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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 17:41

 

Tite-Live, historien romain (-59/+17), originaire de Padoue (Padova en Vénétie), est un contemporain presque parfait d'Auguste, le premier empereur (-63/+14).

C'est vers l'an 29 avant notre ère que Tite-Live entreprit d'écrire l'histoire de Rome depuis la fondation de la ville jusqu'à l'époque de Tite-Live. L'ouvrage devait comprendre 150 livres, la mort de l'auteur arrêta le décompte à 142. Seulement 35 de ces 142 livres nous sont parvenus. Malgré toute la partie perdue, Tite-Live reste une des principales sources d'information sur l'histoire de la Rome antique (à ne pas confondre avec une romantique ni avec le rhum antique comme dirait un vieillard maniaque en buvant du vieil armagnac !).

Au livre II de son « Histoire romaine » , Tite-Live nous raconte l'histoire des « 306 Fabius » au point 48 et suivants. Voici le principal de ce texte qui se déroule durant les années -479/-477, à une époque où Rome est encore loin d'avoir conquis toute l'Italie centrale :

« Caeso Fabius, soutenu à la fois par le peuple et par les pères (il s'agit des sénateurs), fut élu consul…(à Rome la République avait remplacé la royauté en -509, Caeso Fabius avait été élu consul en -484, -481 et réélu en -479)

Les Véiens (habitants de la ville étrusque de Véies située à 15 kms au nord-ouest de Rome) de leur côté, ennemis plus tenaces que dangereux, poussaient tout le monde à bout par des provocations plutôt que par des agressions : il fallait constamment rester en état d'alerte et on était jamais tranquille. La famille des Fabius se rendit au sénat et le consul prit la parole au nom des siens : La guerre contre les Véiens, pères conscrits, exige, vous le savez, une présence continuelle plus qu'une armée importante. Occupez-vous des autres guerres (à cette époque, les Romains étaient en guerres régulières contres tous les peuples voisins dont les Eques, les Volsques, les Sabins, les Etrusques…), et laissez les Fabius faire la guerre contre Véies. Nous nous engageons à y faire respecter la majesté du peuple romain. Notre intention est de considérer cette guerre comme notre guerre, de la traiter comme une affaire de famille et de la faire à nos frais : qu'elle ne coûte rien à l’État, ni en hommes ni en argent. On le remercia avec effusion. Le consul quitta la séance et rentra chez lui, accompagné de la troupe des Fabius qui l'attendait debout à l'entrée de la curie. Il leur donna rendez-vous pour le lendemain : qu'ils se présentent avec leurs armes à la porte de sa maison : puis chacun rentra chez soi.

La nouvelle se répandit dans toute la ville, on portait aux nues la résolution des Fabius : une famille se chargeait à elle seule du fardeau qui pesait sur tout le pays. La guerre contre Véies devenait une guerre privée, une affaire privée. Si jamais il y avait à Rome deux autres familles qui réclamaient avec autant de courage, l'une la guerre contre les Volsques et l'autre la guerre contre les Eques (il s'agit de 2 peuples qui comme les Romains occupaient le Latium, les Volsques au sud de Rome et les Eques à l'est de Rome) , toutes les nations voisines seraient soumises et Rome jouirait d'une paix sans nuages.

