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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 10:21

*L'histoire de Rome commence par le règne de sept rois dont le premier fut Romulus. Cette période de la royauté romaine s'étend de l'an 753 avant notre ère à l'an -509, date à laquelle le peuple de Rome chassa le dernier roi (Tarquin le Superbe) parce que son fils avait violé Lucrèce, une citoyenne romaine.

*Sur cette période, on a un ensemble de textes mais qui ont été écrits au minimum 5 siècles après les faits. Le résultat est qu'on ne sait pas bien démêler ce qui appartient à l'Histoire et ce qui ressort de la légende.

De mon point de vue, légendaire ou réelle, la fondation de Rome et ses rois appartiennent à l'Histoire de la Rome antique, comme la guerre de Troie appartient à l'Histoire de la Grèce, ou comme Abraham et Moïse appartiennent à l'Histoire des Hébreux c'est-à-dire à Israël etc.

*Après la royauté, dans la Rome antique, il y eut la République de -509 à -27, une République qui fit la conquête du monde méditerranéen. Cette République fut proclamée un an avant la Démocratie à Athènes.

Autre temps, autres mœurs, dans la République romaine, seuls les hommes libres participaient aux votes, ce qui excluait les esclaves, les femmes… mais enfin pour l'époque ce fut un modèle.

*Cette République prit fin après 482 années de « bons et loyaux services » lorsqu'en -27, le Sénat de Rome décerna à Octave (vainqueur d'Antoine et Cléopâtre) tous les titres et lui délégua tous les pouvoirs. Parmi les titres, il y eut celui « d'Auguste » qui devint son nom. Tous les historiens considèrent qu'alors, de fait, la République n'existait plus, l'empire commençait et avec lui une période où des êtres humains eurent un pouvoir absolu y compris le droit de vie et de mort sur leurs semblables. Il y eut bien d'autres pays ou civilisations où cela se produisit, mais Rome est plus proche de nous, à la fois géographiquement et culturellement.

*En fait dans les derniers temps de la République, les grands capitaines avaient déjà pris beaucoup de pouvoir : Marius, Sylla, Pompée, César… et c'est parce que ses ennemis le soupçonnaient de vouloir devenir roi, qu'ils assassinèrent Jules César (le 15 mars de l'an 44 avant notre ère). On attribue à Brutus, un des assassins de César la phrase : « Sic semper tyrannis » qui a été reprise comme devise sur le drapeau de l’État de Virginie aux Etats-Unis. La traduction littérale étant : « toujours pareil pour les tyrans », c'est-à-dire la mort.

En quelque sorte, l'avènement de l'empire et le pouvoir absolu des empereurs étaient la suite logique ou inévitable des dérives de la République.

Sur les premiers siècles de l'empire romain, on a aussi beaucoup de textes qui ont l'avantage d'avoir été écrits par des contemporains des événements. On peut évidemment toujours soupçonner n'importe quel auteur de parti pris et de manquer d'objectivité….

*Parmi les auteurs anciens qui ont écrit sur les conséquences du pouvoir absolu il faut citer particulièrement Suétone et Tacite.

Suétone :

On sait peu de choses sur la vie de Suétone lui-même. Par recoupements les historiens pensent qu'il est né vers l'an 70 au premier siècle de notre ère, peut-être à Rome. Pour son décès 3 dates sont avancées : 122, 130 et même 160.

Issu d'une famille appartenant à l'ordre équestre (noblesse romaine), il devint secrétaire de l'empereur Hadrien vers l'an 113, ce qui lui donna accès aux archives impériales.

Suétone écrivit beaucoup sur des sujets très divers, mais malheureusement la majorité de ses textes ne nous sont pas parvenus. Seuls, subsistent :

*très partiellement un ouvrage sur les Hommes illustres publié vers l'an 113 et qui comprenait 5 parties consacrées aux poètes, aux orateurs, aux historiens, aux philosophes et aux grammairiens et rhéteurs (ceux qui enseignaient l'éloquence)

*en entier : « vies des douze Césars » publiées vers l'an 120. Cet ouvrage concerne : -d'abord Jules César que beaucoup de gens prennent pour un empereur alors que l'on peut considérer que ses exploits constituent l'apothéose de l'histoire de la République romaine.

-puis Octave-Auguste, que l'on peut classer parmi les bons empereurs, de – 27 à +14.

-une série d'empereurs-monstres : Tibère, Caligula, Claude, Néron qui fut contraint de se suicider en 68. Julius Vindex qui commandait les légions romaines de la Gaule lyonnaise avait déclenché, au printemps 68, la révolte contre la bête-Néron. Julius Vindex fut tué mais Néron disparut. Dans la galerie de portraits de cette période, il ne faut pas oublier les femmes comme Messaline (voir la fiche N°103 http://jean.delisle.over-blog.com/article-messaline-et-theodora-n-103-116877402.html) ou Agrippine qui d'après les auteurs anciens eut des relations sexuelles avec son frère l'empereur Caligula, avec son oncle l'empereur Claude et avec son fils l'empereur Néron ! Voir fiche N° 121 (http://jean.delisle.over-blog.com/cleopatre-et-agrippine-n-121)

Il n'est pas surprenant que Juvénal (vers l'an 50/vers l'an 127) prétende dans les « Satires » que les vices de tous les humains qui se succéderont sur la terre ne pourront dépasser les vices des Romains de son temps.

-Après la mort de Néron, il y eut ce que les historiens ont appelé « l'année des 4 empereurs » (Galba, Othon, Vitellius, Vespasien). Chaque légion voulut imposer « son » empereur et il y eut la guerre entre les différentes légions avec d'abominables massacres.

