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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 11:37

Le 25 octobre 2015, j'ai emmené mon petit-fils Romain visiter le musée de la Révolution au château-musée de Vizille.

Le château fut construit au début du XVIIe siècle par François de Bonne qui reçut le titre de duc de Lesdiguières en 1611, de Maréchal de France en 1621 et de Connétable de France en 1622. Sur le même emplacement on retrouve une mention de château dès l'an 996.

Le domaine de Vizille fut acquis par l’État le 1er janvier 1925 et servit de résidence d'été pour les Présidents de la République jusqu'à la cession au Département de l'Isère le 29 décembre 1972.

C'est en 1984 que le département de l'Isère a créé le musée de la Révolution française à l'intérieur du château.

Ma dernière visite à Vizille remontait à 2009 et j'ai eu, cette fois, la surprise de découvrir dans le parc, juste en face de l'entrée du musée et à seulement quelques mètres une sculpture en bronze de Jean-Paul Marat.

Cette sculpture fut réalisée en 2012 par la fonderie Barthélémy à Crest (Drôme) d'après un modèle en plâtre de 1883 et œuvre d'un artiste nommé Jean Baffier.

Voir photo jointe en illustration. Au verso du socle figure l'inscription suivante :

« Tu te laisseras donc toujours duper

peuple babillard et stupide

Tu ne comprendras jamais qu'il faut te défier

de ceux qui te flattent

l'Ami du Peuple ».

« l'Ami du Peuple » qui était le titre du journal de Marat était devenu le surnom de Marat lui-même.

De tout ce que j'ai lu sur la Révolution de 1789 à 1794 j'ai plutôt le sentiment que Marat par ses discours et ses écrits fut un « pousse au crime », un citoyen peu recommandable et j'ai été surpris de voir que le musée de la Révolution lui rendait hommage. Mais enfin, de son temps il était admiré par beaucoup, tout au moins par les révolutionnaires parisiens et il fut pleuré aussi par beaucoup après son assassinat par Charlotte Corday le 13 juillet 1793. Voir la fiche N°213 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/01/charlotte-corday-n-213.html

N'oublions pas que beaucoup de tyrans sanguinaires comme Néron furent regrettés et pleurés ; et il y a probablement encore, dans leur pays respectif, des citoyens pour regretter Hitler, Staline ou Pol Pot !

Chacun est bien libre d'avoir sur Marat le jugement qui lui convient, sans avoir en outre l'obligation d'avoir une opinion.

Mais pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Révolution française, voici des extraits sur Marat du texte d'Alphonse de Lamartine dans son histoire des Girondins publiée en 1847.

« Marat était né en Suisse (il naquit le 24 mai 1743 à Boudry dans le canton de Neuchâtel qui appartenait depuis 1707 au roi de Prusse. Marat est donc né Prussien, mais Garibaldi ou Verdi sont bien nés Français). Écrivain sans talent, savant sans nom (le 30 juin 1775, Marat avait obtenu un diplôme de médecin en Ecosse, était devenu médecin du comte d'Artois, le futur Charles X, en juin 1777 et jusqu'en 1784, et s'était livré à diverses expériences de physique), passionné pour la gloire sans avoir reçu de la société ni de la nature les moyens de s'illustrer, il se vengeait de tout ce qui était grand, non seulement sur la société, mais sur la nature. Le génie ne lui était pas moins odieux que l'aristocratie. Il le poursuivait comme un ennemi partout où il voyait s'élever ou briller quelque chose. Il aurait voulu niveler la création. L'égalité était sa fureur, parce que la supériorité était son martyre. Il aimait la Révolution, parce qu'elle abaissait tout jusqu'à sa portée ; il l'aimait jusqu'au sang, parce que le sang lavait l'injure de sa longue obscurité. Il s'était fait le dénonciateur en titre du peuple ; il savait que la délation est la flatterie de tout ce qui tremble. Le peuple tremblait toujours. Véritable prophète de la démagogie inspiré par la démence, il donnait ses rêves de la nuit pour les conspirations du jour. Il affectait le mystère, comme tous les oracles. Il vivait dans l'ombre ; il ne sortait que la nuit ; il ne communiquait avec les hommes qu'à travers des précautions sinistres. Un souterrain était sa demeure. Il s'y réfugiait invisible contre le poignard et le poison. Son journal (l'Ami du Peuple) avait pour l'imagination quelque chose de surnaturel. Marat s'était enveloppé d'un véritable fanatisme. La confiance qu'on avait en lui tenait du culte. La fumée du sang qu'il demandait sans cesse lui avait porté à la tête. Il était le délire de la Révolution, délire vivant lui-même ! »

