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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 18:43

 

AIX-les-BAINS AU TEMPS DE LA ROME ANTIQUE

 

1-L'OCCUPATION LOINTAINE DANS LA REGION:

Les rives du lac du Bourget connurent l'occupation humaine de très longue date. Le niveau du lac ayant varié au cours des âges, des sites en bord d'eau se sont retrouvés sous l'eau dans des périodes plus récentes. Au XIXe siècle et surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, des plongeurs purent explorer les sites les plus anciens et spécialement les plongeurs du CALAS (Centre d'Archéologie Lacustre d'Aix en Savoie). Grâce à l'évolution des méthodes de datation, les choses purent être précisées. Ainsi, on peut lire dans « Arts et mémoire » (revue de la Société d'Art et d'Histoire d'Aix-les-bains) N° 16 (décembre 2000) : « On peut affirmer maintenant que les premiers hommes se sont installés au bord du lac du Bourget à l'époque du Néolithique (« site d'Hautecombe : -3842, découvert en 1987 » - article d'Elisabeth André). Cette date se retrouve d'ailleurs dans différents autres documents.
Sur ces humains qui peuplaient la région jusqu'à près de 6.000 ans en arrière, on ne sait pas grand chose mais des quantités d'objets ont pu être récupérés par des musées, notamment le Musée Savoisien à Chambéry mais aussi le Muséum d'Histoire naturelle de Lyon ou le British Museum à Londres.

 

2-LES ALLOBROGES

Puis vinrent les Allobroges. Tous les auteurs s'accordent pour présenter cette peuplade comme d'origine celtique. On ne sait pas exactement quand ce peuple s'installa dans la région. Les grandes invasions celtiques étant datées du VIe/Ve siècles avant notre ère, par analogie certains auteurs pensent que cela correspond aussi à la date d'arrivée des Allobroges, mais on a aucune certitude à ce sujet. Le texte le plus ancien qui parle des Allobroges est de Polybe. Ce Polybe est un Grec qui fit partie d'un contingent d'otages remis par les Grecs aux Romains après la bataille de Pydna en Macédoine en -168. Arrivé à Rome, Polybe fut recueilli par Scipion Emilien qui emmena Polybe en Tunisie à l'occasion de la troisième et dernière guerre entre Rome et Carthage. Polybe assista à la destruction totale de Carthage en -146 et de retour à Rome, il écrivit l'histoire des guerres entre Rome et Carthage. Reprenant le récit d'auteurs plus anciens, Polybe raconte le passage des Alpes par Hannibal et c'est à cette occasion qu'il parle des Allobroges. Son récit a été repris (et embelli) par de nombreux auteurs comme Tite-Live, Strabon, Pline, Eutrope... Pour d'autres raisons, d'autres auteurs parlent aussi des Allobroges et spécialement Jules César dans « La guerre des Gaules » mais aussi dans « La guerre civile ». Les Allobroges occupèrent un assez vaste espace sur la rive gauche du Rhône depuis Genève jusqu'à Romans et représentant une bonne partie des actuels départements de la Haute-Savoie, de la Savoie et de l'Isère, ainsi qu'une partie de la rive droite du Rhône, entre le Rhône et le mont Pilat de Vienne jusqu'à Romans. Leur principale cité fut Vienne. La superficie du territoire des anciens Allobroges (l'Allobrogie) est d'environ 13.000 kms2

 

3-ROMAINS ET ALLOBROGES

Les Romains s'étaient emparés de la route littorale qui mène de l'Italie à l'Espagne à l'occasion des guerres contre Carthage. Cette route étant souvent coupée par les populations de l'arrière pays, pour sécuriser leur accès, les Romains entreprirent la conquête de l'arrière pays. Lorsqu'ils combattirent les Salyens (anciens occupants de l'actuelle Provence), les Allobroges, à qui les Romains ne demandaient rien, vinrent au secours des Salyens. Les Allobroges furent vaincus dans la région d'Aix-en-Provence par le Consul Sextius (qui a donné son nom à Aquae Sextiae, aujourd'hui Aix-en Provence), puis à Vindalium dans le Vaucluse par Domitius Ahenobarbus (trisaïeul de Néron selon Suétone, dans « Vies des douze Césars »). Les Romains poursuivirent les Allobroges et remontèrent la vallée du Rhône. Domitius reçut le renfort du Consul Fabius Maximus et les Allobroges celui des Arvernes. La bataille eut lieu le 8 août -121 au confluent du Rhône et de l'Isère. Les Gaulois furent vaincus malgré qu'ils aient été 5 fois plus nombreux que les Romains. Les Romains s'emparèrent alors du territoire des Allobroges qu'ils érigèrent ensuite en cité (la Cité de Vienne) qui fut rattachée à la Gaule Narbonnaise.

