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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 13:11

André Gerin est né à Vienne dans l'Isère en 1946. Il a commencé à travaillé chez Berliet à Vénissieux le 2 septembre 1963 avec un CAP de fraiseur.

Il s'est marié en 1964. La même année il adhère simultanément à la CGT et au Parti communiste.
Il devient conseiller municipal de Vénissieux en mars 1977, conseiller régional Rhône-Alpes en juillet 1978, il entre au comité central du Parti communiste en 1979, devient maire de Vénissieux en 1985 suite au décès du maire en poste, et reste maire jusqu'en juin 2009. Il est enfin député communiste du Rhône depuis 1993, mais ne compte pas se représenter aux prochaines législatives de 2012.

Il réside toujours ainsi que son épouse dans la cité des Minguettes à Vénissieux.

Cette cité a fait partie des 155 ZUP (zone à urbaniser en priorité) lancées en France après la seconde guerre mondiale pour faire face à l'immense besoin en logements (destructions de la guerre, « baby-boum » de 1945 à 1975, transferts massifs des campagnes vers les villes, rapatriés d'Afrique du Nord...). En 1974, la cité des Minguettes comptait 7200 logements locatifs et concentrait plus de la moitié de la population de Vénissieux.

A partir de 1977, la politique gouvernementale en matière d'aide au logement change complètement. Les grands ensembles ne sont plus à l'honneur, les pouvoirs publics préfèrent alors l'accession à la propriété qui se trouve encouragée de différentes manières : allocation logement, réductions d'impôts pour les frais financiers des emprunts etc. Les grands ensembles se vident d'une partie de leur population, comme cela coïncide avec la politique du regroupement familial pour les immigrés, ceux-ci prennent les places laissées vides dans les cités, ce qui accélère encore le départ de certaines catégories de la population et la paupérisation de ces cités.

Cette cité des Minguettes a été le théâtre d'émeutes en 1981, 1983, 2005, et d'une délinquance permanente même en dehors des périodes d'émeutes. Plusieurs islamistes sont issus de cette cité dont 2 pris en Afghanistan se sont retrouvés à Guantanamo.

André Gerin maire a dû faire face à la situation. En 2007, il a édité un livre intitulé « les Ghettos de la République ». Il a complété et réédité ce livre en février 2012 sous le titre « Les Ghettos de la République, encore et toujours » (aux éditions « Le Publieur »). Voici quelques extraits :

pages 12/13 : « Soyons lucides : si beaucoup d'ouvriers, d'employés, si les milieux populaires se sont peu-à-peu détachés de la gauche et du PCF et s'ils déclarent vouloir voter Marine le Pen, il faut en chercher les raisons dans les politiques menées par la gauche depuis tant d'années. Dire, comme on l'a fait depuis ces trente dernières années, que la France est une chance pour les immigrés ou affirmer : l'immigration est une chance pour la France est un mensonge. Ayons le courage et l'honnêteté politique d'assumer cela et d'en tirer les leçons... Cette politique soi-disant ouverte n'a engendré que du rejet, du mal être, de l'incompréhension jusqu'à la haine. Elle a servi de fonds de commerce au Front national. Nos renoncements l'ont fait roi! Je refuse de me voiler la face. Je veux aller au cœur du sujet. La mission parlementaire sur le voile intégral que j'ai eu la chance et l'honneur de conduire a confirmé l'étendue du communautarisme. Des territoires entiers sont régis par la loi de la charia. L'islam instrumentalisé met en avant une revendication ethnico-politique portée par des jeunes devenus la proie facile de gourous intégristes : les salafistes ».

