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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 18:53

C'est de 1852 à 1856 que l'éditeur Perrin 13 rue de la Vierge-aux-Anges à Turin, publia en petits fascicules une œuvre monumentale d'Alexandre Dumas déjà célèbre (les Trois Mousquetaires avaient été publiés en 1844) sous le titre « La Maison de Savoie depuis 1555 jusqu'en 1850, roman historique ».

Ce texte fut repris en France en 1854 par « Le Constitutionnel » sous forme de feuilletons sous le titre « un page du Duc de Savoie », puis édité en livres en 1855.

De ces vieilles éditions, non seulement il ne restait presque plus traces, mais diverses éditions réputées complètes des œuvres d'Alexandre Dumas au vingtième siècle ignorèrent complètement ce texte.

Il fallut que le 4 octobre 1985, à la librairie piémontaise de Turin, Lucien Chavoutier (historien savoyard) en découvre une vieille édition et puisse en faire l'acquisition pour que ce récit de Dumas sorte de l'oubli où il était tombé.

Dès 1986, Lucien Chavoutier présentait cette œuvre de Dumas lors de 2 conférences, l'une à Moutiers pour l'Académie de la Val d'Isère, l'autre à Chambéry pour la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie. Ces conférences furent complétées par Lucien Chavoutier au moyen d'une présentation (72 pages) en décembre 1990 dans le N° 100 de « l'Histoire en Savoie » éditée par la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie. Enfin, il confiait son exemplaire à la Fontaine de Siloé (éditeur savoyard) pour publication.

La première publication de La Fontaine de Siloé date de 1998 et la dernière de juin 2001. Cette dernière édition comporte 4 tomes et en tout quelques 2200 pages !

L'histoire du document oublié et retrouvé presque miraculeusement est déjà rocambolesque et digne de son auteur.

 

Mais pourquoi Alexandre Dumas s'intéressa-t-il à l'histoire de la Maison de Savoie ?

Alexandre Dumas, fils de général (comme Victor Hugo), naquit en 1802 (aussi comme Victor Hugo). Né à Villers-Cotterets dans l'Aisne, il quitta sa ville natale pour Paris en 1822 et trouva d'abord un emploi de clerc de notaire avant d'être recruté l'année suivante au secrétariat du Duc d'Orléans. Parallèlement, il commença par écrire des vaudevilles avant de se lancer dans le roman-feuilleton (historique). A Paris, il fréquenta le salon de Marie de Solms (née Bonaparte-Wyse), petite fille par sa mère de Lucien Bonaparte (un des frères de Napoléon). Cela donna à Dumas l'occasion de fréquenter Victor Hugo, Ponsard, Bérenger, Sainte-Beuve, Gérard de Nerval, George Sand, Lamennais, Eugène Sue... Voir : « Marie de Solms Femme de Lettres » de Zoltan-Etienne Harsany, publié en 1990.

Marie de Solms opposée à la politique de Napoléon III dut s'exiler. Elle s'installa d'abord à Aix-les-Bains à partir de 1853, où elle créa un théâtre, une revue et tint salon. De son côté Alexandre Dumas poursuivi en 1851 « par plus de 150 créanciers » se réfugia d'abord en Belgique et fit plusieurs séjours à Aix-les-Bains où il retrouva le salon de Marie de Solms. En 1858, Dumas rédigea « Un bal chez Madame la duchesse de Berry » pour publication dans « Les Matinées d'Aix-les-Bains », la revue de Marie de Solms. Il y rencontra selon Harsany, Victor-Emmanuel II, Rattazzi et Garibaldi.

Urbano Rattazzi occupa plusieurs postes de Ministre et même de président du Conseil des Ministres au temps de Charles-Albert puis de Victor-Emmanuel II. Il fut le second mari de Marie de Solms qu'il épousa le 5 février 1863. Quant à Giuseppe Garibaldi, si il est plus connu, on sait moins qu'Alexandre Dumas fut l'un de ses admirateurs, à tel point qu'en 1860, Dumas vendit des biens pour acheter des armes qu'il livra lui-même à Garibaldi en Sicile. En reconnaissance, Garibaldi nommera Dumas Directeur des Beaux-Arts à Naples en 1861, fonction qu'il exercera jusqu'en 1864. Il pourra alors s'intéresser aux fouilles de Pompéï. Dumas publia également en 1860 « Les Mémoires de Garibaldi » et en 1861 : « Les Garibaldiens ». (Ces 2 ouvrages ont été publiés dans un même livre aux Editions "L'Inventaire" en 1994). Bien avant cela, Dumas avait eu l'occasion de faire plusieurs séjours en Italie, pays dont il tomba manifestement amoureux. En témoignent ces 2 citations extraites du tome 4 de « La Royale Maison de Savoie » (édition de juin 2001)

page 213 : « L'Italie et la France sont sœurs : la différence de leurs institutions politiques leur impose seule des destinées diverses; mais la beauté de leur ciel, la fécondité de leur sol, et avant tout l'intelligence de leurs habitants , établit entre elles une parenté sublime, que les gouvernements et les préjugés tenteraient en vain d'effacer; quand deux étoiles jumelles scintillent dans le firmament, en vain les nuages qui passent nous déguisent leur forme; le rayon brille, la vapeur disparaît et nous les retrouvons telles qu'elles étaient à la première heure de l'éternité »

page 236 : «  La France est l'alliée naturelle de l'Italie; chaque fois que l'une ou l'autre de ces nations a transgressé à cette loi topographique, la ruine des armées , ou la dévastation du territoire ont été les funestes résultats de cette faute, de cet attentat fratricide aux droits les plus saints de la nature, qui rend les peuples solidaires les uns des autres ».

