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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 11:16

La presse vendue ou placardée joua un grand rôle durant la Révolution française, pour diffuser les idées, les consignes, mobiliser... Voici ce que Alphonse de Lamartine décrit de cette presse au moment de la Révolution, dans « Histoire des Girondins « publiée en 1847, au livre quatrième chapitre II :

« Ce moment des élections (il s'agit des élections du 29 août au 5 septembre 1791 pour l'Assemblée législative qui remplaça l'Assemblée constituante) fut le signal d'une lutte plus acharnée de la presse périodique. Les journaux ne suffisaient pas. On fit crier les opinions dans les rues par des colporteurs, et on inventa les journaux-affiches placardées contre les murs de Paris et groupant le peuple au coin des rues devant ces tribunes de carrefour. Des orateurs nomades, inspirés ou soldés par les différents partis, s'y tenaient en permanence et commentaient tout haut ces écrits passionnés ...C'était la tribune antique transportée au domicile de chaque citoyen et appropriant son langage à toutes les classes, même aux plus illettrés. La colère, le soupçon, la haine, l'envie, le fanatisme, la crédulité, l'injure, la soif de sang, les paniques soudaines, la démence et la raison, la révolte et la fidélité , l'éloquence et la sottise, avaient chacun leur organe dans ce concert de toutes les passions civiles. La ville s'enivrait tous les soirs de ces passions fermentées. Tout travail était ajourné. Son seul travail, c'était le trône à surveiller, les complots réels ou imaginaires de l'aristocratie à prévenir, la patrie à sauver. Les vociférations des colporteurs de ces feuilles publiques, les chants patriotiques des Jacobins sortant des clubs, les rassemblements tumultueux, les convocations aux cérémonies patriotiques, les terreurs factices sur les subsistances, tenaient les masses de la ville et des faubourgs dans une continuelle tension. La pensée publique ne laissait dormir personne. L'indifférence eût semblé trahison. Il fallait feindre la fureur pour être à la hauteur de l'esprit public. Chaque circonstance accroissait les pulsations de cette fièvre. La presse la soufflait dans toutes les veines de la nation. Son langage tenait déjà du délire. La langue s'avilissait jusqu'au cynisme. Elle empruntait à la populace même ses proverbes, sa trivialité, ses obscénités, ses rudesses, et jusqu'à ces jurements dont elle entrecoupe ses paroles, comme pour asséner avec plus de force les coups de l'injure dans l'oreille de ceux qu'elle hait. Danton, Hébert, Marat furent les premiers qui prirent ce ton, ces gestes et ces jurements de la plèbe, pour la flatter par l'imitation de ses vices. Robespierre ne descendit jamais jusque là…. ».

Ce texte de Lamartine me semble bien illustrer l'ambiance de la Révolution qui ne fut pas la même sur tout le territoire français mais qui concerna quand même beaucoup de villes, non seulement Paris mais Lyon, Marseille, Avignon, Toulon, Nantes …

Dans « Les Blancs et les Bleus », roman publié en 1867/1868, Alexandre Dumas tente un bilan de la Révolution entre les horreurs et les aspects positifs, voir note N° 92 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-revolution-francaise-115651234.html

Voici un aperçu, non exhaustif, de la presse au temps de la Révolution :

* »Actes des Apôtres » :

Fut un périodique satirique royaliste qui parut à compter du 2 novembre 1789 à raisons de 3 numéros par semaine et jusqu'en 1791. En tout 311 numéros furent édités. Il fut fondé par Jean-Gabriel Peltier né dans le Maine-et-Loire le 21 octobre 1760. Il s'enfuit en Grande-Bretagne après la prise des Tuileries le 10 août 1792, c'est la raison pour laquelle il put vivre jusqu'en 1825.

* »Annales patriotiques et littéraires de la France»

Journal fondé par Jean-Louis Carra et Louis-Sébastien Mercier. Parut à partir du 5 octobre 1789 jusqu'en 1796 avec des éditions provinciales.

