Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 18:53

Dans l'Histoire, peu de personnages ont fait autant rêver et autant écrire qu'Alexandre le Grand. La naissance de peu de personnages ont aussi fait l'objet d'autant de légendes, de signes, de présages...

1 - Petit rappel :

Alexandre naquit le 21 juillet de l'an 356 avant notre ère à Pella qui était alors la capitale du royaume de Macédoine. Ce royaume était situé dans la partie nord-est de l'actuelle Grèce et ne doit pas être confondu avec l'actuelle République de Macédoine proclamée le 8 septembre 1991 et qui est une partie de l'ex Yougoslavie.

Alexandre était le fils de Philippe II roi de Macédoine et d'Olympias. Mais selon la légende, Olympias aurait été fécondée par Zeus déguisé en serpent. Philippe prétendait lui-même descendre d'Héraclès fils de Zeus et d'Alcmène que Zeus avait séduite en prenant l'apparence de son mari. Sacré Zeus, les humains lui ont vraiment attribué tous les vices des hommes !

Alexandre pour sa part revendiqua, sans complexe, parmi ses ancêtres aussi bien Zeus qu'Hermès. Ainsi Plutarque écrit (Vie d'Alexandre en 28) : »Alexandre était très fier avec les barbares et affectait devant eux d'être persuadé de son origine et de sa filiation divine ». Il pensait aussi avoir Achille (principal héros grec de la guerre de Troie) parmi ses ancêtres du côté de sa mère.

Philippe fut polygame et eut 7 épouses. Olympias la quatrième épousée eut 2 enfants avec Philippe : Alexandre et Cléopâtre née en -355. Olympias supportait mal la polygamie de son mari, à tel point que certains auteurs lui ont attribué l'organisation de l'assassinat de Philippe en -336.

Le père de Philippe avait lui-même été assassiné en -370. C'est d'abord l'un de ses fils qui lui succéda sous le nom d'Alexandre II, pendant que Philippe était livré comme otage à Thèbes (en -368). Il s'agit de la Thèbes grecque située en Béotie, à ne pas confondre avec l'antique Thèbes égyptienne (à l'emplacement de l'actuelle Louxor).

Philippe fut libéré de Thèbes en -365 et devint roi de Macédoine en -359. Il réorganisa complètement l'armée et fut le créateur de la « phalange macédonienne » héritière de la phalange grecque dite « hoplitique » qui avait elle-même copié l'antique phalange sumérienne.

A la tête d'une armée rénovée et efficace, Philippe II de Macédoine soumit toutes les cités grecques à son autorité notamment après sa victoire sur une coalition de villes grecques menée par Athènes, à Chéronée (en Béotie) en août -338.

Les relations entre Philippe II et son fils Alexandre furent complexes, c'est à tout le moins ce que l'on peut penser. Ci après quelques extraits de Plutarque dans « Vie d'Alexandre » : « Toutes les fois qu'on annonçait que Philippe avait pris quelque ville, Alexandre, loin de rayonner en entendant la nouvelle, disait aux enfants de son âge : mes amis, mon père prendra tout avant moi et il ne me laissera rien de grand ni de glorieux à faire un jour avec vous... »

« Mais les troubles domestiques, qui virent le royaume comme contaminé par les désordres que provoquèrent dans le gynécée les mariages et les amours de Philippe, soulevèrent entre lui et son fils maints griefs et de graves différents, que le mauvais caractère d'Olympias, femme jalouse et vindicative, aggravait en aigrissant Alexandre. Attale fit éclater l'orage aux noces de Cléopâtre, une toute jeune fille dont Philippe s'était épris malgré la différence d'âge. Attale donc, qui était l'oncle de Cléopâtre, pris de vin, se mit au banquet à inviter les Macédoniens à demander aux dieux de faire naître de Philippe et de Cléopâtre un héritier légitime du royaume. Piqué au vif, Alexandre s'écria : Et moi, scélérat, me prends-tu donc pour un bâtard ? Et il lui jeta sa coupe à la tête. Philippe alors se dressa et dégaina l'épée contre son fils ; mais par bonheur pour l'un et pour l'autre, la colère et l'ivresse le firent chanceler et s'affaler. Alors Alexandre l'injure aux lèvres : Voilà mes amis, dit-il, l'homme qui se préparait à passer d'Europe en Asie et qui, en passant d'un lit à l'autre, se retrouve les quatre fers en l'air »...

Philippe II au moment de cet épisode préparait une expédition contre les Perses. Son assassinat l'empêcha d'accomplir ce projet. Alexandre âgé de 20 ans succéda à son père comme roi de Macédoine sous le nom d'Alexandre III. Après ses conquêtes, il devint Alexandre le Grand. Philippe avait d'autres enfants qui pouvaient prétendre à la succession. Olympias se chargea de les éliminer. Dans le genre « histoires parallèles » on pourrait, je crois, comparer Olympias mère d'Alexandre avec Agrippine mère de Néron. Olympias sera exécutée en -310 sur ordre de Cassandre qui était devenu roi de Macédoine et Agrippine sur ordre de son fils Néron en mars 59.

Alexandre devenant roi avait déjà l'expérience des combats. Voici en effet ce qu'écrit Plutarque : « Pendant que Philippe faisait la guerre aux Byzantins, Alexandre âgé de seize ans (c'était donc en -340), était resté en Macédoine comme dépositaire du pouvoir et du sceau royal : il soumit alors les Médares qui s'étaient révoltés et prit leur ville ; à la place des barbares qu'il en chassa, il installa des habitants de diverses origines et donna à la ville le nom d'Alexandropolis. Il participa en personne à la bataille que Philippe livra contre les Grecs à Chéronée (en -338, Alexandre avait 18 ans) et fut, dit-on, le premier à charger le bataillon sacré des Thébains. ».

Plusieurs villes grecques dont Thèbes et Athènes profitèrent de la mort de Philippe pour se soulever contre la Macédoine. Alexandre fut vainqueur et fit complètement raser la ville de Thèbes pour servir d'exemple (la ville sera reconstruite après la mort d'Alexandre). Puis rassemblant les Grecs il se lança en -334, dans sa célèbre expédition contre les Perses.

Alexandre fut vainqueur de Darius III, roi des Perses et de son armée, au terme de plusieurs batailles dont les principales sont :

*bataille du Granique (sur les rives du fleuve Granique dans l'actuelle Turquie) en mai -334

*bataille d'Isos ( en Anatolie dans l'actuelle Turquie) le 1er novembre -333

*bataille de Gaugamèles (au nord de l'actuel Iraq) le 1er octobre -331 à la suite de quoi Alexandre se proclama roi des Perses. Darius III, en fuite, fut assassiné par des Perses en -330.

Alexandre épousa Stateira fille de Darius à Suse en -324 après avoir poursuivi son expédition jusqu'à la vallée de l'Indus. Alexandre annexa tout l'ancien empire perse y compris l'Egypte qui était occupée par les Perses lorsque Alexandre commença son expédition. Tout au long de son parcours, il lança la construction d'une cinquantaine de villes qui toutes s'appelèrent « Alexandrie » ; la plus célèbre étant l'Alexandrie d'Egypte.

Selon Plutarque (Vie d'Alexandre en 66) : « il ne ramena pas de l'Inde le quart de ses forces armées, lesquelles, à son départ, étaient de cent vint mille fantassins et environ quinze mille cavaliers ». Il mourut d'une « fièvre » le 13 juin -323 à Babylone sur la route du retour vers la Grèce. Alexandre avait épousé Roxane, une persane, en -327. Après la mort d'Alexandre, Roxane fit étrangler Stateira alors enceinte. Roxane sera elle-même exécutée en -310.

Après la mort d'Alexandre, ses généraux se partagèrent son empire et...se firent la guerre ...jusqu'à ce que les Romains les mettent tous d'accords en s'emparant de la Grèce, de l'Egypte et de toute la partie de l'ancien empire perse située à l'ouest de l'Euphrate.

Sur les raisons de l'expédition d'Alexandre et sur sa place dans le vaste conflit Orient/Occident, voir sur mon blog, la fiche N° 3 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-guerre-de-troie-partie-1-55734368.html consacrée à la guerre de Troie et spécialement la partie trois intitulée : « essais de synthèse ».

