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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 20:00

L'expédition des Mille N°385

 

L'expédition des Mille (Spedizione dei Mille) fait partie des grandes épopées de l'histoire dont Alexandre Dumas a rendu compte par le menu dans « Les Garibaldiens »; texte rédigé en 1861. Grand admirateur de Garibaldi, Alexandre Dumas avait même vendu des biens pour acheter des armes et les porter à Garibaldi en Sicile, puis il le suivit jusqu'à Naples, il fut donc un témoin personnel des événements.

On a vu sur la fiche précédente (N°384), que l'agitation avait gagné l'Italie. Cela aboutit à la fin des années 1840 à des soulèvements qui furent durement réprimés.

Il fallut attendre Victor-Emmanuel II, Cavour et l'alliance avec la France de Napoléon III pour que les Autrichiens puissent être vaincus, au cours d'une guerre qui se déroula du 27 avril au 11 juillet 1859, et que le royaume de Sardaigne récupère la Lombardie.

En même temps, des peuples se soulevaient, chassaient leurs dirigeants en mai 1859, et demandaient leur rattachement au royaume de Sardaigne. Il s'agissait :

-du Grand duché de Toscane,

-du Duché de Modène,

-du Duché de Parme,

-de la légation des Romagnes qui comprenait une partie du territoire des États du Pape, à savoir  : Bologne, Ferrare, Forli et Ravenne.

 

*Après ce regroupement, l'Italie fut ramenée à 4 souverainetés :

-le royaume de Sardaigne qui avait encore sa capitale à Turin et comprenait le Piémont, le Val d'Aoste , la Ligurie (région autour de Gênes), la Lombardie, les Duchés cités ci-dessus et bien sûr la Sardaigne.

-la partie encore contrôlée par l'Autriche, à savoir : La Vénétie, le Frioul, le Trentin et Mantoue

-le royaume des Deux-Siciles dont la capitale était à Naples et qui, outre la Sicile englobait tout le sud de l'Italie. Ce royaume avait pour souverain des Bourbons de la branche Bourbon d'Espagne. Le roi Ferdinand II (1810/1859) étant décédé le 22 mai 1859, c'est son fils qui lui succéda sous le nom de François II (1836/1894). Ces souverains étaient d'un autre âge, des anachroniques qui ne comprirent pas que les aspirations du peuple avaient évolué. Au lieu de s'adapter, ils organisèrent la répression et créèrent un corps spécial d'agents chargés de terroriser les opposants. Ces agents furent appelés des « sbires » et firent le travail pour lequel ils étaient payés. Au témoignage d'Alexandre Dumas, ils se comportèrent comme les soldats de la division Das Reich à Oradour en 1944 ! Au début de l'insurrection à Palerme, le peuple se vengea et Dumas écrit :

« Si l'on compare les six ou huit sbires assassinés aux mille ou douze cents Palermitains tués, brûlés, égorgés par les Napolitains, on trouvera que la vengeance du peuple se contient dans des bornes bien étroites ».

-Ce qu'il restait d’États Pontificaux et qui séparaient le royaume des Deux-Siciles du royaume de Sardaigne agrandi à l'Italie centrale. Voir carte en illustration.

 

*Lorsque Garibaldi revint en Italie avec des volontaires de la légion italienne après leurs exploits en Uruguay (voir fiche N°383), ils se mirent au service du royaume de Sardaigne pour faire l'unité de l'Italie. La conquête du royaume des Deux-Siciles présentait le moins de risque de complications diplomatiques car Napoléon III défendait les possessions du pape et le royaume de Sardaigne seul n'était pas encore assez fort pour vaincre l'empire d'Autriche-Hongrie. En outre :

-la Grande-Bretagne avait eu maille à partir avec le royaume des Deux-Siciles dans les années 1840 à propos des achats de soufre en Sicile et n'était pas opposée à une intervention contre ce pays.

-Entre Siciliens et Napolitains ce n'était pas le grand amour, c'est le moins que l'on puisse dire et les Siciliens s'agitaient.

Toutes ces raisons désignaient la Sicile comme première cible pour agrandir le Royaume de Sardaigne. Avec l'accord officieux de Victor-Emmanuel II, Garibaldi recruta des volontaires qui furent rassemblés à Gênes. Ils s'emparèrent de 2 navires (le Piemonte et le Lombardo) et dans la nuit du 5 au 6 mai 1860, 1080 hommes prenaient la mer pour aller conquérir la Sicile. En longeant la côte italienne, ils s'approvisionnèrent en armes dans la forteresse d'Orbetello. Le 13 mai, ils arrivaient à Marsala tout à fait à l'ouest de la Sicile.

En Sicile, l'agitation avait été durement réprimée et sur l'ambiance qui régnait avant l'arrivée de Garibaldi voici des extraits d'un texte d'Alexandre Dumas qui mérite d'être lu :

« Au bout de quelque temps, les boutiques se fermèrent les unes après les autres, le commerce agonisa, les rues se dépeuplèrent. Ce fut vers ce temps qu'un rayon d'espérance vint réchauffer les cœurs. Un journal sarde, introduit à Palerme en dépit de la police, annonça la formation d'un comité à Gênes.

Ce comité avait pour but de venir, par tous les moyens possibles, au secours de la Sicile.