Chapitre VIII livre troisième

« Marat semblait avoir absorbé en lui toutes les haines qui fermentent dans une société en décomposition ; il s'était fait l'expression permanente de la colère du peuple. En la feignant, il l'entretenait ; il écrivait avec de la bile et du sang. Il s'était fait cynique pour pénétrer plus bas dans les masses. Il avait inventé le langage des forcenés. Comme le premier Brutus (celui par qui fut renversé Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome, et institué la République romaine en l'an -509), il contrefaisait le fou, mais ce n'était pas pour sauver la patrie, c'était pour la pousser à tous les vertiges et pour la tyranniser par sa propre démence... »

Chapitre I livre deuxième

« Camille Desmoulins était l'enfant cruel de la Révolution. Marat en était la rage ; il avait les soubresauts de la brute dans la pensée et les grincements dans le style. Son journal, l'Ami du Peuple, suait le sang à chaque ligne »

Chapitre VII livre troisième

« Emporté dès les premiers jours de 89 par le mouvement populaire, il s'y jeta pour l'accélérer. Il vendit jusqu'à son lit pour payer l'imprimeur de ses premières feuilles. Il changea trois fois le titre de son journal (« le Publiciste parisien » du 11 au 15 septembre 1789, « l'Ami du Peuple » du 16 septembre 1789 au 25 septembre 1792 et le « Journal de la République française » ensuite), jamais l'esprit. C'était le rugissement du peuple rédigé chaque nuit en lettres de sang, et demandant chaque matin la tête des traîtres et des conspirateurs....On eût dit dans les temps antiques qu'il était possédé de l'esprit d'extermination. Sa logique violente et atroce aboutissait toujours au meurtre. Tous ses principes demandaient du sang. Sa société ne pouvait se fonder que sur des cadavres et sur les ruines de tout ce qui existait. Il poursuivait son idéal à travers le carnage, et pour lui le seul crime était de s'arrêter devant un crime... »

Chapitre XXVII livre trentième

« L'extérieur de Marat révélait son âme. Petit, maigre, osseux, son corps paraissait incendié par un foyer intérieur. Des taches de bile et de sang marquaient sa peau. Ses yeux, quoique proéminents et plein d'insolence, paraissaient souffrir de l'éblouissement du grand jour. Sa bouche, largement fendue, comme pour lancer l'injure, avait le pli habituel du dédain. Il connaissait la mauvaise opinion qu'on avait de lui et semblait la braver. Il portait la tête haute et un peu penchée à gauche comme dans le défi.

L'ensemble de sa figure, vue de loin et éclairée d'en haut, avait de l'éclat et de la force, mais du désordre. Tous les traits divergeaient comme la pensée. C'était le contraire de la figure de Robespierre, convergente et concentrée comme un système : l'une, méditation constante, l'autre, explosion continue. A l'inverse de Robespierre, qui affectait la propreté et l'élégance, Marat affectait la trivialité et la saleté du costume. Des souliers sans boucles, des semelles de clous, un pantalon d'étoffe grossière et taché de boue, la veste courte des artisans, la chemise ouverte sur la poitrine, laissant à nu les muscles du cou ; les mains épaisses, le poing fermé, les cheveux gras, sans cesse labourés par ses doigts : il voulait que sa personne fut l'enseigne vivante de son système social. »

Chapitre XXIX livre trentième

« Ces lignes (il s'agit d'un extrait de l'Ami du Peuple où Marat se décrit lui-même) révélaient l'âme de Marat, une frénésie de gloire, une explosion perpétuelle de vengeance contre les inégalités sociales, et un amour pour les classes souffrantes, perverti jusqu'à la férocité envers les riches et les heureux.

Une telle soif de justice absolue et de nivellement soudain ne pouvait s'apaiser qu'avec du sang. Marat ne cessait d'en demander au peuple, par suite de cet endurcissement de l'esprit qui jouit d'immoler par la pensée ce qui résiste à l'implacabilité de ses systèmes...