2 - Le modèle :

Depuis plus de vingt-trois siècles, Alexandre fait rêver tous les apprentis conquérants. En voici quelques exemples :

*César en Espagne (avant la guerre des Gaules) se lamente devant une statue d'Alexandre « qu'il n'avait encore rien fait de mémorable à l'âge ou Alexandre avait soumis toute la terre ».

*Auguste « s'étant fait montrer le sarcophage et le corps d'Alexandre le Grand, que l'on retira de son tombeau, il lui rendit hommage en plaçant sur sa tête une couronne d'or et en le jonchant de fleurs, mais comme on lui demandait s'il désirait visiter également les tombes des Ptolémées, il dit qu'il avait voulut voir un roi et non des morts ». Cela se passe à Alexandrie. Après la mort d'Alexandre, le gouvernement de l'Egypte était revenu à Ptolémée, un des généraux d'Alexandre. En -321, le catafalque contenant les restes embaumés d'Alexandre fut acheminé de Babylone en Macédoine. Mais Ptolémée qui régnait sur l'Egypte détourna le convoi et fit inhumer Alexandre à Alexandrie.

*Caligula porta la cuirasse d'Alexandre le Grand qu'il avait fait retirer de son tombeau

*Néron avait fait enrôler une nouvelle légion ne comprenant que des recrues de six pieds de haut (1,98 mètre) qu'il appelait la phalange d'Alexandre le Grand et Néron ne fit que 2 voyages hors de l'Italie, celui d'Alexandrie et celui d'Achaie en Grèce

*Bien d'autres empereurs romains (Hadrien, Caracalla etc) firent le voyage d'Alexandrie .
*Bien longtemps après eux, le 22 juin 1798, Bonaparte à bord du vaisseau « l'Orient » rédigeant une proclamation à l'armée écrivait : « la première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre. Nous trouverons à chaque pas de grands souveni
rs.. ».

3 – pour la petite histoire :

En 1863, à Fécamp (en Seine-Maritime), un négociant en vin nommé Legrand et que ses parents avaient prénommé Alexandre, retrouva la recette de la Bénédictine qui aurait disparue lorsque la fureur révolutionnaire s'en prit aux communautés ecclésiastiques et aux.... Bénédictins.

Cet Alexandre Legrand fit construire à Fécamp un palais-usine pour fabriquer la bénédictine. A l'étage dans une grande salle de réunion, un des côtés de cette salle, vitrée, représente Alexandre Legrand présentant la bénédictine aux muses ( composition probablement inspirée de « Virgile et les muses »). Le même s'est fait représenter en statue. Ses parents ont eu raison de le prénommer Alexandre.

J.D. 21 avril 2013

Nota : la récapitulation des notes de ce blog par thèmes se trouve sur la fiche N°76http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html.

carte des conquêtes d'Alexandre le Grand

carte des conquêtes d'Alexandre le Grand

Repost 0
17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 20:52

 

 

Définir les guerres dites « napoléoniennes » paraît simple mais c'est en fait compliqué. Tout le monde s'accorde sur la fin de la période des guerres dites « napoléoniennes » avec la chute de Napoléon Bonaparte après Waterloo (18 juin 1815). Mais quand faire commencer cette période ? En 1804 avec le premier empire ? Après le coup d'Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799) qui mit fin au Directoire et propulsa Napoléon comme premier consul ? A partir de 1792 et le début de la première coalition contre la France ? Tous les auteurs ne semblent pas d'accords sur le sujet.

L'opinion publique française actuelle est encore très partagée sur le jugement à porter sur Napoléon. Pour les uns, il est le principal génie militaire de l'histoire de France qui porta la gloire du pays au plus haut sommet. Pour les autres, c'est un ambitieux, un assoiffé de batailles et de sang, un ogre responsable de la mort de millions d'êtres humains.

La part des choses :

Lorsque commence le siège de Toulon en septembre 1793, Bonaparte n'est encore que capitaine d'artillerie. Ce n'est par conséquent pas lui qui a mis fin à la royauté de droit divin (10 août et 21 septembre 1792), guillotiné le roi (le 21 janvier 1793), la reine Marie-Antoinette (le 16 octobre 1793), qui a aboli les privilèges (4 août 1789), supprimé les biens du clergé (2 novembre 1789), décidé de porter les frontières de la France à ses frontières naturelles à savoir, le Rhin d'un côté et les Alpes de l'autre etc. Tout cela dans une Europe dans laquelle tous les monarques se prenaient encore pour des souverains de droit divin. Louis XVI et Marie-Antoinette étaient en famille avec pratiquement toutes les Cours d'Europe. En outre les souverains eurent peur de la contagion révolutionnaire. Ce fut la curée contre la France révolutionnaire. Il y eut 7 coalitions de l'Europe contre la France, avec comme instigatrice principale, comme âme damnée, l'Angleterre. Voici un rappel de ces coalitions avec entre parenthèses la liste des pays coalisés contre la France :

1ère coalition : de 1792 à 1797 (Angleterre, Prusse, Autriche, Hollande, Espagne, Portugal, royaume des 2 Siciles et royaume de Sardaigne),

seconde : de 1798 à 1802 (Angleterre, Russie, Empire Ottoman, Autriche, royaume de Naples, Suède),

troisième : en 1805 (Angleterre, Russie, Autriche, royaume de Naples, Suède),

quatrième : en 1806/1807 (les mêmes plus la Prusse),

cinquième : en 1809 (Angleterre et Autriche),

sixième : en 1813/1814 (Angleterre, Autriche, Russie, Prusse, Suède)

septième en 1815 (Angleterre, Autriche, Espagne, Portugal, Prusse, Russie, Suède, Pays-Bas, Saxe, Bavière, Bade, Wurtemberg, Suisse, royaume de Naples)

Devenu premier consul en 1799, consul à vie en 1802, puis empereur en 1804, Bonaparte conserva les « acquits » de la Révolution. Pour éviter les guerres avec le reste de l'Europe, il aurait fallu probablement qu'il accepte le retour de la royauté, des privilèges, l'abandon des conquêtes révolutionnaires etc. Ce n'est pas ce qu'il fit et il y eut des guerres jusqu'en 1815. A chacun de juger mais mettre sur le dos de Napoléon l'entière et seule responsabilité des guerres n'est pas correct.

 

Problème de vocabulaire : Les historiens antiques furent plus futés que nos contemporains. Ainsi les Grecs n'appelèrent pas « guerres grecques » ou guerres de Léonidas ou de je ne sais trop qui, les guerres qu'ils firent aux Perses au début du cinquième siècle avant notre ère, mais guerres « médiques » (les Mèdes occupaient l'espace et le pouvoir de ce qui deviendra la Perse avant la dynastie Perse).
Les historiens latins n'appelèrent pas guerres « romaines » ou guerres de Scipion ou d'autres, les guerres qu'ils firent contre Carthage (de -264 à -146), mais guerres « puniques ». Le punique était le dialecte phénicien parlé à Carthage.

Donner aux guerres de 1792 à 1815 le nom de guerres « napoléoniennes » de la part des Anglais, c'est bien joué. Mais que nos historiens aient enfourché le cheval anglais... Mais il est vrai qu'en France nous sommes les champions de l'auto-flagellation et de la repentance ! On se souvient en 2005, d'un Président de la République française qui refusa de célébrer le bi-centenaire de la victoire d'Austerlitz (2 décembre 1805), mais qui avait envoyé le porte-avions Charles De Gaulle participer aux célébrations anglaises de leur victoire de Trafalgar (21 octobre 1805). Tout un programme !

J.D. 17 avril 2013

 

la récapitulation des notes de ce blog par thèmes se trouve sur la fiche N° 76

 

Cambronne à la citadelle de Sisteron, photo J.D. 2013

Cambronne à la citadelle de Sisteron, photo J.D. 2013

Les guerres napoléoniennes (N°104)
Repost 0
jean.delisle.over-blog.com - dans Napoléon premier empire
commenter cet article
7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 09:15

 

A Rome, Messaline fut une impératrice qui se prostitua,

A Byzance, Théodora fut une prostituée qui devint impératrice.

