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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 11:57

 

 

Béatrice de Savoie naquit aux Echelles (Savoie) vers 1198

Elle est la fille de Thomas 1er (neuvième comte de Savoie) et de Béatrice Marguerite de Genève. Ce Thomas 1er fut comte de Savoie de 1189 à 1233. En 1232, il avait racheté le bourg de Chambéry (sauf le château) au seigneur Berlion, ce qui permit le transfert de la capitale des comtes de Savoie du Bourget du Lac à Chambéry (le château ne fut acheté qu'en 1295 par le comte Amédée V). Thomas 1er eut 10 enfants : 2 filles (dont Béatrice) et 8 garçons dont 3 furent successivement comtes de Savoie

Béatrice fut élevée aux Echelles au château du Menuet qui appartenait à la famille de Savoie depuis Humbert aux Blanches Mains (1er comte de Savoie).

Béatrice fut mariée le 5 juin 1220 à Raymond Béranger comte de Provence

Elle s'installa à Aix-en-Provence où elle organisa une cour brillante qui fut fréquentée entre autres par les troubadours qui chantèrent sa beauté et son intelligence. Certains textes de ces troubadours furent retrouvés dans des archives lyonnaises et par exemple, le texte d'un Guillaume de Saint Grégoire disait : «  Belle Comtesse de Haut Lignage, nous vous tenons pour la plus belle qu'on ait oncques vue au Monde »

Avec Raymond Béranger, Béatrice eut 4 filles qui toutes furent reines ou impératrice :

*Marguerite (1221/1295) épousa en 1234 Louis IX (Saint Louis) roi de France

*Eléonore (1223/1291) épousa en 1236 Henri III roi d'Angleterre

*Sancie (ou Sanchie) (1228/1261) épousa en 1243 Richard de Cornouailles empereur du Saint Empire Romain Germanique

*Béatrix (1231/1267) épousa en 1246 Charles comte d'Anjou (et plus tard comte de Provence) roi de Sicile et frère de Louis IX roi de France

De ces quatre filles, naquirent de nombreux souverains ou souveraines, dont un roi de France, un roi d'Angleterre, un roi de Naples, 2 reines de France, une reine d'Ecosse, une impératrice à Constantinople, une reine de Hongrie, une reine à Thessalonique et une comtesse de Savoie..

Raymond Béranger, mari de Béatrice de Savoie, mourut en 1245. Par testament, il légua la propriété de ses biens à sa petite fille Béatrix, sauf le Palais d'Aix-en-Provence qui était légué en pleine propriété à Béatrice qui en outre d'après ce testament jouissait de l'usufruit des biens légués à sa fille Béatrix

Mais son gendre (le frère de Louis IX) intenta nombre d'actions pour récupérer la totalité des biens et usufruits.

Dans une lettre datée du 1er janvier 1257, Henri III roi d'Angleterre écrivait à sa belle-mère (Béatrice) :

« Nous vous faisons connaître que nous sommes grandement las et émus par les ennuis et les embûches qui vous viennent du comte de Provence, frère du Roi de France, au sujet des terres et possessions que vous a laissées votre mari, feu Raimond, comte de Provence, d'heureuse mémoire, d'autant plus qu'il semble que le comte de Provence, qui est lié à vous aussi bien qu'à nous par un traité semblable, devrait plutôt vous aider que vous nuire »

Finalement un arbitrage fut rendu en novembre 1256 par Louis IX roi de France. Charles d'Anjou, récupéra toutes les propriétés et tous les usufruits moyennant des compensations financières qui furent versées à Béatrice. C'est ainsi que la Provence devint française

Béatrice se retira dans son château des Echelles.
Elle finança la construction d'un établissement de soins pour les pauvres dont la gestion fut confiée aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem appelés plus tard de Saint Jean de Rhodes, puis ordre de Malte. Le bâtiment correspondant, qui existe toujours, reçut le nom de « Commanderie ». Aujourd'hui, il sert de mairie des Echelles.

Béatrice mourut aux Echelles en 1267. Elle légua son château à la Commanderie.
Ses filles lui firent élever dans la chapelle de son château un mausolée magnifique qui fut violé, saccagé et pillé en 1793. De Béatrice il ne resta que son crâne qui fut plus tard transporté à Hautecombe et mis dans le tombeau de Boniface frère de Béatrice qui fut archevêque de Canterbury. A Hautecombe, Béatrice a également un cénotaphe , le troisième à droite, dans la contre-allée droite en entrant.

Le 2 juillet 2016 a été inaugurée aux Echelles (Savoie) une statue de Béatrice de Savoie place Béatrice de Savoie en pierre bleue de Tarentaise (région d'Aime), statue de 3 mètres de haut et pesant 3 tonnes. Il existe également une résidence “Béatrice de Savoie” à Jacob Bellecombette (banlieue de Chambéry) un prix littéraire du Conseil général de la Savoie appelé prix “Béatrice de Savoie”, des rues “Béatrice de Savoie” à Challes-les-Eaux, La Motte-Servolex...

A l'origine de la statue inaugurée en juillet 2016, il y a une association locale créée en 2005, dont le siège social se trouve à la Mairie des Echelles et qui s'appelle : “Association La Commanderie”. Elle a organisé une souscription publique pour financer la statue, souscription qui a recueilli 40.000 euros. Le sculpteur s'appelle Philippe Bouvet, il est basé à Maxilly-sur-Léman en Haute-Savoie.

J.D. Avril 2010, mise à jour : décembre 2016

 

principale source documentaire : « Béatrice de Savoye » de Francisque Viard imprimerie de « L'écho de Savoie » à Lyon 1942. Francisque Viard fut maire des Echelles de 1920 à 1952 et fit une conférence sur Béatrice de Savoie à Chambéry le 16 mars 1941.

 

 

 cénotaphe de Béatrice à Hautecombe, photo J.D. 25 juillet 2016 et Béatrice aux Echelles, photo J.D. 3 décembre 2016
 cénotaphe de Béatrice à Hautecombe, photo J.D. 25 juillet 2016 et Béatrice aux Echelles, photo J.D. 3 décembre 2016

cénotaphe de Béatrice à Hautecombe, photo J.D. 25 juillet 2016 et Béatrice aux Echelles, photo J.D. 3 décembre 2016

tableau de la descendance de Béatrice de Savoie

tableau de la descendance de Béatrice de Savoie

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 12:32

3 ESSAI DE SYNTHESE

Selon Homère aussi bien que Virgile, Grecs et Troyens parlaient la même langue et à l’évidence, ils avaient les mêmes dieux et les alliances par mariages ne manquaient pas. Dans les textes d’Homère, certains guerriers grecs et troyens portaient d’ailleurs le même nom comme Hypsénor, Acamas, Agelaos, Eurypyle, Hippothoos, Thrasydème, Hélénos, Médon, Adraste.. et l’on trouve une Hippodamie ou une Laodice aussi bien chez les Grecs que chez les Troyens. Tous ces points communs ne sont pas surprenants pour des peuples aussi proches géographiquement, mais ils étaient séparés par la frontière de l’Europe et de l’Asie, de l’Orient et de l’Occident (par les destins auraient pu dire les Anciens), et ils furent ennemis.

Les fouilles réalisées au XIX ème siècle montrèrent une superposition de villes (9 au total dont la plus ancienne remonte à l’an 3000 avant notre ère) qui semblent indiquer que Troie fut détruite autant de fois. (dans les légendes, la première enceinte de Troie fut l’oeuvre d’Apollon et de Poséidon tandis que la première destruction de la ville est attribuée à Héraclès). A l’endroit où elle était placée, cette cité entrait forcément en conflit d’intérêts avec les cités grecques. Troie percevait des péages pour le passage des détroits (Hellespont). Cette cité devait donc être riche et susciter des convoitises. Rien de surprenant qu’il ait pu y avoir des guerres. Les cités grecques se firent bien la guerre tant de fois entre elles. Homère rassembla donc probablement un ensemble de légendes issues des guerres de Troie avec d’autres cités. Entre la date supposée de la guerre de Troie (-1194/-1184) et la translation des faits par Homère, environ 4 siècles s’étaient déjà écoulés, avec toutes les déformations que le temps peut déjà supposer. Pour la beauté de son histoire, Homère en rajouta probablement, d’où les nombreuses interventions des dieux etc. Homère est d’ailleurs classé parmi les poètes et non parmi les historiens. Certains historiens contemporains ont même contesté l’existence d’Homère en pensant que les textes qui lui sont attribués sont de plusieurs auteurs.

Parmi les causes de la guerre de Troie, il convient de citer cette phrase d’Euripide (dans sa tragédie “Hélène”) particulièrement surprenante pour avoir été écrite il y a 2500 ans : “Vinrent ensuite d’autres décrets de Zeus... Car s’il porta la guerre à la terre des Grecs ainsi qu’aux malheureux Troyens, ce fut pour soulager notre mère la Terre du fardeau des mortels qui allaient se multipliant”

Le reflet d’un conflit permanent :
Quoi qu’il en soit, les textes relatifs à la guerre de Troie et à ses suites constituent une oeuvre majeure, patrimoine de l’espèce humaine et qui a inspiré tant d’autres auteurs, peintres, sculpteurs, metteurs en scènes... Quant à la guerre de Troie elle même, on peut penser que son histoire s’inscrit dans le cadre plus large d’un conflit permanent entre l’orient (l’orient d’autrefois étant aujourd’hui le moyen orient) soit Sumériens, Assyriens, Hyksos, Hittites, Mitaniens, Babyloniens, Mèdes, Perses, Parthes, Phéniciens... puis empire Ottoman etc et l’occident (représenté successivement par l’Egypte, la Grèce, Rome, Byzance, etc). La relation par Hérodote des guerres dites médiques (qui opposèrent Grecs et Perses au début du Vème siècle avant notre ère) donne bien le ton de ce conflit permanent., que l’on retrouve encore dans “l’Anabase” de Xénophon où sa relation de l’expédition “des dix mille” (à partir de 402 avant J.C.) devient un épisode des vastes croisades que les Grecs n’ont cessé de mener contre les “barbares” orientaux. Ainsi, dans Hérodote, Xerxès (en 480 avant J.C.) s’apprêtant à envahir la Grèce à la tête “de toutes les forces de l’Asie” (et 10 ans après une tentative de son père Darius qui avait échoué à Marathon); déclare : (au livre VII) “nous donnerons pour bornes à la terre des Perses le firmament de Zeus; le soleil ne verra plus une seule terre limiter la notre, et, avec vous, je réduirai tous ces pays à n’en former plus qu’un seul lorsque j’aurai parcouru l’Europe entière...Nous reviendrons chez nous lorsque nous aurons soumis toute l’Europe”. Hérodote met encore en parallèle (livre VII) la victoire des Grecs contre les Perses à Salamine en -480 et la victoire des Grecs de Sicile emmenés par Gelon de Syracuse contre les Carthaginois venus de Phénicie donc de l’Orient; les deux victoires ont eu lieu le même jour selon Hérodote.

. Virgile lui même dans l’Enéïde (VII-220...) fait dire à Ilioné compagnon d’Enée parlant de la guerre de Troie au roi Latinus : “La lutte qui opposa les destins de l’Europe et de l’Asie...”De même, toujours dans Virgile, Diomède parlant d’Agamemnon l’appelle “Le vainqueur de l’Asie”. Au 2è siècle de notre ère, l’auteur grec Plutarque écrit dans sa “Vie d’Alexandre” : (en 8) “Il voyait dans l’Iliade un viatique de la valeur guerrière, selon l’expression qu’il employait, et c’est ainsi qu’il emporta (lors de son expédition contre les Perses) le texte corrigé par Aristote, qu’on appelle l’édition de la cassette, et qu’il gardait constamment sous son oreiller avec son épée”, (en 15) : “C’est animé de cette ardeur et dans cette disposition d’esprit qu’il traversa l’Hellespont. Il monta à Ilion où il fit un sacrifice à Athéna et des libations aux héros....il couronna le tombeau d’Achille et glorifia le héros...”- un siècle et demi plus tôt, Xerxès envahissant la Grèce s’était aussi arrêté à Troie pour sacrifier à Athéna et aux Héros-, (en 26) : “Comme on lui avait apporté une cassette que les gardiens des trésors et des meubles enlevés à Darios avaient jugée précieuse entre toutes, il demanda à ses amis ce qu’ils croyaient le plus digne d’y être enfermé. Il y eut autant de réponses que de personnes présentes et lui-même déclara qu’il y déposerait et conserverait l’Iliade. Voilà ce qu’ont écrit plusieurs témoins dignes de foi. Et si ce récit que font les Alexandrins sur la foi d’Héraclide est vrai, alors il semble qu’Homère ne fut pas dans cette campagne un poids mort, inutile”, (en 38) : (à Suse) “Thaïs, la maîtresse de Ptolémée -qui régna ensuite sur l’Egypte- ...dit que sa joie serait plus grande encore s’il lui était donné d’incendier, en un joyeux cortège, la demeure de ce Xersès qui fit brûler Athènes, et d’y mettre le feu sous le regard du roi (Alexandre)...Le roi bondit une couronne sur la tête et une torche à la main...”. Notons au passage que le thème d’Alexandre à Troie a été repris par Raphaël dans une fresque représentant Alexandre le Grand déposant l’oeuvre d’Homère sur le tombeau d’Achille. Cette fresque a été reproduite par la Poste grecque sur un timbre émis en 1977.

Ces textes montrent qu’Alexandre partant conquérir la Perse avait en tête et la guerre de Troie et les guerres médiques et qu’il situait bien son expédition dans le fil de l’Histoire. Il refaisait l’expédition de Xerxès en sens inverse et s’arrêta d’ailleurs aux limites de l’empire perse. En outre, de Suze, Alexandre renverra à Athènes des statues que Xerxès avait prises en -480. Depuis des siècles, des auteurs et non des moindres (comme Tite-Live) se demandent ce qui se serait passé si Alexandre le Grand était parti vers l’Ouest au lieu de partir vers l’Est. Mais pour Alexandre, les Perses étaient l’ennemi héréditaire des Grecs. A son époque, ils avaient annexé l’Egypte, la Phénicie etc et leur empire s’étendait de la Méditerranée à l’Indus. Avec Aristote comme précepteur, Alexandre ne pouvait ignorer les textes des grands auteurs grecs du Vè siècle (Hérodote, Eschyle, Euripide, Sophocle...) et partir combattre les Perses paraissait tellement “naturel” que la question de l’ennemi à combattre n’a même pas dû se poser pour lui..Ce n’est pas l’effet du hasard, tout au moins on peut le penser, si c’est juste après les guerres médiques que les grands auteurs grecs composent sur la guerre de Troie.

Après Alexandre, les Romains poursuivront la lutte millénaire des Grecs contre les “orientaux” Mais si les Grecs les avaient battus à Troie, puis sous Darius 1er, sous Xerxès et au temps d’Alexandre, les Romains eurent autant de continuité dans l’objectif mais moins de chance. Crassus fut le premier à en perdre la vie. A sa suite, César rassembla une grande armée en Illyrie (Yougoslavie) pour aller combattre les Perses mais son assassinat le 15 mars -44 empêcha l’expédition qui sera reprise par Trajan, Valérien, Jovien et beaucoup d’autres. Ils remporteront d’importants succès, mais jamais définitifs et trois empereurs perdront la vie en combattant les Perses/Parthes. Les empereurs byzantins prendront la suite des empereurs romains dans une guerre de “mille ans” (Prenant la suite des Perses qui avaient assiégé Constantinople en 626, le premier siège de Constantinople par les Arabes commença en 668 soit seulement 36 ans après la mort de Mahomet et les combats avec l’armée byzantine avaient débuté dès les années 630) qui se termina par la chute de Constantinople et la mort du dernier empereur (Constantin XII) le 29 mai 1453. Trois ans plus tard, les Musulmans s’emparent d’Athènes puis de toute la Grèce, réalisant ainsi le rêve formé plus de deux mille ans auparavant par Darius Ier, puis par Xerxès...

Au XVIII ème siècle, l’auteur anglais E. GIBBON (histoire du déclin et de la chute de l’Empire Romain) parlant de la première croisade, la présente comme la mobilisation de l’Europe contre l’Asie. Cependant, l’auteur le plus explicite sur la continuité de l’histoire et la permanence du conflit “orient-occident”, est un autre anglais du XXè siècle : J.F.C. FULLER qui fut instructeur à l’école supérieure de guerre de Camberley de 1922 à 1933. Dans son ouvrage :”Les batailles décisives du monde occidental” (édition anglaise en 1958, édition française chez Berger-Levrault en 1980), on peut lire de nombreux passages tels que :

* Tome 1 page 29 : (à propos des guerres médiques et après la première invasion de la Thrace et de la Macédoine par les Perses en -512) “Ainsi débuta une lutte de deux cents ans entre la Grèce et la Perse. Bien qu’elle ait opposé deux peuples indo-européens, il s’agit du premier conflit connu entre l’Europe et l’Asie, entre l’Occident et l’Orient. une lutte qui se distingue des innombrables guerres internes entre peuples et nations européennnes, et qui, jusqu’à ce jour, constitue le plus important problème militaire qu’ait connu l’Europe” (déjà au Ve siècle avant notre ère, Socrate, rapporté par Platon dans « La République » dit que les guerres qui opposent l’Orient et l’Occident sont de nature différente aux guerres internes à chaque camp »).