Marat avait, comme Robespierre et comme Rousseau, une foi surnaturelle dans ses principes. Il se respectait lui-même dans ses chimères comme un instrument de Dieu...

Danton qui avait longtemps protégé Marat commençait à le craindre. Robespierre le méprisait comme un caprice honteux du peuple. Il en était jaloux, mais il ne s'abaissait pas à mendier si bas sa popularité. Quand Marat et lui se coudoyaient à la Convention, ils échangeaient des regards pleins d'injure et de mépris mutuels : lâche hypocrite ! Murmurait Marat – Vil scélérat ! Balbutiait Robespierre. Mais tous les deux unissaient leur haine contre les Girondins... »

Chapitre IV livre trente-huitième

« Marat sortit de sa retraite (le 13 avril 1793, les Girondins étaient parvenus à le mettre en accusation, il s'était caché) et comparut le 24 avril, devant le Tribunal révolutionnaire. L'audace de son attitude, le défi qu'il jeta aux juges, la foule qui l'escorta au tribunal, les acclamations du peuple qui se pressait en foule autour du palais de Justice, donnèrent d'avance aux jurés l'ordre de reconnaître son innocence. Elle fut proclamée. Un cri de triomphe, parti de l'enceinte du tribunal et prolongé par les groupes jusqu'aux portes de la Convention, apprit aux Girondins l'acquittement de leur ennemi... »

Chapitre IV livre quarantième

« Danton, feignant de partager l'enthousiasme de la foule pour l'idole qu'il méprisait, demanda que le cortège de Marat reçut les honneurs de l'Assemblée en défilant dans son enceinte. Marat, tenant sa couronne à la main, alla s'asseoir au sommet de la Montagne, à côté du féroce Armonville (député de Reims à la Convention). Maintenant, dit-il à haute voix au groupe de députés qui le félicitaient, je tiens les Girondins et les Brissotins ; ils iront en triomphe aussi, mais ce sera à la guillotine. Puis s'adressant aux députés qui l'avaient décrété d'accusation, il les appela par leur nom et les apostropha en termes injurieux...Le scandale des apostrophes de Marat n'excita dans la salle que le sourire du mépris. Robespierre haussa les épaules en signe de dégoût. Marat lui lança un regard de défi et l'appela lâche scélérat... »

Chapitre V livre quarantième

« Là, Marat harangua longtemps la foule, et lui promit du sang. La joie même était sanguinaire dans cet esprit exterminateur. Les cris de mort aux Girondins ! Étaient l'assaisonnement de son triomphe... »

Chapitre VI livre quarantième

« Marat se constituait ainsi lui-même, depuis son triomphe, le plénipotentiaire de la multitude. Il prenait cette dictature qu'il avait vingt fois conjuré le peuple de donner au plus déterminé de ses défenseurs. Sa politique avait pour théorie la mort. Il était l'homme de la circonstance, car il était l'apôtre de l'assassinat en masse... »

Chapitre VII livre quarantième

« Marat seul souffla la colère du peuple et prit corps à corps les Girondins, ses ennemis personnels, jusqu'à ce qu'ils fussent terrassés. Était-ce vengeance, ambition, vanité d'un grand rôle, inquiétude d'un esprit qui ne s'arrêtait jamais ? Il jouissait surtout d'être en scène et de représenter le peuple luttant à mort contre ses prétendus ennemis. »

Chapitre II livre quarante et unième

« Marat s'était constitué, depuis son triomphe, l'accusateur public de la Commune, des Cordeliers et même de la Convention. L'hésitation de Danton, la temporisation de Robespierre, la modération des Jacobins, élevaient en ce moment Marat à l'apogée de sa popularité et de sa puissance. Il osait tout ce qu'il rêvait. Son imagination fiévreuse ne mettait plus de bornes à ses rêves. Il affectait un grand mépris pour la Convention. Il dédaignait d'assister aux séances. Il levait les épaules aux noms de Robespierre et de Danton ; incapables tous deux, disait-il, l'un faute de vertu, l'autre de génie, d'accomplir une révolution et de régénérer un peuple. Il avait les vertiges de la hauteur où sa folie l'avait porté. Il croyait résumer de plein droit dans sa personne le nombre, le droit, la volonté de la multitude. Il adorait en lui la divinité du peuple. »

Chapitre XIV livre quarante-troisième

Après l'assassinat de Marat :