Mais ce n'est pas leur seul point commun.

 

Messaline : Arrière petite fille de Marc-Antoine et d'Octavie, cette Octavie étant elle-même demie-sœur d'Auguste et petite fille de Julia sœur de César. Messaline était également la nièce de Domitius père de Néron.

Elle naquit en l'an 25 au premier siècle de notre ère. En 38 ou 39 (à 13 ou 14 ans) elle épousa Claude, né en 10 avant notre ère et qui devint empereur le 24 janvier 41. Avec Claude elle eut une fille nommée Octavie en 39 ou 40 et un fils nommé Britannicus né le 12 février 41. Le nom « Britannicus » est dû aux victoires qui eurent lieu sous le règne de Claude en « Bretagne » (actuelle Grande-Bretagne).

Plusieurs auteurs antiques ont laissé des informations sur Messaline dont principalement Tacite dans les « Annales », Suétone dans « Vies des douze Césars » et Juvénal dans les « Satires ». Sur les deux premiers auteurs voir sur mon blog la fiche N°98 (Néron et Locuste l'empoisonneuse »). Juvénal, lui naquit vers l'an 50 et mourut en 128.

Les textes des 3 auteurs concordent pour montrer Messaline menant une vie de débauchée notoire, multipliant les amants et même se prostituant à Rome dans le bordel de Subure pour trouver des plaisirs nouveaux. Juvénal la nomme d'ailleurs « la putain impériale ». Elle fit exécuter ou exiler (comme Sénèque) ceux qui pouvaient la gêner. En 48, profitant d'une absence de Claude, elle s'organisa un mariage public avec Caius Silius (qui fut sénateur en 47 et consul en 48) dont elle espérait qu'il prendrait le pouvoir à la place de Claude.

Dans l'entourage de Claude, certains craignant de perdre leur influence avec un changement de pouvoir (spécialement un affranchi nommé Narcisse) dénoncèrent Messaline auprès de Claude. Celui-ci rentra à Rome, fit exécuter tous ceux qui avaient participer à cette mascarade de mariage. L'entourage de Claude fit promptement exécuter Messaline de peur qu'elle parvienne à obtenir le pardon de Claude et se venge de ceux qui l'avaient dénoncée. Comme l'écrit Tacite à propos d'Agrippine : (Annales livre XII- LXVII) « Si l'on risque à commencer les plus grands crimes, on gagne à les consommer ».

Messaline n'avait que 23 ans au moment de sa mort, malgré son jeune âge, son nom reste synonyme de vices et de débauche. Elle ne vit pas la suite des événements : le mariage d'Agrippine (sœur de Caligula et tante par alliance de Messaline) avec Claude, l'adoption de Néron fils d'Agrippine par Claude, le mariage de ce Néron avec Octavie fille de Messaline (ce qui faisait de Messaline la belle-mère de Néron), l'empoisonnement de Claude par Agrippine, Néron devenant empereur, l'empoisonnement de Britannicus (fils de Messaline) par Néron, l'assassinat d'Agrippine commandé par son fils, puis le suicide d'Octavie sur ordre de Néron enfin le propre suicide de Néron. Quelle belle famille !

 

Théodora : naquit vers l'an 500, fille d'un dresseur d'ours au cirque de Constantinople, originaire de Chypre. Edward Gibbon historien anglais du XVIIIe siècle consacre un assez large développement à Théodora dans « Histoire du déclin et de la chute de l'empire romain » au chapitre XL, à partir des sources antiques dont la principale est « histoire secrète » attribuée à Procope de Césarée, un contemporain de Théodora qui fut secrétaire de Bélissaire (principal général de Justinien) puis préfet de Constantinople. L'ouvrage de Procope est un véritable réquisitoire à charge contre Théodora.

Théodora eut deux sœurs. Elles perdirent leur père encore très jeunes. Pour survivre, Théodora joua d'abord la pantomine au cirque puis dès qu'elle en eut l'âge, elle gagna sa vie en vendant son corps « dans toutes les villes de l'Orient ».

A 23 ans, arrivée à Byzance, elle parvint à séduire Justinien de 17 ans son aînée. Celui-ci fit réformer la loi qui lui interdisait certaines alliances, épousa Théodora en 523, la mit sur le trône lorsqu'il devint empereur en 527 et partagea le pouvoir avec elle. Théodora vécut dans le luxe (après la luxure!). Elle organisa sa propre police et faisait arrêter tous les opposants qui finissaient au cachot après d'atroces tortures. Certains étaient remis en liberté les membres brisés afin que chacun puisse se convaincre de ce qu'il en coûtait de s'opposer à Théodora.

Durant son périple dans « toutes les villes de l'Orient », elle avait eu un fils qu'elle avait abandonné et qui avait été élevé par son père présumé. Devenu grand ce fils apprit qui était sa mère et ce qu'elle était devenue. Il se présenta à Théodora. Peu soucieuse de laisser vivre ce témoin de son passé, elle le fit supprimer.

A l'actif de Théodora signalons cependant qu'elle participa au pouvoir aux côtés de Justinien et fit prendre entre autres des mesures pour aider les prostituées. Elle fit également preuve de courage. En janvier 532, lors d'une insurrection connue sous le nom de « Nika » et née à la suite d'une course de chars, les insurgés mirent durant 5 jours la ville de Constantinople à feu et à sang et désignèrent un nouvel empereur. Justinien prit peur et voulut fuir. Théodora plus courageuse ou ayant plus à craindre parce que plus compromise, se chargea de remettre de l'ordre dans la cité. Elle y fit rentrer des légions aguerries qui vinrent à bout de la révolte après un abominable massacre.

Lorsque la santé de Théodora déclina, les médecins prescrivirent une cure thermale en Grèce. Le cortège qui accompagna Théodora ne comprenait pas moins de 4.000 personnes. Les eaux ne purent rien et Thédora décéda le 11 juin 548. Justinien lui survécut 17 ans (il décéda le 14 novembre 565), la pleura et la fit représenter partout. On peut encore voir aujourd'hui Théodora, par exemple, dans les mosaïques de l'église San Vitale à Ravenne où elle est représentée avec une auréole...ça s'impose !

 

En guise de conclusion : Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. Sous cette forme ou sous une autre cela est bien connu. Combien d'hommes à travers l'histoire ayant disposés de pouvoirs absolus devinrent des tyrans sanguinaires, des spoliateurs des fauteurs de guerres... Beaucoup moins de femmes que d'hommes parvinrent au pouvoir dans l'histoire des sociétés humaines, on peut à partir de là se demander si en cas de pouvoir elles ne sont pas meilleures que les hommes ? Les exemples de Messaline, de Thédora et de quelques autres (Agrippine etc) n'incitent guère à l'optimisme, mais à chacun de se faire une opinion.

J.D. 7 avril 2013

Théodora avec une auréole de Sainte (!) dans les mosaïques du VIe siècle de San Vitale à Ravenne

Théodora avec une auréole de Sainte (!) dans les mosaïques du VIe siècle de San Vitale à Ravenne

Repost 0
2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 17:29

 

 

 

C'est un moine nommé Denys, surnommé Denys le Petit (né vers l'an 470 et mort en l'an 544) qui proposa au Vatican de faire partir la numérotation des années du calendrier, de la date supposée de la naissance de Jésus Christ. Cela fut accepté par la papauté mais mit plus de trois siècles pour s'imposer dans tous les pays de la chrétienté.