A diverses reprises, les Allobroges se soulevèrent contre les Romains mais furent à chaque fois vaincus, si bien qu'ils ne prirent pas part à la guerre des Gaules au temps de César.

 

4-LES ROMAINS A AIX

Dans la région d'Aix-les-Bains, les Romains s'installèrent d'abord sur la zone plate au confluent du Sierroz et du lac, zone appelée « Lafin » (la fin du territoire). Sur la présence romaine dans cette zone il y a de nombreux témoignages et spécialement ceux de François de Mouxy de Loche qui à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe fit de nombreuses communications, publications et laissa beaucoup d'écrits y compris des manuscrits conservés aux Archives municipales d'Aix-les-Bains (2 rue Lamartine, au troisième étage au dessus de la bibliothèque municipale). Ce Mouxy de Loche fut l'un des fondateurs en 1819 de la Sté Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie (alors appelée Sté Royale Académique de Savoie). Il assista lui-même à la découverte d'objets romains dans la zone de Lafin. Déjà, en 1623, le Docteur Cabias (dans « Les merveilles des bains d'Aix en Savoie » et Samuel Guichenon en 1660 (dans « histoire Généalogique de la Royale Maison de Savoie », signalent dans la zone de Lafin, la découverte d'un tombeau portant l'inscription : « L. OPIMIUS CONSUL ». On sait que ce consul fut exilé de Rome en -109 après avoir été accusé de s'être laissé corrompre par Jugurtha ennemi des Romains (voir Salluste : « Guerre de Jugurtha » XVI et XL). En 1802, Albanis Beaumont (dans « description des Alpes Grecques et Cottiennes ») fournit une illustration de ce tombeau.

Etant à cet endroit, les Romains découvrirent des sources chaudes sur la pente boisée qui joignait le lac et le Mont Revard. Ils construisirent des thermes et une ville autour, probablement à la fin du premier siècle avant notre ère. Cela explique que la ville d'Aix, contrairement à Annecy, Genève etc, n'ait pas été construite en bord de lac mais autour des sources thermales.

Aix-les-Bains n'est donc pas une ville gauloise qu'auraient occupée les Romains, mais une ville construite au temps Romains pour leurs usages. On a confirmation de cet état de fait :
en 1988/1989, à l'occasion de la construction d'un parking, appelé parking de l'Hôtel de Ville, la Direction Régionale des Affaires Culturelles entreprit d'importantes fouilles, sous la direction d'Alain Canal, avant la construction du parking. Ce parking est situé entre d'une part la Mairie et le temple dit de Diane, et d'autre part, les anciens thermes romains dont l'Arc de Campanus. Par courrier en date du 30 novembre 1992, le Conservateur Régional de l'Archéologie (Gérard Aubin), adressait au Maire d'Aix-les-Bains (Gratien Ferrari) le « rapport de sauvetage archéologique ». . Sur la première page de ce rapport on peut en effet lire : « Les premières occupations du site entrevues dans l'espace affecté à la fouille semblent apparaître au cours du premier siècle avant J.C. »

Les fouilles effectuées en 1988, ont permis de retrouver (à l'emplacement de l'actuel parking de l'hôtel de ville), un bâtiment octogonal daté du premier siècle de notre ère et détruit au siècle suivant. Le second siècle voyant également la construction du temple dit de Diane. A partir du milieu du troisième siècle et des invasions barbares, les fouilles archéologiques ont montré l'abandon de la ville romaine durant plus d'un siècle. C'est durant cette période qu'apparaissent le port romain de Chatillon (au nord du lac du Bourget) ainsi que l'atelier de poterie de Portout (sur la rive ouest du lac); lesquels cessent leurs activités lorsqu'Aix reprend vie, probablement au temps de l'empereur Gratien (vers les années 380) qui fit un séjour en Gaule de 379 jusqu'à son assassinat à Lyon le 15 août 383. Il fit restaurer plusieurs villes dont Cularo qui prit le nom de Gratianopolis (ville de Gratien) dont découla le nom de Grenoble.

