacés (dont Barras, Tallien, Fouché...) , craignant pour leur propre vie, prirent les devants et éliminèrent les principaux chefs des Jacobins.

*De tous les personnages de la Révolution, certains furent assassinés comme Marat ou Lepelletier de Saint-Fargeau , d'autres se suicidèrent pour échapper à la guillotine (dont Jean-Marie Roland mari de Manon Roland qui fut l'âme des Girondins), le plus grand nombre fut guillotiné. Deux Girondins (Buzot et Pétion) qui s'étaient réfugiés dans les bois pour ne pas être arrêtés furent même mangés par des loups en juin 1794.

*Seuls, (pour l'essentiel) ceux qui parvinrent à fuir à l'étranger comme La Fayette, Dumouriez ou Talleyrand (qui, prudent, resta en Angleterre de septembre 1792 à septembre 1796), échappèrent à la mort.

J.D. 9 octobre 2015

N.B. La récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

et la récapitulation des illustrations sur la fiche N°219 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/01/illustrations-jointes-aux-notes-du-blog-n-219.html

Elisabeth de France, sœur de Louis XVI, guillotinée le 10 mai 1794, portrait de 1782 par Elisabeth Louise Vigée Lebrun

Elisabeth de France, sœur de Louis XVI, guillotinée le 10 mai 1794, portrait de 1782 par Elisabeth Louise Vigée Lebrun

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