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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 09:36

En 1789, la Savoie appartenait encore au Royaume de Sardaigne.

Victor-Amédée III qui fut roi de Sardaigne de 1773 à son décès le 16 octobre 1796, avait épousé le 31 mai 1750 Marie-Antoinette fille de Philippe V roi d'Espagne (petit-fils de Louis XIV né à Versailles en 1683) et d'Elisabeth Farnèse (belle-sœur de Léopold 1er empereur du Saint Empire romain germanique) . Ils avaient marié 3 de leurs enfants avec 3 frères et sœur de Louis XVI roi de France :

 

*Charles-Emmanuel né le 24 mai 1751 avait épousé le 6 septembre 1775, à la Sainte Chapelle de Chambéry, Marie-Clotilde sœur de Louis XVI. Il fut roi de Sardaigne sous le nom de Charles-Emmanuel IV de 1796 à sa mort le 6 octobre 1819. Marie-Clotilde décédée en 1802 eut le temps d'être reine de Sardaigne, mais en temps que reine, elle ne connut que l'exil.

 

*Marie-Joséphinenée à Turin le 2 septembre 1753, décédée le 13 novembre 1810. Epousa dans la chapelle royale du château de Versailles le 14 mai 1771 Louis de France, frère de Louis XVI et futur roi Louis XVIII. Mais lorsqu'il devint roi de France, Marie-Joséphine était déjà décédée

 

*Marie-Thérèsenée à Turin le 31 janvier 1756 mariée le 16 novembre 1773 à Charles, frère de Louis XVI et futur Charles X. Ils eurent 4 enfants, mais lorsque Charles X devint roi de France, Marie-Thérèse était déjà décédée le 2 juin 1805 en Autriche à Graz où elle est inhumée dans le mausolée impérial.

Pour la petite histoire, ces 3 enfants de Victor-Amédée III, en se mariant avec des frères et sœur, devinrent beau-frère ou belles-sœurs de leurs propres frère ou sœurs.

 

La Maison de Savoie fut donc particulièrement proche de la Cour de France à cette époque, mais, à partir de 1789, les nouvelles qui parvenaient de France à la Cour de Sardaigne, n'étaient pas très rassurantes pour la royauté; en voici quelques-unes parmi les principales:

-en 1789 : le 24 janvier convocation des Etats-Généraux, le 17 juin le Tiers-Etat s'érige en Assemblée nationale, le 9 juillet l'Assemblée se déclare assemblée constituante, le 14 juillet prise de la Bastille, le 4 août la Constituante abolit les privilèges et les droits féodaux, 23 août l'Assemblée adopte la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, 8 octobre Louis XVI roi de France devient roi des Français, 17 décembre l'Assemblée décide la vente des biens du clergé

-en 1790 : l'Assemblée adopte la constitution civile du clergé

-en 1791 : adoption de la guillotine pour les exécutions à mort, 22 juin arrestation du roi et de sa famille à Varennes, 14 septembre Louis XVI accepte la Constitution

-en 1792 : 9 février suppression des biens des émigrés, 20 avril déclaration de guerre à l'Autriche, 10 août le peuple prend d'assaut les Tuileries, la déchéance du roi est prononcée et il est emprisonné ainsi que sa famille à la prison du Temple, 3 septembre la princesse de Lambale cousine éloignée de Victor-Amédée III est massacrée dans la rue à Paris, 20 septembre victoire de Valmy sur les Autrichiens et les Prussiens.

Devant l'évolution de la situation en France, les souverains européens qui avaient tous des liens familiaux entre-eux et avec la Cour de France, s'étaient concertés le 9 juillet 1791 et le 27 août de la même année, les souverains d'Autriche et de Prusse avaient lancé depuis Pillnitz (Autriche ) une proclamation menaçant la France révolutionnaire.

En Savoie, durant l'été 1792, Victor-Amédée III avait massé trente bataillons et de l'artillerie le long de la frontière française c'est-à-dire entre Montmélian et Les Echelles; le tout commandé par le général Lazary.

De son côté, la France avait rassemblé des troupes entre Grenoble et Chambéry, dans la région de fort Barreaux c'est-à-dire proche de la frontière. Ces troupes étaient commandées par le général Montesquiou.