On ne trouve aucune mention d'Aix-les-Bains aux temps romains, ni aucune trace de son nom antique, dans aucun texte, dans aucun document, ni sur aucune pierre ou objet retrouvé dans le sous-sol de la ville. Seul apparaît sur des pierres la mention « Aquenses » qui signifie « habitants de la ville d'eau ».

 

5-LES THERMES ROMAINS

Les thermes romains d'Aix-les-Bains étaient situés à peu près à l'emplacement des thermes nationaux qui furent utilisés jusqu'à la fin du XXe siècle, c'est-à-dire à l'est de l'actuelle place Maurice Mollard. Ils furent redécouverts en 1772 de manière fortuite. On le sait par un texte de 1773 du docteur Joseph Daquin (dans « Analyse des eaux thermales d'Aix-en Savoie »). A partir de cette redécouverte, quelques notables locaux : François de Mouxy de Loche déjà cité, Perrier, officier de santé en retraite, qui tenait une pension, où logea entre autres Lamartine, le docteur Joseph Despine etc se lancèrent dans l'exploration des anciens thermes; en faisant dégager tous les couloirs et pièces obstrués par un éboulement. Ils firent de nombreuses découvertes, établirent des plans... Ultérieurement, une grande partie des restes romains dégagés furent détruits, spécialement lors des extensions successives des thermes nationaux. Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une petite partie des anciens thermes romains, encore conservée et visible.

En 1788, le comte François De Mouxy de Loche présenta au prince Charles-Emmanuel de Savoie (Il s'agit de Charles-Emmanuel IV qui fut roi de Sardaigne de 1796 à 1802), une synthèse des découvertes effectuées depuis 1772 (rapporté par son petit-fils : Jules de Mouxy de Loche dans « Histoire d'Aix-les-Bains »). En 1858, le vicomte Héricart de Thury, membre de l'Institut et Président de la Commission des eaux minérales de France, établit une classification des marbres retrouvés dans les thermes romains. Il recensa ainsi 24 espèces de marbre, en provenance des Alpes, de l'Hérault, de Carrare, de Grèce, de l'Atlas...Ces marbres arrivaient à Aix, en remontant le Rhône, puis par le canal de Savières et le lac. Cela donne une idée de la splendeur et de l'importance que devaient avoir ces thermes romains, et ce malgré qu'une grande partie des marbres avait déjà dû être pillée. On a ainsi le témoignage d'un voyageur (T. Bruant d'Uzelle dans « quinze jours à Aix-les-Bains ») qui écrit en 1859 : « Malheureusement, les curieux qui demandaient à visiter ces antiquités assez intéressantes cassaient, pour la plupart, un petit morceau de marbre pour remporter un souvenir des bains romains, et peu à peu la totalité a disparu sous cette incessante action dévastatrice. Il y a douze ans, quand je visitai ces traces du séjour des maîtres du monde, il existait encore environ les deux cinquièmes de ce riche revêtement, cette année il n'en reste plus rien ».

 En 1802, Albanis Beaumont, un érudit (qui était passé du service du roi de Sardaigne à celui du duc de Gloucester en Angleterre), qui étudiait les Alpes, avait reporté sur un fond de plan, l'ensemble des découvertes effectuées depuis 1772 et relatives à ces thermes romains. Il interrogea aussi probablement tous ceux qui avaient participé aux fouilles. Il délimita ainsi l'emprise des thermes romains qui étaient très vastes : 26.000 m2 au sol et s'étendaient jusqu'à la Chaudanne au nord. L'utilisation de la pente naturelle du terrain permettait la circulation naturelle de l'eau entre les différents bains selon le schéma classique des thermes romains et en se rappelant que le « Nant de la Reisse » fut comblé en 1751, mais qu'il alimentait les thermes romains en eau froide. Selon les témoignages des premiers découvreurs, les thermes auraient disparu sous un vaste éboulement de terrains provenant de la pente qui menait au Revard, probablement au Ve siècle. Ces témoignages ont été récapitulés par Jules de Mouxy de Loche en 1898 dans « l'Histoire d'Aix-les-Bains » livre I chapitre VI. Les habitants reconstruisirent ensuite sur les éboulements c'est-à-dire au dessus des constructions romaines qui restèrent enfouies de nombreux siècles. De la disparition des bains à leur redécouverte, il n'en subsista que 2 restes visibles : un bain et l'Arc de Campanus qui en était la porte monumentale d'entrée.