*Tome 1 page 36 : “Pour la première fois dans leur histoire, les Grecs avaient battu les Perses sur leur propre élément, la terre, et Marathon anima les vainqueurs d’une foi en leur destinée qui devait les accompagner pendant trois siècles, au cours desquels naquit la culture occidentale. C’est à Marathon que l’Europe avait vu le jour”

Tome 1 page 57 : “Cette idée était dans l’air, que la guerre de Troie n’avait été que le prélude à ce drame, que les guerriers de Salamine et de Platée avaient combattu pour la même cause que les héros qui avaient lutté dans la plaine troyenne. Ces batailles marquent la naissance d’un monde occidental dominé par l’intelligence grecque qui devait fonder les bases des siècles à venir. Jamais deux autres batailles ne furent plus fondamentales que Salamine et Platée. Tels les piliers du temple des siècles, elles soutiennent toute l’architecture de l’histoire occidentale”

*Tome 1 page 260 :”L’occasion, qui était belle, dura encore dix ans, car ce ne fut qu’en 1413, que prit fin la guerre de succession entre les trois fils ainés de Bayazid : Soliman, Musa et Mehmet. Mehmet rétablit le sultanat. A cette date, ses possessions européennes ne comprenaient guère autre chose que la ville d’Andrinople. Si les chrétiens avaient été capables de s’unir, comme les Grecs à l’époque de Darius et de Xerxès, ils auraient couronner la défaite ottomane d’Ankara par la prise d’Andrinople. Le pouvoir des Ottomans en Europe aurait ainsi été anéanti”

Ainsi des auteurs grecs du Vè siècle avant notre ère, aux historiens anglais contemporains, il y a unanimité dans la perception de la permanence d’un conflit millénaire entre orient et occident. Sartre, lui-même, dans “Les Troyennes” identifie bien le conflit permanent Orient/Occident; mais contrairement aux auteurs antiques, il met l’Afrique dans le même camp que l’Asie et prend le parti de ces derniers. Ainsi scène IX, le choeur déclame :

C’est de là qu’ils sont partis

la première fois,

pour raser notre ville

et coloniser l’Asie.
Déjà ils nous enviaient nos moissons,

les gens d’Europe,

ils haîssaient déjà notre race

et nous appelaient des sauvages,

eux, les impitoyables...”

On peut encore se donner une idée de l’actualité de la guerre de Troie par les nombreuses émissions de timbres de la poste grecque relatives à la guerre de Troie et à ses héros. On trouve ainsi des émissions de timbres sur Homère et l’illiade en 1954, 1977, 1998, sur Achille et Patrocle en 1959, sur Pénélope en 1966, sur les Cyclopes en 1968, toute une série sur la ville de Troie en 1976, toute une autre série sur les héros de la guerre de Troie en 1983, sur Hécube en 1987, sur Mycène en 1990, sur Iphigénie en 1998. Sans parler d’une émission de timbres en 1968 ayant pour thème : “La lutte des Hellènes pour la civilisation”.

 

4 ANNEXE - DES DIEUX ET DES HOMMES

Les anciens croyaient non seulement que les dieux s’accouplaient entre eux mais encore avec les humains. Les plus malins des humains comprirent vite quel parti ils pouvaient tirer de cette croyance. Une des premières, Hatshepsout devint la première femme pharaon de l’Egypte (sous la XVIII ème dynastie, c’est à dire il y a 3.500 ans) en réussissant à faire croire que sa mère avait été fécondée par Amon-Ré et donc qu’elle était fille du dieu (ce qui est encore gravé sur le temple de Deir-el-Bahari). Hatshepsout fit des émules en très grand nombre et l’on ne compte pas les souverains de l’antiquité qui se prétendirent fils de dieu ou ayant commerce avec eux. En voici quelques exemples parmi beaucoup d’autres:

ALEXANDRE LE GRAND prétendait descendre de Zeus par son père (Philippe II de Macédoine descendant d’Héraclès, donc de Zeus), et par sa mère (Olympias princesse d’Epire descendante d’Achille donc d’Eaque et de Zeus).Lorsqu’il partira combattre les Perses et conquérir leur empire, Alexandre s’arréta à Troie, à la fin de -335 “pour pouvoir déposer une couronne sur la tombe d’Achille et ainsi se concilier le génie du plus humain de ses ancêtres” (voir J.F.C. Fuller “les batailles décisives du monde occidental” tome 1 page 70)

CESAR prétendit lui, descendre de Romulus fils du Dieu Mars et de Rhéa Sylvia descendante d’Enée fils d’Aphrodite/Vénus.

AUGUSTE (selon Suétone, vies des douze Césars -Auguste XCIV) : “Atia, (fille de Julia soeur de César et mère d’Octave/Auguste) s’étant rendue au milieu de la nuit à une cérémonie solennelle en l’honneur d’Apollon, fit placer sa litière dans le temple et s’y endormit, tandis que les autres matrones rentraient à la maison. Or, un serpent se glissa tout à coup auprès d’elle et se retira bientôt après. A son réveil, elle se purifia comme si elle sortait des bras de son mari; dès ce moment, elle porta sur le corps une tache affectant la forme d’un serpent et jamais elle ne put la faire disparaître, si bien qu’elle dut renoncer pour toujours aux bains publics; et, comme Auguste naquit neuf mois après, on le considéra dès lors comme le fils d’Apollon”

NUMA (deuxième roi de Rome il y a 27OO ans - selon Plutarque Vie de Numa 4-2) : “On disait que ce n’était pas par suite d’un dérangement ou d’un égarement d’esprit que ce fameux Numa avait renoncé au commerce des hommes, mais parce qu’il avait gouté à une société plus auguste, parce qu’il avait été jugé digne d’épouser une déesse et qu’il partageait la couche et le séjour de la nymphe Egérie dont il était aimé, ce qui avait fait de lui un homme bienheureux, instruit des choses divines” Et Plutarque qui n’est pas dupe de commenter (Numa 4-12) : “Numa et les personnages du même genre, ayant à manier des foules difficiles à contenir et à satisfaire et apportant de grandes nouveautés dans l’Etat, ont feint qu’ils tenaient de la divinité leurs projets, qui devaient apporter le salut à ceux-là mêmes à qui ils en faisaient ainsi accroire” (Aujourd’hui, si les citoyens sont trop cultivés pour croire que leurs dirigeants descendent de dieux, l’exemple du XX ème siècle avec “ ses cultes de la personnalité” etc montre que si la forme change, le fond ne varie guère!)

Les héros de la guerre de Troie n’échappent pas à la règle et ils sont nombreux à être descendants de dieux soit directement soit par leurs ancêtres. En voici un rappel (non exhaustif)

Dans le camp des Grecs :

Achille est le fils de la déesse Thétis mais il est aussi par son père le petit fils d’Eaque lui même fils de Zeus/Jupiter et de la nymphe Europe

Ajax est également petit fils d’Eaque et donc descendant de Zeus.

Hélène est la fille de Zeus/Jupiter

Ascalaphe est le fils d’Arès/Mars

Agamemnon et Ménélas etaient petits fils de Pélops, lui même fils du roi lydien Tantale et de la déesse Dioné. Tantale étant lui même fils de Zeus/Jupiter et de la titanide Ploutô; Agamemnon et Ménélas avaient ainsi Zeus et deux autres divinités dans leus ancêtres.

Idoménée était un descendant de Minos lui même fils de Zeus/Jupiter et de la nymphe Europe

Calchas descendant d’Apollon

Nestor fils de Nélée, lui même fils de Poséïdon

Dans le camp troyen

Sarpédon fils de Zeus/Jupiter

Memnon fils de la déesse Eos

Cycnus fils de Poséïdon/Neptune .

Priam descendait de Dardanos fils de Zeus/Jupiter et d’Electre (fille d’Atlas un des Titans), puis d’Erichthomos fils de Dardanos, de Tros fils du précédent et d’Astyoché (fille du fleuve Simoïs considéré comme une divinité), puis d’Ilos fils de Tros et de la nymphe Callinhoé, puis de Laomédon père de Priam. Priam et ses descendants avaient donc Zeus et plusieurs divinités dans leurs ancêtres.

Anchise avait les mêmes ancêtres que Priam jusqu’à Tros, puis Assaracos fils de Tros et de la nymphe Callinhoé (donc frère d’Ilos), puis Capys père d’Anchise

Enée avait pour père Anchise (donc les mêmes ancêtres) et pour mère Aphrodite/Vénus.

Glaucos avait dans ses ancêtres la pléiade Mérope et Eole

Penthésilée fille d’Arès etc.

Ainsi par exemple, Zeus avait pour descendants parmi les Grecs : Achille, Ajax, Hélène, Agamemnon, Ménélas, Idoménée.. et Sarpédon, Anchise, Enée, Priam et tous ses enfants dans le camp des Troyens.

 

5 UNE NOUVELLE GUERRE DE TROIE EST-ELLE POSSIBLE ?

Traduite en termes contemporains, cette question signifie : une guerre entre Grecs et Turcs est-elle probable?

Nous ne savons pas si elle aura lieu, mais l’on peut par contre penser que tous les ingrédients sont réunis pour qu’il en soit ainsi. Parmi les principaux, citons :

La religion : Les Turcs sont musulmans à 98 %, les Grecs sont orthodoxes à 98%. Les dernières decennies du XXème (pourtant réputé civilisé) ont vu se multiplier les guerres de religion, même si elles ne disent pas leur nom (mais de même, à travers l’histoire de l’espèce humaine, tous les fauteurs de guerre ont toujours prétendu oeuvrer pour la paix). citons, pêle-mêle (sans être de loin exhaustifs !) : L’Irlande (catholiques contre protestants), l’ex Yougoslavie (Croates catholiques et Serbes Orthodoxes contre les Bosniaques musulmans et les Cosovars musulmans), les Juifs contre les Palestiniens musulmans, les Arméniens chrétiens contre l’Azerbaïdjan musulman, l’Inde (Brahmaniste ou Boudhiste) contre le Pakistan musulman, la Russie contre la Tchéchénie musulmane etc, etc.

Or, depuis la chute du chah d’Iran (qui avait pourtant le soutien des Américains, des Russes et des Chinois) et surtout depuis que le monde musulman a vaincu l’armée soviétique en Afganistan (même si cela n’a pas été perçu de cette façon au moment des faits), il parait évident, qu’il existe une volonté de conquête des islamistes qui souhaitent voir régner partout la loi coranique. Dans ce contexte, le pire serait à craindre entre Grecs et Turcs si la Turquie cessait d’être un état laïc. (La Grèce serait alors un des maillons faibles du monde judéo-chrétien parmi lequel se trouve la majorité des pays riches tandis que dans le monde musulman se trouvent beaucoup de pays du tiers monde ce qui n’arrange rien. )

La géographie : Par leurs îles, les frontières de la Grèce vont presque jusqu’au rivage turc. et lorsque les Turcs regardent la mer, c’est pour voir les îles grecques à l’horizon; ce qu’ils ont beaucoup de mal à admettre (et l’expression est faible). La rivalité entre Grecs et Perses pour la possession de ces îles fut d’ailleurs à l’origine des guerres médiques. Les îles de la mer Egée dites iles ionniennes furent récupérées par les Grecs en deux étapes : la partie nord en 1864, cédée par les Anglais qui l’avaient prise aux Ottomans ; et la partie sud en 1948, récupérée sur l’Italie qui l’ occupait depuis 1912.

L’histoire : De la guerre de Troie à l’actuelle question chypriote en passant par la domination ottomane sur la Grèce jusqu’au début du XXème siècle... , Turcs et Grecs ont à peu près autant de raison au nom de l’histoire de “s’aimer” que les Juifs et les Arabes...

La démographie : C’est le point le plus explosif.Selon le QUID 2000,au 1.7.1999, la Grèce a 10.500 000 habitants tandis que les Turcs sont 65.9OO.OOO soit déjà 6 fois plus. Mais il y a pire. Les femmes turques musulmanes ont beaucoup d’enfants (un tiers de la population turque à moins de 15 ans; c’est à dire que les moins de 15 ans en Turquie sont 2 fois plus nombreux que la population totale de la Grèce); alors qu’à l’inverse, les femmes grecques “occidentalisées” ont peu d’enfants pour s’assurer un niveau de vie minimum. (en moyenne 1,3 enfant par femme ce qui ne permet pas d’assurer le renouvellement des générations) L’Etat grec n’a pas de politique nataliste. Devant un tel déséquilibre qui ne peut que s’accentuer rapidement, l’armée turque pourra de plus en plus aligner x fois plus de soldats que l’armée grecque. La tentation pourrait être grande un jour de vouloir repousser les frontières.

(nota : La Grèce avait 9.170.000 habitants au recensement de 1971 et seulement 10 millions en prévisions de 2025, elle aura gagné moins de 1 million d’habitants en 54 ans. La Turquie avait 43.210.000 habitants à un recensement de 1975. Les prévisions pour 2025 sont à plus de 88.000.000 soit une progression de 45.000.000 en 50 ans. Si la situation entre la Grèce et la Turquie est caricaturale, elle est en fait le reflet du déséquilibre entre les pays sous développés et notamment le monde musulman et le monde occidental.)

Naturellement, la “guerre de Troie” comme symbole du conflit millénaire entre l’orient et l’occident, entre le bien et le mal (chaque camp s’identifiant au bien... cela va de soi!) peut se poursuivre n’importe où en dehors de la Grèce et de la Turquie. Si pour Jean Giraudoux, “La Guerre de Troie n’aura pas lieu”, on peut plus raisonnablement penser qu’elle ne s’est jamais véritablement arrêtée.

 

 

Jean Delisle -Avril 2000

localisation de Troie

localisation de Troie

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 12:27

 

QUE SONT-ILS-DEVENUS ?

(LES HEROS DE LA GUERRE DE TROIE)

 

BREF RAPPEL SUR LA GUERRE DE TROIE

Aux noces de Pélée (père d’Achille) et de Thétis (“la déesse aux pieds d’argent”) , Eris, déesse de la discorde, soeur et épouse d’Arès (Mars) dieu de la guerre, vexée de ne pas avoir été invitée, lança parmi les convives, une pomme d’or sur laquelle elle avait écrit : “à la plus belle”. Héra (Junon), Athéna (Minerve), Aphrodite (Vénus) se disputèrent le titre. Zeus refusant de les départager, en chargea le berger Pâris. Pour avoir le titre, les trois déesses firent maintes promesses à Pâris qui choisit Aphrodite qui lui avait promis l’amour de la plus belle femme du monde. Ce Pâris était en fait le fils abandonné de Priam roi de Troie et qui avait été recueilli par des bergers. Ce thème de l’enfant abandonné et qui parvient néanmoins à un fabuleux destin n’est pas rare dans l’antiquité (voir Sardon à Babylone, Moïse en Egypte, Thésée à Athènes, Oedipe de Thèbes, Gilgamesh l’Assyrien, Egisthe à Mycènes, Romulus à Rome...).

Aphrodite tint ses promesses et après avoir fait réintégrer Pâris à la cour de Priam, le fit envoyer en ambassade à Sparte où il enleva Hélène qui était la plus belle femme du monde parce que fille de Zeus. Tous les Grecs se liguèrent et partirent faire la guerre à Troie pour récupérer Hélène. Les dieux s’en mélèrent. Aphrodite, Apollon, Arès, Poséidon soutenaient les Troyens. Athéna, Héra, Héphaïstos et Thétis étaient dans le camp des Grecs. Les dieux en profitaient pour régler leurs querelles, mais ce sont les humains qui restaient sur le champ de bataille (la querelle des dieux ressemble fort à celle pour le pouvoir des grands de ce monde. En se rappelant que ce fut écrit il y a près de 3000 ans, l’on méditera au passage ce propos de Zeus aux autres dieux au chant 1 de l’Odyssée : “Ah! vraiment, de quels griefs les mortels ne chargent-ils pas les dieux! C’est de nous, à les entendre, que viennent leurs maux; mais c’est par leur démence qu’ils sont frappés plus que ne le voulait leur destin”).

Après 10 ans de guerre, Zeus qui était resté neutre ne put résister aux charmes de Thétis et décida la perte des Troyens. Cette extraordinaire histoire est racontée par Homère dans l’Iliade, mais ce récit s’arrête à la mort d’Hector, tandis que l’Odyssée commence Ulysse errant en Méditerranée. Les événements entre les deux (mort d’Achille, cheval de Troie, chute de la ville, sort des Troyennes...) proviennent soit des récits de l’Odyssée d’Homère (notamment récits de Nestor, de Ménélas et d’Hélène à Télémaque le fils d’Ulysse parti à la recherche de son père, et aussi récits des morts au livre XI de l’Odyssée lorsqu’Ulysse revoit sa mère, Agamemnon, Achille, Patrocle...) où d’autres auteurs, spécialement tragédiens grecs du Ve siècle avant notre ère : Euripide dans ses tragédies (Les Troyennes, Andromaque, Hécube, Hélène, Iphigénie à Aulis, Iphigénie en Tauride, Electre, Oreste, Le Cyclope, Rhésos), Eschyle (Agamemnon, Les Choéphores, Les Euménides), et Sophocle, (Ajax, Philoctète, Electre, ainsi qu’une Iphigénie dont le texte est perdu); mais aussi : Virgile (auteur du 1er siècle avant notre ère) dans l’Enéïde, Sénèque (auteur du 1er siècle de notre ère) dans Les Troyennes, et Agamemnon; Dictys de Crète au IIe siècle de notre ère (histoire de la guerre de Troie); Quintus de Smyrne au début du VIIe siècle de notre ère (Suite d’Homère)...