-Jean-Louis Carra né le 9 mars 1742 fut député de Saône-et-Loire à la Convention nationale en septembre 1792. Élu secrétaire de la Convention le 16 novembre 1792 alors qu'il appartenait encore au club des Jacobins. Il rejoignit les Girondins à la fin de 1792 et fit partie des Girondins arrêtés, condamné le 30 octobre 1792, il était guillotiné le 31.

-Louis-Sébastien Mercier naquit le 6 juin 1740. Écrivain, dramaturge, journaliste, il fut l'auteur de nombreuses œuvres dont 50 pièces de théâtre et d'un roman d'anticipation intitulé « l'an 2440 » parut en 1771. Selon certains auteurs, c'est de là que viendrait l'expression « s'en moquer comme de l'an 40 » et non de la guerre de 40 comme doivent le croire beaucoup de gens, alors que cette expression est apparue dès le début des années 1790. Louis-Sébastien Mercier mourut le 25 avril 1814

* »Chronique de Paris »

Journal fondé en 1789, voir fiche N° 262 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/11/les-savoyards-en-mai-1790-n-262.html

* »Courrier de Provence » :

fut la suite aux « lettres du comte Mirabeau à ses commettans » (selon l'orthographe de l'époque)

. 350 numéros se succédèrent de fin juillet 1789 jusqu'au 30 septembre 1791. Le principal rédacteur en fut Pierre Etienne Louis Dumont né à Genève en 1759, pasteur de l'église réformée, vint en France en 1789 et se mit au service de Mirabeau. Il décéda en 1829

*États-Généraux :

fondé par Mirabeau le 2 mai 1789, fut interdit 4 jours plus tard et remplacé par « lettres du comte Mirabeau à ses commettans »

* »Journal de la République française » :

Journal de Jean-Paul Marat, Montagnard, d'abord avec les Cordeliers puis avec les Jacobins. Ce « Journal de la République française » a fait suite à « l'Ami du Peuple » jusqu'à l'assassinat de Marat le 13 juillet 1793

*Journal de la Société de 1789 :

Fondé par C. Dupont de Nemours, Pastoret et André Chénier. 15 numéros parurent du 5 juin au 15 septembre 1790.

Dans le numéro daté du 3 juillet 1790, Condorcet y publia un article intitulé : « Sur l'admission des femmes au droit de Cité ». Extrait :

« Par exemple, tous n’ont-ils pas violé le principe de l’égalité des droits, en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois, en excluant les femmes du droit de cité ? Est-il une plus forte preuve du pouvoir de l’habitude, même sur les hommes éclairés, que de voir invoquer le principe de l’égalité des droits en faveur de trois ou quatre cents hommes qu’un préjugé absurde en avait privés, et l’oublier à l’égard de douze millions de femmes ?

Pour que cette exclusion ne fût pas un acte de tyrannie, il faudrait ou prouver que les droits naturels des femmes ne sont pas absolument les mêmes que ceux des hommes, ou montrer qu’elles ne sont pas capables de les exercer. »

* »Journal de Paris » :

Organe des monarchistes constitutionnels, dirigé par André Chénier Girondin et poète né le 30 octobre 1762. Il condamna la terreur. Après la prise des Tuileries le 10 août 1792, il s'enfuit en Normandie mais revint à Paris puis à Versailles et fut arrêté le 7 mars 1794 et guillotiné le 25 juillet 1794. Parmi ses œuvres il avait composé une « Ode à Marie-Anne-Charlotte Corday ».

*Journal des Amis de la Constitution :

a commencé à paraître le 31 octobre 1790 pour le compte des Jacobins puis des Feuillants après scission avec les Jacobins en juillet 1791. Mais cessa de paraître après le 20 septembre 1791. Le principal rédacteur de ce journal fut Pierre Choderlos de Laclos né à Amiens le 18 octobre 1741. Il commença une carrière militaire dans l'artillerie en 1761, démissionna de l'armée en 1788, fut rappelé par Bonaparte en janvier 1800 avec le grade de général de brigade (dans l'artillerie). Il mourut de maladie le 5 septembre 1803 à Tarente (dans le sud de l'Italie). En même temps que militaire il fit une carrière d'écrivain et publia de nombreuses œuvres dont la plus connue est « Les liaisons dangereuses ».