Deux raisons au moins justifiaient l'invasion de la Savoie :

Les nombreux Parisiens originaires de Savoie s'étaient constitués en club puis en division appelée des « Allobroges ». Ils militaient pour un rattachement de la Savoie à la France et un certain nombre d'entre-eux s'étaient engagés dans l'armée de Montesquiou. D'autre part, dans les milieux révolutionnaires, le principe de « frontières naturelles » de la France faisait son chemin, ce qui impliquait la conquête des territoires allant jusqu'au Rhin et jusqu'aux Alpes.

Le 22 septembre 1792 (2 jours après la victoire de Valmy), à la tête de 20.000 soldats dont une compagnie « d'Allobroges », Montesquiou envahissait la Savoie sans déclaration de guerre. Lazary et ses troupes s'enfuyaient par les Bauges et la vallée de l'Isère, pratiquement sans avoir combattu. Ainsi en 1792, la conquête de la Savoie par la France se fit au terme d'une invasion mais sans guerre. Avant même l'invasion, des clubs secrets s'étaient constitués en Savoie et répandaient discrètement des idées favorables à la France et à la Révolution. Si bien que Montesquiou ne rencontra, non seulement pas de résistance militaire, mais fut bien accueilli par la population. Le jour même de l'invasion, un club de Jacobins était officiellement fondé à Chambéry. La compagnie d'Allobroges qui fit partie de l'armée d'invasion était commandée par le lieutenant-colonel François-Amédée Doppet médecin né à Chambéry en 1753 qui avait émigré à Paris, et était devenu à Paris, secrétaire du club des Jacobins. Aidé par les clubs, Montesquiou demandait à toutes les communes de Savoie d'élire un délégué.

658 délégués des communes de Savoie (ce qui correspond aux actuels départements de la Savoie et de la Haute-Savoie plus 24 communes savoyardes qui furent cédées à la Suisse après la chute de Napoléon) se réunirent dans la cathédrale de Chambéry le 21 octobre 1792.

583 de ces délégués soit 88,6% votèrent pour le rattachement à la France et ils s'auto-proclamèrent « Assemblée Nationale des Allobroges ».

Le 27 novembre 1792, suite à une plaidoirie de l'abbé Grégoire (député à la Constituante, l'abbé Grégoire fut l'un des premiers membres du clergé à rejoindre le Tiers-état, il prit une part active à l'abolition de l'esclavage et à la déclaration des droits de l'homme), la Convention « accepta l'offre des Allobroges » et par décret du 28 novembre, la Savoie était rattachée à la France en constituant le département du Mont Blanc (84ème département français à l'époque) avec Chambéry comme chef-lieu. Ce département fut divisé en 7 districts, 83 cantons et 652 communes. Les districts furent : Chambéry, Annecy, Thonon, Carouge, Cluses, Moutiers, Saint Jean de Maurienne. La partie nord de ce département (Bonneville, Carouge, Cluses, Thonon plus le pays de Gex) fut rattachée le 25 août 1798 au nouveau département du Léman constitué suite à l'annexion de la République de Genève par la France. La république indépendante de Genève instituée en 1535 ne fut officiellement rattachée à la Suisse qu'à compter du 31 décembre 1815.

En faisant demander le rattachement par les Savoyards eux-mêmes, la France s'était donnée le beau rôle.

Du 21 octobre au 28 novembre 1792, l'Assemblée Nationale des Allobroges vota :

-la suppression des droits souverains de la Maison de Savoie

-la suppression de la noblesse

-la suppression des redevances féodales

-la suppression de la dîme (due au clergé)

-la suppression des biens du clergé et des biens des émigrés.

Les principales personnalités de cette assemblée des Allobroges furent François-Amédée Doppet et Philibert Simond (qui termina guillotiné à Paris en avril 1794). L'historien genevois Paul Guichonnet dans son « Histoire de l'annexion de la Savoie à la France » (La Fontaine de Siloé 2003), écrit joliment (page 35) : « Les notables de l'Assemblée nationale des Allobroges font, en une seule semaine d'octobre 1792, absorber à leurs compatriotes un comprimé de toute la législation révolutionnaire née en France depuis 1789 ».