5A- LE BAIN

Cet ancien bain fut restauré par Charlemagne. C'est ce que nous dit Andreae Bacci (médecin du pape Sixte V) en 1588 (dans « De Thermis », livre IV). Charlemagne étant parti de Genève en l'an 773 pour aller combattre les Lombards en passant par la Maurienne, il y a de fortes chances qu'il soit passé par Aix-les-Bains, ce qui situe aussi la date de la restauration.

Ce bain prit successivement le nom de :

Bain royal (appellation qui figure dans un acte du 9 mai 1410), Bain de Saint Pol (dénomination sur un document de 1784), Bain des Chevaux, Bain de l'Hôpital, Bains des Pauvres.

Il fut détruit en 1879 (année du deux millième anniversaire de l'arrivée des Romains dans le territoire des Allobroges). Henri IV se baigna dans ce bain le 3 octobre 1600.

5B- l'ARC DE CAMPANUS

En se basant sur la disposition des pilastres et par analogie avec d'autres arcs comme Suse, l'historien savoyard Jean Prieur situe la date de construction de cet arc vers l'an -20. Les dimensions données pour cet arc sont : 9,15 mètres pour la hauteur, 7,10 mètres pour la largeur et 0,75 m. pour l'épaisseur. Huit niches de deux types différents sont creusées dans la frise. Une inscription principale indique (ou indiquait lorsque c'était encore lisible il y a quelques années) : « L. POMPEIUS CAMPANUS VIVUS FECIT » (élevé par L. Pompeius Campanus de son vivant). A noter cependant que Aymar Du Rivail en 1535 (dans « De Allobrogibus ») ne parvient à lire que « Pompeius Campanus », disant que le reste des inscriptions est devenue illisible, tandis que deux autres auteurs : J.B. Cabias en 1623 et Joseph Daquin en 1773 (auteurs déjà cités) donnent, eux, l'inscription suivante : « POMPEIUS CAMPANUS ROMANORUM DUX » (Pompeius Campanus chef des Romains). Six noms figurent sur l'attique et huit sur l'architrave. Il s'agit de membres de la famille de Campanus. Cet arc fut longtemps enterré jusqu'au tiers de sa hauteur, puis intégré vers l'an 1500 dans un bâtiment (écuries du marquis d'Aix). En 1822, le bâtiment qui entourait l'arc fut détruit. En 1870, l'arc fut dégagé en profondeur pour retrouver le niveau du sol romain. En 1930, le sol sur la place autour de l'arc fut à nouveau « décapé » pour donner le niveau actuel inférieur de 75 centimètres au sol romain et inférieur de 1,35 mètres au niveau d'avant 1870.

Selon des textes de :

*1700 (Blaeu dans « Theatrum Sabaudiae »)

*1802 (Albanis Beaumont (déjà cité)

*1828 (François de Mouxy de Loche dans une étude publiée dans le tome 3 des Mémoires de l'Académie de Savoie)

*1844 (docteur Constant Despine dans « Manuel topographique et médical de l'étranger aux eaux d'Aix en Savoie »),

l'arc a subi diverses modifications au fil des siècles. Ainsi, Blaeu écrit : « la partie supérieure de cet Arc ayant été ruinée ou par les Barbares ou par la suite des tems... ».En 1660, Samuel Guichenon (ouvrage cité), représente un sommet en triangle. En 1700, dans Blaeu, on a un sommet d'arc manifestement « rafistolé ». Entre ces 2 représentations, a eu lieu un important tremblement de terre les 11 et 12 mai 1682. (voir étude publiée en 1851 dans les Mémoires de la royale académie de Savoie). Ajoutons, toutes les occupations de troupes (françaises mais aussi espagnoles), le grand incendie de la ville le 9 avril 1739... En 1623, Cabias signale que la ville fut complètement ravagée par les flammes en l'an 230, mais ne cite pas ses sources. Il n'y aurait rien de surprenant à ce que l'arc ait subi des transformations. F. De Mouxy de Loche écrit d'ailleurs en 1828 (dans les Mémoires de l'Académie de Savoie, tome 3) : « Quoi qu'il en soit, il est évident que l'architrave a disparu sous le marteau, dans sa partie au dessous des cavités et niches, et que les noms que l'on y voit ont été substitués aux deux faces ou plates-bandes qui régnaient sans interruption sur tout le monument »

