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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 17:51

C'est en mars 2012 que la ville d'Aix-les-Bains a racheté à l'Etat français un ensemble de bâtiments appelé « Thermes nationaux ». Ces bâtiments avaient été construits par extensions successives entre 1783 et 1970, à l'emplacement d'anciens thermes romains (voir sur mon blog les notes 24 à 26 relatives à Aix au temps romain).

Au moment de la réunion de la Savoie à la France en 1860, une extension des thermes étaient en cours de réalisation. Le second empire acheva les travaux, paya la facture et récupéra pour le compte de l'Etat la propriété des Thermes d'Aix-les-Bains qui furent des thermes nationaux jusqu'à la cession au secteur privé par arrêté du 25 février 2011 publié au J.O. du premier mars 2011 (page 3646). A ce moment là, l'activité thermale avait déjà été transférée dans de nouveaux bâtiments appelés « thermes Chevalley » situés un peu plus haut que les anciens thermes.

La partie en construction au moment de la réunion de la Savoie à la France a été appelée « thermes Pellegrini » du nom de l'architecte. La première pierre (détachée du mont Cenis, dont les travaux du tunnel démarraient également) fut posée le 2 septembre 1857 par Victor-Emmanuel II alors roi de Sardaigne.

La façade de ces thermes « Pellegrini » comporte 3 portes. Au dessus de la porte de gauche en fer forgé (lorsque l'on regarde la façade) figure cette inscription (encore visible aujourd'hui) : « Aquae Gratianae » ce qui peut se traduire par : « ville d'eau de Gratien ». Cette même mention figurait également sur le fronton du bâtiment construit en 1934, mais qui fut détruite lors de la surélévation du bâtiment en 1970. Cela ne signifie pas que l'empereur Gratien fut le fondateur de la ville romaine d'Aix ni même qu'il en fut le restaurateur, cela signifie seulement qu'au moment où ces inscriptions furent apposées, il y avait à Aix-les-Bains des gens qui croyaient que la ville d'Aix avait été restaurée au temps de Gratien et qu'elle avait pris son nom et cela par analogie avec la situation de Grenoble. En effet, l'antique cité de Cularo avait pris, au quatrième siècle, en 381, le nom de Gratianopolis (la ville de Gratien) , qui par évolution a donné l'actuel nom de Grenoble.

Nous n'avons aucune preuve que la ville d'Aix-les-Bains ait pu s'appeler « Aquae Gratianae », faute d'être vérifiée, cette hypothèse n'est cependant pas impossible.

Le nom d'Aix antique : Les Romains donnaient aux villes d'eaux le nom d'Aquae suivi d'un qualificatif. Ainsi Aix-en-Provence s'appelait Aquae Sextiae du nom du consul Sextius qui fit la conquête de la Provence. De même, et par exemple, Dax s'appelait Aquae Tarbellicae, Aix-la-Chapelle : Aquae Granni, Baden : Aquae Helveticae, Wiesbaden : Aquae Mattiacae etc. Parmi toutes les inscriptions romaines qui furent retrouvées au fil des siècles sur le site d'Aix-les-Bains, aucune ne mentionne le nom antique de la ville. Il est seulement fait mention des « aquenses » les habitants de la ville d'eau (cette inscription figure au corpus des inscriptions latines, C.I.L. Volume XII N° 2460). On ne retrouve pas plus le nom antique d'Aix sur une carte ou sur un récit antique.

Les nombreux auteurs qui ont écrit sur Aix dans le passé ont tout imaginé, depuis Cabias en 1623. Une majorité pense qu'Aix aurait pu s'appeler « Aquae Allobrogum » (la ville d'eau des Allobroges) par analogie avec Baden, puis aurait pris le nom d'Aquae Gratianae vers l'an 379.

A l'occasion de la construction du parking de l'Hôtel de Ville d'Aix-les-Bains (place Maurice Mollard, entre la Mairie et les Thermes Nationaux), le service régional de l'archéologie de Lyon fit sur le site une importante campagne de fouilles conduite par Alain Canal en 1988 et 1989. Voilà ce que l'on peut lire dans un rapport daté du 30 novembre 1992 :

« Le hiatus du troisième siècle : la campagne de fouilles 1988-1989 n'a révélé aucun élément , tant en bâtiment qu'en matériel, pour la période allant du IIIe siècle à la fin du IVe siècle. On a donc là un hiatus important qu'il faudrait peut-être mettre en rapport avec les premiers raids alamans . Leurs passages aux conséquences socio-économiques catastrophiques sont connus dans cette région : entre 256 et 260, la villa de Cognin (dans la banlieue sud-ouest de Chambéry) est incendiée ; le même sort est réservé à la villa des Marches (à la limite avec le département de l'Isère), vers 259, alors que Aime (en Tarentaise) est ravagée aux alentours de 270. A la même époque Grenoble et Genève subissent un rétrécissement de leurs contours pour assurer une meilleure défense. L'absence de séquences stratigraphiques liées à cette époque troublée pourrait peut-être s'expliquer par un abandon momentané du site ».

On sait que les Alamans firent partie des vagues d'invasion de l'empire romain y compris en Gaule à partir de l'an 244 et surtout en l'an 253. Il est donc possible que la ville antique d'Aix ait été détruite au IIIe siècle lors des invasions « barbares ».

C'est lorsque le site d'Aix-les-Bains paraît abandonné que surgissent au nord du lac du Bourget, le port romain de Chatillon ainsi que l'atelier de potiers de Portout. Et ceux-ci cessent leurs activités lorsque Aix probablement relevé de ses ruines reprend les siennes. Cela pourrait indiquer que les habitants avaient trouvé refuge à une quinzaine de kms plus au nord. Il n'est donc pas impossible, mais nous n'avons pas de preuves, que la ville antique d'Aix ait été restaurée au temps de Gratien et qu'elle ait pris son nom, et ce d'autant que Gratien fut vainqueur des Alamans en 377.

L'empereur Gratien : Gratien est le fils de l'empereur d'Occident Valentinien 1er et de sa première épouse Severa. Il est également le neveu de Valens empereur romain d'Orient. Il est né en 359 à Sirmium (dans l'actuelle Serbie). Le 24 août 367 (Gratien avait 8 ans), à Amiens, son père le fait proclamer empereur. Mais lors de la mort de Valentinien le 17 novembre 375, l'impératrice Justine, seconde épouse de Valentinien fait proclamer empereur son fils âgé de 4 ans sous le nom de Valentinien II.

Gratien accepta cette situation et partagea le pouvoir avec son demi-frère, mais compte-tenu de l'âge de ce dernier, il gouverna de fait.

En 377 il fut vainqueur des Alamans, en 378 il porta secours, mais arriva trop tard à son oncle Valens aux prises avec les Goths et qui fut tué le 9 août 378 à Andrinople (dans l'actuelle Turquie). Gratien nomma, le 19 janvier 379, Théodose comme successeur à son oncle. Avec Théodose, ils furent vainqueurs des Goths en 380.

Gratien favorisa l'expansion du culte chrétien. Mais en Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), les légionnaires élirent un autre empereur : Maxime. Celui-ci envahit la Gaule et Gratien fut tué à Lyon le 25 août 383, il avait 24 ans.

J.D. 25 juin 2013

Nota : sur le passé antique d'Aix-les-Bains, j'ai eu l'occasion de faire une conférence le 6 décembre 2013 à la salle des fêtes de Saint Jean d'Arvey (Savoie) à l'initiative de la bibliothèque municipale.

inscription,photo J.D juin 2013

inscription,photo J.D juin 2013

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