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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 20:04

Le jeudi 31 mai 2012, les électeurs irlandais étaient appelés à se prononcer sur le pacte de stabilité budgétaire européen qui avait été adopté par 25 des 27 états de l'Union européenne le 30 janvier (les 27 états de l'Union moins la Grande-Bretagne et la République tchèque). L'Irlande avait conditionné son accord au résultat d'un référendum.

Les Irlandais qui s'étaient trouvés en difficulté avaient bénéficié de 85 milliards d'euros d'aide de l'Union européenne en 2010. Après 3 ans de récession et 7 plans de rigueur ayant entrainé une baisse des salaires et des prestations sociales ainsi qu'une hausse des impôts, on pouvait se demander qu'elle serait la réaction des électeurs.

50,53% des inscrits ont participé au vote : 955.091 ont dit oui (60,3%) et 626.907 (39,7%) ont dit non. C'est sans appel, les Irlandais ne sont sont pas les Grecs; encore un exemple qui montre qu'il y a bien une Europe du nord et une du sud ! L'exemple allemand en est aussi une belle illustration : en 2003, Gerhard Schröder, pourtant de gauche, avait fait adopter « l'agenda 2010 » qui entrainait une réduction de la durée d'indemnisation du chômage (de 32 mois à 12 mois), l'introduction de contrats de travail précaires, la hausse des cotisations de retraite, le passage (étalé sur 20 ans) de l'âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans etc.

Ce résultat irlandais est presque passé sous silence en France, principalement aux infos télévisées. Il est vrai que durant la campagne présidentielle, Hollande avait affirmé à plusieurs reprises : « Je renégocierais le traité européen » et le vote des Irlandais n'apporte pas de l'eau à son moulin c'est le moins que l'on puisse dire. Or les médias font manifestement de l' Hollandomania. Pour des raisons simples : depuis 1934, la profession des journalistes bénéficiait d'un abattement fiscal supplémentaire de 30 % pour frais professionnels. Or cet abattement avait été supprimé par le gouvernement Juppé puis rétabli en 1998 par Lionel Jospin sous une forme il est vrai différente puisque les 30% ont été remplacés par une déduction de 7.650 euros du revenu imposable. Il y a bien sûr des différences énormes dans la profession entre quelques vedettes au salaire mirobolant et la masse des journalistes, mais ce sont les vedettes présentes à la télé qui peuvent influencer l'opinion publique. Or le gouvernement Fillon avait prévu de passer « un coup de rabot » sur cet avantage fiscal des journalistes. Compte tenu de l'environnement personnel de Hollande entre la journaliste Valérie Trierweiler (née Massonneau), Audrey Pulvar etc, les journalistes espèrent avec le nouveau président éviter le coup de rabot. Certains rêvent même du rétablissement des 30%.

Le 30 mai 2012, le même jour, la Commission européenne et la Cour des Comptes en France adressaient un avertissement au nouveau gouvernement français, signifiant que tout ce qu'il prévoyait (hausse du Smic, avancement de l'âge de départ à la retraite, abandon de la TVA sociale, recrutement d'empois publics, hausse des impôts sur les entreprises...) allait exactement à l'inverse de ce qu'il fallait faire ! Mais élections législatives obligent.

Le pacte approuvé par le référendum irlandais est la suite logique de textes accumulés depuis 20 ans. Déjà le traité de Maastricht (signé le 7 février 1992) posait le principe entre les pays membres de l'Union d'un contrôle de l'inflation, de la dette publique, des déficits publics, des taux de change et des taux d'intérêts. Depuis les textes se sont succédés avec spécialement :

le pacte de stabilité et de croissance approuvé par le Conseil européen le 17 juin 1997 à Amsterdam et qui faisait obligation aux pays membres de l'union monétaire d'avoir un déficit public ne dépassant pas 3% de leur PIB (produit intérieur brut) et une dette publique au maximum à 60% du PIB. Ce texte a été modifié par le Conseil européen des 22 et 23 mars 2005.

Le dernier texte enfin pose le principe de « la règle d'or » qui impose aux états membres de la zone euro d'inscrire dans leur constitution (ou à tout le moins dans une loi) l'obligation de voter des budgets en équilibre avec un renforcement des pouvoirs de contrôle de Bruxelles ainsi que des sanctions. Tous ces textes se retrouvent dans les différents traités et notamment dans le traité de Lisbonne de 2007 sur la constitution européenne. La création d'une monnaie unique impose forcément une convergence des politiques fiscales, sociales, économiques etc. Les désordres actuels viennent d'un système incomplet. Cela pose à l'évidence la question des souverainetés nationales. Peut-on avoir une monnaie unique sans une gouvernance unique ? Et les peuples européens veulent-ils des « Etats-Unis  d'Europe » ? Mais il y a manifestement à l'occasion des crises grecque, espagnole, portugaise … un courant dont l'Allemagne semble le chef de file et qui milite pour des transferts importants de souveraineté vers l'Europe.

On a vu à plusieurs reprises circuler sur internet des textes qui dénoncent l'article III-181 de la constitution européenne qui interdit à la banque centrale européenne et aux banques nationales de prêter aux Etats membres, ce qui oblige les dits Etats-membres d'avoir recours au marché pour financer leur déficit. Dans certains textes sur internet, cette disposition de la constitution est présentée comme le résultat d'une conspiration conduite par les spéculateurs. Que les spéculateurs profitent de toutes les situations pour arrondir leurs profits est évident. Cela a toujours été. La création d'une monnaie unique entre 17 Etats (aujourd'hui) implique une rigueur budgétaire, si non, les fourmis de la zone sont condamnées éternellement à payer pour les cigales.

Emprunter à sa banque centrale pour équilibrer son budget cela s'appelle « faire tourner la planche à billets », ce qui n'a pas que des avantages. Cela entraîne en effet de l'inflation dans le pays et à terme, l'obligation de dévaluer sa monnaie.

Le problème est qu'un certain nombre de pays, dont la France, n'ont pas eu le courage comme l'a fait Schröder en Allemagne de faire les réformes qui s'imposaient.

Avant les spéculateurs, les dirigeants politiques sont les premiers responsables de la situation. A suivre

J.D. 11 juin 2012

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