Ce même F. De Mouxy de Loche fut le premier en 1783 (dans « Recherches sur les Monuments antiques d'Aix en Savoie ») a affirmer que cet Arc était la porte d'entrée des thermes romains. Cela fut confirmé par la délimitation de l'emprise des thermes romains effectuée par Albanis Beaumont en 1802. Ce plan montre que l'Arc était strictement au milieu de la façade des thermes romains, à égale distance des 2 sources thermales (d'alun et de soufre). En 1992, nous avons complété le plan d'Albanis Beaumont par toutes les découvertes d'antiquités romaines effectuées depuis 1802, notamment à l'occasion de travaux d'extension des thermes nationaux, et nous avons recoupé au mètre près le plan de 1802. En outre, si l'on s'interroge sur la voie d'accès aux thermes romains, compte tenu de la topographie des lieux et de l'implantation des monuments de l'époque, on voit que l'accès aux thermes passait nécessairement sous l'arc de Campanus, ce qu'affirme déjà F. De Mouxy de Loche en 1783.

Si il ne peut y avoir aucun doute sur la fonction de porte d'entrée monumentale des thermes romains pour l'arc de Campanus, par contre on ne peut affirmer que ce Campanus fut le constructeur des thermes romains. D'une part parce que l'on ne sait pas si les inscriptions qui se trouvent sur l'Arc sont contemporaines de l'Arc; la divergence des témoignages sur les inscriptions, signalée ci-dessus, pourrait laisser penser à des modifications de ces inscriptions au fil du temps. Et d'autre part parce que l'on ne sait pas à quelle époque vécut ce Campanus. Fut-il le constructeur des thermes, ou leur restaurateur à un moment donné ou s'est-il attribué des mérites qu'il n'avait pas ?

 

6-LE TEMPLE DIT DE DIANE

Ce monument romain, attenant à la Mairie d'Aix-les-Bains, est situé du côté ouest de la place Maurice Mollard. Il faisait donc face aux thermes romains.

« Les dimensions extérieures de ce monument sont de 17 mètres sur 13,20. les murs hauts de 9,75 m, formés par des assises de grand appareil, sont couronnés par un entablement de 1,60m.; l'architrave présente 3 plates-bandes comme dans les édifices d'époque augustéenne. » : description de l'historien Jean Prieur (dans « Aix-les-Bains dans l'antiquité » 1978) .

Malgré l'analogie avec l'époque augustéenne, ce monument est daté du second siècle de notre ère. Il fut un moment incorporé dans une tour du château des marquis d'Aix. Le docteur Constant Despine écrit en effet en 1850 (dans « L'été à Aix-en-Savoie ») : « Il formait avant la révolution française, la base d'une tour élevée par les Seigneurs d'Aix; mais Albitte, commissaire de la Convention en Savoie, ayant fait raser sans distinction tours et clochers (décret du 26.1.1794), restitua ainsi, sans s'en douter au monument romain sa physionomie primitive ». (le commissaire Albitte dont parle Despine fut surnommé  le « Robespierre savoyard »). Vers 1850, tous les matériaux qui encombraient le temple jusqu'au tiers de sa hauteur (dûs aux destructions « révolutionnaires » de 1794) furent évacués.

Les avis des auteurs ont longtemps divergé sur la fonction de ce monument : prétoire (pour rendre la justice), nymphaeum (monument consacré aux nymphes), temple... Aujourd'hui la fonction primitive de temple ne semble plus contestée, mais cette fonction a pu évoluer avec le temps. Seul le nom de la divinité auquel il était consacré pose encore problème. Selon les textes les plus anciens, ce temple était dédié à Vénus. C'est ce qu'écrivent Samuel Guichenon en 1660, Joseph Daquin en 1773 et encore Lullin en 1787 (dans « étrennes historiques du département du Mont Blanc »). Mais en 1783, le comte François de Mouxy de Loche (savoyard du bon royaume de Sardaigne, faisant probablement un excès de puritanisme en réaction aux idées qui circulaient dans la France toute proche) décide et écrit que ce temple était dédié à Diane « car cette déesse présidoit aux bains et à la décence qui devoit y régner ». A partir de là, au XIXe siècle, les auteurs écrivent que le temple était dédié à Vénus ou à Diane, puis progressivement ne mentionnent plus que Diane. La dernière mention de Vénus associée à Diane date de 1891 (texte du docteur Brachet édité en anglais à Londres). Aujourd'hui, plus personne ne semble savoir que le seul nom qui apparaissait avant De Loche, pour ce temple, est celui de Vénus. Nom qui correspond d'ailleurs beaucoup mieux au symbole des eaux thermales associées à la fécondité : plusieurs ex-voto de l'époque romaine le confirment, et en 1623, le Docteur Cabias consacre un chapitre de son livre au traitement de la stérilité des femmes à Aix.