Dans la Rome antique, la numérotation des années partait de la date de la fondation légendaire de Rome en l'an 753 avant notre ère (voir sur mon blog la fiche N°77 : « à Rome un 21 avril »). Le résultat est que les gens qui vivaient en l'an 247 de notre calendrier, n'ont jamais su qu'ils étaient en l'an 247. Pour eux ce fut l'an mil. L'arrivée de l'an mil fut célébrée avec un grand faste dans tout l'empire romain. C'était au temps de l'empereur Philippe, d'origine syrienne, surnommé Philippe l'Arabe qui régna de l'an 244 à l'an 249 de notre calendrier soit l'an 997 à l'an 1002 du calendrier romain encore en vigueur. Cette célébration tombait à pic pour faire oublier aux citoyens les malheurs du temps, car l'an mil romain fut précédé d'une des périodes noires de l'histoire de la Rome antique. Ainsi, dans l'ancien empire romain, le calendrier ayant changé on célébra une seconde fois l'an mil. 753 ans plus tard pour celles des nations devenues et restées chrétiennes et un peu plus de 1330 ans plus tard dans l'espace de l'ancien empire romain devenu musulman, puisque l'année musulmane commence avec l'hégire (fuite de Mahomet de La Mecque vers Médine en 622 du calendrier chrétien) et compte tenu que l'année musulmane ne compte que 354 jours ce qui fait rattraper environ 3 années par siècle sur le calendrier chrétien.

Le calendrier romain :

Pendant longtemps, l'année romaine commença au mois de mars. Les grands pontifes fixaient à Rome le calendrier ; la plupart des charges étant annuelles, pour avantager ou nuire à tel ou tel , les grands pontifes successifs en avaient pris à leur aise avec le calendrier et au temps de César, les fêtes des moissons ne tombaient plus en été, ni celles des vendanges en automne. César y mit de l'ordre et fit commencer l'année le 1er janvier à partir de l'an 45 avant notre ère (soit l'an 708 du calendrier romain). L'année -46 (707 romain) eut 15 mois pour réparer les désordres dûs aux pontifes et se cadrer sur le soleil.

C'est parce qu'antérieurement à cette réforme de César, le calendrier romain commençait en mars que les mois de septembre (7), octobre (8) novembre (9) et décembre (10) sont depuis décalés et correspondent dans l'année aux mois numéros 9 à 12. les noms des autres mois sont aussi d'origine romaine :

*janvier : de Janus, dieu à double tête qui regardait en même temps devant et derrière, c'est-à-dire vers le passé et vers l'avenir et symbolisait les transitions, passages, la nouvelle année...

*février : mois des purifications (februo), qui était le douzième mois du calendrier avant César et le plus court de l'année parce que dédié aux cultes des morts

*mars : nom du dieu de la guerre

*avril : du latin aprilis, origine incertaine, mais mois dédié à Vénus selon certains

*mai : de Maia déesse italique mais aussi grecque (mère d'Hermès)

*juin : selon les auteurs, de la déesse Junon ou de Junius Brutus un des deux premiers consuls lorsque la république romaine fut proclamée en -509 (an 244 de Rome)

*juillet de Julius César né le 12 juillet -102 (an 651 de Rome)

*août du latin Augustus, qui fut le titre puis devint le nom du premier empereur de Rome né le 21 septembre -63 (an 690 de Rome), mais Auguste avait préféré donné son nom au mois d'août. Il est d'ailleurs mort le 19 août 14 (an 767 de Rome). Juillet avait 31 jours et août 30. Pour que le mois qui lui était dédié ne soit pas moins long que celui dédié à César, Auguste fit décaler les mois pour que août ait 31 jours comme juillet.

Si pour l'essentiel nous devons notre calendrier aux Romains, n'oublions pas que ce furent les Egyptiens les premiers qui utilisèrent un calendrier annuel de 12 mois et de 365 jours qu'ils divisèrent en 24 heures.

 

Les événements :

La proclamation de l'an mil (romain) fut précédée et suivie d'une période qui fut appelée « période d'anarchie militaire ».

*Le 18 mars 235 (an 988 de Rome), les légionnaire assassinèrent l'empereur Alexandre Sévère et sa mère. Il était au pouvoir depuis l'an 222 (an 975 de Rome). *Les légionnaires portèrent Maximin sur le trône. Celui-ci se comporta en despote. En avril 238 (an 991 de Rome), à Thysdrus (dans l'actuelle Tunisie), le peuple se soulève, décide d'organiser la résistance et nomme Gordien (Gordien 1er âgé de 81 ans, descendant des Gracques par son père et de l'empereur Trajan par sa mère) comme empereur en y associant son fils Gordien II âgé de 46 ans. Gordien père et fils envoient une délégation au Sénat à Rome pour l'informer de la situation, lui demander de légitimer l'élection et surtout, d'organiser la résistance contre Maximin.

Les légions d'Afrique fidèles à Maximin interviennent contre la population révoltée qui ne fait pas le poids. Gordien II est tué au combat, son père se suicide après 36 jours de règne.

*A Rome, en février 238, lorsque le Sénat apprend la mort des Gordien, il choisit deux nouveaux empereurs en son sein : Balbin et Maxime, charge 20 sénateurs d'organiser la défense contre les légions de Maximin et promet une forte récompense à qui tuera Maximin. Des combats ont lieu en avril 238 entre les légions de Maximin et celles fidèles au Sénat et aux nouveaux empereurs à Aquilée (près de l'actuelle Venise). Maximin et son fils Maximus sont assassinés par leurs propres soldats.

*Balbin et Maxime, les deux nouveaux empereurs qui ne s'entendaient pas, furent eux aussi assassinés le 29 juillet 238, par les soldats, avant qu'ils aient eu le temps de se faire la guerre. Cela portait à 5 le nombre d'empereurs tués en cette année 238. (dur métier!).

*Gordien III, fils et petit-fils des précédents devint alors empereur à l'âge de 14 ans. Six ans plus tard il était assassiné alors qu'il était en campagne contre les Perses sur les bords de l'Euphrate, par Philippe, un de ses officiers qui devint empereur à sa suite et qui célébra l'an mil de Rome. Il eut raison de profiter des fêtes du millénaire car à l'automne de l'an 249 (an 1002 de Rome), Philippe fut tué à Vérone lors de combats contre Dèce autre prétendant au trône, pendant que son fils était tué à Rome. Ensuite, en 20 ans, 7 empereurs furent assassinés. Comme quoi, la lutte pour le pouvoir ce n'est pas nouveau !

J.D. 2 avril 2013

 

 

La récapitulation des notes de ce blog, par thèmes, se trouve sur la fiche N° 76.

 

 

Buste de Philippe empereur en l'an mil de Rome, au Musée de l'Ermitage à Saint Pétersbourg

Buste de Philippe empereur en l'an mil de Rome, au Musée de l'Ermitage à Saint Pétersbourg

Repost 0
jean.delisle.over-blog.com - dans Rome antique calendrier julien an mil
30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 09:08

 

 

Aujourd'hui, (samedi 30 mars 2013 à 8,30 heures du matin), où je suis (à Saint Jean d'Arvey en Savoie), il pleut à « pisse cochons » depuis la nuit de jeudi à vendredi et la neige est annoncée demain, jour de Pâques, à 600 mètres d'altitude, ce qui va probablement me concerner.

Ainsi on aura un temps d'hiver le jour où l'on passe en  horaire «  d'été » et alors qu'on est officiellement au printemps. De quoi en avoir un moral de fin d'automne !

J'ai le souvenir d'avoir lu à l'école (il y a dans les 60 ans) une lettre que Madame de Sévigné écrivait à Madame de Grignan où elle disait « il n'y a plus de saison » ! Comme quoi...

Mais rassurez-vous braves gens, le pingouin est venu nous dire qu'il savait où il allait et que tout allait bientôt aller mieux !

Alors que la veille :

*on annonçait la poursuite de la progression du chômage, que le pouvoir d'achat des Français avait diminué en 2012 pour la première fois depuis 1984 (mais qui c'est donc qui était Président en 1984?)

*que le député socialiste de Paris Pascal Cherki déclarait (je cite ce qui est paru sur le journal en ligne du Point) : « Quand on est président de la France, on est pas conseiller général de canton, on prend la mesure de la situation et on change de braquet. François Hollande n'a pas été élu pour conduire le peuple français sur le chemin sans fin de l'austérité et de la rigueur. Ce n'est pas cela le rêve français ».

*le même jour (toujours d'après le journal en ligne du Point) Montebourg disait au sombre Ayrault : « tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes, tu fais chier la terre entière avec ton aéroport de Notre-Dame des Landes ».

