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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 07:14

A Lyon, dans le deuxième arrondissement, quasiment à mi-chemin entre la Saône et le Rhône, se trouve une place dénommée « des Jacobins » ornée d'une fontaine du même nom.

Les touristes qui passent ou même probablement des Lyonnais, doivent croire que ce nom a un lien avec les terribles Jacobins de la Révolution surtout si ils connaissent la fontaine des Girondins (place des Quinconces à Bordeaux), le parallèle se fait naturellement . Mais il n'en est rien.

I-La place des Jacobins :

Cette place primitivement appelée place Confort a reçu son nom de place des Jacobins à compter de 1783 donc avant la Révolution. A compter de 1794 et successivement elle s'est appelée « place de la Fraternité », « place de la Préfecture », « place de l'Impératrice » (en l'honneur d'Eugénie) puis a repris son nom de place des Jacobins depuis février 1871.
Cette appellation de « Jacobins » était due à la présence, sur l'un des côtés de la place, d'un couvent de Dominicains qui avaient été surnommés « Jac
obins ».

2-la fontaine des Jacobins :

Une fontaine sur la place a été inaugurée le 14 juillet 1885. Voir illustration. Elle comporte 4 étages de bassins et de vasques avec au sommet une construction de plan carré dont les ouvertures, sur les 4 côtés, abritent des statues de personnages nés à Lyon et symbolisant à la fois les arts et les siècles :

*pour le seizième siècle : Philibert Delorme, architecte (Lyon 1514, Paris 1570)

*pour le dix-septième siècle : Gérard Audran graveur (Lyon 1640, Paris 1703)

*pour le dix-huitième siècle : Guillaume Coustou sculpteur (Lyon 1677, Paris 1746)

*pour le dix-neuvième siècle : Hippolyte Flandrin peintre (Lyon 1809, Rome 1864)

Cette fontaine a été classée à l'inventaire des monuments historiques le 18 mai 1992.

3-la Révolution à Lyon :

La ville de Lyon fut confrontée à la Révolution comme beaucoup d'autres villes à la même époque.

*A Lyon un nommé Marie-Joseph Chalier proche des Jacobins parvint à s'emparer de la mairie en novembre 1792 et commença à imposer des mesures « révolutionnaires », créant un Comité de salut Public et une armée révolutionnaire. Ce Chalier avait participé à la prise de la Bastille à Paris le 14 juillet 1789.

*Les Lyonnais qui étaient majoritairement plus proches des Girondins, renversèrent Chalier, le 29 mai 1793, le jugèrent et le guillotinèrent le 17 juillet 1793, place des Terreaux.

*Le 12 juillet 1793, la Convention décréta « Lyon en état de rébellion contre l'autorité légitime ». La Convention mobilisa d'importantes troupes sous le commandement de Kellermann. En face, les Lyonnais s'étaient armés, avaient constitué une armée dont le commandement fut confié au comte de Précy (Louis-François Perrin comte de Précy).

*La ville fut assiégée à partir du 9 août 1793. Les Lyonnais n'avaient guère plus de 10.000 hommes à opposer aux 60.000 de Kellermann. En outre les canons bombardèrent la ville dès la nuit du 23 au 23 août 1793 jusqu'à la reddition le 9 octobre 1793.

*Les départements avaient été créés le 4 mars 1790. Lyon s'était trouvé chef-lieu du département « Rhône-Loire » qui comprenait 6 districts : ville de Lyon, campagne lyonnaise, Montbrison, Roanne, Saint-Etienne, Villefranche. Pour punir les Lyonnais de leur rébellion, le 12 août 1793 fut décidée la séparation de la Loire et du Rhône.

*Les combats avaient fait beaucoup de victimes, en outre, lorsque la ville fut investie, 1604 Lyonnais furent fusillés ou guillotinés. Par décret du 12 octobre 1793, la Convention décida d'effacer le nom de Lyon et d'appeler cette cité : « ville-affranchie ». Le même décret ordonna la destruction de la ville sauf les maisons des pauvres, les ateliers, les hospices et les maisons consacrées à l'instruction publique.

*Georges Couthon fut d'abord envoyé pour exécuter ce sinistre décret. Mais il n'avait pas l'âme d'un sanguinaire. Au témoignage d'Alphonse de Lamartine (dans « Histoire des Girondins » publiée en 1847, au livre cinquantième, chapitre III), voici ce que fit Couthon :

« Il se borna, conformément aux lois existantes, à renvoyer devant une commission militaire les Lyonnais fugitifs pris les armes à la main, après la capitulation. Il institua, quelques jours après, par ordre du Comité de salut public, un second tribunal sous le nom de Commission de justice populaire. Ce tribunal devait juger tous ceux des citoyens qui, sans être militaires, auraient trempé dans la résistance armée de Lyon à la République. Les formes judiciaires et lentes de ce tribunal donnaient, sinon des garanties à l'innocence, du moins du temps à la réflexion. Couthon garda dix jours le décret qui instituait ce tribunal, pour donner aux individus compromis et aux signataires des actes incriminés pendant le siège le temps de s'évader. Vingt mille citoyens, prévenus par ses soins du danger qui les menaçait, sortirent de la ville et se réfugièrent en Suisse ou dans les montagnes du Forez. »

Mais Couthon fut rappelé à Paris et remplacé par des durs dont Fouché (Joseph) et Collot d'Herbois (Jean-Marie) qui firent peu de destructions à Lyon mais beaucoup d'exécutions. Comme la guillotine était trop lente, ils organisèrent des exécutions collectives près de la grange de Part-Dieu au moyen de trois canons chargés à mitraille.

4-Jugement :

C'est en juin 1793 que les Girondins commencèrent à être guillotinés à Paris. Lorsque la ville de Lyon fut assiégée militairement et que de nombreux Lyonnais furent exécutés, ce sont donc les Jacobins qui étaient au pouvoir.

Lorsqu'en février 1871, la place reprit son nom de Jacobins, les Lyonnais, au nom de l'histoire, auraient pu trouver une autre appellation. Mais enfin personne n'est obligé de partager cette opinion.

J.D. 14 octobre 2015

fontaine des Jacobins à Lyon, photo J.D. 2 août 2015

fontaine des Jacobins à Lyon, photo J.D. 2 août 2015

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