Le lendemain, les Fabius s'armèrent et se rendirent au lieu de rendez-vous. Le consul sortit en uniforme de général (avec le grand manteau écarlate appelé « paludamentum » par les Romains et signe du commandement) et vit à l'entrée de sa maison sa famille au complet, en ordre de marche. Se plaçant au centre de la colonne, il donna le signal du départ. Jamais la ville n'avait vu défiler une armée aussi peu nombreuse, mais qui soulevât autant d'enthousiasme et d'admiration : ils étaient trois cent six soldats, tous de la même famille et il n'en était pas un que le sénat ne se serait honoré de choisir comme chef en n'importe quelle circonstance ; ils marchaient, menaçant d'exterminer les Véiens avec les forces d'une seule famille. La foule de leurs parents et amis les suivait, remplis d'espoirs et de craintes extrêmes, ne roulant dans leur cœur que des pensées sublimes ; puis venaient les habitants , inquiets du sort de l’État, pénétrés de reconnaissance et d'admiration. Ils leur souhaitaient bon courage et bonne chance : que le succès couronne leur entreprise ! A leur retour ils obtiendraient le consulat, le triomphe et tous les honneurs ! En passant devant le Capitole (une des 7 collines de Rome, qui domine le Tibre, et sur laquelle avait été construit, au sixième siècle avant notre ère, un temple dédié à Jupiter, Minerve et Junon. A Junon étaient consacrées les oies, d'où leur présence au Capitole) et la citadelle ou devant d'autres temples, ils priaient tous les dieux qui se présentaient à leur regard ou à leur pensée : qu'ils accordent à ceux qui partaient faveur et protection, qu'ils les ramènent tous bientôt et les rendent à leur famille et à leur patrie.

Ces prières ne furent pas entendues. Prenant le mauvais chemin, le passage de droite sous la porte Carmentale (Servius Tullius, roi de -578 à -534, avait construire une enceinte de 11500 mètres de long pour protéger la ville. Elle comportait 16 sorties, dont la Carmentale, dédiée à Carmenta déesse des sources, au pied du Capitole, du côté Tibre, qui comportait 2 portes. Après la mort des 306 Fabius, la porte qu'ils avaient empruntée pour sortir fut appelée « Porta Scélérata ») , ils arrivèrent au bord du Crémère (petite rivière, de 36 kms de long, qui se jette dans le Tibre à 12 kms en amont de Rome) : ils crurent que l'endroit était bon pour installer un poste fortifié…

Tant qu'ils n'avaient affaire qu'à des pillards, les Fabius étaient assez forts pour défendre le poste ; en patrouillant de part et d'autre de la frontière étrusque (à l'époque le territoire des Étrusques dépassait largement vers le sud l'actuelle Toscane), ils contrôlaient même tout le secteur environnant et l'ennemi n'osait plus s'y aventurer. Les pillages s'interrompirent un certain temps, mais les Véiens, avec le secours de l'armée étrusque, attaquèrent le poste de Crémère…

Les Fabius reprirent la lutte contre les Véiens…

Les Véiens étaient dépités et indignés ; ils finirent par réagir et décidèrent de tendre un piège à un ennemi si présomptueux….(Les Véiens les attirèrent avec du bétail, encerclés soudainement, les Fabius parvinrent à s'en sortir, ils se réfugièrent sur une colline)

Le chemin les menait à une colline en pente douce. Ils s'y arrêtèrent d'abord ; leur position dominante leur donna le temps de se ressaisir et de se remettre d'une si grande frayeur, ils repoussèrent même l'ennemi qui montait à l'attaque. Grâce à leur situation ces quelques hommes auraient tenu tête à l'ennemi si les Véiens, en contournant le massif par derrière, n'avaient atteint le sommet de la colline. C'était donc au tour de l'ennemi de dominer l'adversaire. Les Fabius furent massacrés jusqu'au dernier et le poste fut pris. On s'accorde sur le nombre de trois cent six morts... ».

 

Commentaires :

le massacre des 306 Fabius n'empêcha pas Rome de dominer les uns après les autres les peuples proches, puis tout le Latium, toute l'Italie et tout le monde connu de l'époque.

Ce Caseo Fabius qui prétendait pouvoir vaincre tout un peuple avec sa seule famille fut vraiment un présomptueux qui entraîna toute sa famille dans la mort. Mais des prétentieux, dans l'histoire des sociétés humaines, il y en eut à toutes les époques et sous tous les régimes.

Mais comment s'appelle donc ce ministre des Affaires étrangères de la République française qui voulait punir Bachar puis Poutine ?

J.D. 7 janvier 2017

porte carmentale, photo Alvaro de Alvariis 2011

porte carmentale, photo Alvaro de Alvariis 2011

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