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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 09:28

Le 14 juin 1860, à midi, le duché de Savoie et l'ancien comté de Nice étaient officiellement réunis à la France. L'acte de remise fut signé à Chambéry au château des ducs de Savoie.

C'était l'aboutissement de l'HISTOIRE d'une DYNASTIE et d'un TERRITOIRE. Histoire commencée en Maurienne au début du XIe siècle et terminée à Rome au XXe siècle.

 

LA DYNASTIE

L'histoire commence en 1034, lorsqu'Humbert 1er dit Humbert aux Blanches Mains, seigneur de Maurienne, reçoit un titre de Comte de Conrad II le Salique empereur du Saint Empire Romain Germanique. 19 comtes de Savoie se succèdent, le dix-neuvième comte reçoit le titre de duc le 19 février 1416 de Sigismond autre empereur du Saint Empire Romain Germanique. Le quinzième duc devient d'abord roi de Sicile en décembre 1713 (suite au traité d'Utrecht qui mettait fin à la guerre de succession d'Espagne), puis roi de Sardaigne en août 1720 après avoir échangé la Sicile contre la Sardaigne. Enfin, le huitième roi de Sardaigne devient roi d'Italie le 17 mars 1861. En tout la dynastie de la Maison de Savoie aura compté :

19 comtes, 15 ducs, 8 rois de Sardaigne et 4 rois d'Italie, la dynastie prenant fin avec la proclamation de la République italienne en juin 1946

En éliminant les doubles comptes (un comte qui devient duc, un duc devenant roi de Sardaigne et un roi de Sardaigne roi d'Italie), la dynastie « Maison de Savoie » aura compté 43 souverains sur 912 années.

Durant ces 9 siècles de règne, la dynastie utilisa tous les moyens possibles (alliances, traités, achats, guerres, mariages...) pour accroître son influence et agrandir ses territoires. Les alliances par mariages furent très nombreuses avec toutes les cours d'Europe, mais particulièrement avec la France. C'est ainsi que 8 rois de France eurent une épouse issue de la Maison de Savoie tandis que 10 rois de France eurent une mère ou une grand-mère venant de la Maison de Savoie. Durant le même temps, 7 souverains de Savoie eurent une épouse issue de la Cour de France.

De nombreux souverains de Savoie eurent une grande influence sur les événements de leur temps. Dans cette dynastie il y eut aussi des personnages qui furent célèbres sans être pour autant souverains de Savoie, comme le comte Thomas II, Béatrice de Savoie, Louise de Savoie, le Prince Eugène, la Princesse de Lamballe etc Un certain nombre des membres de la famille de Savoie ont un tombeau ou un cénotaphe à l'abbaye d'Hautecombe, tandis que beaucoup d'autres reposent à la basilique de Superga qui domine Turin. Victor-Emmanuel II qui réalisa l'unité italienne et le roi d'Italie Humbert 1er sont, eux, au Panthéon à Rome.

 

LES TERRITOIRES

Humbert aux Blanches Mains possédait un château-fort en Maurienne au dessus d'Aiguebelle. Ce fut la première résidence de la Maison de Savoie avant Le Bourget du Lac (au château-prieuré du Bourget, sous Amédée 1er vers 1050), puis Chambéry après l'acquisition du bourg de Chambéry par le comte Thomas 1er le 15 mars 1232, Turin à compter de 1562, Florence en 1866, et enfin Rome en 1871.

Parti de Maurienne, puis d'acquisitions autour de la région Aix-Chambéry, le territoire s'étendit rapidement au nord vers la Bresse/Le Bugey, à l'est en englobant le Genevois (mais pas la ville de Genève elle-même), à l'ouest un territoire allant presque jusqu'à Lyon et au sud jusqu'à Nice. En même temps, un mariage du comte Othon 1er avec Adélaïde de Suse en 1045, permettait à la dynastie de prendre pied en Piémont. Au fil des siècles, le territoire de la maison de Savoie se réduisit de ce côté-ci des Alpes tandis qu'il augmentait du côté italien, cette situation et le transfert de la capitale de Chambéry à Turin en 1562 portaient en germes la réunion de la Savoie et de Nice à la France et ce d'autant qu'un édit de François 1er du 6 janvier 1539 avait imposé l'usage du français en Savoie.

