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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 16:46

1-La situation antérieure :

De tous temps, il y eut des voyageurs, des explorateurs, des Christophe Colomb, des Marco Polo, des Magellan, des Vasco de Gama etc. Au temps des pharaons, une expédition maritime avait déjà fait le tour de l'Afrique. Ce fut sous la XXVIe dynastie, au temps de Nekao II, pharaon de -609 à -594. Il fit creuser un canal pour relier le Nil à la mer Rouge et envoya une expédition faire le tour de l'Afrique. Cette expédition partit de la mer Rouge, descendit la côte orientale de l'Afrique, contourna le cap de Bonne Espérance, remonta la côte ouest, franchit le détroit de Gibraltar et revint en Egypte la troisième année par la Méditerranée. Voir « L'Enquête » d'Hérodote au livre II - 158 pour le canal et au livre IV - 42 pour le voyage autour de l'Afrique.

Bien avant ce tour égyptien de l'Afrique, les Phéniciens (qui occupaient l'actuel Liban) avaient fondé 2 villes de part et d'autre du détroit de Gibraltar côté Atlantique : Gadès en Espagne (aujourd'hui Cadix) réputée fondée en -1104 et Lixus (Laraché) au Maroc réputée fondée en -1146. Les Phéniciens et plus tardivement les Grecs fondèrent des villes dans tout le bassin de la Méditerranée occidentale. Avant de fonder ces colonies, ils durent envoyer des missions d'exploration. Nous n'avons aucune indication sur ces expéditions.

Mais, jusqu'au XVIIIe siècle, le voyage n'avait ni le même sens ni les mêmes buts qu'aujourd'hui. Ainsi Jean-Jacques Rousseau écrit en 1755 dans « Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes » : « il n'y a guéres que quatre sortes d'hommes qui fassent des voyages de long cours : les Marins, les Marchands, les Soldats et les Missionnaires. Or on ne doit guéres s'attendre que les trois premières Classes fournissent de bons Observateurs, et quant à ceux de la quatrième, occupés de la vocation sublime qui les appelle, quand ils ne seroient pas sujets à des préjugés d'état comme les autres, on doit croire qu'ils ne se livreroient pas volontiers à des recherches qui paroissent de pure curiosité et qui les détourneroient des travaux plus importans auxquels ils se destinent ». Cela semble bien résumer la situation.

En 1990, était publié à Milan aux éditions Giorgio Mondatori un ouvrage de Lorenzo Camusso intitulé : « Guida ai Viaggi nell' Europa del 1492 ». La date de 1492 correspond à la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Dans ce livre, l'auteur identifie les principaux axes de voyages à la fin du XVe siècle en Europe et leur donne un nom en raison de leur fonction. Voici ces routes de voyages :

-de Florence à Bruges : route de la banque

-de Lûbeck à Novgorod : route de la fourrure

-de Vézelay à Saint Jacques de Compostelle : route des pèlerinages

-de Milan au Mont Saint Michel : route des marchands d'armes

-de Nuremberg à Venise : route des peintres

-de Tronheim (Norvège) à Rome : route du jubilé

-d'Edimbourg à Paris, : route du roi de France

-de Gênes à Istanbul : route de l'Asie

-de Séville à Anvers : route de l'armateur

-de Vienne à Moscou : route de l'ambassadeur

Cette énumération confirme l'analyse de J.J. Rousseau, on voyage jusqu'au XVIIIe siècle pour affaires (il y eut autrefois la route du sel, la route de la soie, celle des épices...) pour des motifs religieux (pèlerinages, croisades...), pour faire la guerre ou pour la diplomatie.

Néanmoins, le lecteur intéressé par le voyage avant le XIXe siècle pourra se reporter, par exemple, à l'ouvrage de Jules Verne : « Histoire générale des grands voyages et des grands voyageurs » parue en 1878.

