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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 21:02

Les défenses du Piémont contre la France N°331

 

La région italienne du Piémont est reliée à la France par plusieurs cols et plusieurs voies. Voici les principales routes:

-la route qui rejoint Nice en passant par Coni (Cuneo) et le col ou tunnel de Tende (Tenda)

-l'embranchement qui part de Coni et qui rejoint Barcelonnette par le col de l'Arche

-la route Turin/Briançon qui passe par Pignerol (Pinerolo), Sestrière et le col du Montgenèvre

-enfin la route qui joint Turin à la Maurienne en passant par Rivoli, Suse et soit le Mont Cenis soit le tunnel du Fréjus ; sans parler du tunnel du Mont Blanc qui ne débouche pas directement en Piémont mais dans le Val d'Aoste.

 

Les deux dernières voies citées furent à travers les siècles les voies de passage des armées françaises se rendant en Italie depuis Pépin le Bref, Charlemagne (allant combattre les Lombards) jusqu'à Napoléon III dont les armées vinrent aider Victor-Emmanuel II à vaincre les Autrichiens en passant par les armées de Charles-le-Chauve et des rois Charles VIII, Louis XII, François 1er, Henri II, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, sans oublier celles de la Révolution et Napoléon Bonaparte.

 

Les souverains de la Maison de Savoie (Comtes puis Ducs de Savoie, rois de Sardaigne et rois d'Italie) multiplièrent les fortifications pour s'opposer aux Français trop abonnés à l'invasion de la Savoie et de l'Italie. En voici quelques-unes :

 

Fort d'Exilles :

un fort fut construit au XIIe siècle, dans la vallée de Suse, à environ 70 kms de Turin. Il dominait la route qui donne accès au Montgenèvre. Il appartint à la France qui le fortifia. Le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er s'en empara en 1593, les Français le reprirent dès janvier 1594, puis il fut à nouveau savoyard en 1708 sous le duc de Savoie Victor-Amédée II, avant d'être repris par les Français en 1794 qui le démolissent en 1796. Le roi de Sardaigne Victor-Emmanuel 1er le fait reconstruire entre 1818 et 1829. Sa vocation militaire est abandonnée en 1943. C'est en 1978 que le fort est cédé par l’État italien à la région Piémont, qui le restaure, le transforme en musée national de la Montagne avec des expositions sur l'histoire du fort et de ses occupants et l'ouvre au public en l'an 2000.

Pour la petite histoire, rappelons que l'homme au masque de fer fut d'abord emprisonné au fort d'Exilles vers 1681, avant d'être transféré au fort de Pignerol (Piémont) probablement en 1683 puis sur l'île de Marguerite de Lérins (au large de Cannes) en avril 1687, enfin à la Bastille en 1698 où il mourut le 19 novembre 1703, à l'âge de 36 ans.

 

Suse :

La ville de Suse est située sur la route venant du Mont Cenis mais aussi sur l'embranchement qui mène au Mont Genèvre. C'est donc un site stratégique qui fut aussi disputé entre France et Savoie. Lorsque la Savoie récupéra Suse après le mariage avec Adélaïde de Suse en 1046, il existait un château appelé château de la comtesse Adélaïde. Il fut détruit par Frédéric Barberousse en 1174.

Le roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III fit construire au milieu du XVIIIe siècle une nouvelle fortification appelée « fort de la brunette ». Mais ce fort fut démoli par les Français en 1796. Il reste quelques ruines à la fois du château et de fort.

 

Fort Bramafam à Bardonecchia :

Ce fort récent a été construit entre 1874 et 1889 pour protéger le tunnel du Fréjus, à l'emplacement d'un château médiéval démoli en 1574. Occupé par les Allemands en septembre 1943, il a été en partie démoli. Restauré à partir de 1995, il a été transformé en musée principalement consacré à l'armée royale italienne et ouvert au public en 2004. Il présente 164 uniformes de soldats royaux italiens pour la période allant de 1885 à 1945, 32 pièces d'artilleries et de nombreux objets de la vie militaire. Une des originalités de ce fort est un accès par un pont roulant remplaçant les traditionnels ponts-levis.

 

Château d'Avigliana :

Avigliana est située dans la vallée de Suse à une vingtaine de kms à l'ouest de Turin.

En l'an 924 y fut édifié un château sur le sommet du mont Pezzulano à 467 mètres d'altitude.

Ce château rentra dans le domaine des comtes de Savoie après le mariage du comte Othon 1er avec Adélaïde de Suse en 1046.

