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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 11:49

 

Légions contre Phalanges ou les éléphants ça trompe

 

 

 

Les Romains

Au quatrième siècle avant notre ère, les Romains sont très loin d'avoir terminé la conquête de l'Italie. Même leurs possessions en Italie centrale ne sont pas encore assurées.

Mais autour des années 300 avant notre ère, les combats des Romains contre les autres peuples de l'Italie centrale se sont multipliés. Les Romains connurent quelques échecs mais beaucoup plus de victoires contre les Etrusques, les Samnites, les Ombriens, les Marses, les Herniques, les Eques … Ils créèrent des colonies, annexèrent des cités.... Voir Tite-Live, « Histoire romaine », livres IX et X.

Les Grecs

Les Grecs, eux, avaient commencé à s'implanter en Italie dès la fin du VIIIe siècle avant notre ère dans 3 régions principales :

*En Sicile où ils multiplièrent les implantations (Messine, Syracuse, Géla, Sélinonte, Segeste, Agrigente, Megara)

*Dans le sud de l'Italie, d'une part sur le golfe de Tarente (Tarente, Crotone, Metaponte, Sibari) et d'autre part dans la pointe sud de la Calabre (Locres, Reggio)

*dans la région du Vésuve (Naples, Cumes, Ischia, Pouzzoles, Herculanum, Paestum).

Cette présence grecque à l'extérieur fut appelée « la Grande Grèce ».

Ces colonies restaient en contact avec les cités-mères qui les avaient créées, et par ce biais, la multiplication des victoires romaines finit par attirer l'attention des Grecs qui comprirent que l'expansion romaine risquait à terme de menacer leurs colonies. Ces implantations grecques avaient d'abord été des comptoirs commerciaux, mais avaient pris une importance stratégique dans le cadre d'une lutte de plusieurs siècles pour le contrôle de la Méditerranée occidentale entre Grecs, Phéniciens (représentés surtout par Carthage), Etrusques …

Les Tarentins

Ce furent les Tarentins les premiers qui appelèrent la mère-patrie au secours. Tarente avait été fondée en -706 par les Grecs de Sparte (aujourd'hui, la ville de Tarente est jumelée avec Sparte, ville reconstruite à partir de 1864). En -282, les Romains avaient envoyé une ambassade à Tarente. Selon Denys d'Halicarnasse, les Tarentins auraient insulté les envoyés de Rome, le chef de la délégation romaine (Pestinius) reçut même des excréments sur ses vêtements. Lorsque, de retour à Rome, ces envoyés racontèrent devant le Sénat comment ils avaient été humiliés par les Tarentins, le Sénat décida immédiatement la guerre.

Les Tarentins, qui se doutaient du résultat de leur comportement, envoyèrent une ambassade à Pyrrhus roi d'Epire qui de son temps était considéré comme le général grec le plus habile.

Pyrrhus

Pyrrhus, né en -319, pensait descendre d'Achille, le héros grec de la guerre de Troie (dont l'histoire est située 9 siècles avant Pyrrhus). Beaucoup d'auteurs ont d'ailleurs plutôt comparé Pyrrhus à Achille qu'à Alexandre le Grand. L'Epire constituait à l'époque une partie nord-ouest de la Grèce y compris l'actuelle Albanie. Pyrrhus avait déjà conquis une grande partie de la Grèce, mais avait été chassé de la Macédoine et de la Thessalie par suite de multiples jeux de trahisons. Plutarque écrit (« vie de Pyrrhus » en 12) : « On voit par là que les rois n'ont pas à accuser les gens du peuple de changer de camp suivant leur intérêt, car ils ne font en cela qu'imiter les rois eux-mêmes, qui sont des maîtres en fait de mauvaise foi et de trahison, et qui sont persuadés que l'on réussit d'autant mieux qu'on pratique moins la justice ». Parlant des princes qui gouvernent les peuples, Plutarque ajoute : « Ils ne cessent de se faire la guerre , parce que l'esprit de jalousie et de complot est dans leur nature. Guerre et paix ne sont pour eux que des mots dont ils se servent indifféremment, comme de monnaies, en vue de leur intérêt et non de la justice ».