Le journal ajoutait qu'un corps d'expédition s'organisait dans la Haute-Italie pour aller au secours des patriotes siciliens. Alors tous les cœurs palpitèrent. Un homme se dévoua à répandre cette grande nouvelle par toute la Sicile. Ce fut Rosolino Pilo. Le 10 avril, il débarqua à Messine ; proscrit depuis dix ans, il rentrait dans son pays natal, apportant cette grande nouvelle que non seulement le corps expéditionnaire s'organisait, mais encore que Garibaldi se mettait à la tête.

Rosolino Pilo parcourut la Sicile en tous sens. Infatigable dans sa mission, partout il écrivait sur les murailles : Garibaldi arrive ! Vive Garibaldi ! Vive Victor-Emmanuel !

Chaque village eut son avertissement, que tout paysan put lire ou se faire lire.

Un autre patriote, Giovanni Correo, en faisait autant de son côté.

Bientôt, il n'y eut plus qu'un cri par toute l'île : Vive Garibaldi, vive Victor-Emmanuel, qu'un vœu, l'annexion…..

Mais le nom de Garibaldi répondait à tout et consolait de tout. Les enfants chantaient sur tous les tons, en passant près des sbires : Viene Garibaldi ! Garibaldi viene !

Le femme à laquelle on enlevait son mari, la mère à laquelle on enlevait son fils, la sœur à laquelle on enlevait son frère, au lieu de pleurer, menaçaient Garibaldi viene ! criaient-elles aux sbires.

Et les sbires sentaient courir un frisson dans leurs veines à ce nom redouté de toute tyrannie. Un astre nouveau s'était levé sur la Sicile ; cet astre, c'était l'espérance.

Avec Garibaldi, en effet, on allait avoir un nom populaire pour toute l'Italie, un capitaine de génie, un centre d'opération.

A mesure que la nouvelle se confirmait, on ne s'abordait plus que par ces mots : Eh bien, Garibaldi ? ….

Comme la muraille de Balthazar, tous les murs portaient le terrible Mane-Thecel-Pharès : Garibaldi viene ! Garibaldi viene !….

Un matin -c'était le 13 mai- ce cri éclata par toute la ville : Garibaldi a débarqué à Marsala ! Le vengeur était venu ».

 

*Après le débarquement, les troupes de Garibaldi se dirigèrent vers Palerme, passant par Calatafimi où une première bataille fut gagnée sur l'armée napolitaine, puis Alcano, Partinico, après quoi, les troupes contournèrent Palerme pour entrer dans la ville par l'est. Après 3 jours de combats, les garibaldiens étaient maîtres de la ville malgré la disproportion incroyable des forces. Citons encore Alexandre Dumas :

« Il y a une chose véritablement bien curieuse, c'est de voir vingt mille Napolitains, armés de quarante pièces de canon, relégués dans leurs forts, dans leurs casernes et dans leurs vaisseaux, et gardés par huit cents garibaldiens qui, deux fois par jour, leur portent à boire et à manger ».

 

*Les Garibaldiens furent accueillis par la population comme des héros. Dumas écrit :

« comme les soldats de Garibaldi sont vêtus de blouses rouges, la couleur rouge est devenue à la mode, et toutes les étoffes ont doublé de prix. Une simple chemise de cotonnade rouge coûte aujourd'hui quinze francs. Il en résulte que les rues et les places de Palerme ont l'air d'un vaste champ de coquelicots ».

 

*Après la conquête de Palerme, Garibaldi reçut des renforts en volontaires et en armes et acheva la conquête de la Sicile. Le 27 juillet, il était à Messine, le 19 août il débarquait en Calabre et le 7 septembre, il entrait dans Naples. Le roi François II en était parti 2 jours avant. Il se réfugia à Rome.

*Un référendum organisé, le 21 octobre 1860, auprès de la population de l'ancien royaume des Deux-Siciles donnait 1.302.064 voix pour la réunion au royaume de Sardaigne et 10.302 voix contre.

*Le royaume d'Italie proclamé le 17 mars 1861 remplaçait l'ancien royaume de Sardaigne. L'essentiel de l'unité de l'Italie était accomplie. La région de Venise fut récupérée suite à une alliance de la nouvelle Italie avec la Prusse contre l'Autriche en 1866 et Rome fut réunie après l'abdication de Napoléon III le 4 septembre 1870.

 

*En illustration on trouvera, outre une carte de l'Italie juste avant l'expédition des Mille, différents timbres émis par la poste italienne et relatifs au cinquantenaire de la mort de Garibaldi, au centenaire de l'expédition des Mille…parmi les timbres du cinquantenaire, le 10 centimes ardoise représente la maison natale de Garibaldi à Nice, le 20 centimes Brun la rencontre entre Victor-Emmanuel II et Garibaldi à Téano à 60 kms environ au nord de Naples, le 75 centimes rouge la mort d'Anita Garibaldi et le 125 centimes bleu le tombeau de Garibaldi dans l'île de Caprera (un peu au nord de la Corse et de l'île d'Elbe).

J.D. 17 août 2017

 


 

 

 

 

L'Italie en mars 1860

L'Italie en mars 1860

émissions de la poste italienne consacrées à Garibaldi

émissions de la poste italienne consacrées à Garibaldi

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