Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 14:23

 

 

1-L'édition:

En 1846, les éditions Alexandre Cadot publièrent un roman historique intitulé : « Les Deux Diane », sous la signature d'Alexandre Dumas déjà célèbre (Il avait déjà publié Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo etc).

Mais un auteur appelé Paul Meurice en revendiqua la paternité, tandis qu'un troisième nommé Félix Davin qui avait publié en 1836 « Une fille naturelle » cria au plagiat. En 1864, un nommé Charles Daudville publia un comparatif pour montrer que le ou les auteurs des Deux Diane s'était ou s'étaient inspirés du texte de Félix Davin.

En février 1865, Alexandre Dumas adressait à Paul Meurice une lettre dans laquelle il reconnaissait n'être pour rien dans ce roman, alléguant que c'est l'éditeur et non lui qui décida de faire paraître ce roman sous sa signature.

Malgré cela, « Les Deux Diane » figurent toujours dans la liste complète des œuvres d'Alexandre Dumas, quelquefois accompagnées en notes de la mention : »en collaboration avec Paul Meurice » car les critiques contemporains sont persuadés que Dumas est pour quelque chose dans ce roman, il est vrai que c'est du Dumas « tout craché ». L'édition de ce roman est déjà en soi rocambolesque. A ma connaissance, la dernière édition  des « Deux Diane » a été effectuée en octobre 2012, chez Robert Laffont dans la collection « Bouquins ». Le volume comprend également « Ascanio » et « L'Horoscope » de Dumas. La partie consacrée aux « Deux Diane » va de la page 393 à la page 1048 soit environ 650 pages.

2-Les personnages:

Parmi les principaux personnages mis en scène par ce roman citons : Les deux Diane (Diane de Poitiers et Diane de France), le roi de France Henri II, la reine Catherine de Médicis, le clan des Guise, le clan des Montmorency, le clan protestant (dont l'amiral de Coligny, le prince de Condé et Ambroise Paré), les Montgommery (Jacques le père et surtout son fils Gabriel qui est le principal personnage du roman), Martin Guerre serviteur de Gabriel de Montgommery qui a un sosie qui lui cause bien des ennuis, ainsi qu'une équipe d'aventuriers qui participent à la prise de Calais. Or on retrouve cette équipe d'aventuriers dans leur nom et leurs caractéristiques dans le tome 1 de « la royale Maison de Savoie », ouvrage d'Alexandre Dumas publié d'abord à Turin à partir de 1852. (voir sur mon blog la nore N°67: http://jean.delisle.over-blog.com/article-alexandre-dumas-et-la-royale-maison-de-savoie-108508764.html ). Il semble que les critiques des « Deux Diane » aient ignoré ce fait. Il faut dire que l'œuvre de Dumas sur la royale Maison de Savoie resta longtemps ignorée.

3-L'histoire réelle (ou supposée) :

*Diane de Poitiers: Diane de Poitiers, née fin 1499 ou début 1500, est la fille de Jean de Poitiers seigneur de Saint Vallier et de Jeanne de Batarnay (ce qui compte tenu du contexte aurait pu s'écrire de « bâtard né »). Elle fut mariée le 16 avril 1515 à Louis de Brézé petit-fils de Charles VII et de sa favorite Agnès Sorel.

Diane de Poitiers fut successivement la dame d'honneur de la reine Claude (fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne) mariée à François 1er de 1514 à 1524, de Louise de Savoie (mère de François 1er) puis d'Eléonore de Habsbourg (sœur de Charles Quint et dernière épouse de François 1er de 1530 à 1547). Diane devint veuve le 23 juillet 1531. Avec Louis de Brézé, elle eut 2 filles dont l'une sera mariée avec un Guise.

C'est probablement en 1538 que Diane de Poitiers devint la maitresse d'Henri fils de François 1er et qui deviendra roi de France sous le nom d'Henri II à la mort de François 1er c'est-à-dire en 1547. En 1538, Henri avait 19 ans, Diane exactement le double. Elle restera la maitresse « officielle » d'Henri II jusqu'à la mort de celui-ci le 10 juillet 1559 et ce malgré le mariage d'Henri avec Catherine de Médicis en 1533. En 1548, le nouveau roi donne à sa maitresse le titre de Duchesse de Valentinois. A noter que la grand-mère paternelle de Diane était la sœur du grand-père maternel de Catherine de Médicis.

*Diane de France: Elle est née le 25 juillet 1538 et décédée le 11 janvier 1619.

