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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 10:36

« La terreur prussienne » est le titre d'un roman politique, œuvre d'Alexandre Dumas publiée en 1867. A ma connaissance, la dernière impression de ce livre a été effectuée en novembre 2012 par les éditions l'Harmattan.

Pour retrouver le contexte de ce roman, on peut se reporter sur mon blog à la note sur la fin des 4 empires dont voici la référence :

http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html

Alexandre Dumas a effectué un séjour en Prusse à partir d'avril 1866. La Prusse de Guillaume 1er et de Bismarck avait vaincu le Danemark en 1864, fut vainqueur de l'Autriche en 1866. Alexandre Dumas comprit que la France allait être la prochaine proie, la prochaine victime de la Prusse. Il publia ce livre pour alerter l'opinion publique française ainsi que les autorités; Napoléon III était empereur. Mais personne ne prit au sérieux l'avertissement de Dumas, préférant la politique de l'autruche. L'on connait la suite : défaite de Sedan le 2 septembre 1870 et abdication de Napoléon III le 4 septembre. A ce moment là, Alexandre Dumas était malade, en prévision d'une invasion de Paris par l'armée prussienne, sa fille Marie l'envoya à Dieppe où Dumas mourut le 5 décembre 1870. Le 6, les troupes prussiennes entraient à Dieppe. Dramatique !

Au cours de son voyage en Prusse, Alexandre Dumas nota une haine profonde des Prussiens contre les Français, ainsi, il écrit (au chapitre 1) : »Quiconque n'a pas voyagé en Prusse, ne peut se faire une idée de la haine que les Prussiens professent à notre égard. C'est une espèce de monomamie qui trouble les esprits les plus limpides. On ne devient ministre populaire à Berlin qu'à la condition qu'on laissera entrevoir qu'un jour ou l'autre on déclarera la guerre à la France. On est orateur qu'à la condition que, chaque fois que l'on monte à la tribune, on décochera quelques-unes de ces fines épigrammes ou de ces spirituelles équivoques que manient si légèrement les Allemands du Nord. On est poète enfin qu'à la condition que l'on aura fait ou que l'on fera contre la France quelque iambe intitulé Le Rhin, Leipzig ou Waterloo. Cette haine contre la France, haine profonde, invétérée, indestructible, est inhérente au sol, on la sent flotter dans l'air... »

Le 6 juin 1866, au cours d'une visite à Auxerre, Napoléon III avait déclaré : « C'est qu'il savait, comme la majorité du peuple français, que ses intérêts étaient les miens, et que je détestais comme lui ces traités de 1815 dont on veut faire aujourd'hui l'unique base de notre politique extérieure... ». « Il » dans la phrase ci-avant, c'est le peuple du département de l'Yonne dont parlait Napoléon III, ce département avait massivement voté pour Napoléon en 1848. Cette phrase de Napoléon III reproduite dans toute la presse prussienne indiquait clairement que Napoléon III remettait en cause l'équilibre européen issu du traité de Vienne dans le contexte de la chute de Napoléon 1er. Cela servit de prétexte à Bismarck pour convaincre le roi Guillaume 1er de la nécessité de la guerre. Il déclare en effet au roi (dans le texte de Dumas, au chapitre III) : « Eh bien, Sire, le discours de sa Majesté Napoléon III, c'est la guerre, la guerre non seulement contre l'Autriche, mais contre la France. » On ne peut comprendre les événements de l'époque sans s'attarder comme le fait Alexandre Dumas sur le caractère de Bismarck, qui fut l'homme fort de l'Europe de la seconde moitié du XIXe siècle. Voici ce qu'écrit Dumas (au chapitre III) : « En 1866, Bismarck est arrivé à son double but : gouverner sans budget, insulter la représentation nationale, persécuter la presse, violer tous les traités, pourvu que l'on reste maître sur le champ de bataille. C'est là, aux yeux des libéraux prussiens, le gouvernement qui mérite leurs suffrages et même leurs flatteries ». Dans le même chapitre, Dumas écrit encore : « Il n'y a qu'un air qu'on respire librement en Prusse. C'est l'air des forteresses et des prisons! ». Devant la représentation nationale, Bismarck avait affirmé : « La force prime le droit . »