*Journal des débats des amis de la Constitution :

a succédé au « journal des amis de la Constitution » à compter de juillet 1791 ; présenté comme le journal officiel du Club des Jacobins

*Journal des Débats de la Société des Jacobins amis de la Liberté et de l'Egalité :

a succédé au « Journal des débats des amis de la Constitution », à compter de septembre 1792, jusqu'au 14 décembre 1793. En tout, 556 numéros sont parus.

* »La Bouche de Fer » :

Ce journal parut d'octobre 1790 à juillet 1791. Il fut édité par Nicolas de Bonneville et Claude Fauchet.

-Nicolas de Bonneville, imprimeur, écrivain et journaliste, naquit à Evreux (Eure) le 13 mars 1760 et mourut à Paris le 9 novembre 1828.

-Claude Fauchet naquit à Dornes (Nièvre) le 22 septembre 1744. Entré dans les ordres, il devint évêque constitutionnel du Calvados en mai 1791. Il fut élu député à l'Assemblée législative puis à la Convention nationale. Girondin, il vota contre la mort du roi. Il fit partie des Girondins mis en accusation et fut guillotiné le 31 octobre 1793.

* La Feuille villageoise :

Hebdomadaire créé en septembre 1790 par Joseph-Antoine Cerutti. Cet hebdomadaire qui se voulait pédagogique était expédié chaque semaine à tous les villages de France. Il cessa de paraître après Thermidor (fin juillet 1794).

Joseph-Antoine Cerruti naquit à None (dans la banlieue de Turin) le 13 juin 1738. Arrivé en France en 1752, il obtint la nationalité française. Il fut élu à l'Assemblée législative en septembre 1791 et mourut de maladie le 3 février 1792.

* »L'Ami des Citoyens » :

Journal fondé le 22 septembre 1791 par Jean-Lambert Tallien. Hebdomadaire puis quotidien à compter du 22 octobre 1794. Cessa de paraître en 1795.

Tallien né à Paris le 23 janvier 1767 avait commencé une carrière de notaire. Il siégea à la commune insurrectionnelle de Paris après le 10 août 1792 (prise des Tuileries). Montagnard, proche de Danton, il fut envoyé à Bordeaux, en septembre 1793, pour organiser la répression (contre les ennemis de la Révolution). C'est durant ce séjour à Bordeaux qu'il fit la connaissance de Thérésa Cabarrus (1773/1835). A la demande de Thérésa, des prisonniers furent libérés. Elle fut alors surnommée « Notre Dame de Bon Secours ».

Rentré à Paris, Tallien devint président de la Convention le 21 mars 1794. Thérésa est arrêtée et emprisonnée lorsqu'elle arrive à Paris pour rejoindre Tallien. C'est à la prison des Carmes que Thérésa fit la connaissance de Joséphine de Beauharnais. Cette arrestation de Thérésa et la perspective de la guillotine, décidèrent Tallien à se joindre à la conspiration contre Robespierre. Il fit libérer Thérésa le 13 août 1794 et l'épousa le 26 décembre de la même année. Thérésa fut alors surnommée « Notre Dame de Thermidor ». Deux jours plus tôt (le 24 décembre) il avait fait fermer le club des Jacobins. Bonaparte l'emmena avec lui en Egypte en 1798. De retour en France en 1800, son bateau fut pris par les Anglais. Retenu à Londres, il ne rentra en France qu'en 1802. Il décéda de la lèpre le 16 novembre 1820. Thérésa s'était séparée de Tallien dès 1795, elle en eut un enfant. Ensuite elle multiplia amants (dont Barras) et maris et eut plusieurs autres enfants.