Ce thème de la guerre de Troie a inspiré bien d’autres auteurs plus récents. Citons par exemple : Jean de Rotrou (Iphigénie 1642), Jean Racine (Andromaque 1667, Iphigénie 1674), Goethe (Iphigénie en Tauride 1787), Jean Giraudoux (La guerre de Troie n’aura pas lieu 1935, Electre 1937) ou J.P. Sartre (Les Troyennes 1965).

Sans parler de nombreux opéras tels “Didon et Enée” d’Henry Purcell (1689), “Iphigénie en Aulide” (1774) et “Iphigénie en Tauride” (1779) de Gluck ,“Idoménée” de Mozart (1781), “Les Troyens” d’Hector Berlioz (1858), “La Belle Hélène” d’Offenbach (1864), ou “Hélène d’Egypte” de Richard Strauss (1928).

On peut encore se donner une idée de l’importance de la guerre de Troie comme “référence”, avec “L’été”. il s’agit d’un essai d’Albert Camus. Un des chapitres daté de 1948 est intitulé : “L’exil d’Hélène”. Outre Hélène, Albert camus y cite Ulysse, Patrocle et Achille.

De même, le 21 octobre 1805, jour de la bataille de Trafalgar, rappelons que 3 navires de la flotte à Nelson avaient pour noms : “Agamemnon”, “Achille” et “Ajax”, tandis qu’un des navires de la flotte française s’appelait lui aussi : “l’Achille”. Dans les années 1820, lorsque les Grecs, occupés par les Ottomans, se soulevèrent pour retrouver leur indépendance, Laskarina Bouboulis (veuve d’un armateur grec empalé sur ordre du sultan) consacra sa fortune à financer la construction de navires pour combattre les Turcs. Elle appela son navire-amiral : « l’Agamemnon ».

Au chant 2 de l’Iliade, Homère passe en revue toutes les cités et tous les peuples qui participèrent au combat dans l’un et l’autre camp. Pour les Grecs, il dénombre 23 délégations et cite pour chacune, le nombre de navires à bord desquels les troupes embarquèrent. L’addition donne 924 vaisseaux. Pour les Béotiens qui avaient 50 navires, Homère indique : “Cent vingt jeunes Béotiens étaient à bord de chaque nef”. Si l’on extrapole, les Grecs avaient plus de 110 000 guerriers.

Homère ne donne pas de chiffres pour les Troyens, mais compte tenu de l’équilibre des forces pendant 10 ans, il faut penser qu’ils devaient être autant. On ne sait naturellement pas quelle part de réalité contiennent toutes ces légendes; outre l’intervention constante des dieux, on peut relever de nombreuses contradictions et par exemple :

- le site de Troie redécouvert par Heinrich Schliemann, à partir de 1868, n’est pas compatible avec l’importance de la population supposée par la guerre

-Virgile fait passer Enée à Carthage où il rencontre la reine Didon bien que la date admise pour la guerre de Troie est de -1194 à -1184, ce qui suppose un passage d’Enée vers -118O alors que selon les fouilles archéologiques, Carthage n’aurait été fondée qu’en -814. ( La date de la guerre de Troie a été établie par les savants d’Alexandrie. A quelques années près, cette date n’a pas été contestée par les historiens ultérieurs jusqu’à notre époque.)

- les textes issus de la guerre de Troie laissent penser que l’expansion grecque en Italie commença dès la fin de cette guerre puisque l’on voit Diomède, Idoménée ou Philoctète aller fonder des villes en Italie. Il semble qu’il y ait là aussi au moins 4 siècles de décalage par rapport à la réalité. etc...

La date supposée de la guerre de Troie correspond à une période de grande mouvance des peuples de toute la Grèce et de ses iles appelés “peuples de la mer” sur une inscription du temple égyptien de Médinet Habou. Ces “peuples de la mer”, après avoir détruit des villes hittites (situées en Anatolie dans l’actuelle Turquie) dont la capitale Hattusas (ce qui entraina la disparition de la civilisation hittite), ravagèrent les côtes de la Phénicie, en détruisant une des principales villes phéniciennes (Ougarit) et tentèrent de débarquer en Egypte où ils furent détruits par Ramsès III. On peut penser que c’est à la suite de ces événements que les Phéniciens partirent explorer et coloniser la Méditerranée occidentale.

Selon certains auteurs, une partie des « peuples de la mer », refoulée, serait allée s'installer en Palestine, à l'endroit aujourd'hui appelé « bande de Gaza », et mélangée aux autochtones, aurait formé un peuple appelé « Philistins » dans la Bible et qui fut l'ennemi le plus célèbre des Hébreux. Voir la fiche N°6 : http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-d-israel-55889409.html

 

LES HEROS DE LA GUERRE DE TROIE:

1 LES GRECS

ACAMAS

Fils de Thésée et de Phèdre. Selon certaines versions, Thésée serait fils de Poséidon. Fit partie d’une première délégation (avec Ménélas et Ulysse) envoyée par les Grecs auprès des Troyens pour réclamer Hélène. Profita de ce premier séjour à Troie pour séduire Laodicé, une des filles de Priam. Acamas fit également partie des 8 guerriers qui prirent place dans le cheval de Troie à la fin de la guerre.

 

ACHILLE

Fils de Pélée et de la déesse Thétis (qui l’avait rendu invulnérable en le plongeant dans le Styx, sauf le talon par lequel elle le tint). Roi des Myrmidons (royaume de Phthie en Thessalie, région de Grèce au sud de la Macédoine). Achille participa à l’expédition contre Troie mais se brouilla avec Agamemnon qui lui avait enlevé sa captive Briséis. Achille réintégra le combat après la mort de son ami Patrocle tué par Hector. Achille tua Aétion (père d’Andromaque) et ses 7 fils, la reine Penthesilée, le roi Memnon, Hector...Grâce à son invulnérabilité, aux chevaux immortels dont les dieux avaient fait don à son père (Pélée), et aux armes que lui avait forgées Héphaïstos (Vulcain), Achille fit un véritable carnage parmi les Troyens et leurs alliés dont il jetait les cadavres dans le fleuve proche (Xanthe appelé aussi Scamandre). A tel point qu’au chant XXI de l’Illiade, le fleuve se plaint. S’adressant à Achille, le Xanthe déclare :”Achille, tu es le plus fort de tous les hommes, mais tu commets, plus que tous aussi, des abominations, car les dieux eux-mêmes te défendent toujours. Si le fils de Cronos (Zeus) t’a donné de détruire tous les Troyens, repousse-les tout au moins loin de moi, et accomplis dans la plaine tes sinistres exploits, car il est déjà plein de cadavres mon aimable lit, et je ne puis plus, encombré par les morts, déverser mes eaux dans la mer divine...”Achille fut lui même tué par Pâris, guidé par Apollon, qui l’atteignit d’une fléche au talon. La mort d’Achille fut pleurée par sa mère (Thétis), par les néréïdes et les muses. Ses cendres furent placées dans une urne d’or fabriquée par Héphaïstos (Vulcain). Un tombeau fut élevé pour lui au bord de la mer. Le lieu où était situé ce tombeau, selon la légende, reçut le nom d’ACHILLEION dans l’antiquité (aujourd’hui Kumkalé en Turquie - voir Hérodote “L’Enquête” V-94)

 

AGAMEMNON

Fils d’Atrée et d’Aéropé, frère de Ménélas roi de Sparte, Agamemnon était roi de Mycène et d’Argos. Il fut le chef de l’expédition grecque contre Troie. A la fin de la guerre, il prit Cassandre dans sa part de butin. Il rentra à Mycène mais fut tué par Egiste l’amant de sa femme Clytemnestre. Cet Egiste fils et petit-fils de Thyeste (Thyeste avait conçu Egiste en violant sa fille Pelopia) avait déjà tué Atrée le frère de son père (Egiste était donc le cousin d’Agamemnon et de Ménélas). Egiste fut tué à son tour par Oreste qui était le fils d’Agamemnon et de Clytemnestre. Pour venger son père, après (ou avant selon les versions), avoir tué Egiste, Oreste tua aussi sa mère Clytemnestre. C’est la thèse la plus courante, mais dans la tragédie “Agamemnon” d’Eschyle, ainsi que dans “l’Agamemnon” de Sénèque, c’est Clytemnestre, elle même, qui tue Agamemnon, Egiste n’étant que le conseiller, tandis que pour Sophocle dans “Electre”; les meurtriers sont Egisthe et Clytemnestre en même temps; Clytemnestre pour sa part, “lui a tranché l’extrémité des membres, les lui a liés sous les aisselles et lui a essuyé sur la tête l’arme sanglante en guise de purification”. Triste fin pour le chef de l’armée qui après dix ans de guerre a vaincu les Troyens! A noter que selon les auteurs, Agamemnon est tué soit dans son bain, soit au cours d’un banquet.

Outre Eschyle et Sénèque, signalons 2 autres tragédies “Agamemnon” de Vittorio Alfieri en 1783 et de Nepomucène Lemercier en 1795.

 

AJAX

Fils d’Oilée, roi des Locriens (la Locride est une région de la Grèce centrale située entre le golfe de Corinthe et le golfe Maliaque qui sépare la Grèce de l’ile d’Eubée - Ce sont ces Locriens qui au 7ème siècle avant notre ère ont fondé la ville de Locres en Italie sur la côte de la Calabre). Selon Euripide (Les Troyennes), Ajax ayant renversé à Troie une statue d’Athéna dans le temple même de la déesse et ayant enlevé Cassandre, fut chatié par Athéna lors de son retour en Grèce. Ajax fut foudroyé au cours d’une tempête qui engloutit sa flotte près du promontoire de Capharé dans l’ile d’Eubée.(Même thème dans “l’Agamemnon de Sénèque). En outre, toujours selon Euripide, ces évènements amenèrent Athéna à changer de camp. Alors qu’elle avait soutenu les Grecs pendant les 10 ans de guerre, elle s’allia à Poséidon pour détruire le maximum de Grecs sur le chemin du retour.

 

(autre) AJAX

Fils de Télamon et de Périboéa (Télamon était le frère de Pélée père d’Achille. Cet Ajax et Achille étaient donc cousins, en outre Télamon était fils d’Eaque, lui-même fils de Zeus). Roi de Salamine (île située à l’ouest d’Athènes); participa activement à la guerre de Troie. Il ramena le corps d’Achille après sa mort, puis il disputa les armes d’Achille à Ulysse. Vaincu, Ajax devint fou et se tua. Ce drame fait l’objet d’une tragédie de Sophocle où Ajax veut tuer Ulysse ainsi qu’Agamemnon et Ménélas, mais Athéna lui brouille l’esprit et Ajax massacre des animaux en croyant tuer des hommes. Lorsqu’il retrouve ses esprits, il se suicide sur une épée qui avait appartenu à Hector et dont ce dernier lui avait fait don après un long combat sans résultat. Dans la pièce de Sophocle, Ménélas et Agamemnon s’opposent à la sépulture d’Ajax, mais Teucer finit par l’ensevelir avec l’appui d’Ulysse.

Cet Ajax était grand et fut souvent appelé le grand Ajax pour le distinguer de l’autre Ajax qui était, lui, petit. Les deux Ajax combatirent souvent ensemble. Sept siècles plus tard, au moment de la bataille de Salamine entre Grecs et Perses, les Grecs envoyèrent un navire à Egine chercher les statues d’Eaque et de ses deux fils Télamon (père d’Ajax) et de Pélée (père d’Achille); après la victoire de Salamine, les Grecs consacrèrent une trière prise aux Phéniciens à Ajax. (Hérodote VIII-121). Une statue de cet Ajax tronait dans la salle du Conseil d’Athènes.

Dans sa tragédie « Les Perses » (de -472), Eschyle appelle l’île de Salamine : « L’île d’Ajax » faisant ainsi un lien de plus entre la guerre de Troie et les guerres « Médiques ». La bataille de Salamine où la flotte perse fut vaincue par la flotte grecque date de -480.

 

ANTILOQUE

Fils ainé de Nestor roi de Pylos, ami d’Achille, fut tué par Memnon et enterré dans le tombeau d’Achille.

 

ASCALAPHE

Fils d’Arès (Mars) et d’Astyoché. Chef des guerriers d’Asplédon et d’Orchomène (villes à la limite de la Phocide au sud de la Grèce centrale), fut tué par Déïphobe.

 

AUTOMEDON

Commanda un contingent de l’île de Scyros dans la mer Egée. Fut le cocher d’Achille et après la mort de celui ci, servit Pyrrhus.

 

CALCHAS

Fils de Thestor (lui même descendant d’Apollon). Devin de l’armée grecque pendant la guerre de Troie. Un oracle avait prédit à Calchas qu’il périrait lorsqu’il rencontrerait un devin plus habile que lui. Ce qui se passa en Asie Mineure au retour de la guerre de Troie

 

DIOMEDE

Prince d’Argos, fils de Tydée et de Deipyle (fille du roi d’Argos). A Troie, Diomède combatit contre Hector et contre Enée et blessa même au cours d’un combat Aphrodite (Vénus) et Arès (Mars). poursuivi par la colère d’Aphrodite, après la guerre, il dut fuir Argos et fonda en Italie plusieurs villes dont Bénévent, Brindisi... Au moment où s’engagea la guerre entre les peuples italiques et les Troyens qui venaient de débarquer dans le Latium, Turnus roi des Rutules envoya une délégation à Diomède (alors dans une des villes qu’il avait fondée : Arpi en Apulie c’est à dire dans les Pouilles) pour lui demander son aide en tant qu’ennemi “naturel” des Troyens. Considérant tous les braves parmi les Grecs qui tombèrent sur le champ de bataille de Troie, tous ceux qui périrent sur la route du retour, et ceux qui trouvèrent où donnèrent la mort en rentrant chez eux, Diomède déclara qu’il ne voulait plus de guerre et conseilla aux envoyés de Turnus, de s’entendre avec Enée plutôt que de le combattre. Ces propos que Virgile prête à Diomède (Eneïde XI-250...) pourraient s’intituler : “Histoire des vainqueurs vaincus”. Ce sentiment de vainqueurs vaincus où de “ tous vaincus” est particulièrement net chez Euripide où l’on pourrait citer maints passages comme celui (dans “Les Troyennes”) où Cassandre déclare : “Je vais montrer que notre Troie eut un sort plus heureux que la Grèce”, ou chez Eschyle où l’on peut citer par exemple dans sa tragédie “Agamemnon” : “On se rappelle le visage de ceux que l’on a vus partir, mais au lieu d’hommes, ce sont des urnes, de la cendre qui rentrent dans chaque maison”. On retrouve des propos analogues chez Eschyle dans sa tragédie “les Perses” relative aux guerres médiques (par exemple : “De milliers de femmes perses elle a fait -et pour rien!- des mères sans fils et des veuves...et des milliers de femmes, de leurs faibles bras, déchirent leurs voiles et inondent leur sein de larmes ruisselantes, dans la douleur qui les saisit !”) ou encore chez Hérodote (L’Enquête : VII-171) où parlant de la participation des Crétois à la guerre de Troie il écrit : “Les Crétois se rangèrent dit-on parmi les vaillants défenseurs de Ménélas. Ils en furent payés, à leur retour de Troie, par la famine et la peste qui les frappèrent, eux et leurs troupeaux”. Dans sa tragédie “Les Troyennes” (1965), J.P. Sartre reprend et développe les sentiments anti-guerre d’Euripide. Voir notamment à la scène V la longue tirade de Cassandre qui se termine ainsi : “mais les autres, les conquérants, ceux qui font une sale guerre et qui en meurent, leur mort est plus bête encore que leur vie.”

 

DIORES

Fils d’Amaryncée. Chef du contingent de l’Elide (région située au nord ouest du Péloponnèse). Fut tué par Piros

 

EURYLOQUE

Noble de l’ile de Samé (Céphallénie); avait épousé Ctiméné la soeur d’Ulysse qu’il accompagna à Troie. Lors du retour à Ithaque, Euryloque participa au massacre des boeufs sacrés dans l’ile du dieu soleil Hélios (autre nom d’Apollon). Zeus/Jupiter chatia tous les participants à ce massacre en les faisant périr dans une tempête.

 

EURYPYLE

De Cos en Thessalie, fils d’Evenon. Fut blessé par Pâris alors qu’il secourait Ajax fils de Télamon. Fut soigné par Patrocle.

 

HELENE

Fille de Zeus et de Léda (reine de Sparte), fut mariée à Ménélas qui devint roi de Sparte. Lorsque Pâris l’enleva pour l’emmener à Troie, toutes les cités grecques se mobilisèrent et portèrent la guerre à Troie. A la fin de la guerre, Hélène renseigna les Grecs (au moyen d’un flambeau sur les remparts). Selon certaines versions (Homère, Virgile, Sénèque, Sartre) elle obtint le pardon de Ménélas et rentra avec lui à Sparte.