Au moment où l'ambassade de Tarente débarqua, Pyrrhus qui venait de subir un grave échec avait besoin de se « refaire ». Il décida donc de partir en guerre contre les Romains. Cette guerre fut décrite par plusieurs auteurs antiques :

Les sources

*Appien d'Alexandrie qui naquit vers 95 et mourut vers 165. Il écrivit une « histoire romaine » en 24 livres. Le livre correspondait au contenu d'un rouleau de papyrus dont se servaient les auteurs pour écrire. Mais sur les 24 livres d'Appien, 14 furent perdus dont celui concernant la guerre entre Pyrrhus et les Romains. Néanmoins, Appien est cité par d'autres auteurs

*Florus, historien romain qui naquit vers 70 et mourut vers 140. Il écrivit un « abrégé de l'histoire romaine » en 4 livres. Cela va de la fondation de Rome à l'an 9 de notre ère. La guerre entre Pyrrhus et les Romains est décrite vers la fin du livre I

*Eutrope, historien romain du quatrième siècle de notre ère qui écrivit lui aussi un « abrégé de l'histoire romaine » en 10 livres, qui va de la fondation de Rome à l'empereur Jovien (an 364). Il est question de Pyrrhus et des Romains au livre II

*Plutarquehistorien grec né vers 46 et mort vers l'an 125. Il écrivit des biographies sur beaucoup d'hommes célèbres connus de son temps, dont une « vie de Pyrrhus ». Sur Pyrrhus, c'est le texte le plus complet qui nous soit parvenu.

*Denys d'Halicarnasse, historien grec qui vécut de -60 à l'an 8. Il écrivit « Les antiquités romaines » en 20 livres, ce récit va de l'invasion gauloise (en -290) au début de la première guerre punique (-264). Ce texte est en grande partie perdu. La partie concernant Pyrrhus et les Romains se trouvait aux livres XIX et XX. Par contre est conservé un texte de cet auteur intitulé « Les Vertus, les Vices et les Ambassades » où il est question de Pyrrhus.

*Diodore de Sicile,historien grec du premier siècle avant notre ère, écrivit une « bibliothèque historique » en 40 livres dont 15 subsistent. Pyrrhus est traité au livre XXI

*Tite-Live, historien romain, est le contemporain parfait d'Auguste premier empereur romain qui vécut de -63 à +14, alors que Tite-Live vécut de -59 à +17. Il écrivit toute l'histoire de Rome depuis la fondation de la cité jusqu'à l'an -9 : « Histoire romaine ». Il pensait probablement aller jusqu'à la mort d'Auguste mais n'en eut pas le temps. Son œuvre comprenait 142 livres dont seuls 35 nous sont parvenus, soit à peine le quart. La partie restante, aux publications de GF Flammarion, représente 7 livres de plus de 500 pages chacun ! Cela donne une idée de l'œuvre gigantesque de Tite-Live mais aussi de l'histoire romaine qui est aussi une partie de l'histoire du monde occidental. Le texte concernant Pyrrhus, chez Tite-Live, fait partie des livres perdus.

La première bataille (en-280)

Pour parer au plus pressé, Pyrrhus commença par envoyer à Tarente un de ses lieutenants (Cinéas) avec 3.000 soldats, puis prépara une expédition beaucoup plus importante.

Selon Plutarque (vie de Pyrrhus en 15), Pyrrhus embarqua au printemps de l'an -280 avec 20.000 phalangistes, 3.000 cavaliers, 2.000 archers, 500 frondeurs et 20 éléphants. La flotte fut prise par une tempête, mais tous les navires finirent par arriver à Tarente.

On méditera au passage sur la marine qui, il y a 23 siècles, avait la capacité d'embarquer, d'acheminer et de débarquer une telle armée. Et quand on pense que le musée national de la Marine à Paris (au Trocadéro) fait commencer l'histoire de la marine à Christophe Colomb !

Pyrrhus recruta sur place des soldats dans les cités grecques d'Italie et spécialement à Tarente. Les Romains mis au courant de l'arrivée des Grecs envoyèrent leur armée commandée par le consul Laevinius. La première bataille eut lieu à Héraclée (aujourd'hui cité de Policoro) sur le côté ouest du golfe de Tarente à 4 kms à l'intérieur des terres. La bataille demeura indécise durant plusieurs heures puis Pyrrhus fit donner les éléphants. Les Romains n'en avaient jamais vus. Ces chars d'assaut semèrent la panique dans les rangs romains surtout parmi la cavalerie. Ainsi Florus écrit : « leur odeur inconnue (il s'agit des éléphants), leur cri aigu épouvantèrent les chevaux qui, croyant ces ennemis nouveaux plus redoutables qu'ils n'étaient en effet, causèrent par leur fuite, (il s'agit de la fuite de la cavalerie), une vaste et sanglante déroute ». Selon Denys d'Halicarnasse, cette première bataille fit 15.000 morts côté Romains et 13.000 dans le camp des Grecs et de leurs alliés. Pyrrhus resté maître du terrain s'empara du camp des Romains et put s'approcher à 55 kms de Rome. Pour l'essentiel, l'armée romaine avait été mise en déroute mais non détruite. C'est ce qui fut appelé « une victoire à la Pyrrhus ».