* »L'Ami du Peuple » :

Journal de Jean-Paul Marat, paru du 16 septembre 1789 au 25 septembre 1792, fut remplacé par le Journal de la République française. Sur Marat, voir la fiche N°260 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/11/jean-paul-marat-n-260.html

* »L'Ami du Roi » :

quotidien fondé par des royalistes et qui commença à paraître le 1er juin 1790. Mais les fondateurs se divisèrent et durant quelques mois, 3 quotidiens parurent avec le même titre : « l'Ami du Roi ». Le principal fut celui dirigé par l'abbé Thomas Marie Royou. Né à Quimper le 25 janvier 1743, il eut surtout une fonction d'enseignant et de journaliste. Son journal fut supprimé par décret du 4 mai 1792. L'abbé Royou échappa à la guillotine en se cachant et mourut peu après (le 21 ou le 22 juin 1792).

* »La sentinelle » :

Journal qui commença à paraître tous les 2 jours à partir de mai 1792 sous forme de journal-affiche placardé sur les murs de Paris et des principales villes de provinces. Financé par Jean-Marie Roland de la Platière, le principal rédacteur en fut Jean-Baptiste Louvet. Il cessa de paraître à la chute des Girondins (début juin 1793). Il reparut sous forme de quotidien du 24 juin 1795 au 3 mai 1798.

-Jean-Baptiste Louvet naquit à Paris le 12 juin 1760. Dès 1787 il publia des romans à succès qui le mirent dans l'aisance. En 1789 il s'installa à Nemours où une dame Cholet (née Marguerite Denuelle, surnommée Lodoïska) , qui s'était séparée de son mari, vient le rejoindre. Il fut élu, par le Loiret, député à la Convention Nationale le 8 septembre 1792. Lors de l'arrestation des Girondins (en juin 1793), Louvet s'enfuit d'abord à Caen où il épousa Loïdiska qui avait pu divorcer de son mari suite à la loi du 20 septembre 1792 instituant le divorce en France. Ils passèrent en Gironde puis parvinrent en Suisse en février 1794 où Loïdiska accoucha d'un fils le 22 septembre 1794. Après l'exécution de Robespierre et de ses partisans (28 juillet 1794), ils purent rentrer en France au mois d'octobre 1794. Louvet fut élu au conseil des Cinq-Cents le 15 octobre 1795 et mourut de tuberculose le 25 août 1797 alors qu'il venait d'être nommé consul à Palerme.

-Jean Marie Roland vicomte de la Platière naquit le 18 février 1734 à Thizy (Rhône). Il commença par une carrière d'économiste et devint inspecteur des manufactures. Il fit la connaissance de Manon Philipon en 1776 et l'épousa le 4 février 1780. Nommé à Amiens en février 1781, c'est là que naquit leur fille Eudora. Puis envoyé à Lyon en 1789. Enfin, ils arrivent à Paris en décembre 1791. Girondin, Jean Marie Roland devint ministre de l'intérieur le 23 mars 1792, révoqué par Louis XVI en juin 1792, retrouve son poste après la chute du roi (10 août 1792). Décrété d'arrestation avec d'autres Girondins le 2 juin 1793, il se réfugie à Rouen et se suicidera le 10 novembre 1793 lorsqu'il apprendra la mort de Manon.

-Jeanne-Marie Philipon dite Manon naquit à Paris le 17 mars 1754. Arrivée à Paris avec son mari, elle tint salon et fut l'âme des Girondins. Voici un extrait du texte d'Alphonse de Lamartine sur Manon Roland (dans Histoire des Girondins chapitre I du livre huitième) :

« ...des hommes, les uns Girondins, les autres Jacobins, mais confondus encore sous la dénomination commune de Patriotes, commencèrent à se réunir et à former le noyau d'une grande opinion républicaine…

