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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 09:46

La Révolution de 1789 prôna de grands principes dont celui d'égalité, sauf pour…. les femmes à qui les soi-disant révolutionnaires n'accordèrent même pas le droit de vote !. Pire, ils interdirent même les clubs féminins en 1793, alors qu'au temps de la royauté un certains nombre de femmes eurent le pouvoir en étant régentes !

A la suite, le premier empire, puis le retour des rois (Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe), puis la seconde République (de 1848 à 1852), puis le second empire de 1852 à 1870, puis la troisième République de 1870 à 1940, puis l’État français de 1940 à 1944, ne firent pas mieux pour ce qui concerne le droit de vote des femmes.

La troisième République est particulièrement inexcusable, elle qui encouragea le travail des femmes dans les champs, les usines, les hôpitaux et partout durant la première guerre mondiale pendant que les hommes étaient massivement mobilisés. Les femmes eurent le droit de faire marcher l'économie, de soutenir l'effort de guerre, de soigner les blessés... mais toujours pas de voter !

Il est cependant un domaine où la Révolution assura la stricte égalité hommes/femmes, c'est celui de la guillotine ! Les femmes comme les hommes eurent le droit de « mettre la tête à la lucarne » selon l'expression en vigueur durant la Révolution, c'est-à-dire sous le couperet de la guillotine.

Voici, parmi les plus connues, quelques-unes des femmes guillotinées durant la Révolution :

*Charlotte Corday le 17 juin 1793

*Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

*Olympe de Gouges le 3 novembre 1793

*Manon Roland le 8 novembre 1793

*Comtesse du Barry le 8 décembre 1793

*Lucile Desmoulins le 13 avril 1794

*Françoise Goupil veuve Hébert le 13 avril 1794

*Elisabeth (sœur de Louis XVI) le 10 mai 1794

etc etc etc.

Parmi toutes ces femmes guillotinées, une figure est particulièrement attachante, c'est celle de Manon Roland. Michel Onfray lui a d'ailleurs consacré un article des pages 98 à 102 dans l'hebdomadaire Le Point du jeudi 30 juillet 2015.

Manon Roland :

Elle naquit Jeanne Marie Philipon à Paris le 17 mars 1754 d'un père graveur et d'une mère nommée Marguerite Bimont qui surnomma sa fille « Manon ».

D'un esprit très vif et d'une grande intelligence, Manon lisait beaucoup. Le 7 mai 1765, elle entrait en pension chez les religieuses du couvent des Augustines à Paris.

Le 4 février 1780 elle épousa Jean-Marie Roland de La Platière, économiste déjà réputé, inspecteur des manufactures né le 18 février 1734 et donc de 20 ans l'aîné de Manon. Avec Jean-Marie elle eut une fille, nommée Eudora, née en 1781 et qui vécut jusqu'en 1858.

Elle suivit son mari dans ses différentes affectations : Paris, Amiens puis Lyon et revint à Paris en décembre 1791. Férue de lectures d'auteurs anciens et de philosophes, elle s'enthousiasma pour la Révolution. Elle tint salon où se trama une partie de l'histoire de la Révolution. Voici ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans l'histoire des Girondins publiée en 1847 aux chapitres XV et XVI du livre huitième :

« Brissot, Pétion, Buzot, Robespierre, convinrent de se réunir quatre fois par semaine, le soir, dans le salon de cette femme. L'objet de ces réunions était de conférer secrètement sur les faiblesses de l'Assemblée constituante, sur les pièges que l'aristocratie tendait à la Révolution entravée, et sur la marche à imprimer aux opinions attiédies pour achever de consolider le triomphe. Ils choisirent la maison de madame Roland, parce que cette maison était située (rue Guénégaud, dans le sixième arrondissement, près de l'île de la Cité) dans un quartier assez rapproché du logement de tous les membres qui devaient s'y rencontrer…
Madame Roland se trouvait ainsi jetée, dès les premiers jours, au centre des mouvements. Sa main invisible touchait les premiers fils de la trame encore confuse qui devait dérouler les plus grands événements..
. ».

On notera le nom de Robespierre parmi les premiers assidus au salon de Manon. Elle et son mari aidèrent Robespierre à ses débuts et le prévinrent même d'un danger qui le guettait. Ce que Robespierre oubliera lorsque Manon sera condamnée et guillotinée !

Affilié aux Girondins, Jean-Marie Roland se retrouva ministre de l'Intérieur du 23 mars au 13 juin 1792 et du 10 août 1792 au 23 janvier 1793, au moment où les Girondins dominèrent l'Assemblée.

C'est le mari qui fut ministre mais c'est Manon qui dictait la politique et même qui rédigeait les discours. Voilà ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans « Histoire des Girondins » livre neuvième chapitre I :

« L'éclat et le génie de sa femme attirait les yeux sur lui ; sa médiocrité même, seule puissance qui ait la vertu de neutraliser l'envie, le servait. Comme personne ne le craignait, tout le monde le mettait en avant... ».

L'influence de Manon fut, dès l'époque, de notoriété publique.

Ainsi Danton déclarait à la tribune de l'Assemblée le 29 septembre 1792 :

« Personne ne rend plus de justice que moi à Roland. Mais si vous lui faites une invitation, faites-la donc aussi à sa femme ; car tout le monde sait que Roland n'est pas seul dans son département ».

