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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 10:39

Jules-Verne 2

 

Jules Verne - deux œuvres peu connues

 

 

L'œuvre de Jules Verne (Nantes 8.2.1828 / Amiens 24.3.1905) est considérable. Mais tous ses écrits n'ont pas la notoriété du « Tour du monde en 80 jours », de « Cinq semaines en ballon », de « Vint mille lieues sous les mers », de « Michel Strogoff » etc. Voici deux livres peu connus :

 

L'Archipel en feu :

Livre publié en 1884. J'ai cherché ce livre en 2005, année où, en France, on faisait grand cas de Jules Verne à l'occasion du centenaire de sa mort. Tant en librairies que dans les bibliothèques de la région (Rhône-Alpes), pour celles que j'ai pu visiter, ce livre était introuvable. Pour le lire j'ai dû me rendre à Genève à la bibliothèque publique (parc des Bastions) ! En 2006, enfin, j'ai pu trouver une vieille édition de « l'Archipel en feu » chez un bouquiniste, à Paris, sur les quais de la Seine.

Ce livre relate les atrocités commises par les Turcs en Grèce dans les années 1820 lorsque les Grecs, après presque 4 siècles d'occupation sous la férule ottomane, se sont révoltés pour recouvrer leur liberté. (voir des extraits de Jules Verne sur mon blog dans le texte consacré à « l'indépendance de la Grèce » http://jean.delisle.over-blog.com/article-grece-independance-58616338.html). Alors bien sûr, au début du XXIe siècle, cela ne fait plus parti du « politiquement correct ». Si c'est une censure, elle est vraiment « bête et méchante ». Les Turcs d'aujourd'hui ne sont pas responsables d'événements datant de deux siècles. Est-ce que les crimes des nazis empêchent des liens d'amitiés avec les Allemands d'aujourd'hui et est-ce que ceux-ci prétendent censurer tous les écrits sur la période hitlérienne ?

Encore que..., la Bible nous conte bien les combats des Hébreux avec les occupants de la « bande de Gaza » ( les célèbres Philistins, de qui est d'ailleurs dérivé le nom de la Palestine), combats qui à l'époque s'étendirent sur 3 siècles et qui ne semblent pas terminés trois mille ans plus tard.... mais c'est une autre histoire ! Voir sur mon blog l'histoire d'Israël. http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-d-israel-55889409.html

 

Famille-sans-nom :

Livre publié en 1889, à ne pas confondre avec « sans famille » d'Hector Malot.

Ce roman, comme « l'Archipel en feu » est basé sur des faits historiques et à l'occasion d'un roman, Jules Verne apporte quantité d'informations sur des événements, à partir de toutes les sources qu'il a pu utiliser.

L'action de « Famille-sans-nom » se déroule en 1837/1838 au Québec.

Toute la première partie du livre de Jules Verne rappelle les faits relatifs à la conquête du Canada depuis l'arrivée de Jacques Cartier en 1534, jusqu'aux événements des années 1837/1838, en passant par la fondation de la ville de Québec par Champlain en 1608, tous les combats qui opposèrent troupes françaises et anglaises jusqu'à la désastreuse bataille du 13 septembre 1759 dans les plaines d'Abraham (qui vit la mort de Montcalm qui commandait les troupes françaises) et le traité du 10 février 1763 par lequel Louis XV abandonna complètement le Canada aux Anglais. Cette plaine d'Abraham est située à proximité de la ville de Québec qui fit l'objet d'un siège naval de 49 navires anglais armés de 1944 canons.

A partir de là tous les gouverneurs successifs nommés par la couronne britannique développèrent une politique qu'on qualifierait aujourd'hui « d'apartheid » contre les colons de langue française : les distributions de terre, les emplois etc furent réservés aux anglophones.

Cette situation amena les francophones a créer un parti en 1832 : « parti patriote ». Ce parti remporta une victoire électorale en 1834, ce qui ne changea rien à la politique des gouverneurs, pourtant les francophones ne demandaient qu'à jouir des mêmes droits que les anglophones. Le 23 octobre 1834 lors d'une assemblée tenue à St Charles de Richelieu (appelée « assemblée des 6 comtés »), un orateur (le docteur Côté) s'écria : « le temps des discours est passé, c'est du plomb qu'il faut envoyer à nos ennemis ». Les patriotes s'armèrent et ce fut de nouveau des combats contre les Anglais en 1837/1838. Mais les francophones armés n'étaient que 4.000 contre 33.000 britanniques, en outre mieux armés. La défaite était inévitable et la répression s'abattit sur les francophones. Ceux des "patriotes" qui ne furent pas tués au combat, et qui ne purent s'exiler, furent pendus ou déportés en Australie par les Anglais. C'est la toile de fond du roman de Jules Verne qui n'est pas tendre avec les Anglais. On trouve dans son texte quantité de phrases du genre : «  les Anglais n'ont jamais su s'adjoindre les peuples qu'ils ont soumis; ils ne savent que les détruire ».

En première phrase de son roman, Jules Verne rappelle ce que disaient les philosophes français au XVIIIe siècle à propos du Canada : « On plaint ce pauvre genre humain qui s'égorge à propos de quelques arpents de glace ». En France tant l'opinion publique que les gouvernements abandonnèrent les Français du Canada à leur triste sort, tandis qu'en Angleterre le pouvoir encouragea l'émigration massive vers le Canada pour noyer les francophones et soutint les actions de ses gouverneurs sur place pour réduire l'influence française. Le résultat fut ce qu'il devait être.

Au Canada il fallut attendre une constitution datée de 1867, pour voir reconnaître les droits des francophones. La conclusion de Jules Verne se termine ainsi : « Chaque année, une touchante cérémonie réunit les patriotes de Montréal, au pied de la colonne élevée sur la côte des Neiges, aux victimes politiques de 1837/1838. Là, le jour de l'inauguration, un discours fut prononcé par M. Euclide Roy, président de l'Institut, et ses derniers mots peuvent résumer l'enseignement qui ressort de cette histoire : Glorifier le dévouement, c'est créer des héros! ».

Cette tradition de cérémonie, longtemps abandonnée, est reprise depuis 2003. Chaque année, le lundi précédant le 25 mai est appelée au Québec : « Journée nationale des Patriotes » et c'est un jour férié et chômé.

C'est le 8 avril 1904, que furent signés une série d'accords bilatéraux entre la France et la Grande Bretagne, accords connus sous le nom « d'Entente Cordiale ». Le roman de Jules Verne très critique vis-à-vis des Anglais n'était plus de bon ton et c'est probablement la raison pour laquelle il est très peu connu.

Un certain Charles De Gaulle né à Lille le 22 novembre 1890, n'avait pas 15 ans lors de la mort de Jules Verne à Amiens. Fut-il lecteur de « Famille-sans-nom » ? En eut-il le souvenir lorsqu'il lança « Vive le Québec libre » le 24 juillet 1967 à Montréal ? Qui le sait ?

J.D. 18.12.2010

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