pages18/19 : « Pour tenter d'y voir plus clair sur cette montée de l'extrême droite dans le paysage local, j'ai fait réaliser en juillet 1995 par la SOFRES un sondage consacré aux électeurs du front national dans la commune. Je veux comprendre : rien ne sert de vilipender les uns, de dénoncer les autres; le fait est là et il faut l'affronter. Qui sont ces électeurs? D'où viennent-ils? Quelle est leur famille politique d'origine? Et surtout que veulent-ils? Quel ne fut pas notre surprise lorsque nous avons dépouillé les résultats de ce premier sondage réalisé dans l'Hexagone sur le sujet. Nous découvrons que des électeurs de gauche et notamment communistes votent désormais FN. C'est net, précis et ça ne souffre malheureusement d'aucune contestation. En rendant public le contenu de ce sondage, je casse un tabou d'importance... Cela me vaudra entre autres un commentaire acide de Georges Marchais devant le bureau politique du parti ».

page 21 : A Vénissieux, la palette de l'insécurité ne cessait de s'élargir : conflits de voisinage, insultes, bris de glace, crevaisons de pneus, destructions de boîtes aux lettres, vols d'autoradios, délabrement d'ascenseurs. Et revenait tous les lundis matins comme leitmotiv, les carreaux cassés dans les écoles, les voitures brûlées, les poubelles en feu et de plus en plus, les jets de pierres contre la police, les pompiers et les bus. Une litanie constante, désespérante qui glissait de plus en plus vers les atteintes aux personnes. Il s'agissait de violences, de racket dans les collèges, de trafic de drogues, d'économie souterraine qui se développaient à deux pas d'ici, presque sous nos yeux.... »

page 22 : « En douze ans, le nombre de voitures brûlées à Vénissieux s'était élevé à 2.800 ».

page 44 : « Se retrouvent en effet, vivant dans les mêmes immeubles et dans les mêmes quartiers, d'un côté des familles ne faisant plus d'enfants ou pratiquement plus, et de l'autre des familles où il est traditionnel d'en avoir au moins six ».

page 54 : « Dans des quartiers comme les Minguettes, les personnes d'origine maghrébines vont devenir majoritaires. Et lorsque les gens disent : il n'y a que des Arabes ici, même si on peut contester la façon dont ils le disent, c'est en partie vrai ».

page 65 : « 51 voitures brûlent dans la seule nuit du 7 novembre 2005. Soit cinq fois plus que d'habitude... »

page 66 : « En 1981, la vraie émeute, avouons-le, avait d'abord été l'émeute médiatique... Au point que même les photographes qui avaient loupé les brasiers n'hésitaient pas à payer des gamins pour qu'ils remettent le feu à des voitures. Ici les gens ont ressenti douloureusement cet acharnement des médias »

page 70 : « C'est pourquoi je crois que le pire est encore à venir. Lorsque je dis que sont perceptibles les germes d'une guerre civile, je n'exagère pas. Je ne noircis pas le tableau. Au contraire je suis en-dessous de la vérité. Pour moi, on est réellement assis sur un volcan qui va nous péter à la gueule ».

pages 79/80 : « Il y a aussi de plus en plus d'élèves qui contestent les enseignements. C'est évidemment le cas pour l'Histoire, mais aussi sont concernées la Philosophie, les Sciences naturelles et la Biologie. Cette contestation, surtout apparue après la première guerre du Golfe, peut aller loin, jusqu'à la négation de certains faits incontestés. On ne peut continuer à ignorer, comme le fait l'Education nationale, les premières conséquences de la poussée des intégristes musulmans sur le cerveau de nos gamins ».

pages 81/82 : « Nous avons à Vénissieux cinq collèges...Or presque tous les jours se produisent des caillassages contre les bus. Avec des pierres qui se trouvent le plus souvent au fond des cartables et qui sont charriées dans ce but là. Alors quoi faire ? Ne peut-on pas contrôler les cartables d'une façon régulière ou inopinée ? On contrôle bien les cahiers. Mais lorsque mon adjoint en parle publiquement à une réunion, ce responsable de collège se contente de baisser la tête. »

page 93 : « Il y a quinze ans, un centre commercial avait été incendié volontairement par plusieurs personnes . Or même s'ils ont été identifiés, les responsables de cette équipée n'ont jamais été arrêtés. Pourtant quand on veut on peut. Voilà 30 ans que ça dure. Il y en a assez... ».