Par contre, Hérodote (auteur grec du Vème siècle avant notre ère, surnommé “le père de l’histoire” par Cicéron), s’appuyant sur le récit de prêtres égyptiens, prétend (Enquête, livre II-113 et suivants) qu’Hélène n’alla jamais à Troie mais passa les années de la guerre en Egypte. Ainsi les Grecs réclamèrent Hélène aux Troyens qui répondirent qu’ils ne l’avaient pas. Les Grecs ne voulurent pas les croire et firent une guerre qui selon Hérodote serait née d’un malentendu

A moins que les Grecs n’aient eu besoin d’un prétexte pour anéantir une cité rivale. C’est probablement ce que pense J. Giraudoux dans “La guerre de Troie n’aura pas lieu”. Il fait dire à Ulysse venu parlementer avec Hector : “ Les autres Grecs pensent que Troie est riche, ses entrepôts magnifiques, sa banlieue fertile. Ils pensent qu’ils sont à l’étroit sur le roc. L’or de vos temples, celui de vos blés et de votre colza, ont fait à chacun de nos navires, de vos promontoires, un signe qu’il n’oublie pas. Il n’est pas très prudent d’avoir des dieux et des légumes trop dorés”. Ce à quoi Hector répond : “Voilà enfin une parole franche. La Grèce en nous s’est choisi une proie...Vous voulez nos richesses! Vous avez fait enlever Hélène pour avoir à la guerre un prétexte honorable...”.

. Toujours selon Hérodote, à la fin de la guerre, Ménélas passa en Egypte récupérer Hélène. A propos d’Homère, Hérodote écrit : “Il me semble d’ailleurs qu’Homère a connu ce récit, mais il lui convenait moins , pour son poème, que l’autre qu’il a utilisé”.
Pour sa part, Euripide, dans “Les Troyennes” jouées pour la première fois en -415, ne doute pas qu’Hélène soit à Troie; Mais, trois ans plus tard, dans “Hélène”, nouvelle version : Aphrodite a bien mis Pâris en relation avec Hélène à Sparte, mais Héra s’est interposée et Pâris n’a pas emmené Hélène à Troie mais seulement son fantôme, tandis qu’Héra enlevait Hélène et la déposait en Egypte à la cour du Pharaon . Ainsi, des milliers de braves sont morts sur le champ de bataille de Troie pour un fantôme, c’est à dire pour une illusion. Belle allégorie. A la fin de la guerre, dans cette version d’Euripide, Ménélas emmène Hélène (c’est à dire son fantôme) comme captive; mais à la suite d’une tempète qui l’égare, il ère 7 ans en Méditérranée avant d’échouer en Egypte où il retrouve la véritable Hélène tandis que le fantôme ramené de Troie s’évapore vers le ciel. On peut penser qu’entre “Les Troyennes” et “ Hélène” , Euripide a eu connaissance du texte d’Hérodote mort seulement 5 ans avant la sortie des “Troyennes”. Des fouilles au XXè siècle ont permis de retrouver au sud-est de Sparte un sanctuaire consacré à Hélène et dont parle Hérodote :(l’Enquête VI-61)

Depuis des siècles des auteurs se demandent si Hélène fut consentante ou non pour partir à Troie. J.P. Sartre, pour sa part dans “Les Troyennes” ne semble avoir aucun doute sur le personnage d’Hélène qualifié dans sa pièce de putain ...Elle est également qualifiée de putain dans “les Troyennes” de Sénèque. De même, dans “La Belle Hélène”, la dite Hélène s’adressant au devin Calchas déclare : “le peuple qui m’accuse... crie : ça c’est pas une reine, c’est une poule!”; ou lorsqu’elle parle de fatalité au même Calchas, il répond :”C’est une excuse”.

Bien avant eux, Hérodote (L’Enquête I-4) écrit : “Enlever des femmes, c’est, pensent les Perses, une injustice, mais vouloir à tout prix tirer vengeance de pareils enlèvements est une sottise, la sagesse est de n’accorder aucune importance aux femmes enlevées : car il est bien clair qu’elles n’auraient pas été enlevées si elles n’avaient pas voulu l’être”.

En 1584, à l’occasion de sonnets dédiés à Hélène de Surgères, Ronsard ne peut s’empêcher d’évoquer l’Hélène antique :

Il ne faut s’ébahir, disaient ces bons vieillards

Dessus le mur Troyen, voyant passer Hélène...”

Mais Ronsard est d’avis que les Troyens auraient mieux fait de la rendre :

Toutefois il vaut mieux, pour n’irriter point Mars

La rendre à son époux afin qu’il la remmène,

Que voir de tant de sang notre campagne pleine...”

On notera en outre qu’à l’âge de dix ans Hélène avait été enlevée une première fois par Thésée d’Athènes. Castor et Pollux, les frères d’Hélène étaient allés la récupérer.

 

HYPSENOR

Fils d’Hippase, guerrier achéen qui fut tué par Déïphobe.

 

IDOMENEE

Roi de Crète, petit fils de Minos, il fit partie de l’expédition contre Troie. Il fut aussi de ceux qui prirent place dans le “cheval de Troie” à la fin de la guerre. Pris dans une tempête à son retour, il fit voeu, s’il en sortait vivant de sacrifier à Poséidon (Neptune) la première personne qui se présenterait à lui à son arrivée en Crète. Ce fut son fils Mérion. Il le sacrifia. Une peste ayant éclaté peu après, les Crétois l’imputèrent au crime d’Idoménée et le chassèrent de son royaume. Il se réfugia en Italie où il fonda la ville de Salente (Salento), ville située dans le talon de la botte italienne.

Dans “l’Idoménée” de Mozart, Neptune intervient : Idoménée abdique en faveur de son fils qui règne après avoir épousé Ilia fille de Priam ramenée captive de Troie.

Dans « Les aventures de Télémaque fils d’Ulysse » de Fénelon (texte de 1695, première publication en 1699), Fénelon fait passer Télémaque à Salente où il rencontre Idoménée. Les contemporains de Fénelon ont vu dans la description d’Idoménée une satire de Louis XIV. Fénelon s’en est défendu, mais tous les commentateurs depuis 3 siècles persistent à voir dans la description d’Idoménée faite par Fénelon une critique de Louis XIV.

 

IPHIGENIE

Fille d’Agamemnon et de Clytemnestre. Après l’enlèvement d’Hélène, il fallut 10 ans aux Grecs, de palabres, d’ambassades aux uns et aux autres avant de rassembler toutes leurs troupes et leurs flottes à Aulis en Béotie (région située au sud de la Grèce centrale). Mais, la flotte ne pouvait partir, Artémis (soeur jumelle d’Apollon) faisait souffler des vents contraires. Pour apaiser la déesse et sur les conseils du devin Calchas, Agamemnon fit venir à Aulis sa fille ainée sous le prétexte de la marier à Achille et la sacrifia. La flotte eut alors des vents favorables et put aller porter la guerre à Troie. C’est la version d’Eschyle (dans “Agamemnon” 184/247, 1555/1559), de Lucrèce (“De la Nature I 84/102), d’Horace (“Satires” II-III 199/200), ou de Sophocle (“Electre” 530/532), par contre, Euripide écrit qu’Artémis substitua une biche pour le sacrifice et enleva Iphigénie dont elle fit sa prétresse. Thèse reprise par Ovide (“Métamorphoses” XII 23/38).

Mais Clytemnestre qui ne put supporter le meurtre de sa fille fit tuer Agamemnon à son retour de Troie par Egiste son amant (ou le tua elle-même selon les versions).

Dans “Electre” de Sophocle, Clytemnestre se demande pourquoi c’est sa fille qui dût être sacrifiée et non celle de Ménélas, pour qui la guerre était faîte :

... Ménélas n’avait-il pas d’enfants? Il était naturel qu’on les immolât de préférence à ma fille puisque c’est pour leurs parents que la flotte appareillait....”

Cette idée fut reprise par Rotrou dans son “Iphigénie” de 1642, mais là, c’est Iphigénie elle-même qui déclare à son père (Agamemnon) :

Ai-je quelque intérêt aux affaires d’Hélène?...

Si quelqu’un doit périr si Diane l’ordonne

Ménélas son époux n’a-t-il pas Hermione?...”

Alors que chez Euripide, le mariage avec Achille n’est qu’un prétexte pour attirer Iphigénie à Aulis, Racine, dans son “Iphigénie” imagine Achille amoureux d’Iphigénie, il lui invente aussi une rivale (Eriphile) qui agit pour l’éliminer. Dans le dénouement, Achille défend Iphigénie et plutôt que de l’affronter, les Grecs préfèrent sacrifier Eriphile qui elle préfère se suicider pendant qu’Achille épouse Iphigénie. De même dans le dénouement de “l’Iphigénie en Tauride” de Goethe, Iphigénie reste vivante et rentre chez elle.

Le personnage d’Iphigénie est un bon exemple de la construction de la légende; Homère ne parle pas du sacrifice d’Iphigénie, ce sont les auteurs du Vè siècle (avant notre ère) qui ajoutent l’histoire d’Iphigénie à la légende de la guerre de Troie. Iphigénie est d’ailleurs un exemple type de l’influence de la guerre de Troie sur les auteurs et artistes puisqu’outre Euripide qui réalisa deux tragédies sur ce thème en -414 et en -405, on trouve, sur Iphigénie une dizaine d’opéras, autant de mélodrames de très nombreuses tragédies, sans parler des peintres (“Le sacrifice d’Iphigénie” de Tiepolo, des fresques à Pompéï...), des sculpteurs : des représentations sur des vases etc...ou du film du réalisateur grec Cacoyannis en 1976.

 

MACHAON

Fils d’Asclépios. Etait roi de trois villes de Théssalie (au centre de la Grèce centrale). Avait reçu de son père le don de guérir. Il put ainsi soigner Ménélas blessé par une flèche de Pandare ... Fut tué par Eurypylos.

 

MENELAS

Roi de Sparte, frère d’Agamemnon, époux d’Hélène, la ramena à Sparte après la guerre. Voir à Hélène les différentes versions.

 

MENESTHEE

Fils de Pétéos, arrière-petit-fils du premier roi d’Athènes, chef des Athéniens à Troie, fut l’un des principaux stratèges de l’armée grecque. Sept siècles plus tard, lorsque les cités grecques se liguèrent pour résister à l’invasion perse, elles se disputèrent le commandement de l’armée coalisée, chacune justifiant ses prétentions par ses mérites dans la guerre de Troie. Les Athéniens rappelèrent les mérites de Ménésthée d’après Hérodote.

 

MERION

Fils de Mole chef crétois. Tua un certain nombre de Troyens, mais s’est surtout distingué en récupérant le corps de Patrocle. Fit partie des guerriers cachés dans le cheval de Troie.

 

NESTOR

Fils de Nélée et de Chloris. Roi de Pylos en Messenie (région de la Grèce au sud ouest du Péloponnèse). Etait déjà agé au moment de la guerre de Troie qu’il fit cependant. Est présenté comme un sage toujours de bon conseil. Regagna son royaume après la guerre et y reçut la visite de Télémaque à la recherche de son père (Ulysse).

 

PALAMEDE

Fils de Nauplios, dejoua la ruse d’Ulysse qui simulait la folie pour ne pas se joindre à la guerre. A Troie, pour se venger, Ulysse accusa Palamède de trahison en fabriquant toutes les preuves. Palamède fut accusé et lapidé.

 

PATROCLE

Fils de Méonétios d’Oponte et de Sthénélé. Fut l’ami d’Achille, tua Sarpédon mais fut tué par Hector. son corps fut ramené par Ménélas et Ajax (fils de Télamon). Il fut enterré avec Achille et Antiloque.

 

PHENIX

Roi des Dolopes (peuple de la Thessalie méridionale), fils d’Amintor, fut le précepteur d’Achille qu’il accompagna à Troie. Phénix mourut en Thrace au retour de la guerre de Troie.

 

PHILOCTETE

Roi de Mélibée en Théssalie (Grèce centrale). Fils de Poeas. Il avait hérité de l’arc d’Héraclès. Mordu par un serpent au passage à Lemnos, il ne rejoignit que tardivement le champ de bataille. Il tua Pâris. A son retour à Mélibée, une révolte du peuple l’obligea à fuir en Italie où il s’installa dans une ville (Pétilié) au dessus de Crotone.

 

PROTESILAS

Fils d’Iphiclos roi de Thessalie et d’Astyoché. Premier Grec qui descendit des navires sur le rivage de Troie. Fut tué par Hector. Sa femme (Laodamie) obtint de Zeus qu’il revint pour trois heures à la vie. Au bout de ces trois heures, elle se suicida pour rester avec son mari. Le tombeau attribué à Protésilas qui se trouvait à Eléonte en Chéronèse (à l’entrée des Dardanelles, sur la rive occidentale) fut pillé par un Perse au temps des guerres médiques.

 

PYRRHUS (appelé aussi NEOPTOLEME)

Fils d’Achille et de Déidamie (fille de Lycomède roi de l’île de Scyros- île située à l’est de l’Eubée). Roi de Phthiotide (région de la Grèce centrale au dessus du golfe Maliaque). Fit un vrai carnage à la chute de Troie en tuant Priam, Polite, Polyxène, Astyanax... Reçu Andromaque et Hélènus dans son butin. Rentré en Grèce, il ajouta l’Epire (actuelle Albanie) à son royaume. Mais sa première épouse (Hermione, fille de Ménélas et d’Hélène), jalouse d’Andromaque, fit assassiner Pyrrhus par Oreste (fils d’Agamemnon et de Clytemnestre).

 

TALTHYBIOS

Héraut de l’armée grecque plusieurs fois mentionné dans l’Iliade, mais surtout il annonce aux Troyennes le sort qui leur est réservé après la chute de la ville, aussi bien dans « Les Troyennes «  d’Euripide que dans « Les Troyennes«  de Sénèque ou que dans « Les Troyennes«  de J.P. Sartre.

 

TELEMAQUE

Fils d'Ulysse et de Pénélope dans l'Odyssée. Après la guerre, il part à la recherche de son père et rencontre successivement Nestor à Pylos et Ménélas à Sparte. Rentré à Ithaque, Télémaque assiste son père dans l'élimination des prétendants. En 1699, Fénelon écrit « Les Aventures de Télémaque » et Aragon sous le même titre en 1921.

 

TEUCER

Fils de Télamon et d’Hésioné soeur de Priam: demi frère d’Ajax. Etait archer, s’abritait sous le bouclier d’Ajax pour décocher ses flèches. Tua de nombreux Troyens. Il fit partie de ceux qui prirent place dans le cheval de Troie. Après la guerre, mal accueilli à son retour à Salamine sa patrie, pour n’avoir pas défendu ou vengé son frère, il dut s’exiler en Syrie.

 

THERSITE

Soldat de l’expédition grecque au physique “désavantageux” (boiteux, chauve, bossu, jambes torses...); critiquait ouvertement les chefs de l’expédition, ce qui lui vallut d’être bastonné par Ulysse. Il se moqua d’Achille lorsque celui ci tomba amoureux de Penthésilée morte. Achille le tua.

 

ULYSSE

Fils de Laerte et d’Anticlée. Roi d’Ithaque (petite île proche de l’île de Céphalonie à l’ouest de l’Arcanie en Grèce centrale). Appelé souvent dans les textes “l’homme aux mille ruses”. Dans un premier temps, Ulysse ne voulut pas se joindre à l’expédition et simula la folie. Sa ruse ayant été déjouée par Palamède, il rejoignit les troupes. Participa ensuite activement à la guerre et imagina le “cheval de Troie”. Son retour à Ithaque fut contrarié par les dieux favorables à Troie. De tempêtes en cyclopes...il perdit tous ses compagnons et revint seul à Ithaque. Après 20 ans d’absence (10 ans de guerre et 10 ans d’errance), seul son chien (Argos) le reconnut immédiatement et mourut aussitôt après. Aidé de son fils Télémaque, du porcher Eumée, du bouvier Philoetios et surtout d’Athéna, Ulysse tua tous les prétendants et put se faire reconnaitre de Pénélope.

De tous les personnages de la guerre de Troie, celui d’Ulysse est probablement le plus controversé. Ainsi, par exemple, dans “Les Troyennes” de Sartre, lorsqu’Hécube apprend qu’elle va être esclave chez Ulysse, elle s’écrie : “Non! Non! Pas lui. Je crache sur ce chien, sur ce monstre à la langue double qui souffle la discorde et la haine partout où régnait l’amitié...”. De la même façon dans “Les Troyennes” de Sénèque, Hécube l’appelle “Ulysse le menteur”, tandis qu’Andromaque déclare : “Voici Ulysse, il marche comme il regarde, de biais. il rumine au fond de son coeur de tortueuses machinations”, plus loin Andromaque déclare encore : “Fabricant de pièges, ingénieur du crime, Ulysse tu n’as jamais tué personne en face sur le champ de bataille. Jamais tu n’as eu le courage d’affronter tes ennemis d’homme à homme, tu les ligotes dans le réseau de tes ruses. On les retrouve morts, sournoisement exécutés. Même des Grecs ont été victimes de ton intelligence maléfique....Toi, le troisième couteau des expéditions nocturnes, quand tu dois te battre seul et en plein jour, courageux mais pas téméraire, tu étrangles un enfant.”.

Dante au début du XIVe siècle, au chant XXVI de l’Enfer de la Divine Comédie, fait figurer Ulysse et Diomède en enfer dans la catégorie des “Conseillers perfides entourés de flammes”.