Le XIXe siècle, par contre, marque une discontinuité importante dans les conditions du voyage qui au début de cette période sont encore très difficiles. Voici, par exemple le témoignage d'une Hollandaise nommée Henrica Rees Van Tets dans « Voyage d'une Hollandaise en France en 1819 » (texte retrouvé par Maître Maurice Garçon et publié chez J.J. Pauvert en 1966) : « Nous quittâmes Saint-Vallier hier matin, on y est fort mal : préservés des punaises auxquelles nos gens ont été exposés, nous eûmes des puces, ce qui ne laisse pas d'être fort désagréable. La route était mauvaise; depuis quinze jours nos roues de derrière étaient endommagées, sans exiger encore une réparation immédiate , mais leur débilité jointe à l'imprudence du postillon, en brisa une, et nous voilà renversés : il fallut sortir avec peine de la voiture et attendre, exposés à la fois au vent et à l'ardent soleil (c'était le 11 juillet 1819), que des secours fussent cherchés à Auberive, le relais suivant, qui heureusement n'était qu'à une petite lieue. Par un grand bonheur rien d'essentiel n'était brisé, la roue seule était mise en pièces, et par un bonheur aussi grand, il se trouva dans ce misérable village un charron assez habile pour faire une roue neuve. Auberive n'était composé que de quelques maisons, il n'y a même pas d'église. L'auberge était remplie de paysans (c'était dimanche); on nous donna une petite chambre si remplie de puces, que quoique je n'y fusse restée que cinq minutes, j'en étais toute couverte. Je fis apporter des chaises près d'un fumier, le seul endroit où l'on était à l'ombre, et là, entourés des habitants qui nous regardaient bouche béante, je restai jusqu'à cinq heures du soir... »

 

2-Les Causes de la discontinuité au XIXe siècle:

*grande période de paix en Europe: après la chute de Napoléon la paix ne fut longtemps troublée que par des expéditions militaires extérieures. Cela favorisa la possibilité de voyager.

*fort développement économique (industrialisation, création d'empires coloniaux...) entraînant l'enrichissement de certaines catégories de population. La vente des « biens nationaux » sous la Révolution et l'indemnisation des anciens propriétaires par la loi du 23 mars 1825 (Charles X était roi depuis 6 mois) dite « loi du milliard pour les émigrés » participèrent aussi grandement à l'enrichissement de gens qui eurent les moyens de voyager. Et ce d'autant que les événements passés depuis 1789 devaient les inciter à profiter de la vie plutôt qu'à thésauriser.

*développement important des voies de communication et des moyens de circulation, voici quelques repères (parmi beaucoup d'autres):

-en 1804 : construction de la première locomotive à vapeur au Pays de Galles

-en 1813 : en Savoie, ouverture du tunnel routier des Echelles

-en 1821 : création d'une liaison fluviale à vapeur entre Paris et Le Havre

-1er mai 1822 : ouverture du pont de pierre sur la Garonne à Bordeaux

-le 27 septembre 1825, en Grande-Bretagne dans le comté de Durham : ouverture de la première ligne ferrée de Stockton-Darlington sur 40 kms.

-16 octobre 1827 : inauguration de la première ligne de chemin de fer en France. Longue de 18 kms entre Saint Etienne et Andrezieux, elle était destinée au transport de minerai

-en 1832 : achèvement de la liaison fluviale Rhin-Rhône

-en 1833 : loi française sur le programme de construction de chemins de fer

-26 août 1837 : Inauguration de la gare Saint Lazare et première ligne voyageurs en France de Paris à Saint Germain en Laye, longue de 19 kms elle était parcourue en 18 minutes.. A Paris, les gares Montparnasse et d'Austerlitz sont ouvertes en 1840, la gare du Nord en 1846, les gares de l'Est et de Lyon en 1847 avec des liaisons correspondantes dans toutes les directions.

-18 juillet 1854 : Paris relié à Lyon par chemin de fer

-16 avril 1855 : Lyon relié à Marseille par chemin de fer (à Genève en 1858, à Grenoble en 1862 etc)

-août 1861 : création de la CGT (Compagnie Générale Transatlantique)

-15 juin 1864 : premier départ de la ligne régulière Le Havre/New-York

-28 août 1864 : le premier train arrive à Nice

-16 septembre 1869 : inauguration du canal de Suez

-années 1870 : débuts de l'automobile, le 18 décembre 1898 une voiture électrique atteint 63 kms/heure, et une autre les 105 kms/heure le 1er mai 1899.

-17 septembre 1871 : inauguration du tunnel ferroviaire du Fréjus assurant la liaison ferrée avec l'Italie

-1er janvier 1876 : premier wagon-lits sur la ligne Paris-Bordeaux

-1879 : En Allemagne, construction de la première locomotive électrique

-En 1882 : mise en service du tunnel routier du col de Tende entre la France et l'Italie

-1er juin 1882 : En Suisse, mise en service du tunnel ferroviaire du Saint Gothard.