Le château fut détruit au XVIIe siècle mais il en reste d'imposantes ruines.

Sur Avigliana signalons que le comte de Savoie Humbert III y naquit dans le château en 1136 et que la mairie se trouve piazza Conte Rosso (place du comte rouge : Amédée VII)

 

Château de Rivoli :

La ville de Rivoli est située à l'entrée de la vallée de Suse quasiment dans la banlieue ouest de Turin. Un château à vocation militaire y fut construit aux IX/Xe siècles. Il appartenait à l'évêché de Turin lorsqu'il revint à la Maison de Savoie vers l'an 1280. Il subit d'importants dégâts à l'occasion de guerres en 1693 et dans les années 1940. Il fut plusieurs fois restauré, remanié, agrandi. C'est là que naquit le futur duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er le 12 janvier 1562. Il servit de résidence à la famille de Savoie entre Chambéry et l'installation à Turin en décembre 1562. C'est durant cette période que fut pris l'édit de Rivoli (22 septembre 1561) qui consacrait l'usage du Français comme langue en Savoie et dans le Val d'Aoste et le Piémontais dans le reste du duché, en attendant l'adoption du toscan comme langue officielle du royaume d'Italie en 1861.

Le château fut vendu à la ville de Rivoli en 1863 qui l'utilisa partiellement comme caserne. Il fut restauré à partir de 1979 et ouvert comme musée d'art contemporain en 1984.

Signalons encore que ce château se trouve à Rivoli rue Mafalda de Savoie. Cette Mafalda, née en 1902, était la fille d'Hélène de Monténégro et du roi d'Italie Victor-Emmanuel III. Lorsque ce dernier fit arrêter Mussolini et rejoignit les alliés, sa fille fut envoyée à Buchenwald par rétorsion. Elle y mourut dans la nuit du 26 au 27 août 1944.

 

Fenestrelle :

Fenestrelle est située sur la route venant du Montgenèvre, à 23 kms de Sestrière en direction de Turin. Le site avait été annexé par la France en 1349. Sous Louis XIV (à la fin du dix-septième siècle) les Français y avaient construit un fort (fort Mutin) et un château (château Arnaud).

Le duc de Savoie Victor-Amédée II s'en empara fin août 1708. Le traité d'Utrecht (11 avril 1713) consacra l'échange de Barcelonnette (pour la France) contre Fenestrelle et le Val de Suse (pour la Savoie)

Les canons retournés côté français, le fort Mutin servit jusqu'en 1736 puis fut en partie démoli lors de la construction de 1728 à 1850, d'un vaste complexe militaire s'étageant de 1135 mètres d'altitude à 1785 mètres, occupant 1.300.000 m², et comprenant 4 forts, 7 redoutes, une église, des logements... le tout relié par des fortifications s'étendant sur 3 kms avec 2 escaliers couverts (un de 3996 marches, l'autre de 300 marches) et un escalier découvert de 2500 marches.

Le fort Mutin a été remplacé par le premier fort construit (fort Delle Valli), tandis que le château Arnaud était transformé en pigeonnier. Compte tenu des distances de l'enneigement l'hiver, une partie des communications se fit au moyen de pigeons.

La rénovation de l'ensemble a commencé en 1990, la mise en sécurité à partir de 2002 a permis l'ouverture au public.

 

Pignerol (Pinerolo) :

Pignerol est situé sur la route venant du Montgenèvre à 36 kms de Turin. Le site revint à la Maison de Savoie au onzième siècle qui le fortifia. Il fut l'objet d'enjeux entre Dauphinois et Savoyards d'abord puis entre Français et Savoyards ensuite.

Le site français en 1536, redevint savoyard en 1574, français au traité de Cherasco le 30 mai 1631, à nouveau savoyard au traité de Pignerol le 29 août 1696. Mais Louis XIV fit détruire les fortifications avant de rendre le site aux Savoyards. C'est la destruction de ce site qui entraîna la construction de Fenestrelle.

 

Ailleurs :

Dans cette note je me suis limité aux principales fortifications réalisées en Piémont pour se défendre des invasions françaises, mais il y en eut aussi d'importantes en Val d'Aoste, en Savoie, Ain etc. La multiplication des fortifications n'empêcha pas les invasions, mais pour les touristes qui ont un faible pour les forts, les voies de communication entre la France et le Piémont sont un trésor inépuisable de possibilités de visites.

J.D. 3 décembre 2016

Fenestrelle, image du net (photo Tanette)

Fenestrelle, image du net (photo Tanette)

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