L'Histoire a retenu qu'elle est la fille d'Henri II et d'une Piémontaise nommée Filippa Duci rencontrée à l'occasion d'une campagne militaire en Italie. Elle fut légitimée par Henri II en 1548 et reçut après la mort d'Henri II le titre de duchesse de Chatellerault en 1563, de duchesse d'Etampes en 1573 et de duchesse d'Angoulême en 1582. Elle fut mariée le 13 février 1553 à Horace Farnèse (duc de Castro et petit-fils du pape Paul III). Veuve 5 mois seulement après son mariage elle fut remariée le 3 mai 1557 à François de Montmorency.

Elle fut élevée par Diane de Poitiers, ce qui permit à certains historiens dans la foulée de Pierre de Bourdeille (dit Brantôme, 1540/1614) d'écrire que cette Diane était la fille de Diane de Poitiers.

*Henri II roi de France: Henri II naquit le 31 mars 1519, il est le fils de François 1er et de Claude de France. Il est donc en même temps le petit-fils de Louise de Savoie par son père et le petit-fils du roi de France Louis XII et d'Anne de Bretagne par sa mère. Son règne commence à la mort de François 1er en 1547. Il hérite des guerres contre Charles Quint (roi d'Espagne de 1516 à 1556 et empereur du St Empire Romain Germanique de 1519 à 1556). C'est en août 1557 qu'eut lieu la terrible défaite de Saint Quentin où les armées espagnoles, anglaises et allemandes commandées par le duc de Savoie Emmanuel-Philibert l'emportèrent sur le connétable de Montmorency. Heureusement pour Henri II et surtout pour la France, Charles Quint avait abdiqué l'année précédente et son fils Philippe II d'Espagne prenant ombrage des succès d'Emmanuel-Philibert lui interdit de poursuivre l'invasion de la France. Henri II fut blessé par Gabriel de Montgommery lors d'un tournoi à Paris le 30 juin 1559 et mourut des suites de cette blessure le 10 juillet suivant. Pour les historiens patentés, il s'agit d'un accident et de rien d'autre et « circulez il n'y a rien à voir ». Mais les mêmes historiens patentés ne se posent aucune question sur l'étrange comportement de Gabriel de Montgommery, qui s'enfuit en Angleterre. Il fut accueilli par Elisabeth 1ère, reine depuis le 17 novembre 1558. Cette Elisabeth n'avait pas encore 3 ans lorsque sa mère (Anne Boleyn) fut décapitée sur ordre de son père (Henri VIII). Durant son règne, Elisabeth 1ère publia la « charte de l'anglicanisme » et persécuta les catholiques. On comprend qu'elle reçut avec bienveillance Montgommery qui avait tué un roi de France auteur de plusieurs édits contre les protestants.

*Catherine de Médicis: voir sur mon blog la note N°81 : http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-medicis-reines-de-france-113493818.html

*Les Guise: L'histoire des Guise commence avec Claude de Lorraine(1496/1550) fait Duc de Guise par François 1er en 1528. Ce Claude de Lorraine se maria en 1513 avec Antoinette de Bourbon (fille de François de Bourbon duc de Vendôme et de Marie de Luxembourg). Ils eurent 12 enfants dont les principaux sont : Marie de Guise qui fut reine d'Ecosse, François de Guise et Charles de Lorraine.

Marie de Guise: née le 22 novembre 1515, elle fut mariée le 12 juin 1538 à Jacques Stuart qui fut roi d'Ecosse sous le nom de Jacques V. Marie de Guise est la mère de Marie Stuart née le 8 décembre 1542. Jacques V décéda en 1548. Marie de Guise fut alors reine régente d'Ecosse jusqu'à sa mort le 10 juin 1560. Elle lutta contre l'extension du protestantisme en Ecosse.

François de Guise: naquit le 17 février 1520. Il se maria le 29 avril 1548 avec Anne d'Este, fille de Renée de France, (elle-même fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne) et d'Hercule II d'Este, (lui-même fils de Lucrèce Borgia). François de Guise fut le chef du parti catholique. Il fut vainqueur des Huguenots en 1562 à Dreux et Rouen, mais il fut blessé au siège d'Orléans le 18 février 1563 et mourut des suites de cette blessure le 24 février suivant. Au moment de la défaite de Saint Quentin en 1557, François de Guise conduisait l'expédition militaire française en Italie, il fut rappelé d'urgence en France par Henri II. Il eut alors le titre de lieutenant général du royaume et reprit aux Anglais leurs conquêtes dans le nord de la France dont Calais en 1558. Avant de partir en Italie il avait déjà guerroyé contre les Anglais et avait reçu en 1545 une blessure au visage à Boulogne, ce qui lui avait valu d'être le premier Guise à être surnommé « le Balafré ».

