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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 09:52

 

 

Voici le début de la préface d'Alexandre Dumas pour son roman historique « Les Blancs et les Bleus » publié en 1867/1868 :

« Encore un nouveau vaisseau que, sous le titre de Les blancs et les Bleus, nous allons lancer à la mer.

Inutile de demander sous quel pavillon.

Notre pavillon a toujours été celui de la France.

Quand la France a eu deux pavillons, nous nous sommes constamment rangé sous celui que nous regardions comme le pavillon national, parfois même nous avons combattu l'autre; mais, par cela même que nous l'avons combattu, nous ne l'avons jamais insulté.

Comment insulterait-on le drapeau d'Ivry, de Denain, de Fontenoy, quand il est porté par des mains aussi braves, aussi loyales et aussi pures que celles des Bonchamps, des d'Elbée et des Lescure? (il s'agit de 3 chefs des Vendéens)

Napoléon, qui s'y connaissait en braves, appelait la guerre de Vendée la guerre des géants.

Le seul crime de ceux qui la faisaient était de substituer la foi à la raison; la preuve qu'ils étaient aveuglés par une fausse croyance, c'est que la royauté pour laquelle ils mouraient les a trahis, c'est que le Dieu qu'ils invoquaient les a abandonnés.

Pendant neuf cents ans, ce Dieu avait pris la cause des rois; il était temps qu'à la fin il prît la cause des peuples.

Mais ce Dieu sait que j'ai visité avec le même respect les champs de bataille de La Tremblaye et de Torfou (Il s'agit de 2 sites de batailles de la guerre de Vendée en octobre 1793) que ceux de Marengo, d'Austerlitz et de Wagram.

Partout où des hommes ont donné leur vie, c'est-à-dire le bien le plus précieux qu'ils aient reçu de Dieu, puisque Dieu lui-même ne peut le leur rendre, partout où des hommes ont laissé leur vie pour confesser leur foi, trois hommes doivent s'incliner devant leur tombe : l'historien, le romancier et le poète.

Et pour moi, il n'y a pas de mérite à être resté fidèle, pendant toute ma vie, à la religion dans laquelle je suis né. Lorsque j'ouvris les yeux (en 1802) la République n'avait pas encore rendu le dernier soupir, et je fut bercé sur le sein mourant de cette mère héroïque ; mes hochets ont été les épaulettes d'or (son père fut général) que mon père venait de détacher de son habit et, longtemps avant d'atteindre sa garde, je me suis mesuré à son sabre de bataille.

Mon pavillon à moi, fils de la République allaité par l'Empire, est celui qui fut arboré par les vainqueurs du 14-juillet sur la Bastille, vide et fumante; qui conduisit nos soldats à Valmy, à Montebello, à Rivoli, aux Pyramides, à Marengo, à Austerlitz, à Burgos, à Ocana (avec un accent sur le « n ») , à Wagram, à la Moscowa, à Lutzen, à Bautzen, à Champaubert et à Montmirail : qui suivit Napoléon à l'Ile d'Elbe pour reparaître avec lui le 20 mars 1815; qui disparut dans le glorieux gouffre de Waterloo, et que, tout déchiré par les balles anglaises et les baïonnettes prussiennes, nous vîmes surgir, par un soir d'orage, au milieu de la fusillade et de la fumée, le 29 juillet 1830, avec des cris de joie et d'amour sur les tours de Notre-Dame. (allusion au drapeau tricolore qui avait disparu avec le retour de la monarchie suite à la chute du premier empire).

Et jamais vous ne comprendrez cela, hommes d'une autre génération que la nôtre, jamais vous ne comprendrez ce qu'il a eu pour nous de bonheur et d'orgueil à voir tout à coup se dérouler, le soir d'un combat, aux derniers rayons du soleil couchant, aux derniers pétillements de le fusillade, ce drapeau avec lequel nos pères avaient fait le tour de l'Europe, et qui jeté de côté comme un haillon, avait été vingt ans avili et calomnié.... »

 

Très beau texte, mais notre pauvre Dumas (qui pouvait se prendre pour Alexandre) a dû se retourner dans sa tombe (il est au Panthéon à Paris depuis fin novembre 2002) quand, il y a 2 ou 3 ans, une racaille a été primée dans un concours pour avoir présenté une photo le montrant se torchant le derrière avec un drapeau tricolore.

J.D. 22 février 2013

Napoléon et ses soldats, gravures extraites des souvenirs de J.R. Coignet en 1851, réédition en 1965 aux éditions de Saint Clair

Napoléon et ses soldats, gravures extraites des souvenirs de J.R. Coignet en 1851, réédition en 1965 aux éditions de Saint Clair

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