-le règne de Vespasien et de son fils Titus de 69 à 81 fut un intermède heureux.

-puis il y eut le règne de Domitien de 81 à 96 qui renoua avec les pratiques des empereurs montres

-De 96, mort de Domitien à 180 il y eut une succession de « bons empereurs », période la plus heureuse de l'histoire romaine avec Nerva (de 96 à 98), Trajan (de 98 à 117), Hadrien (de117 à 138), Antonin-le-Pieux (de 138 à 161) et Marc Aurèle (de 161 à 180).

*ensuite, il y eut de tout : des bons et des mauvais comme Caracalla (empereur de 211 à 217) digne des Tibère, Caligula… Comme quoi, les humains comptent plus que les Institutions qu'ils font vivre.

Tacite :

Tacite naquit vers l'an 55 et mourut vers l'an 119. Il est, lui aussi, issu d'une famille de l'ordre équestre. Il se destina d'abord à une carrière d'avocat puis obliqua vers une carrière politique commencée sous Vespasien, poursuivie sous Titus puis Domitien. Il remplit différentes charges : questeur, prêteur, tribun...

Il publia également plusieurs ouvrages dont :

-la vie d'Agricola en 98

-la Germanie en 99 : description des différents peuples de Germanie et de leurs mœurs

-les « Histoires » vers 109 et les « Annales » vers 110. Les Annales décrivent l'histoire de Rome de l'an 14 (mort d'Auguste) à 68 (mort de Néron) tandis que les Histoires, pourtant écrites avant, vont de la mort de Néron à la mort de Domitien en 96.

Le texte de Tacite recoupe donc et complète celui de Suétone.

*En 77 Tacite avait épousé la fille de Julius Agricola un des grands généraux de l'histoire romaine. Cet Agricola avait achevé la conquête de la Bretagne (nom qui à l'époque désignait la Grande-Bretagne d'aujourd'hui). Il y acquit une grande renommée. Il mourut le 23 août 93 à Rome. Circula alors la thèse selon laquelle l'empereur Domitien aurait pris ombrage de la popularité d'Agricola et l'aurait fait empoisonner.

*C'est en 98 que Tacite publia la vie d'Agricola , soit 2 ans après la mort de Domitien. Probablement troublé par la mort de son beau-père qu'il admirait, il s'interrogea sur la responsabilité de tous, y compris la sienne, d'avoir accepté la tyrannie. Voici son texte (dans "Vie d'Agricola") :

« Nous lisons que, lorsque Arulenus Rusticus prononça l'éloge de Paestus Thrasea, et Herennius Senecio celui D'Helvetius Priscus, cela leur coûta la vie ; et que l'on ne se contenta pas des auteurs, on se déchaîna même contre leurs livres : les triumvirs (chargés des exécutions) furent chargés de brûler sur le comitium (lieu de rassemblement du peuple sur le forum) , en plein forum, les œuvres laissées par ces illustres génies. On croyait sans doute par ce feu, étouffer la voix du peuple romain, la liberté du sénat, la conscience du genre humain – et, en outre, on avait chassé ceux qui enseignaient la philosophie (en 84), condamné à l'exil toutes les activités honorables, afin que le bien ne se rencontrât plus nulle part. Nous avons donné, en vérité, un admirable exemple de résignation. L'ancien temps avait vu jusqu'où pouvait aller la liberté, mais nous avons vu, nous, jusqu'où peut aller la servitude, quand les espions nous confisquaient jusqu'à la possibilité d'échanger des paroles. Nous aurions même perdu la mémoire avec la voix, s'il était autant en notre pouvoir d'oublier que de nous taire.

Maintenant seulement la vie revient. Mais bien que, dès la naissance de ce siècle bienheureux, Nerva ait allié deux notions autrefois inconciliables, le principat (c'est-à-dire l'empire) et la liberté, bien que Nerva Trajan (Trajan avait été adopté par Nerva) augmente chaque jour le bonheur des temps, bien que la tranquillité générale ne soit plus seulement un espoir et un vœu, et que nous puissions désormais compter fermement sur l'accomplissement de ce vœu, cependant la faiblesse de la nature humaine fait que les remèdes sont plus lents à agir que les maux. Les corps mettent longtemps à grandir, mais on a tôt fait de leur ôter la vie. Il en va de même des esprits et des études : il est plus facile de les étouffer que de les ranimer. L'oisiveté a en elle-même une douceur sournoise et l'inaction, d'abord détestée, finit par être aimée. Alors, que dire de nous ? Pendant quinze années, durée considérable dans la vie d'un mortel, beaucoup sont morts du fait d'accidents fortuits, les plus énergiques, victimes de la cruauté du prince (il s'agit de Domitien), et nous restons un petit nombre à survivre, non seulement aux autres, mais encore, peut-on dire, à nous-mêmes, car tant d'années ont été arrachées du milieu de notre vie, pendant lesquelles nous sommes parvenus, jeunes, à la vieillesse, vieillards, presque au terme ultime de l'existence, en traversant le silence….. »

Ce texte de Tacite mérite d'être médité. Il met en cause la responsabilité des majorités silencieuses qui ne commettent aucun forfait mais laissent faire les autres.

Cela ne concerne pas que les dictatures. Dans une démocratie, élire un président prétentieux, menteur et incompétent n'est guère plus glorieux que de laisser un dictateur arriver au pouvoir.

J.D. 18 août 2016

drapeau de l'Etat de Virginie

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