L'antériorité des citations sur Vénus, permet d'exclure le nom de Diane, mais n'est pas suffisant pour affirmer que ce temple était dédié à Vénus, car on ne possède aucune autre preuve que les citations de quelques auteurs qui en outre ont pu copier les uns sur les autres. De plus, le nom de Vénus a pu être donné à Aix, à un autre temple et par exemple à celui qui précéda l'église de Sainte Marie devenue église Sainte Croix et démolie au début du XXe siècle (au nord de la place Maurice Mollard). Des fondements de ce monument ont pu être repérés lors des fouilles de 1988/1989. On a souvent observé la continuité des cultes lors du passage des cultes païens à la chrétienté. Une église dédiée à Marie aurait donc très bien pu succéder à un temple à Vénus et ce d'autant que César avait transformé la Vénus/ Aphrodite en Vénus/Génitrix, c'est-à-dire la déesse de l'amour en déesse-mère.

Sur ce temple, dit de Diane, signalons encore que lors des fouilles effectuées en 1988/1989, un chapiteau fut trouvé. Il appartenait probablement à ce temple. Entreposé sur un terrain municipal, il a disparu peu de temps après.

 

7-LES CULTES ROMAINS A AIX-LES-BAINS ET DANS SA REGION

7A VENUS et ISIS

Une tête féminine en marbre blanc fut découverte en 1935 dans les thermes romains (elle est conservée au Musée archéologique d'Aix dans le temple dit de Diane). Cette tête ressemble à différentes têtes attribuées à Vénus et conservées à Vienne, Nîmes et Suse. Plusieurs inscriptions invoquent ou évoquent le nom d'Isis. En 1852, le docteur Constant Despine découvrit un phallus en marbre rouge et blanc dans les anciens thermes romains. Selon Jules De Mouxy de Loche (en 1898), c'était » « une offrande de reconnaissance pour une guérison obtenue par les eaux d'Aix après invocation de la déesse Isis ». Un ex-voto dédié aux déesses-mères fut retrouvé dans le clocher de l'église de Saint Innocent (près d'Aix) où il fut employé comme matériaux de construction. Un autel dédié à Cybèle fut retrouvé en 1945 à Conjux (sur la rive nord-ouest du lac). Il semble donc bien y avoir eu dans l'Aix antique et sa région proche, un culte particulier pour les déesses-mères.

7B-MARS

Des inscriptions à Mars, dieu de la guerre, ont été retrouvées à Saint Innocent et au Mont du Chat. Une inscription incomplète indique : « ...prêtre de Mars a fait construire un temple avec tout son mobilier ».Les légionnaires blessés venaient se refaire une santé dans les stations thermales. Un culte à Mars à Aix serait donc logique, si l'on pense que le temple qui précéda l'église de Sainte Marie était dédié à Vénus, le temple appelé de Diane aurait pu être consacré à Mars.

7C-SYLVAIN

Une stèle à Sylvain a été retrouvée en 1938 à Jongieux (en Savoie canton de Yenne), probablement déplacée après réutilisation. Ce Dieu était le protecteur des sources chaudes, des carrières, des bois et des voyageurs, donc particulièrement adapté à Aix. Il y a en outre mention d'un bois sacré sur 2 inscriptions ce qui confirme probablement un culte à Sylvain à Aix-les-Bains

7D-MERCURE

Ce dieu du commerce et des voyageurs avait un temple au Mont-du-Chat -sur la chaîne de l'Epine qui domine, à l'ouest, le lac du Bourget- (passage de la voie romaine de Milan à Lyon). Un ex-voto à ce dieu a été retrouvé au Mont-du-Chat, En outre, à Aix même, on trouve le nom de Mercure sur une inscription relative au marché

7E-HERCULE

Demi dieu fils de Zeus. Il était le protecteur de l'agriculture, du commerce et des armées. Une statue de ce dieu a été retrouvée dans les anciens thermes en 1830