Dumas explique, au chapitre IV, pourquoi le peuple prussien soutint Bismarck, et cela peut expliquer les événements des années 1930, ce qui est prémonitoire chez Dumas, ou, tout au moins on peut le penser : « Les jeunes diplomates se répétaient cette question que l'Allemagne se fait depuis trois siècles : Ist es der Man ? (est-ce donc là l'homme?). Pour que cette question adressée par la jeune diplomatie à M. Bismarck soit compréhensible, nous devons dire à nos lecteurs que l'Allemagne attend un libérateur comme les Juifs attendent le Messie. Ce libérateur elle l'appelle, et, chaque fois que sa chaîne lui pèse trop, elle s'écrie : Wo bleibt der Mann? (Où donc est l'homme?). Or, on prétend qu'aujourd'hui en Allemagne, un quatrième parti s'apprête à surgir, qui, jusqu'à présent, s'est tapi dans l'ombre, mais terrible, si l'on en croit les poètes blonds de l'Allemagne. Ecoutez ce que dit Haine à ce sujet : « Le tonnerre est à la vérité, en Allemagne, allemand aussi; il n'est pas très leste et vient en roulant un peu lentement; mais il viendra. Et, quand vous entendrez un craquement, comme jamais craquement ne s'est fait entendre encore dans l'histoire du monde, sachez que le tonnerre allemand aura enfin touché le but. A ce bruit, les aigles tomberont morts du haut des airs. Et les lions, dans les déserts les plus reculés de l'Afrique, baisseront la queue et se glisseront dans les antres royaux. On exécutera alors en Allemagne un drame auprès duquel la Révolution française ne sera qu'une innocente idylle ». Si la prophétie s'était bornée à avoir Henri Haine pour prophète, je n'en parlerais même pas. Haine était un rêveur. Mais voici ce que dit de son côté Ludwig B... (il s'agit probablement de Beethoven) « A vrai dire, l'Allemagne n'a rien accompli depuis trois siècles... Son jour viendra, et, pour l'éveiller, il faudra peu de chose : un mouvement de bonne humeur, un sourire du fort, une rosée du ciel, un dégel, un fou de plus, un fou de moins, un rien enfin, la cloche d'un mulet suffit pour faire tomber l'avalanche. Alors la France, qui ne s'étonne pas de peu, cette France qui tout d'un coup a accompli en trois jours l'œuvre de trois siècles et a cessé de s'émerveiller de ses propres œuvres, regardera avec stupeur le peuple allemand, et ce grand étonnement ne sera pas de la surprise, ce sera de l'admiration. »

Dans son roman, Alexandre Dumas décrit l'invasion et l'annexion par les Prussiens du royaume de Hanovre en juin 1866, puis l'invasion en juillet 1866, de la ville libre de Francfort-sur-le-Main où la soldatesque prussienne se comporta de manière particulièrement brutale et odieuse.

Hélas, cet épisode des années 1860/1870, ne servit même pas de leçon. Dans les années 1930, l'opinion publique et les dirigeants préférèrent à nouveau la politique de l'autruche. Quand le 30 septembre 1938, Edouard Daladier (président du conseil français) et Neville Chamberlain (premier ministre du Royaume Uni) rentrèrent de Munich après avoir bradé la Tchécoslovaquie à Hitler, ils furent accueillis en héros par l'opinion publique tant française qu'anglaise : ils avaient sauvé la paix !

Le 7 novembre 1938, commentant ces accords de Munich, Winston Churchill déclara : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre ». Malheureusement pour des millions d'êtres humains, Winston Churchill ne fut nommé premier ministre britannique que le 10 mai 1940, le jour de l'invasion allemande.

Jamais 2 sans 3. Il est à craindre qu'une nouvelle fois en face de l'invasion islamique de l'Europe, tant l'opinion publique que les dirigeants ne préfèrent encore la politique de l'autruche. Le réveil sera douloureux.

J.D. 17 janvier 2013

couverture du livre de Dumas édition de novembre 2012

couverture du livre de Dumas édition de novembre 2012

L'Alsace et la Lorraine, sculpture à Nancy place Maginot, photo J.D. 29 mai 2015

L'Alsace et la Lorraine, sculpture à Nancy place Maginot, photo J.D. 29 mai 2015

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