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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 08:35

1 Eléonora :

Eléonora Marx (de son nom complet : Jenny Julia Eleanor Marx) est née à Londres le 16 janvier 1855. Elle est la fille du célèbre Karl Marx et de Jenny von Wesphalen.

Eléonora fut très proche de son père dont elle assura le secrétariat, s'occupa de la publication de ses œuvres. Elle participa à la création de la première internationale socialiste, à la création du Labour Party en Angleterre, soutint les revendications d'indépendance des Irlandais et tous les mouvements ouvriers. Elle rédigea une histoire de la Commune de 1871 (publiée en 1876).

Elle mérite de figurer en bonne place dans le Panthéon socialiste comme beaucoup d'autres femmes (Olympe de Gouges, Louise Michel, Clara Zetkin, Rosa Luxembourg etc) Si les hommes du Panthéon socialiste (Engels, Marx, Jaurès, Lénine, Mao etc) sont beaucoup plus connus que les femmes, elles n'en ont pas moins de mérite.

En 1884, Eléonora se mit en ménage avec Edward Aveling, biologiste, darwiniste, socialiste et tout ce que l'on veut en « iste », mais il était marié. Eléonora accepta cette situation d'un amant qui avait un double foyer. Mais lorsqu'il devint veuf et qu'elle apprit qu'il s'était remarié avec une actrice, elle se suicida à Londres le 31 mars 1898. Son père était décédé en 1883.

2 le cinquième congrès socialiste international :

Ce congrès s'ouvrit à Paris (à la salle Wagram) le 23 septembre 1900. Il fut placé sous la présidence de Jean Jaurès. Aristide Briand était nommé secrétaire. A l'époque Jaurès et Briand s'entendaient comme larrons en foire. Excellents orateurs tous deux, leur alliance dans les congrès leur permettait de faire passer leurs idées parmi les socialistes particulièrement divisés en courants qui souvent se haïssaient (entre les « Guédistes », les « Blanquistes », les « Jauressistes », les « Allemanistes », les « Ministériels », les « Indépendants » …). Les divisions étaient telles que Briand disait la veille des congrès : « Le parti va se réunir en scissions annuelles ». Toujours est-il que ce congrès rendit hommage à Eléonora. Voilà ce que l'on peut lire dans la biographie de Briand de Georges Suarez (tome 1 publié en 1938, chapitre 5) :

« Le socialisme avait été très éprouvé cette année là. Lavroff, chef des révolutionnaire russes était mort et Eléonora Marx, une fille de l'auteur du Kapital, s'était suicidée après des essais malheureux d'union libre avec un certain Aveling, disciple de Darwin. C'était une étrange femme qui n'avait rien compris à l'exemple paternel. Son père en dévoilant aux masses le secret du bonheur universel , avait d'abord assuré le sien. Ses contrats avec les éditeurs lui permettaient d'attendre sans impatience et dans le confort que le paradis descendit sur la terre. Le commerce de l'utopiste ressemble à celui du prestidigitateur. L'un et l'autre vendent des illusions et quand ils ont épuisé leurs tours, il n'y a guère qu'eux qui sont payés. Tandis que Marx faisait fructifié son bien, en mettant en coupe réglée celui des autres, qu'il vivait riche et bourgeois en cédant au prix fort ses découvertes pour détruire la richesse et la bourgeoisie, Eléonora courait derrière les chimères, derrière le vrai bonheur , celui de l'âme et du cœur. Elle était fort cultivée, avait traduit Flaubert et Ibsen. Sa disparition brutale avait beaucoup ému le monde des lettres et celui de la politique. Jaurès le dit en termes émus. »

Le jugement de Suarez sur Karl Marx semble exagéré. Il tira bien sûr des revenus de ses publications ainsi que d'une collaboration avec le « New-York Tribune » qui dura de 1853 à 1861. Pour l'essentiel Karl Marx semble avoir bénéficié à partir de 1844 du soutien financier de son ami Friedrich Engels (très connu de ceux qui s'intéressent à la philosophie marxiste ou à l'histoire du marxisme).

3 Jaurès et l'église :

A la fin du XIXe siècle, et au début du vingtième, les congrès socialistes étaient l'occasion d'affrontements sans fin entre les « courants ». Il faut dire qu'ils avaient été profondément divisés par l'affaire Dreyfus. En outre le socialiste Alexandre Millerand avait accepté sur son initiative personnelle de participer au gouvernement de Pierre Waldeck-Rousseau et Millerand pour la première fois dans l'histoire du socialisme français participait à un « gouvernement bourgeois » (comme ministre du commerce, de l'industrie, des Postes et Télégraphes à compter du 22 juin 1899 ; Millerand se retrouvera Président de la République le 23 septembre 1920). Pour beaucoup de socialistes français à l'époque, cette participation constituait un « péché mortel ». Aussi, au congrès de 1901, tenu à Lyon du 26 au 28 mai, les Guesdistes, soutenus par les Blanquistes demandèrent l'exclusion d'Alexandre Millerand au moyen d'une motion dans laquelle il était dit que Millerand en participant au gouvernement « s'est placé hors du parti ». Aristide Briand fit voter la motion mais très habilement il avait ajouté 2 petits mots et « s'est placé hors du parti » était devenu « s'est placé hors du contrôle du parti », ce qui n'impliquait plus l'exclusion. Les Guédistes avaient été roulés dans la farine !