Pendant que ces événements se déroulaient en Savoie, dans le midi, le général Anselme, appuyé en mer par l'amiral Truguet, s'emparait du comté de Nice le 29 septembre 1792. Pinto chef d'Etat-Major et les 2 commandants de forts qui défendaient Nice, n'offrirent aucune résistance, comme l'avait fait Lazary en Savoie. Les Piémontais avaient abandonné à Nice, sans coup férir, 100 canons de bronze, une frégate, une corvette et leurs magasins de provisions. De retour en Piémont, Lazary et Pinto furent destitués et les commandants des forts de Nice emprisonnés. Victor-Amédée III avait été trahi par ses militaires.

Fort de la victoire à Nice, l'amiral Truguet voulut s'emparer de la Sardaigne, mais la résistance de la population fit échouer l'opération.

Victor-Amédée III voulut reconquérir les territoires perdus et 3 corps de l'armée piémontaise envahirent la Savoie le 14 août 1793 par la Maurienne, la Tarentaise et le Faucigny, tandis que Victor-Amédée III (il avait 67 ans) prenait lui-même le commandement de l'armée chargée de libérer Nice. Les combats durèrent plusieurs mois, mais les Piémontais furent repoussés partout; en Savoie par Kellermann et à Nice par Masséna. L'Autriche qui devait soutenir l'offensive et les Anglais l'aider ne fournirent que des contingents limités et qui manifestement avaient l'ordre de ne pas faire de zèle. Trahi par ses militaires en 1792, Victor-Amédée III le fut par ses alliés en 1793.

Cet épisode de la tentative de reconquête de Nice et de la Savoie semble oublié par de nombreux auteurs. Alexandre Dumas y consacre un large développement dans « La Royale Maison de Savoie » La Fontaine de Siloé 2001, tome 4 chapitres VI à VIII.

Pendant ces événements la Savoie vivait sous la France révolutionnaire. Lors de l'invasion piémontaise de 1793, des Savoyards, mais minoritaires, soutinrent Victor-Amédée III.

Le 8 janvier 1794, à Paris le Comité de Salut Public décidait d'envoyer en Savoie comme commissaire Antoine-Louis Albitte. Il fut surnommé le « Robespierre savoyard ». Particulièrement anti-clérical, il fit saisir tous les biens du clergé, fit raser les clochers des églises, fondre les cloches pour faire des canons etc. Ce n'est pas ce qu'attendait une majorité de Savoyards, mais leur opposition fut plutôt passive. Ainsi lorsque les enrôlements pour l'armée se firent, de nombreux jeunes désertèrent. Albitte ne resta que 9 mois en Savoie, il mourut en décembre 1812 en Pologne pendant la retraite de Russie.

Globalement la Savoie traversa la fin de la période révolutionnaire sans trop de dégâts. Il n'y eut pas de guillotine ni de guillotinés en Savoie et pour l'essentiel elle échappa aux horreurs que connurent nombre d'autres villes ou régions.

Avec le Consulat, la fureur révolutionnaire s'était éteinte en France et le Concordat (signé le 15 juillet 1801) acheva de ramener la paix civile. Mais les guerres dites « Napoléoniennes » succédèrent aux événements de la Révolution. Dans le partage des responsabilités il ne faut quand même pas oublier, que de 1792 à 1815, il y eut 7 coalitions de l'Europe contre la France.

Les Savoyards payèrent leur tribut à ces guerres comme tous les Français mais Paul Guichonnet (ouvrage déjà cité, voir page 38) écrit :

« L'idée française ira se renforçant, de 1815 à 1860. Malgré les souffrances endurées et les pertes sur les champs de bataille, les 23 généraux, les 800 officiers et les 24.000 soldats savoyards qui avaient servi sous le drapeau tricolore rapportaient au pays une image exaltante de la Grande Nation. Ils avaient le sentiment d'avoir été associés à une épopée et les rescapés des phalanges napoléoniennes seront, désormais, inconditionnellement Français de cœur ».

 

J.D. 6 septembre 2012

 

 

 

 

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