page 99 : « Aujourd'hui dans certains quartiers, ce sont les mafias qui apportent désormais les réponses sociales et économiques et qui finissent par symboliser une sorte d'entraide mutualisée. La République a déserté. On ne s'en rend pas compte tout de suite, mais les conséquences sont dramatiques et inacceptables ».

page 115 : « On se souvient des élections dominées par le FIS, l'annulation du scrutin par le pouvoir algérien et le désordre qui va en découler. Et lorsque le FIS est interdit en Algérie, beaucoup de ses membres ou sympathisants viennent se réfugier en France et notamment ici dans des appartements de plus en plus surpeuplés puisque du jour au lendemain, les familles comptaient plusieurs membres de plus ».

page 123 : « ...d'où ma proposition de loi pour combattre l'intégrisme radical et politique visant à démasquer tous ces imams qui sont de dangereux intégristes et qu'il faut expulser. Je dois avouer que le groupe communiste de l'Assemblée a refusé ma proposition craignant de faire de fâcheux amalgames entre musulmans ».

pages 132/133 : « Dans cette configuration politique, le clivage droite/gauche a perdu de sa pertinence. Il renvoyait à des choix de sociétés distincts. Le sentiment est à présent largement partagé que droite et gauche ne rivalisent que pour s'accaparer le pouvoir mais n'ont pas une vision différente de ce qu'il serait possible d'entreprendre devant ce capitalisme affairiste et mondialisé qui semble avoir fermé toutes les portes ».

pages 137/138 : « ...pour revenir à la France, ce qui me frappe sans doute le plus et m'inquiète en même temps, c'est le prosélytisme extrêmement actif des intégristes musulmans qui bénéficient, dans les cités, d'un terrain de prédilection pour organiser la ghettoïsation. Une partie de la classe politique -je veux être gentil- joue avec le feu en pensant qu'un islam radical même repoussant, aurait la vertu de confiner les habitants des cités dans leurs ghettos, contribuant à préserver le reste de la société des éruptions qui surviennent dans ces quartiers. Non seulement cette posture est inacceptable d'un point de vue républicain, mais elle est de plus dangereuse. Le mariage entre une volonté conquérante et une religion n'a jamais rien produit de bon dans l'histoire ».

page 142 : « Ayons à l'esprit que dans certains territoires de notre République les minorités se retrouvent majoritaires. Ce n'est pas l'un des moindres effets pervers de la ghettoïsation ».

 

En terminant la lecture de ce livre, je me suis dit : Voilà au moins un homme qui a du cran, qui n'hésite pas à appeler un chat, un chat et qui n'a pas peur de se mettre en porte-à-faux avec son milieu politique . André Gerin écrit d'ailleurs (page 20) : « je me rendais compte dans le même temps qu'au niveau central, au sein du PCF, nous ne parlions pas des mêmes choses. Ce qui me valait des inimitiés à la direction du parti. Ainsi selon la direction nationale des élus communistes et républicains, j'étais devenu sécuritaire et populiste. Sur le sujet j'étais en opposition totale avec nombre de mes camarades » et page 22 : « Tous ces désaccords profonds me valurent une réunion départementale, la veille d'un week-end de Pâques, où un dirigeant national des élus communistes tenta de me remettre dans le droit chemin. J'ai fait ce jour-là bonne figure mais je suis sorti renforcé dans mes convictions ».

Chapeau, bravo, dans notre pauvre France, on aurait bien besoin de beaucoup d'André Gerin.

J.D. 26 avril 2012

couverture du livre d'André Gerin publié en février 2012

couverture du livre d'André Gerin publié en février 2012

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