-1890 : création du Touring Club de France

-1895 : création de l'automobile Club de France

*progrès dans tous les domaines:

-électricité : dès 1799, Alessandro Volta invente la pile électrique, tout au long du XIXe siècle les progrès concernant l'électricité ne cessent de s'accélérer

-développement de la poste : c'est le 1er janvier 1849 qu'en France est mis en vente le premier timbre-poste pour affranchir le courrier (timbre de 10 centimes)

-invention de la photographie à partir des années 1826/1830 : Niepce et Daguère

-création d'expositions universelles : la première a lieu à Londres en 1851. Elles eurent lieu à paris en 1855, 1867, 1878, 1889...

-création de casinos, de stations thermales, de l'infrastructure hôtelière

*regain d'intérêt pour les antiquités, suite à la redécouverte de Pompéi en 1748, à l'expédition de Bonaparte en Egypte (1798/1801), aux publications qui suivirent (Description de l'Egypte de Vivant-Denon, publiée la première fois en 1802 sous le titre : « voyage dans la basse et haute Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte »), aux découvertes de J.F. Champollion (compréhension des hiéroglyphes en 1822) … L'académie celtique fut fondée en 1804, elle prit le nom de Société des Antiquaires de France en 1814, la Société française d'Archéologie en 1834, la Commision des Monuments historiques fut créée en 1837...

*nouveau regard sur les zones de montagne qui furent longtemps considérées comme dangereuses et horribles, comme en témoigne ce texte de Jean Senebier en 1779 dans sa préface au « voyage dans les Alpes » d'Horace Benedict de Saussure : « On parlait beaucoup à Genève en 1760 d'un voyage fait par des Anglais aux glaciers de Chamouny; on y regardait encore ces lieux comme inaccessibles; c'était le pays des Fées, où l'imagination et la crédulité se plaisaient à placer des phénomènes les plus absurdes et les plus effrayans; on les appelait aussi les montagnes maudites... »

*croissance démographique : Au cours du XIXe siècle la population de l'Europe passe de 150 à 295 millions d'habitants (Mémo Larousse)

 

3-Les récits de voyages

L'augmentation du nombre de voyageurs entraîna la multiplication des récits de voyages qui à leur tour incitèrent d'autres personnes à voyager. Les auteurs soit voulaient se faire connaître soit tirer de l'argent de la vente de leur récit. En outre, on note :

- la publication des œuvres de Jules Verne : «  5 semaines en ballon » en 1863, « voyage au centre de la terre » en 1864, « de la Terre à la Lune «  en 1865, « les enfants du capitaine Grant » en 1868, « Vingt mille lieues sous les mers » en 1870, « le tour du monde en 80 jours » en 1873 etc Il s'agit là de récits imaginés par le romancier mais qui participèrent probablement à populariser le voyage.

-la diffusion de guides touristiques : tels ceux de John Murray en Angleterre à partir de 1836, ceux de Louis Hachette en France en 1853 repris par Adolphe Joanne à compter de 1860 (les guides Joanne prennent le nom de Guides bleus en 1919), ou ceux de Karl Baedeker en Allemagne à compter de 1870.

-la réalisation de cartes routières à l'usage des touristes à partir des années 1880/1890.

 

4-Pour conclure

Le voyage a la fin du XIXe siècle n'a plus rien à voir à ce qu'il était un siècle auparavant en grande partie grâce au réseau ferré, mais aussi aux lignes maritimes et à tout l'environnement lié aux voyages qui se mit progressivement en place. Le XXe siècle représente une discontinuité beaucoup plus grande avec l'instauration des congés payés, l'automobile, l'aviation, les télécommunications, la création d'organismes d'assistance aux voyageurs, les émissions de télévision consacrées aux voyages etc. Mais si le XXe siècle a vu se généraliser le voyage de loisir et de tourisme, on peut dire que le XIXe siècle l'a vu naître et que toutes les inventions du dernier siècle l'ont été grâce à celles du siècle précédent.

J.D. 6 février 2013

La Paludière, bronze de 2007 de Jean Fréour à Batz-sur-Mer, photo transmise par Guy Delisle juillet 2015

La Paludière, bronze de 2007 de Jean Fréour à Batz-sur-Mer, photo transmise par Guy Delisle juillet 2015

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