Le foyer d'une jeune femme, fille d'un graveur du quai des Orfèvres, fut le centre de cette réunion. Ce fut là que les deux plus grands partis de la Révolution, la Gironde et la Montagne, se rencontrèrent, s'unirent, se divisèrent, et, après avoir conquis le pouvoir et renversé ensemble la monarchie, déchirèrent de leurs dissensions le sein de leur patrie, et tuèrent la liberté en s'entretuant…

L'âme ardente et pure d'une femme était digne de devenir le centre où convergeaient tous les rayons de la vérité nouvelle pour s'y féconder à la chaleur de son cœur et pour y allumer le bûcher des vieilles institutions politiques. Les hommes ont le génie de la vérité, les femmes seules en ont la passion. Il faut de l'amour au fond de toutes les créations : il semble que la vérité a deux sexes, comme la nature. Il y a une femme à l'origine de toutes les grandes choses ; il en fallait une au principe de la Révolution. On peut dire que la philosophie trouva cette femme dans madame Roland. L'historien, entraîné par le mouvement des événements qu'il retrace, doit s'arrêter devant cette sévère et touchante figure, comme les passants s'arrêtèrent pour remarquer ses traits sublimes et sa robe blanche sur le tombereau qui conduisait des milliers de victimes à la mort... »

Manon Roland fut arrêtée le 1er juin 1793, jugée et condamnée le 8 novembre 1793, elle fut guillotinée le jour même. L'histoire a retenu cette phrase lorsqu'elle montait à l'échafaud : « ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ».
Une statue réalisée par Emile François Chatrousse vers 1883 représente Manon Roland sur la façade de l'hôtel de Ville de Paris au rez de Chaussée du pavillon gauche côté
Seine.

*La Tribune des Patriotes :

a commencé à paraître le 30 avril 1792 et en mai de la même année, lancée par Camille Desmoulins et Fréron.

*La tribune du peuple :

Journal de François Noël Babeuf dit Gracchus Babeuf né à Saint Quentin (Aisne) le 23 novembre 1760. Jacobin, il avait d'abord édité « le correspondant picard » en octobre 1790, puis « le journal de la liberté de la presse » à compter du 3 septembre 1794 devenu « le tribun du peuple » le 5 octobre de la même année. Après la chute de Robespierre, il tenta de poursuivre la Révolution (conjuration des Egaux). Arrêté, il tenta de se suicider et fut emmené mourant à la guillotine à Vendôme (Loir-et-Cher) le 27 mai 1797. Il est considéré par certains auteurs comme l'ancêtre du communisme.

* »Le courrier des 83 départements »

a succédé au courrier de Versailles

*Le courrier de Versailles à Paris et de Paris à Versailles

fondé le 5 juillet 1789 par Antoine-Joseph Gorsas. Ce Gorsas né à Limoges en 1752 devint avocat en 1789, puis élu à la Convention nationale en 1792. il siégea avec les Girondins. Lors de l'arrestation des Girondins en juin 1793, il parvint à s'enfuir en Normandie, mais revenu à Paris, il fut arrêté le 6 octobre 1793 et guillotiné le 7 !

A compter du 20 octobre 1789, son journal changea de titre pour devenir : « le courrier de Paris dans les provinces et des provinces à Paris ». Il changea une nouvelle fois de titre pour devenir en 1790 « le courrier des départements », après la création des départements en France par décret de l'Assemblée constituante du 22 décembre 1789, mais avec une mise en place en 1790. Ne parut que jusqu'au 31 mai 1793.

La devise du journal de Gorsas était : « vires acquirit eundo » ce qui signifie : « (la renommée) acquiert ses forces dans sa course ». Cela vient de Virgile (Enéïde IV-175) et a été repris comme devise par la ville de Melbourne.

* »Le défenseur de la Constitution » :

Journal fondé par Robespierre avec le soutien financier de Duplay, il parut du 17 mai au 20 août 1792 et fut remplacé par les Lettres de Maximilien Robespierre

* »Le discours de la lanterne aux Parisiens » :

Il ne s'agit pas à proprement parler d'un journal mais d'une brochure publiée le 15 septembre 1789 par Camille Desmoulins.