« Le sang de Marat enivra le peuple. La Montagne, Robespierre, Danton, heureux d'être débarrassés de ce rival dont ils redoutaient l'empire sur la multitude, jetèrent son cadavre à la populace pour qu'elle en fit son idole. Ses funérailles (le 15 juillet 1793) ressemblèrent plus à une apothéose qu'à un deuil. La Convention donna le culte de Marat en diversion à l'anarchie. Celui dont elle rougissait comme collègue, elle permit qu'on en fit un dieu. La nuit même qui suivit sa mort, le peuple vint suspendre des couronnes à la porte de sa maison (Marat avait été élu en septembre 1792 député de Paris à la Convention puis président du club des Jacobins le 5 avril 1793. Il avait quitté ses souterrains pour un appartement où il fut assassiné). La Commune (il s'agit de la Commune insurrectionnelle de Paris) inaugura son buste dans la salle des séances. Les sections vinrent processionnellement pleurer à la Convention et demander le Panthéon pour cette cendre. D'autres demandèrent que son corps, embaumé fut promené dans les départements....La Convention décréta qu'elle assisterait en masse aux obsèques. Le peintre David les ordonna. Plagiaire de l'antiquité, il voulut imiter les funérailles de César... Les pèlerinages du peuple à la tombe de Marat s'organisèrent tous les dimanches, et confondirent dans une même adoration le cœur de cet apôtre du meurtre avec le cœur du Christ de paix. Les théâtres se décorèrent tous de son image. Les places et les rues changèrent leur nom pour prendre le sien. Les femmes lui élevèrent un obélisque. Des journalistes (Jacques Roux et Théophile Leclerc) intitulèrent leurs feuilles l'Ombre de Marat. Ce délire se propagea dans les départements. Ce nom devint l'enseigne du patriotisme. Le maire de Nîmes se fit appeler le Marat du Midi ; celui de Strasbourg, le Marat du Rhin (Il ne s'agit pas du baron de Dietrich que fréquenta Rouget de l'Isle. Ce Dietrich ne fut maire de Strasbourg que jusqu'en août 1792. Accusé d'avoir soutenu des prêtres réfractaires, il fut envoyé devant le tribunal révolutionnaire et guillotiné le 29 décembre 1793). Le Conventionnel Carrier appela ses troupes l'armée de Marat. La veuve de l'Ami du Peuple vint demander à la Convention vengeance pour son époux et un tombeau pour elle. Des fêtes funèbres, des processions, des anniversaires furent instituées dans un grand nombre de communes de la République. Des jeunes filles, vêtues de blanc et tenant à la main des couronnes de cyprès et de chêne, y chantaient, autour du catafalque, des hymnes à Marat. Tous les refrains de ces hymnes étaient sanguinaires. Le poignard de Charlotte Corday, au lieu d'étancher le sang, semblait avoir ouvert les veines de la France. »

Chapitres I et II du livre quarante-cinquième

Pour conclure :

L'image qu'Alphonse de Lamartine donne de Marat n'est pas brillante, c'est le moins que l'on puisse dire. C'est peut-être la Révolution entière qui ne fut pas brillante ! Les revendications du peuple étaient légitimes après des siècles d'absolutisme royal, les idées révolutionnaires étaient généreuses, mais dans le concret, la Révolution fut une suite de parodies de justice, de massacres, d'horreurs et de bestialité. La cause en est peut-être à la multitude de conflits simultanés : entre le peuple et l'aristocratie, entre les Royalistes et les Républicains, entre la Capitale et la Province, entre la commune insurrectionnelle de Paris et l'Assemblée, entre les Montagnards et les Girondins puis les Montagnards entre eux, sans oublier les éternelles rivalités de pouvoir entre les individus...

En tout état de cause, il me paraît évident que Lamartine n'aurait pas fait le choix de rendre hommage à Marat devant le Musée de la Révolution française !

Nota : la récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 : http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html et la récapitulation des illustrations sur la fiche N°219 : http://jean.delisle.over-blog.com/2015/01/illustrations-jointes-aux-notes-du-blog-n-219.html

J.D. 8 novembre 2015

Marat à Vizille, photo J.D. 25 octobre 2015

Marat à Vizille, photo J.D. 25 octobre 2015

château-musée de Vizille, photo J.D. 25 octobre 2015

château-musée de Vizille, photo J.D. 25 octobre 2015

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