*toujours le 27 mars, Sarkozy qui était à Bruxelles pour remettre la légion d'honneur à un ministre belge, en profitait pour lancer des allusions perfides accompagnées d'éclats de rire complices du public belge

*la télévision russe (pro-russia T.V.) pour son émission hebdomadaire en langue française consacrait un long développement à la manifestation contre le projet de loi appelé « mariage pour tous » (Hollande qui ne s'est jamais marié a bonne mine de promouvoir le mariage pour tous!). Dans cette émission la présentatrice parle un moment du « gouvernement français incapable et devenu illégitime » (parce qu'ayant perdu la confiance de plus des 2/3 des Français).

Le dimanche d'avant (24 mars 2013)

*il y a eu la manifestation monstre contre le « mariage pour tous »

*il y a eu la charge inhabituelle par sa virulence du parti de gauche contre le gouvernement

*il y a eu la claque électorale du P.S. à une législative partielle dans l'Oise. Cinquième échec (sur 5) pour le P.S. aux législatives partielles depuis les élections générales de 2012.

 

L'intervention télévisée de Hollande avait été bien « préparée » !

J.D. 30 mars 2013

Mitterrand le 30 avril 1981. A l'arrière plan, Hollande et Royal. Déjà à l'affût?Photo publiée dans Le Point du 18 décembre 2014 page 235

Mitterrand le 30 avril 1981. A l'arrière plan, Hollande et Royal. Déjà à l'affût?Photo publiée dans Le Point du 18 décembre 2014 page 235

Repost 0
jean.delisle.over-blog.com - dans François Hollande
commenter cet article
29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 16:37

 

 

Dans les débuts de l'histoire de la Rome antique, après la guerre entre les Romains et les Sabins pour la possession des femmes (c'est le fameux « enlèvement des Sabines ») ; et selon la légende, le peuple sabin se divisa en plusieurs rameaux (Voir Theodor Mommsen, « Histoire romaine », livre premier, chapitre VIII).
L'un de ces rameaux suivit le taureau et s'installa dans les montagnes entre Rome et l'Adriatique (Massif des Abruzzes) ainsi que dans les plaines à l'est de ce massif et constitua le peuple des Samnites.

Un autre groupe suivit un oiseau, le pic, et fonda le peuple des Picentins dans l'actuelle région d'Ancône sur l'Adriatique ; un troisième groupe suivit le loup (hirpus) et devint les Hirpins dans le pays de Bénévent (au Nord-est de Naples) ; enfin une partie resta sabine tout simplement dans le Latium (région autour de Rome) où elle se trouvait avant la fondation de Rome. Cette dernière partie fut la première soumise et intégrée à Rome au terme de plusieurs guerres (Voir Tite-Live « histoire romaine » livres I à III).

Les Samnites conservèrent longtemps leur langue, leur croyances, leur organisation et durant plusieurs siècles, ce fut une lutte impitoyable entre la louve romaine et le taureau sabellique. Les Romains s'étaient battus pour les femmes, ils firent la guerre pour la terre. Symboliquement n'est-ce d'ailleurs pas un peu la même chose ? La terre féconde, la terre nourricière, etc.

L'organisation samnite était très décentralisée, celle de Rome, centralisée, disciplinée, autoritaire. Si le taureau est plus fort que le loup, les loups peuvent attaquer en meute !

La guerre commença en -343 et ne se termina vraiment que par l'extermination des Samnites sous Sylla dans les années -70 soit une guerre de presque 300 ans. Un historien (Mommsen, "histoire romaine", livre IV, chapitre IX) écrivit : « le dictateur (Sylla) avait déclaré que Rome n'aurait point de repos tant que subsisterait le peuple samnite et qu'il fallait que son nom fut désormais effacé de la terre... nous le voyons encore entreprendre en personne une campagne de dévastation.. . Et changer en désert un pays florissant et peuplé qui ne s'en relèvera jamais ». Les Samnites disparurent et Mommsen d'écrire : « On éprouve un sentiment de tristesse en parlant de ces peuples, dont le nom nous arrive comme le son des cloches d'une ville engloutie sous les flots » : belle image !

Voici quelles furent les principales étapes de cette guerre :

Après avoir suivi le taureau, les Samnites avaient fondé plusieurs cités qui avaient prospéré. Pour faire face à la croissance de leurs besoins, ils s'étaient étendus vers le sud, s 'emparant de presque toute la partie sud de l'Italie, menaçant de ce fait différents peuples et surtout les cités grecques qui s'étaient implantées sur le littoral de l'Italie du sud et spécialement sur le golfe de Tarente.

Pendant le même temps, les Romains qui faisaient face aux Samnites en Italie centrale s'étaient eux aussi développés, s'emparant d'abord du Latium, élargissant leur territoire au détriment de différents peuples puis se retournant contre les Etrusques au nord avec notamment la prise de la ville de Veies en -396. Ainsi, de fait, Romains et Samnites s'étaient livrés à de grandes manœuvres ; les Samnites contournant les Romains par le sud tandis que les Romains les contournaient par le nord. Chacun profitait de ses annexions pour accroître son territoire, ses ressources et enrôler de nouveaux soldats dans les cités annexées.

Les Romains avaient formé une ligue des cités latines, les Samnites une confédération des cités samnites.

La guerre qui éclata en -343 a été décrite par plusieurs auteurs (Tite-Live, Appien, Denys d'Halicarnasse) mais avec d'importantes contradictions. Il semble cependant que ce soit la louve qui ait attaqué le taureau. Les Samnites auraient laissé 40.000 hommes sur le terrain. Ils durent abandonner aux Romains la cité de Capoue qui figurait parmi les plus riches et les plus raffinées d'Italie. Après les mouvements d'expansion des Romains et des Samnites, quelques cités grecques (Naples, Pompéï, Herculanum...) avaient pu sauvegarder leur indépendance. En -327, les Romains voulurent s'emparer de ces villes. Les Samnites estimèrent qu'il y avait rupture de l'équilibre des forces et envoyèrent une armée au secours de ces cités. Mais les villes concernées trouvèrent plus sage de se ranger du côté du plus fort et aidèrent les Romains à battre ceux qui étaient venus les secourir. Sympa !

Forts de leur nouvelle victoire, les Romains portent la guerre dans le Samnium (pays des Samnites). Dans les défilés de Caudium, comme dans les meilleurs films d'Indiens, les Samnites obstruèrent la sortie et l'entrée du défilé et pilonnèrent les soldats romains du haut des falaises. Les Romains qui se rendirent furent contraints de défiler sous le joug. Ce fut le célèbre épisode des « fourches caudines ».

Trop crédules ou trop bons, les Samnites libérèrent leurs prisonniers. La louve romaine en profita aussitôt pour mobiliser de nouvelles troupes et repartir en guerre contre le taureau sabellique.

Plusieurs traités se succédèrent, très vite violés. En -310, les Etrusques se joignirent aux Samnites, mais vite vaincus, ils signèrent une paix séparée laissant le taureau seul face à la louve romaine. De guerre de vingt ans en guerre de dix ans, on parvient en -280, année du débarquement de Pyrrhus avec ses phalanges et des éléphants. Les Samnites furent en tête de la ligue anti-romaine. Une nouvelle fois, les Etrusques seront les premiers à signer une paix séparée avec les Romains. Et une nouvelle fois les Samnites seront vaincus.

On retrouve encore les Samnites aux côtés des Carthaginois et d'Hannibal contre Rome, avec la fin que l'on sait. Puis le taureau sabellique prendra encore la tête de la révolte des cités italiques contre Rome au moment de la guerre sociale dans les années -91 à -88. Toujours vaincus, les Samnites comme le taureau leur symbole finiront seuls dans l'arène de l'histoire, abandonnés de tous au terme d'une agonie de près de 3 siècles.

Ainsi, les Samnites auront combattu Rome avant les Carthaginois, avec les Carthaginois et bien après eux, mais si l'Histoire a retenu le nom de Carthage et celui d'Hannibal, qui se souvient aujourd'hui du nom des Samnites peuple valeureux et symbole premier de la lutte contre Rome ?