Le 22 juillet 1789, avaient été pendus au support d'une lanterne, place de Grève à Paris, un contrôleur général des finances (Foulon de Doué) et son gendre, d'où le titre de la brochure.

Camille Desmoulins né le 2 mars 1760, fut journaliste, avocat et fut élu député à la Convention Nationale en septembre 1792. Siégeant avec les Montagnards, il fut proche à la fois de Danton et de Robespierre. Arrêté avec les « Dantonistes », il fut guillotiné le même jour que Danton (5 avril 1794), et son épouse Lucile le 13 avril 1794. En 1885, une rue de Paris, dans le onzième arrondissement prit le nom de Camille Desmoulins.

* »Le Patriote français » :

journal fondé par le Girondin Brissot. 3 numéros parurent entre le 20 novembre 1790 et le 20 août 1792.

Jacques Pierre Brissot fut l'une des principales figures des Girondins. Né à Chartres le 15 janvier 1754, il fut avocat, écrivain, un moment secrétaire du duc d'Orléans. Il participa en février 1788, à la fondation de la « Société des amis des Noirs », puis passa la même année 4 mois aux États-Unis. Il fut élu à l'Assemblée législative le 18 septembre 1791. Arrêté avec d'autres Girondins (voir fiche N° 251), condamné à mort le 30 octobre 1793, il fut guillotiné le 31.

A partir de 1774, il se fit appeler « Brissot de Warville » nom dérivé de Ouarville, village d'Eure-et-Loir près de Chartres. De même son frère se fit appeler « Brissot de Thivars », nom d'un autre village près de Chartres.

* »Le Père Duchesne » :

Le Père Duchesne, d'abord personnage populaire, fut le titre de plusieurs publications dont la principale fut celle de Jacques René Hébert. Cet Hébert naquit à Alençon le 15 novembre 1757. S'étant orienté vers le journalisme, il publia successivement dans « la lanterne magique », « le petit carême de l'abbé Maury » et « le chien et le chat » avant de fonder « le Père Duchesne » en septembre 1790. Il sortit 4 numéros par décade, c'est-à-dire 12 numéros par mois. Au total il en parut 385 numéros. Sur le fond, le Pére Duchesne fut aussi extrémiste que « l'Ami du Peuple » de Marat, appelant au meurtre à plusieurs reprises. Le Père Duchesne fut en quelque sorte le porte-parole des sans culottes. Sur la forme Hébert en fit volontairement un texte grossier pour ne pas dire ordurier, ce qui semblait plaire beaucoup aux lecteurs. Le roi était traité de gros cochon, de cochon du temple ou de cocu, la reine de guenon ou de garce autrichienne… Les crieurs qui vendaient les numéros proclamaient : « Il est bougrement en colère aujourd'hui le père Duchesne ».

Hébert rejoignit le club des Cordeliers en janvier 1791, il en devint Président au printemps 1792. Il se maria en février 1792 avec Françoise Goupil une ex-religieuse.

Le Père Duchesne se déchaîna d'abord contre les royalistes puis contre les Girondins.

Hébert fut arrêté une première fois le 24 mai 1793, mais le 2 juin « le peuple » (80.000 manifestants armés de 150 canons) envahit la Convention et obtint sa libération. Arrêté à nouveau en mars 1794, condamné à mort le 23 mars il fut guillotiné le 24 mars et sa femme 20 jours plus tard. Si les femmes n'eurent pas le droit de vote sous la Révolution elles eurent le droit d'être guillotinées et elles furent très nombreuses à en perdre la tête !

Les partisans d'Hébert reçurent le nom « d'Hébertistes ».

* »Le Point du jour » :

journal fondé par Bertrand Barère de Vieuzac. Il parut du 19 juin 1789 au 1er octobre 1791, en tout 815 numéros. Ce journal rendait compte des débats de l'Assemblée.

