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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 20:13

Tout le monde sait, tout au moins en France, que notre hymne national doit son nom à un bataillon de fédérés marseillais qui entrèrent dans la capitale en chantant un hymne composé par Claude Joseph Rouget de Lisle et d'abord appelé « chant de guerre pour l'armée du Rhin ». Voir la fiche N° 49 http://jean.delisle.over-blog.com/article-rouget-de-lisle-le-et-la-86379435.html

Mais combien savent pourquoi ces Marseillais vinrent à Paris et ce qu'ils y firent ?.

Explications :

1-Pourquoi sont-ils venus ? :

Avec le développement de la Révolution, une coalition se forma en Europe contre la France. La première coalition pour cette période (il y en eut 7 de 1792 à 1815) regroupa : les royaumes de Grande-Bretagne, de Sardaigne, d'Espagne, de Naples, de Prusse du Portugal, Les Provinces Unies (la Hollande) et le Saint Empire (à l'époque : Autriche, Hongrie, Bohême).

La crainte d'une invasion et de voir Paris assiégé, amena l'Assemblée législative, par décret du 8 juin 1792, à réclamer la levée en province de 20.000 gardes nationaux. Cela est à replacer, en outre, dans le contexte de la rivalité entre les Girondins qui tenaient la province et avaient alors le pouvoir et les Montagnards (Jacobins et Cordeliers) qui contrôlaient Paris.

A Marseille, un bataillon de 516 hommes fut enrôlé les 25 et 26 juin 1792, se mit en route, à pied, pour Paris le 3 juillet et arriva dans la capitale le 29 juillet. En traversant la France, tout au long de leur parcours, ces soldats furent accueillis et fêtés par les populations locales. Ces recrues avaient pris le nom de « fédérés ». (nom donné en lien avec la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 et pour fêter l'union, la « fédération » de la garde nationale et des gardes venus de province).

Il en vint d'autres provinces ou villes françaises, les premiers étaient parvenus à Paris le 17 juillet ; mais les Marseillais restèrent les plus célèbres. En arrivant à Paris, plusieurs groupes de Fédérés remirent à l'Assemblée une pétition demandant la destitution du roi.

2-Que firent-ils à Paris ? :

*Malgré l'importance de la coalition, Paris ne fut pas assiégé à ce moment là. Les coalisés étaient divisés ou avaient d'autres priorités. Les Prussiens par exemple étaient préoccupés des visées russes sur la Pologne.

*Le duc de Brunswick (Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick né le 9 octobre 1735) avait été mis à la tête des troupes de la coalition. Il fit preuve de beaucoup d'inertie. Certains l'accusèrent d'incompétence d'autres même de trahison. Je n'ai pas d'avis sur la question.

*Ce Brunswick avait donné son nom à un manifeste en date du 25 juillet 1792 qui menaçait la population française de représailles. Au lieu de calmer la fureur révolutionnaire, cela l'excita et conduisit à l'invasion des Tuileries le 10 août 1792.

*Ce jour là, 20.000 manifestants soutenus par les fédérés surtout ceux de Brest et de Marseille s'emparèrent du palais des Tuileries qui était encore occupé par la famille royale. Le palais était défendu par 950 gardes Suisses et quelques 200 nobles venus en renforts. Il y eut des combats et des morts de chaque côté, mais surtout du côté de ceux qui défendaient les Tuileries et le roi et ce d'autant que les fédérés possédaient 12 canons. La garde nationale laissa faire et ce ne fut pas un combat mais une boucherie.

*600 gardes Suisses furent massacrés les autres faits prisonniers, dont 60 emmenés à l'hôtel de ville furent immédiatement massacrés, les autres internés à la prison du Châtelet, de la conciergerie ou de la Force.

Il en fut de même des nobles, quelques-uns parvinrent à s'enfuir dont Pierre de Lamartine père d'Alphonse.

*Louis XVI et la famille royale ne durent (ce jour là) leur salut qu'en se réfugiant à l'Assemblée législative qui suspendit le roi. Trois jours plus tard (le 13 septembre 1792) la famille royale était internée à la prison du Temple.