Mais en retour de bâton et comme tous les coups étaient permis, certains s'en prirent à la famille de Jaurès. Voici le récit qu'en fait Georges Suarez dans sa biographie de Briand (tome 1, chapitre VI) :

« Dans le courant de septembre 1901, le Comité général (comité de coordination entre tous les courants socialistes dont le siège était à Paris rue Portefoin ) eut à s'occuper d'une curieuse affaire. Un instituteur toulousain, Lamourere, qui avait eu jadis des différends d'un ordre assez bas avec Jaurès, révéla dans sa feuille que le fils du tribun avait été baptisé avec les eaux du Jourdain, ce sauvage petit fleuve de Palestine où Jésus avait reçu le baptême de saint Jean-Baptiste, le premier sacrement. Cette piété munificente, qui ne se contentait pas des ondes vulgaires de la Seine, donnait par ailleurs l'exemple de la continuité dans le devoir religieux. Mlle Jaurès était en pension chez les sœurs de Notre-Dame de Bon-Secours à Villefranche d'Albigeois, et elle venait d'y faire, dans des conditions édifiantes, sa première communion. On raconta que pour céder à une mise en demeure de Waldeck-Rousseau, que les campagnes anticléricales gênaient, Jaurès avait retiré son enfant du lycée Molière, à Paris, pour la mettre chez les religieuses.

Jaurès connut, à ce moment là, les affres d'une pénible crise de conscience. Il accumula démentis sur démentis, nia l'évidence, s'enferra dans ses mensonges. Sa pauvre âme de grand homme accroché à sa renommée, ne se montra jamais aussi débile, aussi minable que dans cette bouffonne aventure. Il n'eut aucun courage, ni celui d'avouer, ce qui eût été honorable, ni celui de tenir tête à ses accusateurs. Urbain Gohier avait publié dans la presse un témoignage du curé de Villefranche.

Trois jours plus tard on trouva dans le journal « l'Ecole Laïque » un démenti de Jaurès.

Le 11 août, « l'Action laïque » maintenait son affirmation... dans le même numéro était reproduit in extenso un discours de Jaurès au Conseil municipal de Toulouse où il prenait la défense des religieuses affectées aux hôpitaux.

Le pauvre homme, devant ce déballage insipide , perdait son sang-froid et ne savait plus où donner de la plume ; mais rue Portefoin, ce fut un beau tapage quand le scandale éclata. Jaurès était souffrant et l'on avait pas attendu qu'il fut remis pour évoquer l'ironie de sa position. Les plus farouches parlaient d'exclusion et demandaient que l'on passât au vote sans attendre...

Quand enfin arriva le jour fixé pour le débat, 6 septembre 1901, la salle déjà trop petite craquait sous le poids de ses hôtes. Il y en avait partout : dans les couloirs, au bar, dans la cour ; Jaurès, tassé au premier rang, le ventre collé à la table du secrétaire, pantelant d'effroi au milieu de ses poils ; son tic de l’œil droit ne le laissait plus au repos. Sa cravate flânait sur l'épaule, et sa lourde main crispée, descendait à la poche pour des fouilles problématiques. Derrière lui, d'une masse curieuse, amusé ou fanatique, des têtes se tendaient pour contempler l'illustre accusé. On retrouvait là Emile Buré, que cette farce indignait sérieusement, Wilm, goguenardant, qui trouvait que les principes étant les principes, et le professeur Gustave Téry, le principal accusateur, avec son regard lourd....

Wilm, mandaté par le P.O.S.R (parti ouvrier socialiste révolutionnaire) fit avec tact la part du burlesque et du bon sens,

Il ne s'agit pas là, dit-il, de sectarisme dans quelque sens que ce soit. Mais vous ne pouvez chaque jour dénoncer les officiers qui vont à la messe, tandis que vous-même vous confiez vos enfants aux curés. C'est une question de bonne foi

A son tour Jaurès se leva et plaida la sainte cause de la famille et la tranquillité du foyer. Comme un sombre militant l'interrompait, il lui dit :

Mon ami, vous faites sans doute de votre femme ce que vous voulez, moi pas. Avez-vous, poursuivit Jaurès, une autre solution à proposer que la mienne ?

Oui, jeta un délégué à touche mauvaise.

Laquelle ? Fit Briand.

Je l'aurais étranglée, fit l'autre, farouche.

Parfait s'écria Briand, au moins comme cela vous auriez eu raison de votre femme et, faute de mieux, vous auriez pu la faire enterrer civilement . »

Comme on le voit il était plus facile pour le tribun Jaurès de remuer les foules que d'imposer son point de vue dans son foyer. Il en est probablement ainsi pour beaucoup de « grands hommes ». Quant aux luttes pour le pouvoir, elles remontent à la plus haute antiquité et n'épargnent aucun bord, aucune faction, aucun parti.

J.D. 16 juillet 2013

timbres Allemagne de l'est 1955 : 1 Marx, 2 le Capital, 3 le Manifeste

timbres Allemagne de l'est 1955 : 1 Marx, 2 le Capital, 3 le Manifeste

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