Bertrand Barère de Vieuzac naquit à Tarbes le 10 septembre 1755. Avocat, il fut élu à l'Assemblée nationale constituante puis à la Convention nationale dont il devint le Président. Il vota la mort du roi et fut rapporteur au Comité de Salut Public à partir du 7 avril 1793. Condamné à la déportation le 2 mars 1795, il parvint à s'évader de la prison de Saintes et vécut dans la clandestinité jusqu'à ce qu'il soit amnistié après le coup d'état du 18 brumaire (9 novembre 1799). Il mourut le 13 janvier 1841

* »Le publiciste parisien » :

Premier journal de Jean-Paul Marat qui parut du 11 au 15 septembre 1789 et devint « l'Ami du Peuple »

* »Le Républicain » :

Journal fondé en 1791 par des Girondins : Brissot, Condorcet, Dumont de Genève et Du Châtelet. 4 numéros seulement parurent en juillet 1791

* »Les nouvelles Révolution de France et de Brabant » :

Journal de Camille Desmoulins et Merlin de Thionville qui parut en novembre/décembre 1792 et dont l'épigraphe chaque jour était : « Il n'y a pas de victime plus agréable aux dieux qu'un roi immolé ».

* »Les Révolutions de France et de Brabant » : Journal rédigé par Camille Desmoulins de novembre 1789 jusqu'au 17 juillet 1791

* »Lettres du comte de Mirabeau à ses commettans » (selon l'orthographe de l'époque):

ce périodique parut avec 2 à 3 numéros par semaine à compter du 10 mai 1789 jusqu'au 25 juillet 1789 soit en tout 19 parutions. Fut suivi par « Courrier de Provence »

* »Lettres de Maximilien Robespierre à ses commettans » :

22 lettres furent publiées par Robespierre entre octobre 1792 et février 1793. La « Société des Études Robespierristes » a édité en 11 volumes les « Œuvres de Maximilien Robespierre ». Ces œuvres ont été recensées et commentées par plusieurs générations d'historiens entre 1912 et 1967. Dans la dernière édition, les 22 « Lettres de Maximilien Robespierre à ses commettans » figurent dans le tome 5.

Sur Robespierre, voici un court extrait de « l'histoire des Girondins » d'Alphonse de Lamartine publiée en 1847 ; au chapitre XVII du livre premier :

« Maximilien Robespierre était né à Arras (le 6 mai 1758, il fut guillotiné à Paris le 28 juillet 1794, il avait 36 ans!) d'une famille pauvre, honnête et respectée...Le jeune Robespierre s'était distingué , au collège Louis-le-Grand, par une vie studieuse et par des mœurs austères.

Les lettres et le barreau partageaient son temps. La philosophie de Jean-Jacques Rousseau avait pénétré profondément son intelligence ; cette philosophie, en tombant dans une volonté active n'était pas restée lettre morte : elle était devenue en lui un dogme, une foi, un fanatisme. Robespierre était devenu le Calvin de la politique ; il couvait dans l'obscurité la pensée confuse de la rénovation du monde social et du monde religieux, comme un rêve qui obsédait inutilement sa jeunesse, quand la Révolution vint lui offrir ce que la destinée offre toujours à ceux qui épient sa marche, l'occasion. Il l'a saisit. Il fut nommé député du tiers (il s'agit du Tiers État) aux États généraux. Seul peut-être de tous ces hommes qui ouvraient à Versailles la première scène de ce drame immense, il entrevoyait le dénouement .….il était le dernier mot de la Révolution, mais personne ne pouvait le lire….Tel était alors l'homme qui devait absorber en lui tous ces hommes, et en faire ses victimes après en avoir fait ses instruments. Il n'était d'aucun parti, mais de tous les partis qui servaient tour à tour son idéal de la Révolution. C'était là sa force, car les partis s'arrêtaient, lui ne s'arrêtait pas… «

et au chapitre XXIII du livre premier :