J.D. 29 mars 2013

 

 

La récapitulation des notes de ce blog, par thème, se trouve sur la fiche N° 76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

 

guerrier Samnite au musée du Louvre

guerrier Samnite au musée du Louvre

Repost 0
26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 20:06

Josephine.jpg

 

Marie Josèphe Rose Tascher de la Pagerie, plus connue sous le nom de Joséphine, naquit à la Martinique le 23 juin 1763. Elle se maria en France (à Noisy-le-Grand) le 13 décembre 1779 avec le vicomte Alexandre de Beauharnais qui était alors sous-lieutenant. Elle en eut 2 enfants nés à Paris : Eugène le 3 septembre 1781 et Hortense le 10 avril 1783. Joséphine retourna à la Martinique en 1788, mais revint à Paris en 1790, la révolution française avait gagné la Martinique.

En 1789, Alexandre de Beauharnais fut représentant de la noblesse aux Etats Généraux, puis élu à l'Assemblée Constituante dont il devint le président en 1791 après avoir rejoint le groupe des Jacobins.

Après la fin de l'Assemblée Constituante, le 1er octobre 1791, Alexandre réintégra l'armée. En 1793 il fut général de division à l'armée du Rhin. Il lui fut reproché la perte de Mayence en juillet 1793. Arrêté en janvier 1794, il fut emprisonné à la prison des Carmes. Condamné par le tribunal révolutionnaire, il fut guillotiné le 23 juillet 1794.

Joséphine de son côté fut emprisonnée à la même prison le 21 avril 1794 jusqu'au 6 août. En prison elle fit la connaissance de Thérésa Cabarrus (Madame Tallien), elle aussi emprisonnée. C'est pour éviter qu'elle soit guillotinée que son amant Tallien, jacobin proche de Danton et président de la Convention, participe au 9 thermidor (26 juillet 1794) qui permettra d'éliminer Robespierre, Saint Just etc. Pendant que leurs parents étaient en prison, Eugène de Beauharnais « travaillait chez un menuisier pour gagner sa nourriture, tandis qu'Hortense était chez une lingère , où, par pitié, on lui en accordait autant ».

Joséphine fut la maîtresse de Hoche (connu aussi à la prison des Carmes) puis de Barras, l'homme fort du Directoire jusqu'à ce que le dit Barras s'en dé...barasse en la mettant dans les bras du jeune Bonaparte déjà célèbre. Le mariage de Joséphine et de Napoléon fut célébré le 8 mars 1796. Joséphine devint impératrice lorsque Napoléon devint empereur en 1804 puis reine d'Italie lorsque le même Napoléon devint roi d'Italie en 1805.

Ne parvenant pas à donner d'héritier à Napoléon, Joséphine fut contrainte au divorce le 14 décembre 1809.

Elle vint séjourner à Aix-les-Bains en 1810 (pour ne pas être présente à Paris lors de l'arrivée de Marie-Louise) du 15 juin jusqu'au 25 août. Elle séjourna à la villa Chevalley où elle retrouva sa fille Hortense arrivée à Aix le 27 juillet 1810. Joséphine reviendra à Aix fin septembre 1812.

L'illustration jointe représente Joséphine durant son séjour de 1810, dans l'escalier du château du marquis d'Aix, accompagnée de son chien Askim. Le château fut racheté au marquis par la municipalité d'Aix le 14 septembre 1866 pour devenir la mairie d'Aix.

L'illustration est extraite de : « Album de voyage de l'Impératrice Joséphine en Savoie et en Suisse en 1810 » édité par la « Société des Amis de Malmaison ». C'est en 1910 que l'impératrice Eugénie offrit à la Malmaison un recueil de 33 dessins à la mine de plomb relatifs à ce voyage de Joséphine un siècle plus tôt.

Aucun de ces dessins n'est signé et les historiens se sont mis l'esprit à la torture pour en deviner l'auteur. Certains les ont attribués à Hortense qui était une excellente dessinatrice. D'autres dont l'avis semble avoir prévalu, ont attribué ces dessins à Lancelot-Théodore Turpin de Crissé, chambellan de Joséphine.

Sur le témoignage de la comtesse de Kielmansegge, dame de compagnie de Joséphine, les historiens ont classé Turpin de Crissé au nombre des amants de Joséphine. L'un d'eux écrivant même : « Le valet de carreau fit alors une impériale levée ». Pour le premier de l'an 1811, Turpin de Crissé avait offert à Joséphine un jeu de cartes dont il avait lui-même peint les personnages. Joséphine était en dame de cœur, et Turpin de Crissé s'était représenté en valet de carreau.

Cela n'empêcha pas, lorsque l'occasion s'en présenta, que le chambellan passe à l'ennemi et un historien d'écrire : « Au moment où l'issue de la campagne de France paraît fatale, Turpin se retrouve légitimiste et conspire avec une partie de la maison de sa protectrice en faveur des alliés et des Bourbons ».

J.D. 26 mars 2013

La récapitulation par thèmes des notes de ce blog se trouve sur la fiche N° 76.

 

 

Repost 0
25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 17:33

 

 

L'art du poison semble être une spécialité féminine car plusieurs femmes s'illustrèrent dans ce domaine au cours de l'Histoire telle la Voisin à Paris au XVIIe siècle. Mais être empoisonneuse sous le règne de Néron est évidemment l'optimum : plein emploi garanti !

Néron qui régna de 54 à 68 fut le cinquième empereur de la Rome antique. Il vint au pouvoir après Octave (plus connu sous le nom d'Auguste), Tibère, Caligula et Claude. Les deux principales sources d'informations sur Néron sont Suétone (Vies des douze Césars, livre VI) et Tacite (Annales livres XII à XV).

Suétone naquit vers l'an 70 et mourut vers l'an 130. Il fut responsable de la correspondance de l'empereur Hadrien après avoir été responsable des archives et documentation de Rome ainsi que de la bibliothèque.

Tacite naquit vers l'an 58 et mourut vers l'an 120. Gendre de Lucius Agricola (général romain qui s'est surtout illustré par la conquête de la « Bretagne », appelée aujourd'hui « Grande-Bretagne »), il fut successivement prêteur, consul, sénateur puis gouverneur de la province d'Asie sous les règnes des empereurs de Vespasien à Trajan.

Tous deux furent donc particulièrement bien placés pour avoir accès aux sources d'informations officielles. Certains auteurs leur reprochent un certain parti-pris. A la tribune de l'ONU, Khrouchtchev déclara un jour : « personne n'est neutre, sauf Dieu et Dieu n'existe pas ».je lui laisse la responsabilité de son appréciation sur Dieu, par contre il a probablement raison en ce qui concerne la neutralité. Cependant le cas de Néron est tellement caricatural, que même si les auteurs en ont rajouté, ils sont peut-être encore en dessous de la réalité.

Néron naquit le 15 décembre de l'an 37. Il est le fils de Gnaeus Domitius Ahénobarbus (petit-fils de Marc-Antoine) et d'Agrippine, sœur de l'empereur Caligula, arrière petite-fille de l'empereur Auguste et nièce de l'empereur Claude. Voir sur mon blog les fiches 33 et 34 relatives aux Julio-Claudiens.

Selon Suétone, Caligula entretint des relations incestueuses avec toutes ses sœurs dont Agrippine (Vies des douze Césars livre IV, en XXIV).

Claude né à Lyon en 10 avant notre ère, devint empereur après l'assassinat de Caligula le 24 janvier de l'an 41. Il avait eu Plautia pour première épouse, dont il avait eu un enfant mort en bas âge. Remarié avec Paetina en 28, il en avait eu une fille (Antonia), Remarié une nouvelle fois avec Messaline en 38 il en avait eu 2 enfants : Octavie (en 40) et Britannicus né le 12 février 41. Messaline fut exécutée en 48 pour avoir comploté contre Claude. Agrippine se mit alors sur les rangs pour épouser Claude qui était son oncle (le frère de son père).