On peut aussi mesurer le jugement de Fénelon sur le personnage d’Ulysse dans “Dialogues des Morts” (1712). Dans le dialogue IV, Achille s’adressant à Homère parle du “rusé et trompeur Ulysse”. Dans le dialogue V, Ulysse rappelant à Achille qu’après sa mort il fut jugé le plus digne de porter ses armes; Achille lui répond : “Je frémis quand je pense que les armes faîtes par le Dieu Vulcain et que ma mère m’avait données, ont été la récompense d’un discoureur artificieux”. Enfin, au dialogue VI, le cochon Grillus indique à Ulysse qu’il a un caractère “d’homme inquiet, éloquent, impérieux, plein d’artifices et perturbateur du repos public”.

Quoi qu’il en soit, d’Homère à Picasso (Ulysse et les Sirènes) en passant par Jean de La Fontaine (Les compagnons d’Ulysse) et beaucoup d’autres, “l’homme aux mille ruses” est l’un des personnages de la guerre de Troie qui a le plus inpiré auteurs, artistes et réalisateurs.

2 LES TROYENS

ACAMAS

Fils d’Eussoros chef Thrace, fut tué par Ajax fils de Télamon.

 

AGASTROPHOS

Fils de Priam. Fut tué par Diomède.

 

ANCHISE

Prince troyen qui s’accoupla avec la déesse Aphrodite (Vénus) et fut le père d’Enée. Parvint à fuir Troie avec son fils mais mourut près des côtes de la Sicile à la hauteur de Drépane (aujourd’hui Trapani), où Enée le fit enterrer.

 

ANDROMAQUE

Fille d’Eétion roi de Thèbes sous Plocos (en Troade, région proche de Troie). Epousa Hector fils ainé de Priam et d’Hécube. dont elle eut un fils (Astyanax) Après la prise de Troie, elle fut attribuée à Pyrrhus (fils d’Achille). Après la mort de Pyrrhus, Andromaque se remaria avec Hélénus frère jumeau de Cassandre (et donc beau frère d’Andromaque au temps d’Hector). Avec Hélénus, ils régnèrent sur l’ancien royaume de Pyrrhus (Phthiotide et Epire). En Epire, ils rebaptirent une ville semblable à Troie.

 

ANTENOR

Beau frère de Priam (par son épouse Théano soeur d’Hécube). Déjà agé au moment du conflit, fut l’un des rares à proposer de rendre Hélène aux Grecs. Après la prise de la ville, il réussit à s’enfuir avec ceux de ses fils encore vivants, ainsi qu’avec des Enètes (peuples de Thrace) et navigua jusqu’au nord de l’Adriatique où il créa la ville de Padoue. Parmi ses fils, Agénor est cité plusieurs fois dans l’Iliade tandis que Coon (son fils aîné) et Iphidamas sont tués par Agamemnon.

 

ANTIPHOS

Fils de Priam, tua Leucos compagnon d’Ulysse et fut tué lui-même par Agamemnon.

 

ARCHEPTOLEME

Cocher d’Hector, fut tué par Teucer.

 

ASCAGNE

Fils d’Enée et de Créüse, parvint dans le Latium avec son père, fonda la ville d’Albe. Virgile l’appelle Jules (IVLE). Il faut dire que César prétendait descendre de Romulus et par lui d’Ascagne et d’Enée; ce qui lui permettait de compter dans ses ancêtres à la fois Mars (père de Romulus et de Rémus) et Vénus (mère d’Enée) -les dieux de la guerre et de l’amour en même temps, beau symbole pour César. Or Virgile était un contemporain d’Auguste petit fils de Julia soeur de César. Appeler Ascagne Ivle permettait de renforcer l’idée que la gente Julia (à laquelle appartenait César) descendait bien de Romulus et d’Enée. Ce qui ne pouvait que plaire au Prince. On notera que pour Tite-Live (autre contemporain d’Auguste), Ascagne n’était pas le fils d’Enée et de Créüse mais d’Enée et de Lavinia qu’Enée épousa en Italie.

 

ASTEROPEE

Chef des Péoniens, fils de Pélégon (lui même fils du fleuve Axios -en Thrace- et de Péribée). Fut tué par Achille.

 

ASTYANAX

Fils d’Hector et d’Andromaque. Il périt précipité du haut des remparts de Troie par Pyrrhus (fils d’Achille) au moment de la prise de la ville. Pour Racine, par contre, dans sa pièce (Andromaque) Astyanax vit avec sa mère en Epire. Selon Euripide (Les Troyennes): “Ulysse à l’assemblée l’emporta en disant qu’il ne fallait pas laisser vivre le fils d’un tel héros” (c’est à dire le fils d’Hector - c’est au nom du même principe qu’Auguste fera massacrer le fils de César en Egypte etc...). Dans “Les Troyennes” de Sartre, quand Astyanax est emmené par les Grecs, sa mère s’écrie : “Barbares!, Barbares! vous tuez mon fils à cause d’une putain”. Dans “Les Troyennes” de Sénèque, Andromaque cache Axtyanax dans le tombeau d’Hector, mais le rusé Ulysse l’y découvre et l’emmène. Mais, selon Sénèque, Astyanax se jette lui-même du haut de la tour

 

BRISEIS

Fille de Brisès et épouse de Mynès roi de Lyrnessos (ville proche de Troie). Lors du sac de la ville par les Grecs, Achille tua toute la famille de Brisès y compris le mari de Briséis et l’emmena comme captive.

 

CAIETE

Nourrice d’Enée. L’accompagna vers l’Italie. Elle mourut au premier arrêt de la flotte d’Enée dans le Latium (à la frontière entre le Latium et la Campanie). Enée lui fit élever un tombeau et le lieu prit le nom de Caiète (aujourd’hui Gaète).

 

CASSANDRE

Réputée la plus belle des filles de Priam et d’Hécube. Aimée d’Apollon, elle reçut du dieu le don prophétique. Mais s’étant refusée à Apollon, elle se vit enlever par ce dieu le pouvoir d’être crue dans ses prédictions. Cela explique que dès l’arrivée d’Hélène à Troie, Cassandre prévint les Troyens des malheurs qui allaient arriver mais personne n’y prit garde. Après la chute de Troie, elle fut attribuée à Agamemnon qui lui fit deux enfants. Cassandre et ses enfants furent assassinés par Clytemnestre (1ère épouse d’Agamemnon et soeur d’Hélène).

Dans “Les Troyens”, Hector Berlioz préfère Cassandre se poignardant pour échapper aux Grecs au moment de la chute de Troie.

De même que pour Hélène, dans des sonnets dédiés à Cassandre Salviati en 1552, Ronsard évoque Cassandre la troyenne:

Je ne suis point ma guerrière Cassandre,

Ni Myrmidon ni Dolope soudart

Ni cet Archer, dont l’homicide dard

tua ton frère et mis la ville en cendre...”

 

CEBRION

Fils de Priam, fut tué par Patrocle.

 

CHRYSES

Prêtre d’Apollon de la ville de Thèbes en Mysie (région proche de Troie). Après le sac de la ville par les Grecs, sa fille Chryséïs avait été prise comme butin par Agamemnon. Apollon en fureur commença à décimer les guerriers grecs. Pour le calmer, et sur intervention d’Achille, Agamemnon rendit sa fille à Chrysès mais prit Briséïs la captive d’Achille en compensation. Cela déclencha la colère d’Achille, sa brouille avec Agamemnon et son retrait des combats jusqu’à la mort de Patrocle.

 

CREUSE

Fille de Priam et d’Hécube, première épouse d’Enée et mère d’Ascagne. Elle disparut pendant la fuite après la chute de Troie. Selon Virgile (Enéïde II-789), la déesse Cybèle (déesse d’Asie mineure) l’enleva et garda Créuse parmi ses nymphes.

 

CYCNOS

Fils de Poséidon (Neptune). Fut tué par Achille. Poséidon le transforma alors en cygne.

 

DEIPHOBE

Fils de Priam et d’Hécube, épousa Hélène après la mort de Pâris. Au moment de la chute de Troie, Hélène le livra aux Grecs. Il fut tué par Ménélas. Avant de quitter la Troade, Enée lui fit élever un tombeau sur les berges de l’Hellespont.

 

DEMOCOON

Fils batard de Priam, fut tué par Ulysse.

 

DOLON

Fils d’Eumédès, frère unique de cinq soeurs, laid d’aspect mais rapide à la course. Hector l’envoya espionner le camp des Grecs, en lui promettant comme récompense les chevaux et le char d’Achille

Mais Dolon fut repéré et arrêté par Ulysse et Diomède. Pour sauver sa vie, Dolon renseigna les Grecs sur tout ce qu’ils voulaient savoir (Défenses de Troie, postes de garde, heures des relèves...). Cette trahison ne sauva pas Dolon, car lorsque les Grecs surent tout ce qu’ils voulaient savoir, Diomède lui trancha la tête. Ulysse et Diomède profitèrent des renseignements de Dolon pour s’introduire de nuit dans le camp des Thraces qui étaient venus rejoindre les Troyens pour les soutenir. Profitant du sommeil des Thraces, Diomède et Ulysse en tuèrent 13 dont leur roi Rhésos, s’emparèrent des chevaux et rentrèrent sans encombre dans leur camp.

 

ENEE

Fils d’Anchise et d’Aphrodite (Vénus), époux de Créüse fille de Priam. Enée fut blessé deux fois pendant la guerre, par Diomède (Aphrodite, sa mère le sauva) et par Achille (Poséidon le sauva). Il fut également protégé par sa mère au moment de la prise de la ville : “conduit par la déesse, je me glisse à travers les flammes et les ennemis, les traits me laissent un passage, et les flammes devant moi reculent” (récit d’Enée à Didon dans l’Enéïde de Virgile). Il prend la tête des rescapés, construit une flotte (20 navires), ère en méditérannée, passe en Epire où il retrouve Andromaque et Hélénus, arrive à Carthage où il rencontre la reine Didon et finit dans le Latium. Enée aima Didon mais la quitta à la demande des Dieux pour accomplir son destin. Dépitée, Didon se suicida, mais avant de mourir elle appela sa descendance à haïr toujours la descendance d’Enée, ce qui justifia après coup (puisque le texte est de Virgile : Enéïde livre 4) les guerres puniques. Dans l’opéra d’Henry Purcell “Didon et Enée” de 1689, lorsqu’Enée annonce à Didon qu’un décret de Dieu l’oblige à la quitter, elle répond : “ Ainsi les hypocrites commettant un meurtre, rendent cieux et dieux responsables de leurs actes”;

Au passage, Enée avait fondé des villes en Thrace et en Sicile. Dans le Latium, il s’allie avec Latinus, roi local, épouse sa fille Lavinia et fonde la ville de Lavinium, tandis que son fils Ascagne fonde plus tard Albe. Toute cette histoire est racontée par Virgile. En la personne des Troyens, les Romains avaient ainsi de glorieux ancêtres et une vocation assignée par les dieux : conquérir le monde. C’était commode. Avant l’arrivée d’Enée, Lavinia avait été promise par Latinus à Turnus roi des Rutules (peuple du Latium). Furieux de perdre sa fiancée et surtout la succession de Latinus, exité en outre par Héra (Junon), Turnus rassemble tous les peuples voisins et part en guerre contre les Troyens. Enée reçoit le renfort des Etrusques et en outre combat avec des armes forgées par Héphaïstos (Vulcain). Enée et ses alliés sortent vainqueurs de cette guerre. Selon Hérodote (L’enquête I-94), les Lydiens (la Lydie est au sud de Troie en Anatolie) se sont implantés en Toscane et mélangés aux autochtones ont donné la civilisation étrusque. Compte tenu des liens de Rome avec les Etrusques, par le biais des Lydiens, les Romains ont peut-être des Troyens dans leurs ancêtres.

Hector Berlioz s’est grandement inspiré du texte de Virgile pour l’opéra “Les Troyens” mais a ajouté un épisode où l’on voit Enée à son arrivée à Carthage s’allier à la reine Didon pour combattre et vaincre un roi de Numidie.

La légende d’Enée a particulièrement inspiré les artistes dont Raphaël, Rubens, Ingres, Van Dyck, Tiepolo, Breughel, Boucher... ainsi que les auteurs du “Burlesque” au XVIIe siècle (dont Scarron); le thème était particulièrement “porteur” entre la gloire de Rome et celle de Virgile renforcée par Dante Alighieri qui dans la Divine Comédie s’imagine au Paradis conduit par Virgile qui le présente à Homère. Beaucoup d’artistes ont d’ailleurs repris à leur compte la filiation Homère-Virgile-Dante.

EUPHORBE

Guerrier troyen particulièrement valeureux qui porta le premier coup à Patrocle avant qu’Hector ne prenne la relève. Euphorbe fut tué par Ménélas. Dans la mythologie grecque, Euphorbe se réincarna dans la personne de Pythagore.

 

EURYALE ET NISUS

Deux troyens inséparables qui accompagnèrent Enée en Italie. Lors de la guerre contre les Rutules, ils firent une sortie pour profiter de l’état d’ivresse de leurs ennemis, en tuèrent un grand nombre, mais furent tués à leur tour ensemble, restant ainsi inséparables même dans la mort.

 

EURYPYLE

Fils de Télèphe et d’Astyoché (soeur de Priam). Combatait à la tête d’un contingent de Mysiens (venus de la région de Pergame). Fut tué par Pyrrhus alors qu’il entrainait les Troyens pour incendier les navires grecs.

 

GLAUCOS

Fils d’Hippolochos qui avait lui même dans ses ancêtres la pléiade Mérope et Sisyphe fils d’Eole. Combatti Diomède avec qui il échangea ses armes en gage d’amitié. Fut tué par Ajax fils de Télamon

 

GORGYTHION

Fils de Priam et d’une épouse nommée Castianire. Fut tué par Teucer.

 

HECUBE

Fille de Cisée roi de Thrace (royaume au nord est de la Grèce) d’après Virgile ou Euripide, mais fille de Dymas d’après Homère. Hécube avait épousé Priam dernier roi de Troie dont elle avait eu 19 enfants dont Alexandre (futur Pâris). Dans “Les Troyennes” de Sartre, Andromaque et Hélène attribuent les malheurs de Troie à Hécube parce qu’elle n’a pas tué son fils Alexandre malgré que les dieux le lui aient demandé. Réfugiée avec ses filles et ses brus autour de l’autel qui se trouvait au centre du palais de Priam au moment de la chute de Troie, elle assista impuissante au massacre de son fils Polite et de son mari Priam. Emmenée en esclavage en Thrace, ayant appris la mort de son fils Polydore, Hécube attira, selon Euripide, le meurtrier (Polymestor roi de Thrace) dans un piège, lui creva les yeux et tua ses fils. Elle fut ensuite lapidée par les sujets de Polymestor où transformée en chienne selon une autre tradition (dont Sénèque dans “Agamemnon”). Pour Sartre (Les Troyennes) Poséidon précipita Hécube dans les flots au moment où les Grecs l’embarquaient, pour l’empêcher de mourir en terre ennemie.

 

HECTOR

Fils ainé de Priam et d’Hécube, mari d’Andromaque et père d’Astyanax. Fut le chef des guerriers troyens à la place de Priam trop agé. Fut tué par Achille rendu invulnérable par sa mère (Thétis) -sauf au talon- . En outre, Achille combattait avec des armes forgées par Héphaïstos (Vulcain) et Zeus avait décidé la mort d’Hector. Dans l’Iliade, une trentaine de guerriers du camp des Grecs, nommément cités sont tués par Hector. Parmi les combattants des deux camps, il n’y a qu’Achille qui ait fait “mieux”.

 

HYPSENOR

Fils de Dolopion, guerrier troyen, fut tué par Eurypyle

 

LAOCOON

Fils de Capis et frère d’Anchise. Prêtre de Poséïdon. Mit les Troyens en garde contre le cheval de Troie et lança même un javelot dans ses flancs. Fut alors tué avec ses deux fils par deux monstreux serpents. Cela impressionna les Troyens et les incita à faire rentrer le cheval dans leur cité. La mort de Laocoon n’est pas relatée par Homère mais par Sophocle, Euphorion de Calchis et Virgile.

 

LYCAON

Fils de Priam et d’une épouse nommée Laothoe. Chef des Lyciens, fut tué par Achille.

 

MEMNON

Fils d’Eos (déesse de l’aurore, soeur d’Hélios le soleil). Neveu de Priam et roi d’Ethiopie. Avait lui aussi une armure fabriquée par Héphaïstos. Combatit Achille, leurs mères respectives plaidèrent leur cause devant Zeus. Celui ci prit le parti d’Achille qui tua Memnon.

 

MISENE

Fils d’Eole (maitre des vents) . Etait parmi les Troyens le meilleur sonneur de trompette (conque). D’abord compagnon de combat d’Hector, il rejoignit Enée après la mort d’Hector et fit partie de l’expédition vers l’Italie. Lorsque les vaisseaux troyens abordèrent l’Italie (d’abord dans la région de Naples), Enée et quelques compagnons allèrent consulter la Sibylle de Cumes. Pendant ce temps, Triton (fils de Poséidon/Neptune), dont la conque était l’instrument, jaloux de Misène, le noya. Le lieu de cet évènement a reçu le nom de cap Misène (à l’ouest du golfe de Pouzzoles).