« La Révolution tout entière n'était comprise par personne (en 1789), excepté, peut-être par Robespierre et par les démocrates purs. Le roi n'y voyait qu'une grande réforme, le duc d'Orléans qu'une grande faction, Mirabeau que le côté politique, La Fayette que le côté constitutionnel, les Jacobins qu'une vengeance, le peuple que l'abaissement des grands, la nation que son patriotisme. Nul n'osait voir encore le but final... »

* »Le Vieux Cordelier »

Journal de Camille Desmoulins qui parut à compter du 5 décembre 1793 jusqu'au 25 janvier 1794, au total 6 numéros furent imprimés et diffusés. Un septième numéro rédigé en février 1794, ne vit pas le jour.

* »L'Observateur » :

Journal fondé le 1er août 1789 par Gabriel Feydel, journaliste né en 1756 dans l'Isère (commune de l'Albenc). Feydel fut proscrit en juillet 1794. Il s'embarqua à Marseille pour Constantinople, mais son navire fut pris par les Anglais et il resta prisonnier un an et demi avant de pouvoir rentrer en France. Il décéda le 22 avril 1840

* »L'ombre de Marat » :

parut en 1793 d'abord comme quotidien puis 4 fois par semaine à compter du 23 juillet 1793. Il se voulait le continuateur du journal de Marat. Le rédacteur en était Jacques Roux, né à Pranzac (dans la Charente) le 21 août 1752, ordonné prêtre en 1779. Il prit fait et cause pour la Révolution, classé parmi la faction des « Enragés », il fut surnommé le « curé rouge » ou « le petit Marat ». Il avait été un des premiers prêtres a accepter la Constitution civile du clergé et il avait accompagné Louis XVI à l'échafaud. Mais, il gênait trop de monde, il fut arrêté, emprisonné à Bicêtre où il se suicida le 10 février 1794.

* »L'Orateur du Peuple » :

journal lancé en 1790 par Louis Marie Stanislas Fréron, né à Paris le 17 août 1754. Journaliste, il devint président du club des Cordeliers en avril 1792. participa à l'attaque des Tuileries (10 août 1792), appela aux massacres de septembre (1792), fut élu à la Convention le 14 septembre (1792). Envoyé en mission, il organisa la répression à Marseille et Toulon fin 1793 (voir fiche N°92). Rentré à Paris il participa à la conjuration contre Robespierre (27 juillet 1794). En 1802, il fut envoyé par Bonaparte à Saint-Domingue au moment du soulèvement mené par Toussaint Louverture. Fréron y mourut de fièvre le 15 juillet 1802.

* »Révolutions de Paris » :

journal fondé par Prudhomme dès le 12 juillet 1789 et qui parut jusqu'au 28 février 1794. Ce prudhomme naquit à Lyon en 1752 et mourut à Paris le 20 avril 1830. Son journal fut d'abord très anti-royaliste. Il évolua probablement car en 1797, il publia en 6 volumes « l'histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française ».

Parmi les rédacteurs de « Révolutions de Paris », signalons :

-Philippe-François-Nazaire Fabre dit Fabre d'Eglantine né à Carcassonne le 28 juillet 1750 qui fut acteur, dramaturge, poète (c'est lui qui composa les paroles de « il pleut bergère »), membre des Cordeliers, député à la Convention nationale, proche de Danton, il fut guillotiné à Paris en même temps que Danton (le 5 avril 1794)

-Pierre-Gaspard Chaumette né à Nevers (Nièvre) le 24 mai 1763. Engagé jeune dans la marine, il participa en 1780/1781 aux combats contre les Anglais lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis. De retour en France il milita pour l'abolition de l'esclavage mais fut contre l'émancipation des femmes. Cordelier durant la Révolution il fut guillotiné à Paris le 13 avril 1794.

Ce panorama de la presse durant la Révolution française est loin d'être complet il montre néanmoins déjà l'explosion des idées, de la parole et des écrits durant la Révolution.

J.D. 18 décembre 2015

Manon Roland à la mairie de Paris

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le père Duchesne

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