En premières noces, Agrippine avait été mariée avec Domitius Ahénobarbus dont elle avait eu un fils : Néron. Après la mort de ce premier mari (en janvier 40), elle se remaria avec un très riche romain qui mourut fort opportunément pour laisser sa fortune à Agrippine. Agrippine parvint à évincer les prétendantes et à se marier avec Claude le 1er janvier 49. Il fallut une décision spéciale du Sénat de Rome pour autoriser ce mariage d'un oncle avec sa nièce.

Une fois dans la place, Agrippine fit adopter son fils Néron par Claude (le 25 février 50), puis fit épouser à Néron, Octavie fille de Claude et de Messaline, en 53. Ainsi Néron beau-fils de l'empereur Claude par le mariage de sa mère devint aussi le gendre de l'empereur par son mariage avec Octavie. Cela le mettait sur un pied d'égalité avec Britannicus pour succéder à Claude. Tout cela effectué, Claude devenait inutile aux projets d'Agrippine. La première, elle utilisa les services de Locuste. Voici ce qu'écrit Tacite : « Agrippine, résolue depuis longtemps au crime, pressée de saisir l'occasion et ne manquant pas d'instruments, délibéra sur la nature du poison.... On choisit une femme habile en cet art, nommée Locusta, condamnée depuis peu pour empoisonnement, et qui fut longtemps un instrument de pouvoir. Le poison fut préparé par le talent de cette femme (le 13 octobre 54) et donné par l'eunuque Halotus, dont la fonction était de servir les mets et de les goûter. Tous les détails devinrent si publics que les historiens du temps nous ont appris que le poison fut mis dans un succulent plat de cèpes... Agrippine feignant d'être vaincue par la douleur et de chercher des consolations, serrait Britannicus dans ses bras, l'appelait la vivante image de son père, et, par mille artifices, l'empêchait de sortir de son appartement. Elle retint de même ses sœurs Antonia et Octavie. Des gardes avaient fermé par ses ordres toutes les avenues du palais, et elle publiait à chaque instant que la santé du prince (Claude) était meilleure, afin d'entretenir l'espérance des soldats et d'attendre le moment favorable... ». (Annales livre XII en LXVI et LXVII)

Agrippine put ainsi faire proclamer son fils Néron empereur par les soldats. En même temps elle pensait assurer son pouvoir. Ce fut le cas au début du règne de Néron mais lorsque celui-ci commença à écarter sa mère pour gouverner seul, elle eut même une relation incestueuse avec Néron pour conserver son pouvoir (Suétone, Vies des douze Césars livre VI en XXVIII). Agrippine qui avait eu des relations avec son frère, qui avait épousé son oncle, puis l'avait empoisonné n'en était plus à cela près ! En Egypte sous la XIXe dynastie, Ramsès II avait bien eu deux de ses filles dans ses grandes épouses royales ! Cela devait faire partie du programme « mariage pour tous » Quand on supprime les limites, où s'arrête-t-on ?

Malgré cet inceste avec sa mère, Néron finit par vouloir la noyer, mais comme le coup échoua car elle savait nager, il envoya des soldats pour la poignarder. Elle présenta son ventre aux soldats en disant « frappez là ». Elle voulait dire « punissez ce ventre pour avoir porter un tel monstre ».

Néron fut responsable de la mort d'une grande quantité de gens. Il en empoisonna avec les préparations de Locuste, ce fut le cas de Britannicus qui mourut d'un poison foudroyant la veille de sa majorité. D'autres furent contraints de se suicider sur ordre ce qui fut le cas entre autres de Pétrone, de Lucain ou de Sénèque qui avait été le précepteur de Néron. D'aucuns furent massacrés, ou livrés aux lions, ce qui fut le cas de chrétiens et même de sénateurs. Octavie fille de Claude et de Messaline et épouse de Néron fut massacrée ainsi que sa sœur Antonia fille de Claude et de Paetina. Néron tua Popée, qu'il avait épousée après Octavie, de coups de pieds dans le ventre alors qu'elle était enceinte.....

Il en fit tellement en matière de crimes et de débauche que les légions se soulevèrent. Julius Vindex, gaulois d'origine qui commandait les légions romaines de la gaule lyonnaise fut le premier à prendre la tête de la révolte, bientôt suivi par Galba et les légions d'Espagne et d'autres. Le Sénat le déclara ennemi public.

Par un curieux paradoxe, Locuste ne put rien pour aider Néron à quitter la vie. Lorsque Néron s'enfuit en juin 68, ses gardes l'avaient déjà abandonné et pillé, emportant notamment le coffret contenant les précieuses préparations de Locuste.
Néron avait choisi de se suicider mais ne parvenait pas à s'y résoudre. Lorsque le pas des chevaux des légionnaires qui venaient l'arrêter se fit entendre, le 9 juin 68, il fallut qu'Epaphrodite (un de ses esclaves affranchis) lui enfonce un poignard dans la gorge pour que Néron, après quatorze de règne, se décide à passer de vie à trépas.

Si Locuste peut être considérée comme la « mère » de toutes les empoisonneuses, Néron, lui, serait plutôt le « saint patron » d'autres cercles, si l'on ose écrire. En effet, si Néron eut des relations avec de nombreuses femmes y compris celles qu'il viola (dont des vestales), il en eut aussi avec des hommes. Il fit même émasculer son esclave Sporus qu'il prétendit transformer en femme, qu'il appelait Sabina et qu'il embrassait en public.

Dans les domaines du vice et de la cruauté, il faut dire que devenant empereur après Tibère, Caligula et Claude, il fallut une imagination particulièrement fertile à Néron pour innover !

J.D. 25 mars 2013

 

 

La récapitulation des notes de ce blog par thèmes se trouve sur la fiche N° 76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

tête de Néron au musée national de Rome

tête de Néron au musée national de Rome

Repost 0
20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 15:17

 

 

 

La Vallée d'Aoste (Valle d'Aosta) est située au nord-ouest de l'Italie et occupe la haute vallée de la Doire baltée, dominée principalement par le Mont Blanc (4810 mètres), le Mont Rose (4637 mètres), le Cervin (4478 mètres), le Grand Paradis (4061 mètres), la tête du Ruitor (3486 mètres).... Elle occupe une superficie de 3264 km2 répartie en 74 communes. La Vallée d'Aoste est frontalière avec la Suisse romande (Martigny et le Valais par le Grand Saint Bernard, col et tunnel mis en circulation le 19 mars 1964), avec Chamonix et la Haute-Savoie (par le tunnel du Mont Blanc, ouvert le 19 juillet 1965), et avec la Savoie (par le col du petit Saint Bernard et la Tarentaise). Au dernier recensement la population de la Vallée d'Aoste est proche de 130.000 habitants.

Avant l'arrivée des Romains, cette vallée fut occupée par les « Salasses », peuple probablement d'origine ligure auquel s'ajouta une invasion celtique. Comme beaucoup d'autres peuples, les Salasses s'opposèrent à la domination de Rome et après plus d'un siècle de résistance avec des fortunes diverses, ils furent soumis en -25 sous le règne d'Auguste. La population salasse fut vendue comme esclaves et remplacée par un peuplement de vétérans de l'armée romaine (des prétoriens). Auguste lança la construction d'une ville qui prit le nom d'Augusta Praetoria Salassorum, qui par évolution est devenu Aosta. En même temps, la construction d'une autre ville était lancée de ce côté-ci des Alpes et prenait le nom de Vicus Augustus, devenu aujourd'hui Aoste dans le département de l'Isère. En 2014, on célébrera les 2000 ans de la mort d'Auguste le premier empereur romain (décédé le 19 août 14). Ces 2 villes d'Aoste qui doivent leur fondation et leur nom à Auguste célébreront peut-être de manière particulière cet anniversaire.

Après les Romains, la vallée d'Aoste passa sous la domination des Francs, puis de l'empire carolingien, du royaume de Provence en 879, du royaume de Bourgogne en 904 et enfin devint comté en 1032 revenant à Humbert aux Blanches Mains fondateur de la dynastie de la Maison de Savoie.

