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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 19:19

Qui a dit ? :

«  Contrairement à ce qu'affirment les réformistes, mon parti n'est en rien dictatorial, mais je désire la suppression des fonctionnaires syndicaux, bandes d'exploiteurs de la classe ouvrière »

 

Réponse: Maurice Thorez en août 1923 lors d'une conférence publique à Lens. C'est tout au moins ce que l'on peut lire page 86 du livre d'Annette Wieviorka consacré à Maurice (Thorez) et à Jeannette (Veermersch) Fayard avril 2010. Né le 28 avril 1900, Thorez avait alors 23 ans. Il ne tiendra pas longtemps ce genre de propos sur les syndicats. Entré au Comité central du parti communiste français le 28 janvier 1925 et au bureau politique le 13 juillet de la même année (il avait tout juste 25 ans) il fut officiellement secrétaire général du parti de janvier 1936 à sa mort le 11 juillet 1964. En fait, dès 1930, il fut le personnage le plus influent du Comité central et du bureau politique.

Pour les Soviétiques, Maurice Thorez fut un fidèle parmi les fidèles. Après sa mort, la poste soviétique édita un timbre à l'effigie de Maurice Thorez; c'est dire.

Je possède d'ailleurs toujours un exemplaire de ce timbre que m'avait envoyé une journaliste russe rencontrée en Pologne en 1964.

Le 2 mars 1919, s'était ouvert à Moscou le congrès constitutif de la « troisième internationale ». L'année suivante, cette internationale communiste complètement dominée par les Soviétiques, édicta 21 conditions que devaient remplir impérativement les partis qui voulaient adhérer à cette internationale communiste. Voici le libellé de la neuvième condition :

« Tout parti désireux d'appartenir à l'Internationale communiste doit poursuivre une propagande persévérante et systématique au sein des syndicats, coopératives et autres organisations des masses ouvrières. Des noyaux communistes doivent être formés, dont le travail opiniâtre et constant conquerra les syndicats professionnels. Leur devoir sera de révéler à tout instant la trahison des social-patriotes et les hésitations du centre. Ces noyaux communistes doivent être complètement subordonnés à l'ensemble du Parti »

Cela correspondait en outre aux thèses de Lénine. Voir spécialement « La maladie infantile du communisme » texte de 1920.

Aussi, et conformément aux directives de l'internationale communiste, et pour ne parler que des syndicats, tant que Thorez dirigea le Parti, les communistes noyautèrent la CGT et s'en servirent comme « courroie de transmission » au service du Parti. Cela continua d'ailleurs bien après Thorez, mais le P.C.F n'étant plus que l'ombre de lui-même n'a plus les moyens d'imposer sa loi à qui que ce soit.

 

 

Qui a dit ? :

« Je sais combien la nation allemande chérit son führer. C'est un homme formidable, je bois à sa santé »

 

Réponse : Joseph Staline trinquant avec Ribbentrop à Moscou dans la nuit du 23 au 24 août 1939. (Voir : « Maurice et Jeannette » d'Annette Wieviorka, Fayard avril 2010, pages 248 et suivantes).
Rappel des faits : Dans les années 1930, les puissances de l'Axe (Allemagne, Italie, Japon) menaient une politique d'expansion. L'Allemagne avait annexé l'Autriche et la Tchécoslovaquie, l'Italie, l'Albanie et l'Ethiopie et le Japon avait envahit la Chine. Pour faire face à cette situation, la Grande-Bretagne et la France envoyèrent une délégation qui arriva à Moscou le 12 août 1939 pour négocier un traité anti-fascite avec les Soviétiques. Le 22 août, les Soviétiques (en la personne de Vorochilov) rompirent les négociations en invitant les délégations française et anglaise à rentrer dans leur pays. Dès le lendemain (23 août 1939), une délégation allemande de 30 membres, conduite par Ribbentrop, arrivait à 13 heures à l'aéroport Khodynkha de Moscou. Cette délégation était reçue à 15 heures au Kremlin par Staline et Molotov. Le soir même à 22 heures, 2 textes sont prêts (un officiel et un secret dont le contenu ne sera révélé par les Soviétiques qu'en 1992). Le temps que Ribbentrop puisse s'en entretenir téléphoniquement avec Hitler resté à Berlin, et le 24 à 2 heures du matin (bien que les textes soient datés du 23 août), les textes sont signés par Ribbentrop pour la partie allemande et par Molotov pour la partie soviétique, en présence de Staline et sous le portrait de Lénine ! Le texte officiel intitulé «  traité de non-agression » et connu sous le nom de « pacte germano-soviétique » fit l'objet d'une information dans la Pravda dès le lendemain.