Dumas, intéressé par l'Histoire dut s'interroger sur ce pays (l'Italie) qui n'avait plus d'unité depuis la chute de l'Empire romain d'Occident en l'an 476. L'époque où il écrivit cette histoire est une époque charnière capitale dans l'histoire italienne. La Révolution française avait semé dans toute l'Europe des idées de droit des peuples et de droit des nationalités. La victoire des coalisés à Waterloo le 18 juin 1815 mit une chape de plomb sur l'Europe, mais les armées peuvent vaincre des soldats, pas des idées. Le feu couvait sous la cendre. L'année 1848 fut appelée « l'année du printemps des peuples » ou « l'année des révolutions ». Pour ce qui concerne notre sujet, en 1848, les populations de Venise et de Milan se soulevèrent contre l'occupant autrichien. A Turin, le roi Charles-Albert, se croyant assuré de l'alliance avec le Grand-Duc de Toscane, avec le roi de Naples et même avec le Pape se lança dans une guerre contre l'Autriche, mais ses alliés se rétractèrent et l'armée piémontaise se retrouva seule contre l'empire d'Autriche. Après la défaite de Novarre le 23 mars 1849, Charles-Albert abdiqua en faveur de Victor-Emmanuel II et s'exila. Le sentiment nationaliste était alors à son comble et tous les patriotes italiens fondaient leurs espoirs dans le Piémont et dans la famille de Savoie pour faire l'unité de l'Italie. C'est l'époque où les partisans écrivaient sur les murs : « viva VERDI », ce qui pour eux signifiait : « viva Vittorio Emanuele Re D'Italia ». Il n'y a donc rien de surprenant à ce qu'Alexandre Dumas s'intéressa à la dynastie de Savoie.

 

Le contenu de l'histoire :

Comme l'indique le titre de la première parution à Turin, cette œuvre de Dumas est un roman historique, mais en l'occurrence l'Histoire l'emporte sur le roman. Le lecteur doit cependant faire le tri car à côté des faits et personnages strictement historiques, Dumas, pour l'intérêt du texte, invente des personnages et des situations romanesques. Il écrit d'ailleurs (tome I page 225) : « Mieux vaut l'histoire écrite par des romanciers que l'histoire écrite par les historiens, d'abord parce qu'elle est plus vraie, et ensuite parce qu'elle est plus amusante ». Dans le même tome 1, page 214 : "C'est une bien belle chose que l'histoire! aussi ne nous jugeant pas digne d'être historien nous sommes-nous fait romancier". Dans un autre ouvrage (les Compagnons de Jehu) en 1857, il dira : « nous avons la prétention d'avoir appris à la France autant d'histoire qu'aucun historien ». Nous voulons bien le croire, il est vrai que « les trois mousquetaires » par exemple ont fait plus pour populariser le personnage du cardinal de Richelieu que tout ouvrage d'historiens.

Le principal mérite de « La Royale Maison de Savoie » est de nous fournir la vision qu'un observateur particulièrement avisé autant que passionné et particulièrement bien documenté pouvait avoir dans les années 1850 de la Maison de Savoie et des événements qui se déroulaient en Italie depuis 3 siècles.

Dans la présentation qu'il en fit en 1990, Lucien Chavoutier cite les principales sources utilisées par Dumas pour son histoire de « La Royale Maison de Savoie »; les voici :

* »Mémoires historiques de la Maison Royale de Savoie » du marquis Costa de Beauregard (1816)

* »l'histoire de la Savoie depuis la domination romaine jusqu'à nos jours » de Claude Genoux (1852)

* »Mémoires » de Saint-Simon (décédé en 1755, la première édition de ses Mémoires date de 1788)

* »histoire généalogique de la Royale Maison de Savoie » de Samuel Guichenon (1660).

 

Le récit de Dumas commence en 1555, à l'époque où Charles Quint a confié le commandement des armées du Saint Empire au Duc de Savoie Emmanuel-Philibert et se termine presque 3 siècles plus tard avec le retour des cendres de Charles-Albert à Turin.

L'histoire de la Maison de Savoie semble assez peu connue du grand public, peut-être parce qu'elle est assise entre deux chaises, une chaise France et une chaise Italie. Elle n'est pas l'histoire de France, elle n'est pas non plus celle de l'Italie mais un peu des deux et même on peut le dire un peu de l'histoire de l'Europe.

Le lecteur qui prendra la peine de lire cette œuvre monumentale d'Alexandre Dumas, verra défiler 13 souverains de Savoie au cours de 3 siècles d'histoire et découvrira des événements importants dont il n'a probablement pas connaissance tels que :

*la victoire dans le nord de la France d'Emmanuel-Philibert (surnommé « Tête de Fer ») contre les armées françaises du connétable de Montmorency en 1557. Cet Emmanuel-Philibert était le neveu de Charles-Quint par sa mère Béatrix de Portugal et en même temps le cousin de François 1er par sa tante Louise de Savoie. Il avait également pour tante Marguerite d'Autriche !

*la nuit de l'escalade : échec lamentable des Savoyards tentant de s'emparer de Genève en 1602

*la triste fin de Victor-Amédée II etc etc

En somme une belle leçon d'histoire

J.D. dernière mise à jour : 8 août  2012

couverture du tome 3 du texte de Dumas sur la Savoie

couverture du tome 3 du texte de Dumas sur la Savoie

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