 

8-INSCRIPTIONS

Outre ce qui est dit au point 7 ci-dessus, de très nombreuses inscriptions furent retrouvées à Aix. Il n'en reste qu'un petit nombre au Musée archéologique. En 1535, Aymar Du Rivail écrit : « Les inscriptions romaines sont si nombreuses à Aix qu'on en trouve sur toutes les maisons et sur tous les édifices de cette ville. Nous pourrions en citer cinq cents : à quoi bon? Il en resterait bien plus encore et de quoi faire un volume »

Distinguons :

les inscriptions funéraires : nombreuses dans lesquelles dominent les noms de la « gens » (famille) TITIA

les briques: Les briques qui ont servi à la construction des thermes romains d'Aix provenaient des fabriques situées le long du Rhône à St Romain en Gal (près de Vienne). Sur les briques, les fabricants plaçaient une empreinte particulière à chacun d'eux. Cette marque est ordinairement un pied de quelque animal. Le choix du nom même de l'ouvrier est déjà une distinction. A Aix les marques relevées sur les briques ont été : une patte d'ours, un pied de cheval et quelques noms dont celui de Clarianus, nom que l'on retrouve également à Uriage, Vienne, Annecy, Lyon....

Les poteries : De tous temps, de nombreuses poteries de l'époque romaine furent retrouvées dans le sous-sol aixois. La grande majorité de celles retrouvées à Aix, étaient des poteries « noires » ou poteries « populaires » d'usage courant, de fabrication locale utilisant l'argile abondante sur toute l'étendue de l'ancien glacier du Rhône. Une quinzaine de marques de potiers ont pu être recensées à Aix

Les pierres: Aix était un « vicus » dépendant de la cité de Vienne avant que la cité de Vienne ne soit divisée en trois cités (Vienne, Grenoble et Genève, vers la fin du IIIe siècle ou vers la fin du IVe). Deux inscriptions nous apprennent que la cité était dirigée par un collège de dix membres choisis parmi les propriétaires, dont les noms figurent sur ces inscriptions. L'une d'elle nous apprend qu'ils offrirent sur leurs deniers un autel et un four de potiers aux habitants d'Aix et l'autre qu'ils ont donné un bois avec son vignoble afin de célébrer des jeux pour le salut de l'empereur Auguste. Compte tenu de l'importance supposée de l'Aix romaine, il devait au minimum y avoir un théâtre dont personne n'a jamais retrouvé traces. Eu égard à la topographie des lieux, si ce théâtre a existé , il se serait probablement trouvé à l'emplacement de l'actuel parc de verdure.

 

9-AUTRES DECOUVERTES

Les monnaies: De très nombreuses monnaies furent retrouvées à Aix, principalement à l'effigie des empereurs. Dans un rapport de novembre 1992 de la Direction régionale des Affaires Culturelles, on peut lire : « La vie économique des Thermes, d'après les monnaies retrouvées lors de la fouille de ce lieu, atteint son apogée sous Marc Aurèle » (qui fut empereur de l'an 161 à l'an 180)

autres objets : une multitude d'autres objets furent retrouvés au cours des siècles à Aix tels que : amphores, armes, baignoires, bijoux, lampes, outils, parties de monuments, poids, statues, tombeaux, vases etc L'essentiel de ces découvertes a disparu. Quelques-unes sont conservées dans le musée archéologique d'Aix (dans le temple dit de Diane) ou dans d'autres musées. Signalons particulièrement un cadran solaire retrouvé en 1804 dans les anciens thermes. François de Mouxy de Loche fit une communication sur ce cadran solaire en 1806 dans le volume 3 des Mémoires de l'Académie de Turin.

 

10 Et si il fallait une conclusion...

Tout ce qui fut accumulé peut amener à conclure qu'Aix dans l'antiquité eut la fonction d'une ville thermale, de passage, de commerces et peut-être de jeux.

Comme quoi, au fil des siècles, il n'y eut guère de nouveau sous le ciel de la cité aixoise.

J.D. 1er novembre 2010

 

Nota : sur les monuments romains d'Aix-les-Bains, j'ai eu l'occasion de faire une conférence le 6 décembre 2013 à la salle des fêtes de Saint Jean d'Arvey (Savoie) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le lac d'après Raymond Castel et Elisabeth André

le lac d'après Raymond Castel et Elisabeth André

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