 

 

L'HISTOIRE

Après la chute de Rome en l'an 476, il n'y eut plus d'unité en Italie et ce malgré la splendeur de la République de Venise, de celle de Gênes ou de Pise, de la Toscane des Médicis, du royaume de Naples etc. Au fil des siècles, l'Italie fut divisée en de nombreux états différents, avec des souverains, des législations, des drapeaux, des monnaies et mêmes des langues différentes. De l'Italie, durant quatorze siècles il ne resta que le nom, hérité des « Italiotes », peuple antique qui occupait l'Italie centrale et était divisé en plusieurs rameaux : les Latins, les Samnites et les Marses (voir Theodor Mommsen, histoire romaine livre 1er). Mais jusqu'au 1er siècle avant notre ère, le terme d'Italie ne s'appliquait pas à l'actuelle Italie du nord qui s'appelait « Gaule cisalpine » par opposition à la Gaule transalpine (l'actuelle France étendue au nord jusqu'au Rhin). Le célèbre Rubicon (rivière qui se jette dans l'Adriatique entre Ravenne et Rimini) constituait alors la frontière entre la Gaule cisalpine et l'Italie proprement dite

Pendant le même temps, des Etats-Nations se constituaient lentement mais sûrement dans le reste de l'Europe : l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la France, le St Empire Romain Germanique, la Russie etc. L'Italie fut considérée comme un bien vacant et sans maîtres et fut la cause de nombreuses guerres entre des candidats conquérants, principalement l'Autriche, la France et l'Espagne.
La Savoie qui se trouvait sur le passage menant à l'Italie et qui en outre était vassale du Saint Empire Romain Germanique jusqu'en 1713, fut de ces faits, souvent envahie. Elle fut même occupée de 1536 à 1559 par la France de François 1er et d'Henri II, ainsi que par les Espagnols de 1743 à 1749 et carrément annexée suite à l'invasion des troupes révolutionnaires françaises en septembre 1792 et ce jusqu'à ce que le congrès de Vienne rende les territoires conquis à la Maison de Savoie, suite à la chute de Napoléon 1er (Waterloo : 18 juin 1815).

Ce congrès de Vienne laissa l'Italie divisée en 10 états, alors que Napoléon 1er avait réalisé une certaine unité de l'Italie durant quelques années. Dans l'Italie issue du Congrès de Vienne, la partie la plus riche et la plus peuplée (le royaume Lombard-Vénitien) avait été annexée directement par l'Autriche qui avait également placé ses pions dans la plupart des autres états. Mais la relative unité de la période napoléonienne, la diffusion des idées des philosophes et de la révolution française sur le droit des peuples et les révolutions et soulèvements de 1848 (en France, en Autriche, à Berlin etc) encouragèrent des soulèvements pour l'unité italienne qui partirent de Venise et de Milan. En outre, Charles-Albert roi de Sardaigne (qui avait sa capitale à Turin) avait accordé le 4 mars 1848 un « Statut Fondamental », c'est-à-dire une constitution qui transformait la royauté au pouvoir absolu en monarchie parlementaire. C'était le premier état de l'Italie à accorder ces droits. Beaucoup de patriotes italiens placèrent alors leurs espoirs dans le royaume de Sardaigne pour faire l'unité de l'Italie. A la suite du soulèvement des Vénitiens et Milanais, Charles-Albert se lança dans une guerre contre l'Autriche mais vaincu à Novarre le 23 mars 1849, il dut abdiquer en faveur de son fils (ou supposé tel) qui devint roi sous le nom de Victor Emmanuel II. Le 4 novembre 1852, Victor-Emmanuel II appelait Cavour à la présidence du royaume de Sardaigne et ils firent alliance avec la France de Napoléon III pour vaincre l'Autriche. Par un traité dit « traité de Turin » daté du 24 mars 1860, le royaume de Sardaigne cédait le duché de Savoie et l'arrondissement de Nice à la France. Une consultation des populations eut lieu les 15 et 16 avril 1860 à Nice et les 22/23 avril en Savoie qui donnèrent une écrasante majorité pour la réunion à la France. Il faut dire que les fonctionnaires et militaires piémontais étaient rentrés en Piémont et que ce sont les fonctionnaires français qui organisèrent la consultation. Dans les bureaux de vote les électeurs n'eurent à leur disposition que des bulletins de vote « oui »; en outre, à Turin, Cavour avait fait voter des lois anticléricales, et tant en Savoie qu'à Nice, le clergé vit d'un bon œil la réunion à la France très chrétienne de Napoléon III. Et c'est ainsi que la Savoie devint française, tandis que l'autre côté des Alpes se réalisait l'unité de l'Italie.

 

Ce texte a été publié dans le bulletin municipal de Saint Jean d'Arvey Savoie de décembre 2010

 

  P.V. de remise

façade du bâtiment de la Grenette où se déroula le vote d'avril 1860 à Chambéry pour la réunion à la France, photo J.D. 15 avril 2015

façade du bâtiment de la Grenette où se déroula le vote d'avril 1860 à Chambéry pour la réunion à la France, photo J.D. 15 avril 2015

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