Un député girondin (Lasource) répondit à Danton : « Qu'importe à la patrie que Roland ait une femme intelligente qui lui inspire ses résolutions, ou qu'il les puise en lui-même. Ce petit moyen n'est pas digne du talent de Danton. »

Ces propos sont rapportés par Alphonse de Lamartine au livre trentième de l'histoire des Girondins ; et Lamartine poursuit :

« Le lendemain, Roland écrivit à la Convention une de ces lettres lues en séance publique, et qui donnaient indirectement la parole dans la Convention et l'influence du talent de sa femme dans l'opinion. Ces lettres aux autorités constituées, aux départements, à la Convention, étaient les discours de madame Roland. Elle rivalisait avec Vergniaud, elle luttait avec Robespierre, elle écrasait Marat. On sentait le génie, on ignorait le sexe. Elle combattait masquée dans la mêlée des partis... »

Un discours de Manon :

Lorsqu'il se retrouva ministre et probablement fier de fréquenter le roi, comme Jean-Marie Roland faisait, devant sa femme, l'éloge du monarque; voilà ce que lui répondit Manon ; propos rapportés (ou imaginés?) par Alphonse de Lamartine dans l'Histoire des Girondins au chapitre X du livre treizième :

« Défie-toi de la perfidie de tous et surtout de ta propre vertu, répondait-elle au faible et orgueilleux Roland ; tu vis dans un monde des Cours où tout n'est qu'apparence, et où les surfaces les plus polies cachent les combinaisons les plus sinistres. Tu n'es qu'un bourgeois honnête égaré parmi ces courtisans, une vertu en péril parmi tous ces vices ; ils parlent notre langue et nous ne savons pas la leur : comment ne nous tromperaient-ils pas ? Louis XVI, d'une race abâtardie, sans élévation dans l'esprit, sans énergie dans la volonté, s'est laissé garrotter dans sa jeunesse par des préjugés religieux qui ont encore rapetissé son âme ; entraîné par une reine étourdie qui joint à l'insolence autrichienne l'ivresse de la beauté et du rang suprême, et qui fait de sa cour secrète et corrompue le sanctuaire de ses voluptés et le culte de ses vices, ce prince, aveuglé d'un côté par les prêtres et de l'autre par l'amour, tient au hasard les rênes flottantes d'un empire qui lui échappe ; la France, épuisée d'hommes, ne lui suscite, ni dans Maurepas, ni dans Necker, ni dans Calonne, un ministre capable de le diriger ; l'aristocratie est stérilisée ; elle ne produit plus que des scandales ; il faut que le gouvernement se retrempe dans une couche plus saine et plus profonde de la nation ; le temps de la démocratie est venu, pourquoi le retarder ? Vous êtes ses hommes, ses vertus, ses caractères, ses lumières ; la Révolution est derrière vous, elle vous salue, elle vous pousse, et vous la livreriez confiante et abusée au premier sourire d'un roi, parce qu'il a la bonhomie d'un homme du peuple ! Non, Louis XVI, à demi détrôné par la nation, ne peut aimer la Constitution qui l'enchaîne ; il peut feindre de caresser ses fers, mais chacune de ses pensées aspire au moment de les secouer. Sa seule ressource aujourd'hui est de protester de son attachement à la Révolution et d'endormir les ministres de la Révolution chargés de surveiller de près ses trames ; mais cette feinte est la dernière et la plus dangereuse de Louis XVI, et les ministres patriotes sont ses surveillants ; il n'y a pas de grandeur abattue qui aime sa déchéance, il n'y a pas d'homme qui aime son humiliation : crois à la nature humaine, Roland, elle seule ne trompe jamais, et défie-toi des cours ; ta vertu est trop haute pour voir les pièges que les courtisans sèment sous tes pas »

Rapporté ou imaginé, ce discours devrait bien être médité par tous ceux qui seraient prêts à tuer père et mère pour un portefeuille de ministre !

La fin :

Manon Roland et d'autres comme elle, furent plus intelligentes que beaucoup de prétentieux révolutionnaires, mais dans le contexte d'une société qui n'était pas prête à l'accepter, elles en perdirent la tête !

Lorsque Jacobins et Cordeliers s'entendirent pour éliminer les Girondins, Manon fut arrêtée le 1er juin 1793. Elle avait eu le temps de confier sa fille à des amis.

Elle fut condamnée par le tribunal révolutionnaire composé probablement d'abrutis notoires. En intelligence, Manon dépassait ses juges de cent coudées, mais c'était là véritablement son crime !

Elle fut guillotinée le 10 novembre 1793 et eut une mort héroïque. Durant ses 5 mois d'emprisonnement elle eut le temps d'écrire des mémoires. Jean-Marie Roland avait pu, lui, fuir en Normandie, mais lorsqu'il apprit l'exécution de Manon, il se suicida.

Qui, un jour, réhabilitera les dizaines de milliers de victimes innocentes de la Révolution ?

J.D. 6 mars 2016

nota : la citation de Lamartine expliquant que Roland était devenu ministre parce qu'il ne gênait personne, me rappelle une réunion tenue à Chambéry au début des années 1970. Réunion provoquée par Pierre Dumas alors maire de Chambéry et député de Maurienne et ce suite à la fermeture d'une usine en Maurienne. Un délégué de la DATAR (à l'époque : Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale) participait à cette réunion et manifestement il ne comprenait rien. J'en fis part en aparté à un ingénieur des Ponts-et-Chaussées auprès de qui j'étais placé. Il me répondit : »C'est parce qu'il est nul qu'il occupe ce poste, il ne gêne personne ».

Manon Roland à la guillotine

Manon Roland à la guillotine

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