 

PALINURE

Pilote de la flotte d’Enée en route vers l’Italie. Périt précipité dans la mer par le “Sommeil”. Les populations locales receuillirent le corps de Palinure, lui élevèrent un tombeau et donnèrent son nom à un cap (aujourd’hui Punta della Spartivento en Campanie). Certaines cartes portent encore le nom de “Capo Palinuro” et juste au nord de ce cap, une commune s’appelle “Palinuro”.

 

PANDARE

Fils de Lycaon. Exité par Athéna, Pandare décocha une flèche à Ménélas; rompant une trève qui avait pu s’établir entre Grecs et Troyens. Athéna qui cherchait seulement la reprise de la guerre et non la mort de Ménélas, protégea ce dernier. Au cours d’un combat, Pandare blessa Diomède, mais ce dernier fut sauvé par Athéna qui en outre l’aida à tuer Pandare.

 

PARIS (ou ALEXANDRE)

Fils de Priam et d’Hécube. Fut d’abord appelé Alexandre par ses parents puis abandonné à la suite d’un oracle défavorable. Les bergers qui le recueillirent le nommèrent Pâris. Ramena à Troie Hélène selon la version Homère, Virgile...(voir à Hélène les autres versions). Pâris tua Achille d’une flèche au talon mais fut lui même tué par Philoctète.

 

PENTHESILEE

-Fille d’Arès (Mars) et de l’amazone Otrera. Reine des Amazones, vint avec ses compagnes pour soutenir Troie. Elle fut blessée mortellement au sein droit par Achille (d’après Quintus de Smyrne) qui après l’avoir tuée, en devint amoureux. Son corps fut ensuite précipité dans le Scamandre selon Dictys de Crète. Sous le titre “Penthesiléa”, Heinrich von Kleist lui consacra une pièce de théâtre en 1807. Celle ci fut traduite en français par Julien Gracq (édition José Cortis en 1954). Penthésilée inspira divers artistes dont Maître de Coetivy qui lui consacra plusieurs dessins vers 1465, ou J.H. Tischbein à la fin du XVIIIe siècle;

 

POLITE

Fils de Priam et d’Hécube. Selon Virgile (Enéïde), il fut massacré par Pyrrhus sous les yeux de ses parents au moment de la chute de Troie. Selon Caton l’Ancien (Origines), Polite accompagna Enée en Italie, mais arrivé là, se sépara d’Enée pour fonder sa propre ville (Politorium). Polite eut un fils nommé Priam (comme son grand père). Ce Priam fit partie de l’expédition vers l’Italie et fut l’ami d’Ascagne.

 

POLYDAMAS

Fils de Panthoos et de Phtontis et frère d’Euphorbe. Ami et conseiller d’Hector

 

POLYXENE

Fille de Priam et d’Hécube. Fut secrètement aimée d’Achille qui voulut l’épouser dans le temple d’Apollon à l’insu des Grecs. C’est à l’occasion de cette cérémonie que Pâris tua Achille. Polyxène fut égorgée par Pyrrhus sur le tombeau d’Achille. D’après Euripide (dans “Hécube”) c’est Ulysse qui vint l’arracher à sa mère pour l’emmener au sacrifice. Sénèque dans “Les Troyennes” consacre un très long développement à Polyxène. Dans sa tragédie, c’est l’ombre d’Achille mort qui réclame le sang de Polyxène. Agamemnon s’y oppose, Pyrrhus le menace, le devin Calchas les départage en prétendant que les dieux veulent le sang de Polyxène et d’Astianax pour que la flotte grecque puisse repartir.

Dans “Les Troyens” d’H. Berlioz, Polyxène se poignarde en même temps que Cassandre et d’autres Troyennes pour échapper aux Grecs lors de la prise de la ville de Troie.

 

POLYDORE

Selon Virgile ou Euripide, Polydore est le plus jeune des fils de Priam et d’Hécube. Priam l’envoya avec un trésor de Troie en Thrace chez sa soeur Ilioné qui avait épousé son cousin Polymestor roi de Thrace. Après la mort de Priam, Polymestor égorgea Polydore et garda le trésor de Troie. Par contre selon Homère, Polydore est le fils de Priam et d’une femme nommée Laothoé et il est tué sur le champ de bataille de Troie par Achille.

 

PRIAM

Dernier roi de Troie descendant de Dardanos fondateur de la ville (Dardanos était lui même fils de Zeus et d’Electre). Priam est réputé avoir eu 50 enfants avec plusieurs épouses dont 19 avec Hécube. Priam fut tué par Pyrrhus au moment de la prise de la ville après avoir assisté au meurtre de son fils Polite par le même Pyrrhus.

 

SARPEDON

Fils de Zeus (Jupiter) et de Laodamie. Roi des Lyciens (la Lycie est l’un des états proches de Troie). Il fut tué par Patrocle ami d’Achille. Pour venger son fils, Zeus poussa Hector à tuer Patrocle, puis Achille tua Hector pour venger son ami, Pâris tua Achille pour venger son frère... Sur demande de Zeus, Apollon ramena le corps de Sarpédon en Lycie.

 

la porte des lions à Mycènes, photo Michèle Delisle mars 2000

la porte des lions à Mycènes, photo Michèle Delisle mars 2000

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 12:21

 

à propos de l’amphithéâtre romain de Vienne (Isère)

 

 

Un monument de Vienne qui se trouve au pied du Mont Pipet passa longtemps pour avoir été un amphithéâtre romain. La rue de Vienne qui longe ce monument s’appelle encore aujourd’hui “rue du Cirque”, ce qui constitue un reste de l’ancienne croyance dans l’existence de l’amphithéâtre.

Au XIXe siècle, un conservateur du Musée de Vienne (Thomas Claude Delorme) semble avoir été le premier à affirmer que ce monument avait été un théâtre et non un amphithéâtre. Voici à ce sujet ce qu’écrivait Prosper Mérimée en 1835 (voir références en annexes) :

Sur le penchant de la hauteur du Pipet, dans un jardin particulier, on voit des gradins et des souterrains antiques. On a cru longtemps qu’un amphithéâtre avait existé en ce lieu. M. Delorme, conservateur du Musée, qui avait la bonté de me servir de guide, pense, avec bien plus de raison, que ces gradins ont appartenu à un théâtre. En admettant l’hypothèse d’un amphithéâtre, il faudrait supposer un prodigieux travail pour élever à une hauteur correspondante les gradins opposés, et l’on ne trouve pas de vestiges de cette construction. De plus, du côté de la ville, dans le bas du jardin, on a découvert les substructions d’une muraille qui ferme le demi-cercle formé par les gradins, ce qui ajoute une probabilité de plus à l’opinion de M. Delorme. La seule objection que l’on puisse faire à son système, c’est qu’il existe à peu de distance des ruines, encore très reconnaissables, d’un théâtre, et qu’il paraît peu croyable que Vienne en ait eu deux à la fois. Tout peut se concilier en supposant que ces deux édifices n’ont pas existé simultanément, mais à des époques différentes”.

Si Mérimée s’est laissé convaincre par Delorme, l’on voit que l’existence de deux théâtres, dans la même ville, aux temps romains, le laisse quand même perplexe.

En 1914, des sondages réalisés au pied du Pipet sous la conduite de E. Bizot (Conservateur des Musées de Vienne) ont permis de conclure de manière “certaine” que là était un théâtre et non un amphithéâtre. Des travaux de réhabilitation du “théâtre” antique de Vienne ont été effectués de 1922 à 1938 et une inauguration en grande pompe de ce “théâtre”, en présence d’Albert Lebrun, Président de la République, a eu lieu le 30 juillet 1938.

Depuis, tous les spécialistes (archéologues, historiens...) ne semblent plus avoir de doutes : pour eux, il s’agissait bien d’un théâtre.

Cependant, à l’occasion d’une recherche sur les voyageurs, qui jusqu’au XIXe siècle sont venus dans l’ancien territoire de la “Cité de Vienne”, la cause du théâtre, ne m’est pas apparue évidente pour les raisons suivantes :

*Au XVIIe siècle, une dizaine de voyageurs (parmi ceux que j’ai pu retrouver) voient un amphithéâtre à Vienne. Ainsi Des Rues en 1608 écrit : “on voit encore un amphithéâtre encore tout entier par dedans”, De Varennes en 1647 : “L’amphithéâtre y est quasi entier, Golnitz en 1628 : “L’amphithéâtre, ouvrage antique des Romains, assez remarquable encore par ses dispositions intérieures, est célèbre surtout par ses vieilles murailles construites en pierres énormes”,Brackenhoffer en 1643 qui indique : “L’amphithéâtre, dont la muraille est en partie encore assez intacte, en quelques endroits, est aussi digne d’être vu.” ou Doubdan en 1652 qui écrit : “on y remarque...dans ses murs(il s’agit de la ville de Vienne)un amphithéâtre qui est encore assez entier”.....

*Plusieurs voyageurs indiquent que des matériaux pris à l’amphithéâtre ont servi à la construction de l’église Saint Maurice et à la construction du collège des Jésuites. C’est le cas de Zinzerling en 1615, de De Varennes en 1647, de Jouvin en 1672 et de Le Rouge en 1718.

*A la fin du XVIIIe siècle, un professeur de dessin de Vienne (Schneyder, par ailleurs fondateur du Musée de Vienne) entreprend de dessiner tous les restes antiques de Vienne. En 1807, A.L. Millin publie la liste des dessins de Schneyder, dont les points 2,3, 4, 5, 6, 13 et 34 sont indiqués comme étant des parties de l’amphithéâtre, tandis que dans les mêmes dessins de Schneyder on a une vue du théâtre antique mais ailleurs qu’à l’amphithéâtre. Ce théâtre appelé “Odéon” a d’ailleurs était retrouvé par Pierre Schneyder.

*Un peintre viennois (Etienne Rey 1789/1867, qui fut conservateur des Musées de Vienne de 1814 à 1822), réalisa, à la fin des années 1820, un tableau intitulé “Vienne antique” (exposé au Musée des Beaux Arts et d’Archéologie de Vienne). Ce tableau montre au pied du Pipet un superbe amphithéâtre.
* En 1535, Aymar Du Rivail signale le premier l’arrivée d’un aqueduc au pied du Pipet. Cette observation est également faîte par Perrot qui écrit en 1840 sous le titre : “
Restes d’un amphithéâtre” : “il reste bien peu de traces de ce monument, qui a en croire les dessins de Schneyder devait être bien beau; les débris d’aqueducs prouveraient que, comme à Nimes, on y donnait des naumachies. Quelques arceaux, se dessinant encore dans une maison et contre les murs de clôture d’un jardin et d’une vigne, sont les seuls indices de l’existence de ce monument, qu’il faut deviner.”. L’arrivée d’un aqueduc à l’amphithéâtre est également indiquée en 1862 par Adolphe Joanne dans son guide (Itinéraire descriptif et historique du Dauphiné, première partie Isère, à Paris Librairie de L. Hachette et Cie) qui écrit (page 16) sous le titre : Aqueducs et Thermes romains : “Deux aqueducs, espacés de 10 mètres, hauts et larges de 2 mètres, conduisaient, par le versant nord du Mont-Quirinal (Ste Blandine), les eaux de la Gère dans la ville. Le plus élevé aboutissait à l’amphithéâtre...”. page 18 du même ouvrage on peut lire : “La place du Cirque rappelle l’amphithéâtre romain, dont on entrevoit les traces.”. L’arrivée d’un aqueduc permettant l’organisation d’un spectacle naval implique obligatoirement un amphithéâtre et non un théâtre. Cette question de l’aqueduc arrivant à la naumachie nous semble capitale. Pierre Schneyder (déjà cité ci-dessus) a effectué à la fin du XVIIIe siècle d’importantes fouilles qui lui ont permis de retrouver l’arrivée de cet aqueduc ainsi que les traces de fondations de l’amphithéâtre. Schneyder a spécialement profité de travaux effectués en 1787 et 1788 dans la propriété des “Dames de Saint Joseph” pour faire ses fouilles. A sa mort à Vienne le 20 janvier 1814, Schneyder avait laissé un manuscrit intitulé : “Histoire des antiquités de la ville de Vienne”. Ce manuscrit a été édité à Vienne en 1880 par E.J. Savigné imprimeur éditeur. Il peut être consulté par exemple à la Bibliothèque Municipale de Grenoble Bd Lyautey, 6° étage (fonds anciens); cote du document : T 5347. La question de l’amphithéâtre est traitée des pages 47 à 53. Schneyder y donne l’emprise exacte de l’amphithéâtre avec toutes les explications sur ses recherches. On consultera également à partir de la page 57 de son ouvrage, la partie consacrée aux aqueducs romains que Schneyder a repérés. Il donne tout le parcours jusqu’à son arrivée à la naumachie de l’aqueduc qui arrivait à l’amphithéâtre et qui, écrivait Schneyder, “est au moins une fois plus large que les autres”.

*Au XIXe siècle, les voyageurs ne peuvent plus voir la partie détruite de l’amphithéâtre, mais plusieurs comme Taylor en 1854, indiquent que l’on devine encore cette partie détruite. Ainsi Taylor écrit : “sur le grand plateau que surmonte le Pompéiacum, adossé au massif de rochers dont la cime portait la citadelle, un des plus beaux amphithéâtres qu’aient élevés les Romains...on avait creusé dans le roc une moitié de l’ellipse; l’autre moitié élevait son triple rang de galeries du côté du forum. Par une heureuse singularité que permettait la disposition naturelle des terrains, la demi-ellipse entaillée dans le rocher élevait ses gradins bien au dessus de la partie libre, et le spectateur jouissait ainsi de la vue de toute la ville, étagée majestueusement sous ses pieds jusqu’à la rive du Rhône. De cet édifice il ne reste plus que ce que la main de l’homme n’a pu atteindre, le rocher et le massif de la demi-ellipse qui s’y attache, sur une épaisseur de 15 pieds. On y voit encore à quelques places les cavités des galeries souvent entaillées dans le roc. Il ne reste rien de la partie dégagée. On semble avoir arrachée jusqu’aux fondations. Un jardin, des vignes, dessinent encore à peu près le pourtour de l’amphithéâtre romain.”

*Outre les voyageurs, des érudits locaux ont eux aussi parlé de l’amphithéâtre. Citons :

-Nicolas Chorier (voir références en annexes), dans une réédition de 1828 (texte d’origine de 1659), Chorier écrit page 417 : “Un jardin qu’il possédait (Il s’agit de Melchior de Fillon, procureur général au parlement de Grenoble) est à la tête de cet amphithéâtre ruiné, et les masures entre lesquelles on voit diverses voûtes dignes d’être regardées avec admiration, conservent encore dans leur rondeur de quoi faire concevoir une idée quoique confuse, de la largeur et de la longueur de cet amphithéâtre” et page 420 :“De manière que quand on aura fait toutes les réflexions qu’il faut, on avouera sans peine que Lipse a eu raison de croire et d’écrire que l’amphithéâtre de Nimes, quelque étonnement qu’il donne à ceux qui le voient, n’était au prix de celui-ci que ce que Nimes était au prix de Vienne c’est-à-dire rien... Et en effet Eusèbe fait mention, comme l’a déjà fait observer le même auteur, de l’amphithéâtre de ces deux villes.”. Chorier ne donne pas les références du texte de Lipse, mais Schneyder, lui, les donne pages 49/50 de son ouvrage déjà cité, et il reproduit la citation du texte de Lipse (dans “De Amphitheatro Liber”). On pourra donc consulter ce texte soit dans Schneyder, soit directement dans l’ouvrage de Lipse (voir référence en annexes)

- Etienne Rey (déjà cité ci-dessus au sujet du tableau) et E Vietty (voir références en annexes), dans un ouvrage publié en 1831 consacrent un long développement à l’amphithéâtre. Voir plans, coupes... pages 39, 42, 60, 62 ainsi qu’un long texte en 61 dont : “d’après les ruines qui subsistent, nous avons reconnu que l’élévation était de deux hauteurs différentes, et que la demi-ellipse adossée à la montagne s’élevait en forme de haut attique, d’où l’oeil plongeait sur l’arêne et sur un vaste horizon” avec en note : “cette opinion est fondée 1° sur un fronton qui traverse l’épaisseur du massif sur l’axe de l’ellipse; 2° sur le plan escarpé du site, dont l’angle est de plus de 30 degrés”.

*Par rapport à P. Mérimée qui trouve peu probable qu’il y ait pu avoir deux théâtres simultanés à Vienne, ajoutons qu’actuellement (voir par exemple André Pelletier : Guide de Vienne et Saint Romain-en-Gal, éditions Lyonnaises d’Art et d’histoire 1999), le monument au pied du Pipet est daté de la période d’Auguste, tandis que le petit théâtre est daté de la fin du premier siècle. L’Odéon a donc été construit un siècle après le monument au pied du Pipet. Il parait beaucoup plus logique de penser que ce monument fut construit en complément d’un amphithéâtre que d’un théâtre.

Le nombre et l’importance des témoignages de voyageurs de siècles passés qui ont vu l’amphithéâtre, les fouilles effectuées à la fin du XVIIIe siècle par Schneyder et le témoignage de 2 auteurs (Chorier et Lipse) selon lesquels Eusèbe (voir références en annexes) cite l’amphithéâtre de Vienne au IVe siècle, amènent de l’eau , non à notre moulin, mais à la naumachie de l’amphithéâtre romain de Vienne, via l’aqueduc dont Schneyder a retrouvé le tracé et l’arrivée.