*Certains meneurs dont Marat, à travers son journal l'ami du peuple, ou Danton appelèrent au meurtre des ennemis du peuple. C'était clairement les Suisses et les Nobles emprisonnés qui avaient échappés au massacre du 10 août qui étaient visés.

*A l'époque il n'y avait pas besoin de beaucoup pousser le peuple pour qu'il démarre au quart de tour. Des commandos s'organisèrent et firent le tour des prisons du 2 au 6 septembre 1792 pour en massacrer tout le contenu. Non seulement les Suisses et les Nobles mais par exemple 92 prêtres au séminaire Saint Firmin, 186 prostituées à la Salpétrière, les fous à Bicêtre etc.

*Dans « histoire des Girondins » (chapitre XX du livre vingt-cinquième) Alphonse de Lamartine décrit par exemple un des égorgeurs nommé Delorme :

»infatigable au meurtre, égorgea à lui seul plus de deux cents prisonniers pendant les trois jours et trois nuits du massacre, sans prendre d'autre relâches que les courtes orgies où il allait retremper ses forces dans le vin ».

*Voici comment de son côté Max Gallo décrit ces massacres (dans « Révolution française » tome 1 paru en 2008 chez XO éditions) :

« On tue donc sans hésitation, gaiement.

Autour des cadavres on danse, on chante La Carmagnolle. ..

On les sabre, on les pique, on les dépèce, on arrache leurs entrailles, on tranche leur sexe. On dispose des bancs pour les habitants du quartier qu'on réveille afin qu'ils puissent assister au spectacle purificateur. Et qui oserait refuser quoi que ce soit à ces hommes armés ? Ils posent des lampions sur chaque cadavre.

Et pour que l'ennui de tuer ne vienne pas tuer l'ardeur, on s'excite, on jouit de faire souffrir. On met les condamnés à nu, on entaille leur corps.

Voici la princesse de Lamballe, amie de la reine. C'est une petite femme vêtue de blanc, raconte un témoin, que les bourreaux armés de toutes sortes d'armes assommèrent. On lui coupe la tête, on traîne son corps. On le fend, on arrache le cœur. La rumeur se répand qu'on l'a fait griller et qu'un homme l'a mangé.

On promène la tête et les parties génitales- dit un témoin- jusqu'au Temple. On interpelle Marie-Antoinette. On veut qu'elle voie comment le peuple se venge de ses tyrans... »

*La garde nationale, une nouvelle fois, laissa faire. Quant aux fédérés, si leur participation aux massacres des Tuileries est avérée, elle est moins nette pour les massacres de septembre 1792. Mais à tout le moins ils protégèrent les massacreurs.

3-Leur retour à Marseille :

Les fédérés marseillais étaient de retour dans leur ville le 22 octobre 1792 où ils furent accueillis en héros !

Pour beaucoup leur intervention avait permis l'abolition de la royauté, pour d'autres leur périple à Paris les avait rendus complices de massacreurs.

A chacun de se faire son opinion, étant entendu que personne n'a l'obligation d'avoir une opinion.

J.D. 11 octobre 2015

massacres à la Salpétrière le 3 septembre 1792, auteur anonyme, au musée du Louvre

massacres à la Salpétrière le 3 septembre 1792, auteur anonyme, au musée du Louvre

violon sur lequel Rouget de Lisle composa la musique de La Marseillaise dans la nuit du 25 au 26 avril  2016. Exposé au musée le-Saunier, photo J.D. 4 juillet 2016 et document daté du 3 septembre 1904, photo Anne Delisle-Dugast le 4 juillet 2016 rue du Commerce à Lons-le-Saunier
violon sur lequel Rouget de Lisle composa la musique de La Marseillaise dans la nuit du 25 au 26 avril  2016. Exposé au musée le-Saunier, photo J.D. 4 juillet 2016 et document daté du 3 septembre 1904, photo Anne Delisle-Dugast le 4 juillet 2016 rue du Commerce à Lons-le-Saunier

violon sur lequel Rouget de Lisle composa la musique de La Marseillaise dans la nuit du 25 au 26 avril 2016. Exposé au musée le-Saunier, photo J.D. 4 juillet 2016 et document daté du 3 septembre 1904, photo Anne Delisle-Dugast le 4 juillet 2016 rue du Commerce à Lons-le-Saunier

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