Le traité secret prévoyait un partage de l'Europe entre Allemands et Soviétiques et quelques autres clauses comme l'échange des réfugiés. C'est ainsi qu'en février 1940, les Soviétiques livrèrent à la gestapo tous les militants communistes allemands qui s'étaient réfugiés en Union Soviétique après l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933 (voir Max Gallo : « le pacte des assassins » Fayard février 2008)

Le 24 août après la signature des documents, on servit le champagne (seule présence française !) et Staline trinqua avec Ribbentrop, ce que photographia un membre de la délégation allemande, et la photo fit le tour du monde.

Les conséquences ne se firent pas attendre, dès le 1er septembre, Hitler envahissait la Pologne, puis le Danemark, la Norvège et enfin à partir du 10 mai 1940, la Hollande, la Belgique et la France, tandis que Staline envahissait lui aussi la Pologne, puis les 3 pays baltes puis la Finlande. Il est probable que Staline ne demandait qu'à poursuivre le partage de l'Europe avec son allié Hitler, mais celui-ci dût se demander pourquoi partager à 2 lorsqu'on peut tout garder. On connait la suite. Il faut cependant rappeler que l'Angleterre et la France déclarèrent la guerre à l'Allemagne dès le 3 septembre 1939, mais laissèrent les troupes derrière la ligne Maginot laissant aux Allemands le temps de régler leurs petites affaires à l'est, de rapatrier leurs troupes et leur laissant en outre le choix, des lieux, du jour et de l'heure de l'invasion ! Quelle incurie ! Winston Churchill ne devint premier ministre de Grande-Bretagne que le 10 mai 1940, jour de l'invasion. Quel drame ! Il avait dit au moment de Munich : « Vous préférez le déshonneur à la guerre, vous aurez et le déshonneur et la guerre ».

En France, le gouvernement tout de même conscient d'avoir été roulé dans la farine par Staline, interdisait la presse communiste dès le 25 août 1939, puis le parti communiste lui-même et ses diverses organisations le 26 septembre. Le 8 octobre, un certain nombre de dirigeants communistes français furent arrêtés, mais pas Maurice Thorez. Celui-ci était officiellement Secrétaire Général du PCF depuis 1936 (en fait il dirigeait le P.C. Depuis 1930). Lorsque Maurice Thorez avait reçu un ordre de mobilisation début septembre 1939 (pour le 3e régiment du génie à Arras), il s'y était rendu. Etant là, il reçut l'ordre de déserter, ordre émanant de l'Internationale communiste, c'est-à-dire de Moscou. Ce qu'il fit le 3 octobre 1939, passant d'abord en Belgique où il reçut ainsi que Jeannette Veermersch des passeports soviétiques. Cela leur permit de rejoindre l'URSS en passant par l'Allemagne. Ils restèrent d'abord dans la banlieue de Moscou puis dans l'Oural à partir de l'invasion de l'URSS par les Allemands le 22 juin 1941. La désertion de Thorez lui valut en France une condamnation à 6 ans de prison (jugement du 28 novembre 1939) puis il fut déchut de sa nationalité française par décret en conseil d'état le 17 février 1940.

A la Libération, dans le cadre d'un vaste marchandage et sur intervention de Staline auprès de De Gaulle (avant un voyage de De Gaulle à Moscou), il bénéficia d'une grâce de De Gaulle le 6 novembre 1944. Thorez put ainsi rentrer en France à partir du 27 novembre 1944. Il fut Ministre de la fonction publique avec rang de Ministre d'Etat, en octobre 1945, puis vice-président du Conseil de janvier 1946 à mai 1947.

Après la guerre, les communistes s'employèrent à faire passer Staline pour le champion de l'anti-fascisme et le PCF se proclama « le parti des 75.000 fusillés » alors que l'accusation française au procès de Nuremberg fait état d'un total de 23.000 fusillés français pendant l'occupation et que les études des historiens faites depuis ramènent ce chiffre à 11.000 dont 4.000 communistes !

 

 

J.D. 26 mai 2010

Maurice Thorez sur un timbre soviétique de 1964

Maurice Thorez sur un timbre soviétique de 1964

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