Un édit du duc de Savoie Emmanuel-Philibert en date du 22 septembre 1561, dit édit de Rivoli, imposa l'usage de la langue française en remplacement du latin (ou de ses dérivés avec le temps) dans la partie savoyarde du duché et dans le Val d'Aoste. C'est ainsi que le Val d'Aoste devint zone francophone. Cela prenait la suite d'une ordonnance de François 1er, d'Août 1539, dite ordonnance de Villers-Cotterêts qui imposa l'usage de la langue française à tout le royaume ; ce qui s'appliqua à la Savoie, alors occupée par la France.

Du 11 septembre 1802 au 11 avril 1814, la Vallée d'Aoste devint un arrondissement du département français de La Doire. Voir sur mon blog la fiche N° 22 (l'Italie sous Napoléon 1er). Puis, comme la Savoie, la Vallée d'Aoste revint au royaume de Sardaigne. Dans l'évolution de l'histoire de la Maison de Savoie, la partie se trouvant de ce côté-ci des Alpes ne cessa de se réduire depuis le traité de Lyon en 1601 (voir sur mon blog l'histoire de la Maison de Savoie, fiche N°66) tandis que s'étendait la partie italienne. Cependant la partie savoyarde restante ajoutée à la Vallée d'Aoste constituait encore une masse suffisante pour que le français resta encore une des langues officielles du royaume de Sardaigne.

Il n'en alla plus de même lors de la Réunion de la Savoie à la France et de la proclamation du royaume d'Italie le 17 mars 1861.

85.000 Valdôtains francophones furent noyés parmi 20 millions d'Italiens. Dès le 10 août 1860 un décret imposa l'italien comme langue d'enseignement dans les écoles du Val d'Aoste. Sur la situation du Val d'Aoste après la réunion de la savoie à la France, on peut consulter l'excellent article signé Joseph-César Perrin, publié par la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie dans "l'histoire en Savoie" N°18 de 2009, pages 139 à 165. Puis vint Mussolini qui interdit carrément l'usage du français dans cette partie du territoire.

Des Valdôtains participèrent à la résistance anti-fascistes et furent même signataires de la « déclaration de Chivasso » (manifeste de la résistance italienne) le 19 décembre 1943. Cette déclaration prévoyait entre autres l'extension des libertés régionales. En Italie, le référendum du 2 juin 1946 mit fin à la royauté et élit une assemblée constituante. La République italienne fut proclamée officiellement le 18 juin et la Constituante commençait ses travaux le 25 juin. En vertu de la déclaration de Chivasso, des représentants de la vallée d'Aoste négocièrent avec l'assemblée constituante et obtinrent par la loi constitutionnelle N°4 du 26 février 1948 (publiée au B.O. N°59 du 10 mars 1948) le statut de région autonome avec 2 langues officielles : l'italien et le français.

Bien sûr, les médias, radios, journaux puis télévisions donnèrent un avantage incontestable à la langue italienne qui s'est imposée dans la vallée d'Aoste comme langue de conversation courante. Néanmoins, tous les actes publics sont publiés dans les 2 langues et le français est désormais enseigné dans toutes les écoles de la vallée d'Aoste. L'ouverture des tunnels en 1964 et 1965 vers la Suisse romande et la France a probablement participé à assurer un minimum de survie à la langue française dans la vallée d'Aoste en facilitant les communications.
Cette semaine (du 18 au 23 mars 2013), l'Université de la Vallée d'Aoste à Aoste organise d'ailleurs la « semaine de la francophonie ». C'est un signe.

J.D. 20 mars 2013

 

Voir la récapitulation des notes de ce blog, par thèmes, sur la fiche N°76

Arc d'Auguste à Aoste, photo J.D. 16 mars 2013

Arc d'Auguste à Aoste, photo J.D. 16 mars 2013

Repost 0
14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 10:54

« Pendant que j'étais très jeune, on m'a occupé à garder les plus jeunes. Plus tard, on m'a habitué aux travaux de la campagne, ce qui m'a été d'un grand avantage car, par la suite et sans peine, je pouvais faire n'importe quel travail ; par là j'ai de bonne heure pris l'habitude, l'intérêt et l'attachement au travail, de manière que je me trouvais très heureux, bonne santé et pas d'ambition.

Voilà ce que, chaque jour, père et mère devraient laisser en héritage à leurs enfants : Amour de Dieu et du travail. Aujourd'hui, nous élevons de petits monsieurs de campagne ! A peine si nous osons les faire travailler. Aussi plus tard, ils se figurent d'être exempts de travail. Ils n'osent ni se courber ni se salir, ils se figurent d'être dans ce monde uniquement pour boire, manger et se pavaner. Voilà en partie notre jeunesse ! Sont-ils plus robustes pour cela ? Non, au contraire ! Les maladies les accablent, maux de dents, maux de tête, maux de toutes espèces. Voilà le partage du paresseux ! ….

 Pendant l'hiver 1858-1859, j'ai fait l'école au village de La Combaz (sur le territoire de Valmeinier en Maurienne, au sud de cette commune, à 1617 mètres d'altitude) chez Joseph Albrieux. J'ai gagné pendant cet hiver 15 quartes de seigle (la quarte dont il est question vaut environ 23 litres) pour quatre mois, ce qui pouvait me faire environ 0,20 à 0,23 franc par jour, car j'ai remis ce seigle à Benoîte Troccaz pour intérêts en retard ; elle me l'a estimé à 28 francs. Cependant, malgré ce salaire, je commençais l'école à la pointe du jour, après avoir fait le voyage des Combes (autre hameau de Valmeinier au nord de la commune, à 1327 mètres d'altitude) à La Combaz. A midi, j'allais manger un morceau à la Ville-Dessus (qui correspond à l'actuel chef-lieu à 1500 mètres d'altitude), pour continuer ma classe jusqu'à la nuit close, et me rendre ensuite jusqu'aux Combes. Il fallait continuer ainsi toute la semaine, vu qu'en cette époque il n'y avait pas de jeudis pour les instituteurs. Ma classe était passablement nombreuse : 20 à 25 élèves ; et installée dans une écurie. Et malgré cela, je me trouvais encore heureux : bonne santé, bon courage, content de faire l'école sans m'inquiéter du peu que je gagnais, heureux dans mon indigence, vu que j'étais obligé d'emprunter une montre pour être à l'heure pour ma classe. Nos jeunes gens de ce temps (du temps où il écrit c'est à dire vers 1900) auront peine à croire qu'un jeune homme de cet âge puisse se résigner à ce genre de vie, eux qui prétendraient mener une vie de rentier sans se soucier de leur avenir qui ne pourra pas manquer d'être malheureux. A chacun ce qu'il mérite ».

Le texte ci-dessus a été écrit par Isaïe-Marcellin Thomasset né le 28 septembre 1838, troisième enfant d'une famille de onze, à Valmeinier, village de Maurienne en Savoie et décédé le 19 juin 1903. Il fut paysan, soldat et maître d'école savoyard. Il commença à écrire le journal de sa vie le 15 février 1900 sur un cahier d'écolier qui fut retrouvé et publié dans la série « Carnets de Vie » par La Fontaine de Siloé en mai 2005.

Le jugement qu'il porte sur la jeunesse de son temps n'est pas très positif, mais les jeunes des années 1900 ont eu, sur les générations suivantes, probablement le même jugement que celui qu'Isaïe-Marcellin Thomasset porta sur eux. Alors la critique de la jeunesse est-elle une fatalité, une habitude ou bien y a-t-il en fonction des circonstances économiques et sociales des contextes particuliers qui forment des jeunesses particulières ? Et peut-on mettre toute une génération dans le même panier ?
A chacun de répondre. Mais les jeunes qu'il critique c'est la génération de mes grands-parents, et je suis né en 1939. Curieuse réflexion quand même !

J.D. 14 mars 2013

 

  La liste des notes de ce blog, récapitulées par thème, se trouve à la fiche N° 76 et la liste des illustrations sur la fiche N°219

motif à Turin (Torino) via Cernaia, photo J.D. 6 juin 2015

motif à Turin (Torino) via Cernaia, photo J.D. 6 juin 2015

Repost 0
jean.delisle.over-blog.com - dans Valmeinier Maurienne
commenter cet article

Présentation

Recherche

Liens