Tout cela devrait amener à se demander si les “sondeurs” de 1914 avaient vraiment les moyens de retrouver les traces d’un bâti complétement disparu. Et ce d’autant qu’à la suite des positions de Delorme, Mérimée et probablement d’autres, ils étaient peut-être déjà convaincus en commençant les sondages qu’ils ne trouveraient rien.

Quant à l’argument selon lequel le monument aurait aujourd’hui plus la courbure d’un théâtre antique que celle d’un demi amphithéâtre, le contraire serait surprenant dans la mesure où aux restaurateurs des années 1920/1930, on a demandé de reconstruire un théâtre romain!

Jean Delisle- juin 2006

jean.delisle@sfr.fr

 

 

Références des auteurs et ouvrages cités

Brackenhoffer Elie : né à Strasbourg le 27.3.1618, mort dans la même ville en 1682. Bibliophile et humaniste, amneister (maire) à plusieurs reprises. Ecrivit : “Voyage en France en 1643/1644”, première édition en allemand en 1903, première édition en français chez Berger-Levrault en 1925. Consultation à la Bibliothèque municipale de Vienne (place Miremont) Vienne : pages 123 à 130

 

Chorier Nicolas : né à Vienne le 9 septembre 1612, mort à Grenoble le 14 août 1692. Fut d’abord avocat, écrivit plusieurs ouvrages sur Vienne dont :”Recherches sur les antiquités de la Ville de Vienne”édité en 1659 et réédité en 1828 à Lyon chez Millonjeune libraire. Consultation à la Bibliothèque de Grenoble Bd Lyautey. L’amphithéâtre est traité pages 416 à 420.

 

Des Rues François : 1554/1633, Historien et écrivain. Parmi ses écrits : “Les Antiquitez, fondations et singularitez des plus célèbres Villes, Chasteaux & places remarquables du Royaume de France, avec les choses les plus mémorables advenües en iceluy”publié en 1608 à Constances par Jean Le Cartel imprimeur & Libraire du Roy. Consulté à la Bibliothèque publique parc des Bastions à Genève. Voir Vienne pages 484/485

 

De Varennes Claude : décédé en avril 1672, a écrit :“Le voyage de France” publié en 1647 à Rouen chez Jacques Cailloue. Consultation à la Bibliothèque Municipale de Grenoble Bd Lyautey. Vienne : page 157

 

Du Rivail Aymar : né en 1490 à Saint Marcellin Isère, mort vers 1560. Etudia le droit à Pavie, fut chargé de missions diplomatiques par François 1er, ce qui l’amena à beaucoup voyager. Rédigea une histoire des Allobroges qui resta à l’état de manuscrit jusqu’à une première édition en latin, à Vienne en 1844, sous le titre : “De Allobrogibus”, seconde édition en français, à Grenoble, en 1852, sous le titre “Description du Dauphiné, de la Savoie...”. Consultation à la Bibliothèque Municipale de Chambéry Curial. Vienne : pages 9 à 17

 

Eusèbe 265/340 fut évêque de Césarée en Palestine, écrivit en grec, de nombreux ouvrages sur la religion, l’histoire de l’Eglise mais aussi sur quelques autres sujets comme sa “Géographie historique”. une partie seulement de son oeuvre a été traduite.

 

Gölnitz Abraham : de Dantzig à écrit “Ulysses Belgico-Gallicus...” imprimé à Leyde en 1631. Ce récit de voyage de 1628 a été repris par Antonin Macé en 1858 sous le titre : “Le dauphiné et La Maurienne au XVIIe siècle” publié à Grenoble chez Marle libraire. Consultation : Bibliothèque Municipale de Grenoble Bd Lyautey. Vienne pages 84 à 111

 

Jouvin Albert : de Rochefort, écrivit :”Le voyageur d’Europe”, publié en 1672 à Paris chez Denis Thierry. Consultation à Grenoble Bibliothèque Municipale Bd Lyautey, Vienne pages 74 à 78

 

Le Rouge Georges Louis, né à Hanovre, eut le titre de géographe du roi Louis XV, écrivit en 1718 “Nouveau voyage de France”, ouvrage publié en 1730 à Paris chez Saugrain Père. Consultation à la Bibliothèque Publique Parc des Bastions à Genève, Vienne pages 68 à 71

 

Lipse Juste (nom francisé de Lips Joost, nom latin : Justus Lipsius). né le 18.10.1547 à Isque dans le Brabant. D’abord protestant, il se convertit au catholicisme. Il enseigna à Louvain, ville où il mourut le 23 avril 1606. Laissa une oeuvre très abondante, dont “De Amphitheatro Liber” publié à Ansvers en 1584. Consultation : Bibliothèque Municipale de Grenoble Bd Lyautey. Cote de l’ouvrage : C 2341 (voir page 95)

 

Mérimée Prosper : né à Paris en 1803, mort à Cannes en 1870, fut de 1833 à 1840 Inspecteur Général des Monuments Historiques, fut sénateur sous le second empire. Parmi ses oeuvres : “Notes d’un voyage dans le midi de la France”publiées en 1835 à Paris librairie de Fournier. Ouvrage consulté à la Bibliothèque Municipale de Chambéry Curial. Vienne est traité à partir de la page 111

 

Millin Aubin-Louis : Paris 1759/1818, archéologue, membre de nombreuses académies. Ecrivit :”Voyage dans les départements du Midi de la France”, publié à Paris en 1807 à l’imprimerie Impériale. Consultation à la Bibliothèque de Lyon Part-Dieu, Vienne pages 8 à 56

 

Perrot J.F.A. : “antiquaire” à Nîmes écrivit : “lettres sur Nismes et le midi” en 1840, Consultation à la Bibliothèque de Lyon Part-Dieu. Vienne : pages 298 à 364

 

Rey Etienne (peintre, fut directeur du Musée de Vienne et professeur à l’école royale de dessins de Lyon) et E. Vietty (statuaire, fut membre de la Commission scientifique du Péloponèse) réalisèrent sur Vienne un album très grand format abondemment illustréqui fut imprimé en 1831 à Paris chez Firmin Didot. Consultation : Bibliothèque Municipale de Grenoble Bd Lyautey.

 

Schneyder Pierre : né à Harrengen en Alsace vers 1733, vint s’installer à Vienne en 1755/1756. Fut directeur de l’école de dessins de Vienne et fondateur du Musée de Vienne. Fit d’importantes fouilles et recherches sur les antiquités de Vienne en partie avec des subventions municipales mais en partie aussi sur ses propres deniers.

 

Taylor (Baron Isidore Taylor) : né à Bruxelles le 15.8.1789, mort à Paris en 1879, lieutenant d’artillerie en 1813, artiste, voyageur, littérateur, Inspecteur des Beaux-Arts en 1838, Sénateur en 1869, membre de l’Institut. Ecrivit : “Voyage pittoresque et romantique dans l’ancienne France” publié à Paris en 1854 chez Firmin Didot. Réédition de 1982 chez Jeanne Lafitte à Genève consultée à la Bibliothèque de Lyon Part-Dieu, Vienne tome 1 pages 61 à 94.

 

Zinzerling Just : plus connu sous son nom latin de Jodocus Sincerus, né dans la Thuringe (Allemagne) en 1590, mort vers 1618. Ecrivit “Itinerarium Galliae”, publié en latin à Amsterdam en 1649, une traduction française sous le titre “voyage dans la vieille France” fut publiée par Bernard Thalès en 1859 à la Bibliothèque de l’Union des poètes à Lyon. Consultation à la Bibliothèque de Lyon Part-Dieu. Vienne pages 248/249

tableau d'Etienne Rey, fin des années 1820 montrant l'amphithéâtre de Vienne

tableau d'Etienne Rey, fin des années 1820 montrant l'amphithéâtre de Vienne

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 11:22

 

Réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France en 1860 (1)

 

Voici l'en-tête du traité du 24 mars 1860entre l'empereur Napoléon III et le roi Victor Emmanuel II. Comme vous pouvez le constater, ce traité concerne la réunion, et non l'annexion, le rattachement ou la cession de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France. Chacun sait que ce qui est appelé « Savoie » avant 1860 représente la Savoie et la Haute-Savoie d'aujourd'hui. Dans les documents de l'époque la Savoie est d'ailleurs encore souvent appelée « le Duché de Savoie », même si les ducs de Savoie sont devenus rois dès 1713. Nice et sa région avaient été annexés à la maison de Savoie, par Amédée VII dit le comte Rouge, en 1388, avait reçu le titre de comté de Nice en 1526. Monaco était devenue indépendante en 1489. Le titre de comté a officiellement disparu en 1860, mais n'était plus utilisé à Turin, de fait, depuis le début du XIXe siècle. Nous allons donc parler de la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France.

Plan de l'exposé

I)les causes des événements

II)les événements eux-mêmes

III)leurs conséquences

et si il reste du temps : causes lointaines et pour terminer hommage particulier à Garibaldi

 

I)Les causes

Tout le monde connait les célèbres panneaux de la SNCF : « attention danger, un train peut en cacher un autre ». Cet avis me paraît particulièrement convenir aux événements qui ont amené la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France.

Voici une carte d'Italie au début des années 1850. Elle nous montre :

1- que la Savoie et Nice appartenaient au royaume de Sardaigne. Ce royaume avait sa capitale à Turin et était en fait plus le royaume du Piémont, mais son nom officiel était royaume de Sardaigne.

2- que l'Italie était divisée en 10 états distincts, avec chacun son souverain, sa législation, sa monnaie et même sa langue puisqu'à l'époque en Italie on parlait le vénitien, le lombard, le toscan, le sarde, le sicilien, le calabrais etc. l'Italie étant plus réduite que la France en superficie, à la même échelle, imaginez la France divisée entre 15 états!

Voici la liste de ces 10 états : le royaume de Sardaigne, le royaume lombard-vénitien, le royaume de Naples et de Sicile, les états de l'Eglise, le duché de Parme, le duché de Modène, le grand duché de Toscane, le duché de Massa, le duché de Lucques et Saint Marin.

3- que l'Eglise, le Vatican possédait encore un important territoire qui était administré par un cardinal-légat représentant le Pape et qui se comportait comme un souverain vis-à-vis de ce territoire.

4- enfin que la partie la plus peuplée et la plus riche d'Italie, la Lombardie et la Vénétie qui constituaient le royaume lombard-vénitien, avaient été annexées par l'Autriche, la première fois en 1714. Cette région représentait le tiers de la population italienne.
Cette situation résultait des décisions du congrès réuni à Vienne à partir de novembre 1814, en rappelant que la première abdication de Napoléon 1er est du 6 avril 1814 et la bataille de Waterloo du 18 juin 1815. Avec ce congrès, les vainqueurs (principalement l'Autriche, la Russie, la Prusse et bien sûr l'Angleterre) voulaient :

*se répartir les dépouilles de l'empire napoléonien,

*ramener autant que faire se peut l'Europe à l'état où elle était avant la révolution française

*arrêter la diffusion en Europe des idées de la révolution et des philosophes.

L'acte final du congrès de Vienne prévoyait qu'aucune modification territoriale ne pouvait plus intervenir en Europe sans l'accord des puissances signataires au congrès de Vienne. Une autre clause stipulait qu'aucun membre de la famille Bonaparte ne pouvait plus remettre les pieds sur le territoire français. (C'est Louis Philippe qui autorisa le retour des Bonaparte en France le 27 septembre 1847). Voici une caricature de l'époque représentant les souverains se partageant l'empire de Napoléon, et une carte de l'Europe après le congrès de Vienne . Cette carte montre que l'Autriche s'était taillée la part du lion. Elle avait été représentée au Congrès de vienne par Metternich, excellent diplomate qui a dû dépasser tous les autres de plusieurs coudées. Non seulement l'Autriche s'était agrandie mais avait placé ses pions en Italie comme Marie-Louise, ex- épouse de Napoléon, fille de l'empereur d'Autriche et qui avait hérité du duché de Parme. A titre de parenthèses, Parme est vraiment une très belle ville qui mérite un détour et qui possède un musée « Maria-Louisa » avec de nombreux souvenirs non seulement de Marie-Louise mais aussi de Napoléon et du roi de Rome.

Cela consacra pour près d'un demi siècle l'existence d'une Europe des têtes couronnées et d'une Europe chrétienne, et figée aux décisions du congrès de Vienne. Cette situation reçue le nom de « Concert européen ». Cela s'était fait au détriment des peuples, des nationalités, de la démocratie et de la France.

Depuis la chute de Rome en 476, il n'y avait plus d'unité italienne. Il y avait eu des splendeurs en Italie : la République de Venise, celle de Gênes, la Toscane des Médicis, le royaume de Naples etc, mais pas d'unité. Il avait existé un empire germanique appelé « Saint Empire Romain Germanique » fondé le 2 février 962 et qui prit fin en août 1806 par la volonté de Napoléon 1er. Ces empereurs germaniques s'auto-proclamaient aussi « rois d'Italie ». Mais cela n'avait aucune réalité pratique. Voici par exemple une carte montrant le morcellement de l'Italie du XIe au XIIIe siècles

Par contre Bonaparte/Napoléon 1er avait réorganisé complètement l'Italie en la divisant en 3 parties principales :

*une partie importante allant jusqu'au sud de Rome directement annexée par la France, avec cependant une enclave : le duché de Lucques (Lucca) donné à Elisa une des soeurs de Napoléon.

*le royaume de Naples confié à Murat marié à Caroline Bonaparte, une des soeurs de Napoléon (il avait le sens de la famille!)

*et enfin, il avait créé une république cisalpine le 27 juin 1797, qui s'était transformée en république italienne le 26 janvier 1802 puis en royaume d'Italie le 17 mars 1805, dont voici la carte. Napoléon s'était fait couronner roi d'Italie le 28 mai 1805 (après avoir été sacré empereur des français le 2 décembre 1804). Il prit son beau-fils Eugène de Beauharnais comme vice-roi d'Italie.

Pour la petite histoire, Napoléon fut sacré roi d'Italie avec la couronne de fer des rois lombards. Voici cette couronne. Comme vous pouvez le voir elle n'a rien d'une couronne en fer. Cette appellation lui vient d'une mauvaise traduction en français. Elle aurait du être appelée « couronne du fer ». Au quatrième siècle, Hélène, la mère de l'empereur Constantin prétendit avoir retrouvé la croix du Christ et au siècle suivant, l'empereur byzantin Théodoric fit don d'un clou de la crucifixion à un roi lombard, et ce clou fut intégré dans la couronne. Cette couronne servit pour le couronnement de 9 rois lombards du cinquième au huitième siècle, dont pour le couronnement de Charlemagne comme roi des Lombards le 5 juin 774 (après avoir été couronné roi des Francs en 768 et avant de devenir empereur d'Occident à Rome que le 25 décembre 800), et pour le couronnement de 9 empereurs du St Empire Romain Germanique dont Charles Quint le 24 février 1530 à Bologne . Cette couronne fut donc sur la tête de Charlemagne, de Charles Quint et pour rester dans les Charles, sur la tête du fils de Charles Bonaparte. Cette couronne est conservée dans le trésor de la cathédrale de Monza à une quinzaine de kms au nord de Milan.

L'existence de ce royaume d'Italie donna des idées d'unification à de nombreux italiens et entraina la formation de mouvements la plupart occultes comme les Carbonari ou comme le mouvement « jeune Italie » fondé par le patriote Mazzini. Plusieurs révoltes populaires pour renverser les têtes couronnées en place furent vite matées. Pour la petite histoire, en 1831, un certain Charles Louis Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III), âgé de 23 ans et qui avait adhéré aux carbonari, prend part à un soulèvement en Romagne (région autour de Ravenne). Son frère aîné est décédé en Romagne durant ces événements. Devant l'échec de plusieurs mouvements, les patriotes italiens arrivèrent à la conclusion que l'unité italienne ne pouvait se réaliser qu'à partir d'un royaume existant et placèrent leurs espoirs dans le royaume de Sardaigne, bien qu'un certain nombre comme Garibaldi ou Mazzini auraient préféré un régime républicain. Le 4 mars 1848; le roi Charles-Albert avait publié le « Statut fondamental » qui transformait la royauté de type absolu en royauté parlementaire. Le royaume du Piémont fut à l'époque en avance sur les autres royaumes d'Italie ce qui explique aussi le ralliement des progressistes. Parmi les patriotes célèbres figura le compositeur Guiseppe Verdi. Comme le montre cet ancien dessin,les Italiens utilisèrent le nom de Verdi pour écrire partout sur les murs Viva Verdi, ce qui signifiait pour eux : Viva Vittorio Emmanuelle Re D'Italia.

La révolution de février 1848 en France qui mit fin à la royauté et la démission de Metternich à Vienne suite à des révoltes populaires en Autriche, encouragea des soulèvements en Italie :

Le 17 mars 1848, les habitants de Venise chassèrent les soldats autrichiens et proclamèrent le 22 mars la « République de Saint Marc ». La ville fut reprise par les Autrichiens le 24 août 1849.

Le 18 mars 1848, les habitants de Milan se révoltèrent contre l'occupation et parvinrent à chasser les soldats autrichiens de la ville le 22 mars.

