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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 16:20

Aristide Briand fut élu député pour la première fois le 27 avril 1902 (dans la Loire). Dans la biographie qu'il lui consacre, Georges Suarez décrit l'ambiance dans les couloirs de la Chambre des Députés (aujourd'hui Assemblée Nationale) lorsque Briand fut élu, c'est-à-dire en 1902. . C'est dans le tome 1, publié en 1938, au chapitre VIII. Pour employer la terminologie des guides touristiques du bibendum, cela « vaut le détour ». Voici ce texte :

« Si c'est quelquefois à la tribune que se révèlent les orateurs, c'est dans les couloirs que se fait leur réputation. Sans l'âpre critique des coulisses, les succès de l'éloquence ne vivraient pas une heure dans la bourrasque oublieuse des assemblées. Il n'y a pas de crible plus sûr que cette foule étrange où circulent pêle-mêle, parmi les ministres, les parlementaires, les journalistes connus, toute une faune indéfinissable de messagers occultes, d'hommes de main d'informateurs aux gages, de petits profiteurs avides, de courtisans sans aveu des gloires qui passent. Ce monde vit séparé des autres. Il a ses rites, ses conventions, ses signes de ralliement, ses obscures solidarités. Ces épaves, rejetées par on ne sait quelle lame de fond, pimentent le milieu, l'assaisonnent de cynisme, de potins, de scandales. Leur mélange constitue une moyenne très supérieure à celle des assemblées. Car si la vertu est rare autour des Quatre-Colonnes (vestibule décoré de quatre colonnes qui précède l'hémicycle) l'esprit y foisonne. Il y est féroce et n'épargne rien. Il s'accompagne d'une certaine compétence, due à l'expérience, à l'insistance, à l'habitude, quelquefois à la culture. On est un grand homme que si la censure des couloirs y consent. On ne devient orateur que si les archontes de la coulisse en ont ainsi décidé. Chacun a un maître, un patron, qu'il sert avec des armes empoisonnées. Dès que s'ouvre une crise ministérielle, la dissimulation devient la règle, l'espionnage un droit, la fausse nouvelle un alibi. Il s'établit entre les prétendants une guerre pleine de pièges, et de stratagèmes. Ils ont pour eux leurs familiers ou leurs clients que le vainqueur du tournoi tient en disponibilité pour les sinécures qui attendent un titulaire. Rien n'égale l'aplomb de ces prébendiers, habitués de bonne heure à régenter leurs contemporains. Ils rendent à leurs maîtres mille menus services, font leurs petites commissions, savent même écouter aux portes pour y surprendre le secret du rival.

C'est un domaine où ne règne pas qui veut. Il faut savoir exploiter toutes les faiblesses, toutes les roueries.... »

Est-ce que cela a vraiment changé un siècle plus tard ?

J.D. 18 juillet 2013

P.S. la récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

la salle des Pas perdus à l'Assemblée Nationale

la salle des Pas perdus à l'Assemblée Nationale

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jeanfracouis 13/02/2014 18:46

jean froncois Delisle

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