La seconde bataille (été -279)

Après cette victoire Pyrrhus reçut le renfort de plusieurs peuples italiques (Samnites, Lucaniens...). Malgré cela il comprit qu'il ne pourrait s'emparer de Rome, il envoya alors son conseiller Cinéas en ambassade à Rome. Celui-ci fut reçu par le Sénat romain qui semblait hésiter sur la conduite à tenir. Alors un citoyen romain nommé Appius Claudius qui avait été consul en -307 et en -296, mais qui était devenu aveugle se fit emmener au Sénat pour haranguer les Sénateurs. Il leur rappela qu'au temps des victoires d'Alexandre-le-Grand, les sénateurs romains se vantaient qu'ils auraient vaincu Alexandre-le-Grand si il était venu en Italie. L'argument fit mouche, les sénateurs firent savoir à Cinéas qu'ils ne traiteraient avec Pyrrhus que lorsque lui et tous ses soldats auraient quitté l'Italie.

Une seconde bataille eut lieu à Ausculum dans les Pouilles (Aujourd'hui Ascoli di Satriano à une trentaine de kms au sud de Foggia). Une nouvelle fois la bataille fut longtemps indécise. Pyrrhus fit donner les éléphants, mais voilà ce qu'écrit Florus : « Caius Minucius, hastaire de la quatrième légion (de hasta : lance), en coupant la trompe de l'un des éléphants, avait montré que ces animaux pouvaient mourir. Dès lors on les accabla aussi de traits, et des torches enflammées lancées contre les tours (il s'agit des tours situées sur le dos des éléphants) couvrirent les bataillons ennemis tout entiers de débris enflammés... Le carnage ne se termina pas avant que la nuit séparât les combattants, et que le roi lui-même(il s'agit de Pyrrhus) le dernier à finir avec une blessure à l'épaule, fut emporté par ses gardes sur son bouclier».

Chaque camp revendiqua la victoire. Selon Denys d'Halicarnasse, cette bataille fit 15.000 morts aussi bien du côté des Romains que du côté des Grecs et de leurs alliés. Voici sur cette bataille le commentaire de Plutarque : « Pyrrhus, dit-on répondit à l'un de ceux qui le félicitaient : si nous remportons encore une victoire sur les Romains, nous serons complètement perdus. C'est qu'il avait laissé sur les champs de bataille une grande partie des troupes qu'il avait amenées, et presque tous ses amis et ses généraux. Il n'en avait pas d'autres à faire venir, et il voyait faiblir le zèle de ses alliés d'Italie, tandis que le camp des Romains se remplissait vite et abondamment comme à une source intarissable située dans le pays même... »

70 ans après Pyrrhus, Hannibal connaîtra le même problème.

La Sicile (-278/-276)

Pyrrhus ne savait plus trop quoi faire lorsqu'il reçut des délégations venant d'Agrigente et de Syracuse. Les Carthaginois étaient en train de conquérir toute la Sicile et les cités grecques appelaient Pyrrhus au secours. Embarassé en Italie, il embarqua pour la Sicile durant l'été -278 et fut vainqueur des Carthaginois. Mais une fois maître de la Sicile, il se comporta en tyran. Les cités qui l'avaient fait venir se révoltèrent contre lui et Pyrrhus revint en Italie après avoir recruté des mercenaires en Sicile pour compléter son armée. En quittant la Sicile, Pyrrhus aurait dit : Quel champ clos, mes amis, nous laissons aux Carthaginois et aux Romains » Mais profitant de l'absence de Pyrrhus, les Romains avaient réglé le sort des alliés de Pyrrhus en Italie.

La troisième bataille (printemps -275)

La dernière bataille eut lieu à Bénévent (Benevento à une centaine de kms au nord-est de Naples). Là, les éléphants effrayés par les Romains firent volte-face et semèrent le carnage dans les rangs de l'armée de Pyrrhus qui apprit à ses dépens que « les éléphants ça trompe ». Les Romains taillèrent en pièces l'armée de Pyrrhus qui parvint à s'enfuir et s'embarqua avec quelques débris de son armée pour retourner en Epire.

La fin de l'histoire

revenu en Grèce, Pyrrhus au lieu de se tenir tranquille, repartit dans de nouvelles aventures guerrières, mais fut tué à Argos dans le Péloponnèse en -272.

Aussitôt Pyrrhus parti de Sicile, les Carthaginois revinrent conquérir les territoires perdus, mais lorsqu'ils apprirent que Pyrrhus qui les avait vaincus, avait été battu par les Romains, les Carthaginois comprirent qu'ils n'étaient plus les seuls maîtres dans la Méditerranée occidentale, la guerre entre Rome et Carthage était devenue inévitable (voir sur mon blog, le texte consacré à Hannibal http://jean.delisle.over-blog.com/article-hannibal-1-texte-59402856.html).

J.D. 21 mai 2011

 

 

 

la légion défend encore la France en 2015, caricature Riposte Laïque du 24 mai 2015

la légion défend encore la France en 2015, caricature Riposte Laïque du 24 mai 2015

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