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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 17:41

En 1552, le premier, Philibert Pingon (historiographe originaire de La Motte-Servolex en Savoie), releva à Talloires en Haute-Savoie, une inscription romaine relative à une horloge. L'original du texte manuscrit de Pingon (intitulé « Antiquitatum Romanorum ») est conservé aux Archives de Turin. Une copie sur microfilm a pu être récupérée en 1992 par l'Université de Savoie et depuis diverses copies ont été faîtes, dont l'une est conservée aux Archives d'Aix-les-Bains.

Voici le texte de l'inscription relevée par Pingon :

HOROLOGIVM. CVM. SVO. AEDIFICIO. ET

SIGNIS. OMNIBVS. ET. CLATRIS

C. BLABESIVS. C. FIL. VOLTINIA. GRATVS. EX. IIL.N.X

ET EO AMPLIVS.AD. ID. HOROLOGIVM. ADMINIS

TRANDVM. SERVM. IIS. N. IIII. D.S.P.D.

Cette inscrition figure au « Corpus des inscritions latines », au volume XII, N° 2522.

Après Pingon, bien d'autres auteurs ont donné cette inscription ou en ont parlé. Elle était gravée sur un bloc de calcaire de 2,10 mètres sur 0,86m. Ce bloc de pierre avait d'abord servi de matériaux de construction dans l'infirmerie d'une abbaye de bénédictins. A cette infirmerie avait ensuite succédé une maison particulière. Cette abbaye avait été fondée à Talloires en 1016 par Rodolphe III roi de Bourgogne. C'est peut-être de cette époque que date l'incorporation de la pierre dans la construction. Cette abbaye fut gravement endommagée par les troupes révolutionnaires françaises en 1792 et dût être démolie en 1833. C'est probablement à cette époque que la pierre fut récupérée pour une construction particulière. En 1872, le baron Achille Raverat (dans « Promenades en Haute-Savoie » éditées à Lyon) signale encore cette pierre « enchâssée dans un mur placé entre les deux prieurés ».

Comme on le voit dans le texte relevé par Pingon, lorsque les Romains gravaient un texte sur la pierre, ils abrégeaient les mots au maximum. On trouve le texte entier reconstitué dans le document consacré à la Haute-Savoie dans la collection « carte archéologique de la Gaule » diffusée par la « Fondation Maison des Sciences de l'Homme ». Le volume consacré à la Haute-Savoie a été publié en 1999. Voir Talloires pages 333 à 335. Voici le texte reconstitué :

HOROLOGIVM CVM SVO AEDIFICIO ET

SIGNIS OMNIBVS ET CLATRIS

CAIVS BLAESIVS. CAI FILIVS VOLTINIA TRIBV.

GRATVS EX SESTERTIVM NVMMVM X MILLIBVS

ET EO AMPLIVS AD ID HOROLOGIVM ADMINISTRANDVM

SERVVM SERTERTIVM NVMMVM IIII MILLIVM DE SVA PECVNIA DEDIT

Et voici la traduction :

« Cette horloge avec son bâti et toutes ses statues et ses grilles, Caius Blaesius Gratus, fils de Caius, de la tribu Voltinia, l'a offerte à ses frais pour un montant de dix mille sesterces et, en plus, pour s'occuper de cette horloge, un esclave de quatre mille sesterces »

En 1857, un autre auteur (M.J. Replat dans « voyage au long cours sur le lac d'Annecy, publié à Annecy en 1859 chez J. Philippe) donne les explications suivantes :

« l'inscription placée dans la façade au tenant de l'habitation qui a remplacé l'église, est intéressante, et date probablement du IIe siècle. Elle nous apprend que Caius Bloesus Gratus fils de Caius de la tribu Voltinia, a fait construire à ses frais, pour l'usage du public, un édifice avec grille et autres accessoires dans lequel il a placé une horloge marquant toutes les heures, celles de la nuit comme celles du jour; et qu'il a préposé un esclave pour en prendre soin, moyennant un salaire de 4 sesterces. Nous devons à l'ingénieux Oldbuck l'explication du système, d'après lequel l'horloge était construite. C'était une de ces clepsydres hydrauliques dont au dire de Pline, Scipion Nasica fût l'inventeur. Une statuette, debout sur l'eau du bassin, descendant ou montant suivant que l'eau s'écoulait ou que le bassin se remplissait. Avec le bout d'une baguette, dont elle était armée, la figurine indiquait les heures qui étaient marquées sur un pilastre adapté au bassin ».

Le texte de Replat contient quelques erreurs mais nous apporte quand même des informations intéressantes.

Le Scipion Nasica cité par Replat n'est pas l'inventeur des clepsydres. Ce système existait en Egypte, en Grèce etc bien avant son adoption par les Romains. La plus ancienne clepsydre retrouvée en Egypte date du pharaon Aménophis III (vers 1400 avant notre ère).

A Rome, le premier cadran solaire public fut édifié en l'an 164 avant notre ère par le censeur Quintus Marcus Philippus

Le cadran solaire était plus précis que la clepsydre (horloge à eau), mais par contre, à chaque fois qu'il n'y avait pas de soleil (la nuit, les jours nuageux, pluvieux, neigeux), le cadran ne fonctionnait plus. A Rome, 5 ans après le cadran solaire public, le censeur Scipion Nasica (celui que cite Replat) fit ériger une clepsydre publique.

La date du second siècle de notre ère pour la réalisation de la clepsydre concernée par l'inscription est possible, compte tenu du prix de l'esclave acheté : 4.000 sesterces. En décembre de l'an 301 de notre ère, l'Empereur Dioclétien publia un édit pour bloquer les prix qui augmentaient trop vite. Dans cet édit, un esclave mâle de 16 à 40 ans ne pouvait plus être vendu plus de 30.000 sesterces. C'est un repère.

La localisation de l'horloge pose problème. L'on sait que les matériaux anciens furent souvent réemployés et par conséquent pouvaient être déplacés. Ainsi en 1729, Firmin Abauzit , bibliothécaire adjoint à Genève, écrit (dans « œuvres diverses », publiées à Amsterdam en 1773) que l'horloge se trouvait à Boutae (Annecy) et que la pierre portant l'inscription a été déplacée à Talloires. Mais il ne cite pas ses sources.

Cependant cela est plausible car au temps de Rome, le vicus de Boutae (situé à Annecy dans la plaine des Fins pour l'essentiel) était beaucoup plus important que Talloires, c'est ce que montre les recherches archéologiques. Ainsi, dans l'ouvrage consacré à la Haute-Savoie, dans la collection « carte archéologique de la Gaule », à peine 3 pages sont consacrées à Talloires tandis que l'étude du site romain d'Annecy occupe les pages 105 à 169. Comme l'on dit « il n'y a pas photo ».

Compte tenu de l'importance de l'investissement (10.000 sesterces) pour réaliser cette clepsydre, plus l'achat (4.000 sesterces) et l'entretien permanent d'un esclave pour s'en occuper, il y a beaucoup plus de chance que cette réalisation se soit faîte sur Annecy.

Si l'on veut rêver, on pourra toujours penser que cette horloge antique fut l'œuvre des Helvètes.

J.D. 28. 10. 2011

inscription de l'horloge

inscription de l'horloge

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