Charles de Lorraine: né en 1524 et mort en 1574. Il fut cardinal archevêque de Reims. Avec son frère François de Guise, ils eurent de fait le pouvoir durant le court règne de François II qui succéda à Henri II.

Henri de Lorraine duc de Guise ou le second « balafré »: il naquit le 31 décembre 1550 et mourut assassiné au château de Blois le 23 décembre 1588. Il est le fils de François de Guise et d'Anne d'Este (et par conséquent l'arrière petit-fils de Lucrèce Borgia et l'arrière arrière petit-fils du pape Alexandre VI Borgia). Il épousa le 4 octobre 1570 Catherine de Clèves fille du duc de Nevers. Ils eurent 14 enfants dont 7 seulement parvinrent à l'âge adulte.

Henri prit la suite de son père à la tête de la ligue (parti catholique). Son rôle dans la Saint Barthélemy le 24 août 1572 ne semble pas très clair. Il sauva certains protestants dont sa grand-mère (Renée de France protestante), mais en poursuivit d'autres.

Par contre il remporta plusieurs victoires contre l'armée protestante à Ormans (dans la Marne) le 10 octobre 1575 (il fut blessé au visage et devint « le balafré »), à Vimory (dans le Loiret) le 26 octobre 1587 ou à Auneau (Eure-et-Loir) le 24 novembre 1587.

Il prit trop d'importance et le roi Henri III le fit assassiner. Son frère Louis de Lorraine cardinal archevêque de Reims fut assassiné le lendemain soit le 24 décembre 1588.

*Les Montmorency: La maison de Montmorency devint célèbre dès la fin du Xè siècle. Elle fournit à la France 6 connétables, 12 maréchaux, 4 amiraux et un cardinal.

La période qui nous concerne est celle d'Anne de Montmorency né le 15 mars 1493 et tué à la bataille de Saint Denis (entre catholiques et protestants) le 12 novembre 1567. Il est, par sa mère, le petit-fils du duc de Savoie Philippe II.

Il accompagna François 1er durant les guerres d'Italie. Il fut fait prisonnier à Pavie en 1525 en même temps que François 1er et fut libéré contre rançon. Après François 1er, il servit Henri II. Il fut vaincu à la bataille de Saint Quentin en 1525. fait prisonnier il fut une nouvelle fois libéré contre rançon. Il prit part aux guerres de religion du côté des catholiques, mais fut en lutte d'influence constante avec les Guise.

*Les Montgommery: Il y a d'abord Jacques le père (1485/1562) qui fut capitaine de la garde écossaise du roi François1er. Il y a surtout son fils Gabriel (5 mai 1530/26 juin 1574) qui hérita de la charge de son père comme capitaine de la garde écossaise. Il blessa mortellement le roi Henri II (voir ci dessus à Henri II) revint en France participer aux guerres de religion dans le camp protestant. Il fut l'un des principaux capitaines de l'Amiral de Coligny puis de Jeanne d'Albret (la mère du futur Henri IV). Il remporta de nombreuses victoires, mais devenu « l'ennemi public N°1 » des catholiques, il fut assiégé dans Domfront en Normandie et faute de ressources et de secours il dut se rendre le 27 mai 1574. Transféré à Paris. Il fut promptement décapité sur ordre de Catherine de Médicis le 26 juin.

4- Le roman:Dans le roman, Diane de Poitiers est d'abord la maîtresse de François 1er avant d'être supplantée par la duchesse d'Etampes auprès de ce roi. Elle se rabat alors sur le fils de François 1er, le futur Henri II. L'histoire « officielle » conteste que Diane fut la maîtresse de François 1er mais ne conteste pas que Diane fit exiler la duchesse d'Etampes dès qu'Henri II fut roi. Toujours dans le roman, Diane de Poitiers est également la maîtresse de Jacques de Montgommery au début de sa liaison avec Henri II, lequel fait emprisonner au secret Jacques de Montgommery dans la prison du Châtelet. En même temps qu'Henri II elle est également secrètement la maîtresse du connétable de Montmorency. Diane de Poitiers est présentée comme la mère de Diane de France mais durant une grande partie du roman le suspense est entretenu pour savoir si cette Diane a pour père Henri II ou Jacques de Montgommery. Gabriel de Montgommery est élevé par une nourrice qui dans le roman élève également Diane de France. Devenant adulte, Gabriel de Montgommery apprend qui est son père, qu'il est encore vivant et que Diane qu'il aime est peut-être sa sœur. Contre d'importants services qu'il rend à la France, le roi Henri II promet à Gabriel de Montgommery la libération de son père, mais Diane de Poitiers et le connétable de Montmorency conspirent et obtiennent d'Henri II de faire mourir Jacques de Montgommery avant de le rendre à son fils. Devant tant de perfidie et de lacheté, Gabriel jure de venger son père. Tout le roman est construit pour conclure qu'Henri II ne fut pas mortellement blessé par accident mais pour se venger d'une ignoble injustice. Tout au long du roman, Diane de Poitiers est présentée sous un jour vraiment négatif.

