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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 16:58

 

 

Voici ce qu'écrivait Theodor Mommsen, historien allemand (30.11.1817/1.11.1903, prix Nobel de littérature en 1902), dans son « Histoire romaine » livre quatrième, chapitre XI, sous le titre : « Déconfiture publique au-dedans et au-dehors » :

« La République romaine à ses débuts, c'était la cité avec son peuple libre, se donnant ses magistrats et ses lois , conduite par ces mêmes magistrats-rois qui la consultent, sans jamais sortir des barrières légales : autour de la cité, gravitaient, dans leur double orbite, les fédérés italiques, avec leur système de cités particulières, libres aussi, pareilles et apparentées de race à la ville de Rome ; et les alliés extra-italiques, composés des villes franches de la Grèce, des peuples et des souverainetés barbares, sous la tutelle plutôt que sous la domination de Rome. Résultat dernier et fatal de la Révolution, auquel, il faut le dire, les deux partis conservateurs et démocrates ont travaillé de part et d'autre, et comme d'entente ; au commencement de l'ère présente, l'édifice vénérable, ébranlé et lézardé en bien des endroits, était debout encore ; à la fin de la période, il n'en reste plus pierre sur pierre. Aujourd'hui le détenteur du pouvoir est ou un monarque, ou une oligarchie fermée, de nobles aujourd'hui, demain de riches. Le peuple a perdu la part qu'il avait au gouvernement. Les magistrats ne sont plus que des instruments passifs dans la main du maître. La cité de Rome s'est brisée sous l'effort d'un accroissement contraire à sa nature. La fédération italique s'est absorbée dans la cité romaine. La fédération extra-italique, en pleine voie de transformation, tombe dans la sujétion absolue. Tout le système politique enfin gît à terre : rien n'en reste, qu'une masse confuse d'éléments plus ou moins disparates. L'anarchie est imminente, et l'Etat, au-dedans et au-dehors, s'en va en pleine dissolution.

Le courant emporte toutes choses vers le despotisme : on ne dispute plus que sur le point de savoir qui sera le despote, ou d'un seul homme, ou de la petite coterie des grandes familles ou d'un sénat de financiers. Et sur cette route même, on descend la pente ordinaire. S'il est dans l'Etat libre un principe fondamental, c'est celui d'un utile contrepoids des forces contraires, réagissant immédiatement les unes sur les autres : ce principe, tous les partis l'ont perdu de vue : en haut comme en bas, on combat pour le pouvoir, avec le bâton des assommeurs d'abord, puis bientôt avec l'épée....
La pire amertume de ces temps amers, pour le patriote clairvoyant, c'est que tout espoir, tout effort était défendu à ses aspirations. Le soleil de la liberté descendait à l'horizon, emportant à jamais ses dons fécondants : et le crépuscule s'étendait sur ce monde, si brillant naguère. Catastrophe accidentelle, dira-t-on ! Pas le moins du monde : amour de la patrie, génie, rien n'y pouvait : la République périssait par les vieilles maladies du corps social, et surtout par la chute des classes moyennes, que le prolétariat servile avait supplantées. Le plus habile des hommes d'Etat de Rome ressemblait à ce médecin, qui se demande à l'heure douloureuse lequel vaut mieux de prolonger l'agonie du mourant, ou d'en finir de suite avec elle....

Tout ce qu'on pouvait faire à Rome, c'était d'attendre, se demandant combien de temps la République continuerait à ne savoir ni vivre ni mourir ; si à la fin, elle trouverait dans quelque puissant génie son maître, et peut-être son second fondateur ; ou si elle s'abîmerait à sa dernière heure dans sa décrépitude et sa misère. »

 

Ce texte de Mommsen, chacun l'a compris, est relatif à la fin de la République romaine. République qui a duré 482 années (de -509 à -27), succédant à la royauté et précédent l'Empire.

L'Histoire, parait-il, n'est qu'un perpétuel recommencement. Si l'on sortait certaines phrases de Mommsen de leur contexte, on s'y croirait !

J.D. 3 mars 2013

César à Saint Apollinaire (au sud de Ravenne) photo Michèle Delisle juin 1992

César à Saint Apollinaire (au sud de Ravenne) photo Michèle Delisle juin 1992

organisation de la société romaine sous la République

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