Catherine de Médicis n'est pas mieux lotie, car elle ressort de ce roman, assoiffée de pouvoir et prête à tout pour y parvenir. Au chapitre XV, elle fait des avances à Gabriel de Montgommery et lui dit : « Je me suis jusqu'ici effacée au second rang; mais sachez-le, je brillerai bientôt au premier. Mme Diane de Poitiers n'est plus d'âge à conserver longtemps sa beauté et sa puissance . Du jour où le prestige de cette femme s'effacera , mon règne commence, et apprenez que je saurai régner, Gabriel : les instincts de domination que je sens en moi m'en sont garants; et d'ailleurs, c'est dans le sang des Médicis cela... ».

Après la mort d'Henri II, le 10 juillet 1559, c'est l'aîné de ses fils qui règne sous le nom de François II. Marié à Marie Stuart reine d'Ecosse et fille de Marie de Guise, François II gouverne avec ses oncles (François de Guise et Charles de Lorraine), en évinçant sa mère (Catherine de Médicis) du pouvoir. A la fin de 1560, après à peine 18 mois de règne, François II tombe gravement malade, Marie Stuart envoie quérir Ambroise Paré pour le sauver. Mais Catherine de Médicis parvient à empêcher l'intervention d'Ambroise Paré et François II meurt le 5 décembre 1560. La mère (Catherine de Médicis) perd son fils, mais l'ambitieuse a enfin le pouvoir.

Au chapitre CVI du roman, Marie Stuart s'écrie à l'adresse de Catherine de Médicis (sa belle-mère): « Ah! Madame! Madame! Vous avez tué votre enfant!  La reine-mère enveloppa sa bru d'un regard venimeux et glacé où déborda toute la haine qu'elle avait couvée pour elle pendant dix-huit mois. Vous, ma chère, lui dit-elle, vous n'avez plus le droit de parler ainsi, entendez-vous; car vous n'êtes plus reine. Ah! Si fait! Reine en Ecosse. Et nous vous renverrons au plus tôt régner dans vos brouillards ».

Parmi les personnages du roman, sont, en outre, présentés sous un jour très négatif : Arnaud du Thil le sosie de Martin Guerre, le gouverneur anglais de Calais, Charles de Lorraine et le connétable Anne de Montmorency accusé d'avoir poussé Henri II à signer la paix de Cateau-Cambrésis le 3 avril 1559, défavorable à la France alors que François de Guise à la tête de l'armée était vainqueur partout, mais un traité favorable aurait rehaussé la renommée des Guise !

5- Pour conclure :Aujourd'hui on dirait de ce roman qu'il est « politiquement incorrect ». Il remet en effet en cause l'histoire « officielle » sur de nombreux points : la cause de la mort du roi Henri II, la maternité de Diane de France attribuée à une Piémontaise, l'image de Catherine de Médicis, de Diane de Poitiers ou d'Anne de Montmorency...

Si le roman s'écarte, pour l'intérêt du lecteur, de l'histoire supposée réelle, il donne malgré cela ou peut-être à cause de cela, l'impression de présenter un récit plus cohérent que l'histoire officielle. A chacun de se faire une opinion.... enfin si cette histoire l'intéresse.

J.D. 9 janvier 2013.

clan Montgomery lors d'une fête écossaise à Laurinburg Caroline du Nord, photo J.D. le 5 octobre 2013

clan Montgomery lors d'une fête écossaise à Laurinburg Caroline du Nord, photo J.D. le 5 octobre 2013

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Anne Marie 17/08/2015 08:48

Effectivement il y a peut-être roman, mais aussi de l'histoire vraie et certainement des sources insoupçonnées.... je suis très intéressée, surtout par la vie de Diane de France et tout ce qui est caché la concernant.... Merci pour ce blog !!!

vb 25/05/2013 19:58

Ce roman n'est pas de Dumas. Cela crève les yeux. Il n'y a pas son style, il n'y a pas sa pensée. Il n'y a rien de lui. Paul Meurice n'écrivait pas trop mal. Il écrivait mieux que Maquet. Voilà tout. Mais aucun critique sérieux ne s'y trompera...

Présentation

Recherche

Liens