A Turin c'était Charles-Albert qui était roi de Sardaigne. Voici un beau portrait de Charles-Albert. Lorsqu'il eut connaissance des révoltes contre l'Autriche, il pénétra en Lombardie avec son armée qui fut accueillie triomphalement à Milan le 25 mars 1848. Voici un tableau de l'époque montrant l'entrée triomphale de l'armée piémontaise en Lombardie.

Mais les Autrichiens ne l'entendaient pas de cette oreille et mobilisèrent d'importantes troupes. Il y eut 2 batailles en 1848, dont la bataille de Custozza (près de Verone) le 25 juillet 1848 qui fut un désastre pour l'armée de Charles-Albert. L'armée autrichienne était commandée par le vieux Maréchal Radetzky qui avait combattu Napoléon 1er et qui avait alors 82 ans. C'est pour ce maréchal autrichien que Johann Strauss père composa la fameuse « marche de Radetzky », et qu'en 1932 Joseph Roth écrivit son roman « la marche de Radetzky » qui devint un téléfilm.

Il y eut une trêve puis les combats reprirent en 1849 avec une bataille le 23 mars 1849 à Novare (à une cinquantaine de kms à l'ouest de Milan). 40.000 piémontais affrontèrent 60.000 autrichiens qui disposaient en outre de 120 canons. Les pauvres Pîémontais furent démontés, complètement. Le lendemain le roi Charles-Albert abdiquait en faveur de son fils qui devint roi de Sardaigne sous le nom de Victor Emmanuel II.


Le nouveau roi dût commencer par négocier avec les Autrichiens qui imposèrent la loi du vainqueur. Il dût aussi faire face à un soulèvement de la population de la Ligurie (région autour de Gênes). La république de Gênes avait été proclamée en 1099 et avait pris fin avec l'invasion des troupes françaises en 1797. Le congrès de Vienne attribua la Ligurie au royaume de Sardaigne contre l'avis des populations. Les habitants pensèrent profiter de la défaite des Piémontais pour retrouver leur indépendance et se soulevèrent contre le royaume de Sardaigne. V.E. II qualifia les Gênois «  de vile et infecte race de canailles » ! Avec la bénédiction des Autrichiens, Victor Emmanuel II envoya des troupes, de l'artillerie et organisa contre les rebelles de Gênes la même répression que les Autrichiens organisèrent contre les rebelles de Venise ou de Milan. Comme quoi dans notre petite espèce humaine il est difficile de faire le tri entre « le bon, la brute et le truand ».

Le 4 novembre 1852, Victor-Emmanuel II appelait Camillo Benzo comte de Cavour à la présidence du conseil du royaume de Sardaigne. Ce Cavour était un patriote italien convaincu, un royaliste, mais aussi un anti-clérical. Voici une représentation de Victor Emmanuel II et de Cavour, et une autre représentation de Victor Emmanuel II.

V.E. II comme Cavour se rendirent compte que l'armée piémontaise seule ne parviendrait jamais à vaincre l'empire d'Autriche. Ils se cherchèrent un allié. Pour des raisons autant géographiques que politiques, un seul allié était possible : la France. La cour de Turin commença par envoyer dans les bras de Napoléon III une très belle comtesse italienne : Virginia di Castiglione. Voici une représentation de Napoléon III et voici le portrait de la Comtessede Castiglione. Cavour profita d'un congrès tenu à Paris début 1856 (pour régler la fin de la guerre de Crimée), pour amener la Castiglione à Paris où elle arriva le 5 janvier 1856. Le personnel diplomatique de Turin en poste à Paris se chargea de la mettre en rapport avec Napoléon III et une « collaboration horizontale » de la comtesse avec l'empereur prépara une collaboration diplomatique et militaire de la France avec le royaume de Sardaigne.

Début 1858, il y eut à Paris un attentat contre Napoléon et Eugénie un soir qu'ils se rendaient à l'opéra. Les conjurés furent arrêtés, leur chef était un Italien nommé Orsini. La cour, Napoléon en tête, en profitèrent pour accuser le royaume de Sardaigne d'avoir armé les assassins. Pour toutes les cours européennes, le torchon brûlait entre Napoléon et Victor-Emmanuel. Mais pendant le même temps, Napoléon III envoyait un homme de confiance à Turin, son propre médecin, un nommé Louis Conneau (cela ne s'invente pas!). Ce Conneau rencontrait Cavour et lui faisait connaître les dates de séjour de l'Empereur à Plombières. Cavour vint rencontrer secrètement Napoléon III à Plombières-les-Bains (dans les Vosges, à une vingtaine de kms au sud d'Epinal) les 20 et 21 juillet 1858. Il en résultat un accord sur une aide de la France pour chasser les Autrichiens de l'Italie contre la réunion de la Savoie et de Nice à la France. L'idée n'était pas nouvelle . Elle avait germé la première fois sous Henri IV mais son assassinat par Ravaillac en 1610, avait mis fin au projet. Puis en 1735, un ministre de Louis XV (Germain Louis Chauvelin) avait lui aussi envisagé un tel accord.

Cette rencontre secrète fut suivie d'un traité d'alliance en bonne due forme en date du 10 décembre 1858. La rencontre de Plombières ne fut révélée au public qu'en 1883, c'est-à-dire bien après la mort de Napoléon III (1873) et de Cavour (1861). Quant au contenu de cette rencontre, il ne fut révélé qu'en 1928, lors du dépouillement des archives personnelles de Cavour. Le traité d'alliance de décembre 1858 fut donc une surprise pour toutes las capitales européennes.

Napoléon III soutenait le « concert européen » en ce qui concerne la défense des têtes couronnées et le caractère chrétien de l'Europe. Par contre, toute sa politique de 1848 à 1870 eut pour objectif de remettre en cause l'aspect territorial du congrès de Vienne. Cela explique probablement son engagement aux côtés du royaume de Sardaigne. Son ancienne appartenance aux carbonari pesa peut-être aussi dans la décision.

La cour à Turin multiplia alors les provocations contre l'Autriche qui déclara la guerre au royaume de Sardaigne le 29 avril 1859. La France de son côté déclara la guerre à l'Autriche le 3 mai 1859. L'Autriche envoya d'importantes troupes avec consignes de conquérir tout le Piémont avant l'arrivée des troupes françaises. Mais la résistance pièmontaise d'une part et l'arrivée rapide des troupes françaises par un débarquement à Gênes et par le col du Mont Cenis empêchèrent la conquête du Piémont par les Autrichiens. Les troupes avaient pu prendre le train jusqu'à St Jean de Maurienne, franchir le Mont Cenis à pied et reprendre le train de l'autre côté à Suse. Ce fut probablement une des premières utilisations du chemin de fer à des fins militaires. Napoléon III et Mac Mahon étaient arrivés par Gênes le 14 mai. Voici un dessin montrant l'entrée des troupes françaises à Turin en mai 1859, ainsi qu'une carte des opérations militaires.

Pendant plus d'un mois, il y eut de nombreuses bataillesdont voici les principales :

le 20 mai 1859 à Montebello,

le 26 mai à Varèse

le 27 mai à San Fermo,

les 30 et 31 mai à Palestro,

le 3 juin à Turbigo

le 4 juin à Magenta

le 8 juin à Marignan

le 15 juin à Treponti

le 24 juin à Solferino et San Martino ( ce fut un même front juste au sud du lac de Garde)

Ces combats mirent aux prises 350.000 soldats, plus 30.000 cavaliers et 1200 canons.

Les batailles commencèrent en Piémont mais eurent lieu pour l'essentiel en Lombardie. Elles se déplacèrent vers l'est au fur et à mesure que les Autrichiens reculaient. Ce fut un vrai carnage, rien qu'à la bataille de Solférino, il y eut 17.000 tués côté français et 22.000 côté autrichien, sans compter 36.000 blessés. A la bataille de Magenta, les Autrichiens eurent 10.000 tués etc. C'est à la suite de la bataille de Solférino que le Suisse Henri Dunant créa la Croix Rouge pour secourir les blessés sur les champs de bataille. Voici plusieurs tableaux de l'époque montrant les batailles de Palestro, San Martino, Magenta et Napoléon visitant les blessés à Solférino. Voici également une plaquette de timbres éditée par la poste française en novembre 2009, au profit de la croix-rouge et sur laquelle la bataille de Solférino figure en illustration. Pour la petite histoire, les troupes piémontaises à San Martino étaient commandées par le général Mollard d'Albens en Savoie

Napoléon III et V.E. II étaient entrés triomphalement à Milan le 8 juin.

Le 11 juillet, sans consulter ses alliés, Napoléon III rencontrait l'empereur autrichien François Joseph à Villafranca (près de Verone) et signait avec lui un armistice. Les Italiens qui voulaient continuer contre les Autrichiens étaient furieux. Les Piémontais, là, ne furent pas démontés, mais complètement … remontés contre Napoléon III. Dès le lendemain de l'entrevue de Villafranca, Cavour démissionnait avec fracas. Napoléon III qui n'avait pas tenu sa promesse de libérer toute l'Italie du Nord renonçait à la Savoie et à Nice.

Le 10 novembre 1859 un traité était signé à Zurich entre la France et l'Autriche, qui permettait au royaume de Sardaigne de récupérer la Lombardie.

Plus fort avec la Lombardie, le royaume de Sardaigne poursuivait la conquête de l'Italiequi fut terminée en une dizaine d'années comme le montre cette carte. Rome fut le dernier territoire annexé au nouveau royaume car Napoléon III défendait les Etats du Pape et des troupes françaises protégèrent Rome jusqu'à la chute de Napoléon III. La conquête fut facilitée par le soulèvement des populations qui chassèrent le Grand-Duc de Toscane, l 'Archiduchesse de Parme, le Duc de Modène et le Cardinal-Légat de Bologne, ainsi que par l'expédition dans le sud de l'Italie de Garibaldi et de ses chemises rouges.

Mais dès le 18 février 1861, un parlement italien était réuni à Turin et le 17 mars de la même année, V.E. II était proclamé roi d'Italie « par la grâce de Dieu et la volonté de la nation ». Cavour que l'on peut considérer comme le principal artisan de l'unité italienne, n'eut guère le temps de profiter du résultat de sa politique car il décéda le 6 juin 1861, à l'âge de 50 ans. La capitale de l'Italie passa de Turin à Florence en 1866 puis à Rome en 1871. Le toscan devint la langue italienne, la lire, créée au moyen-âge, comme monnaie par la république de Gênes devint la monnaie nationale italienne, tandis que le drapeau vert blanc rouge qui avait été créé le 7 janvier 1797 pour la république cispadine, devint le drapeau national italien. Mais ce n'est que le 12 octobre 1946 que « Fratelli d'Italia » chant créé en 1847 par 2 Gênois devint l'hymne national italien en remplacement de « Marcia Reale » qui était l'hymne du royaume d'Italie.

II) La réunion à la France

Le 16 janvier 1860, Cavour était revenu au pouvoir et le 12 mars 1860 était signé à Turin une nouvelle convention sur la réunion de la Savoie et de Nice à la France, en échange de la reconnaissance par la France du rattachement de l'Italie centrale au royaume de Sardaigne. Puis, un traité Franco Sarde du 24 mars 1860 confirmait la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France. Voici les principales dispositions de ce traité:

*Le roi de Sardaigne consent à la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France, les populations seront consultées. On note que c'est seulement une partie de l'ancien comté de Nice qui fut réunie à la France en 1860. Cette cartemontre qu'il fallut attendre 1947 pour la réunion complète de l'ancien comté.

*le roi de Sardaigne renonce pour lui et ses descendants à tous ses droits et titres sur les territoires concernés et ce au profit de l'empereur Napoléon III.

*participation de la France à la dette publique de la Sardaigne pour des contrats passés ou des travaux entrepris. Contrairement aux sentiments des Savoyards, le royaume de Sardaigne avait investi massivement en Savoie entre 1815 et 1860 : endiguement de l'Isère, endiguement de l'Arve, création du réseau ferroviaire jusqu'à St Jean de Maurienne et raccordement au réseau français par le pont de Culoz franchissant le Rhône, création de plusieurs ponts dont le Pont de la Caille, construction du palais de justice de Chambéry, reconstruction de l'abbaye d'Hautecombe, création de la liaison Aix-Lyon par bateaux à vapeur, réaménagement de l'ancienne voie romaine franchissant la montagne de l'Epine, une première extension aux thermes d'Aix inaugurée ne 1834 et une seconde en cours en 1860, mise en chantier du tunnel ferroviaire du Fréjus en cours en 1860 ...

*garanties assurées aux fonctionnaires en poste

*les habitants de Savoie et de l'arrondissement de Nice conservent la faculté durant un an de transporter leur domicile en Italie en conservant la nationalité sarde. Ils peuvent conserver leurs immeubles en France.

Ce traité court-circuita un vote prévu le 25 mars pour l'élection des députés savoyards au parlement de Turin. L'élection prévue de 18 députés eut quand même lieu. Furent élus 16 partisans de la réunion à la France, un haut-savoyard partisan de la réunion à la Suisse et un député qui n'avait pas fait connaître son choix. 15 des 18 élus firent immédiatement connaître qu'ils n'iraient pas siéger à Turin.

Dans le royaume sarde, seuls participaient aux élections les citoyens qui justifiaient d'un minimum de fortune (suffrage censitaire). En France le suffrage universel avait été institué par un décret du 5 mars 1848. Pour autant que l'on puisse appeler « universel » un système qui exclut la moitié du corps électoral (les femmes). Pour la consultation d'avril 1860, la participation aux élections fut étendue à tous les citoyens, mais pas encore aux citoyennes! En 1860, le droit sarde était encore plus en retard que le droit français sur l'égalité hommes/femmes. Aussi les femmes furent très favorables à la réunion à la France. Des comités féminins pour la réunion à la France s'étaient constitués dans plusieurs villes de Savoie. A Entremont-le-Vieux en Chartreuse, des femmes organisèrent même un vote féminin qui donna 450 oui sur 450 votantes. Ce vote ne fut bien sûr pas pris en compte dans les résultats officiels, mais l'impératrice Eugénie fut tenue au courant de cette consultation.

Comme il n'existait pas de fichiers électoraux de l'ensemble des citoyens, les autorités se servirent des fichiers paroissiaux.

Figurèrent sur les listes électorales les citoyens de sexe masculin d'au moins 21 ans, ayant au minimum 6 mois de résidence dans leur commune, et jouissant de leurs droits civils. Le suffrage universel fit passer le nombre d'électeurs en Savoie de 20.000 environ à 135.000 (non compris les militaires)

Il y eut 2 votes séparés, un pour les civils, un pour les militaires

Voici le résultat de la consultation :

A Nice, vote le dimanche 15 avril 1860 et le lundi 16. Vote civil: inscrits : 30706, votants : 25933, pour : 25.743, contre 160, 30 nuls

vote militaire: 1912 votants 1648 pour et 194 contre

En Savoie vote les 22/23 avril 1860 : vote civil: inscrits : 135449, votants : 130.839, pour 130.533, contre 235, nuls 71,

vote militaire: votants :6349, pour 6033, contre 282, nuls 34.

et voici le résultat électoral que tout le monde attendait ce soir, celui de St Jean d'Arvey : 262 votants, 1 non et 261 oui.

Voici la représentation d'un bulletin de vote « OUI »

Les historiens aujourd'hui pensent généralement devant ces résultats qu'il y eut du « bourrage d'urnes » Au XIXe siècle on savait déjà faire! Ainsi le 21 avril 1860, un journal piémontais (Le Campanile) affirmait qu'à Nice même, il y eut 6800 votes oui pour 4300 votants!.

Il faut se rappeler par exemple qu'en février/mars 1860, 99 communes du Chablais et du Faucigny (correspondant grosso modo aux arrondissements de Thonon et de Bonneville) avaient demandé leur rattachement à la Suisse et qu'en décembre 1859 s'était constitué en Savoie un comité patriotique « antiannexionniste ». Dans le Chablais et le Faucigny, une pétition rassemblant 13 651 signatures demandait le rattachement à la Suisse. Il faut dire que Genève occupée à partir de 1798 par les troupes françaises était devenue capitale du département du Léman dont le Chablais et le Faucigny faisaient partie. Ce département du Léman qui avait reçu le N° 99 parmi les départements français comprenait les arrondissements de Genève, Thonon, et Bonneville. 35.000 protestants avaient été « noyés » parmi 171.000 catholiques. Mais en 1860 le problème était différent, c'est une partie de la Haute-Savoie qui aurait été « noyée » dans l'ensemble suisse à majorité germaphone et surtout protestante. On comprend que le clergé haut-savoyard a dû faire du zèle.

Il y eut donc probablement plus d'opposants que ne le laissait penser le résultat officiel. Si le bourrage permit d'améliorer les résultats il semble cependant qu'une majorité de citoyens voulait la réunion à la France. Voici par exemple ce qu'écrivit Léon Brunier député de la Maurienne en 1848 :

« ce qui constitue principalement la nationalité d'un peuple, c'est la langue, la position géographique; ce sont les relations de commerce et d'intérêt, les alliances de famille, les souvenirs historiques, enfin les rapports de tous les jours. Or tout cela nous l'avons en commun avec la France et nullement avec l'Italie. Nous ne parlons que la langue française, nous ne connaissons pas d'autre littérature que la littérature française; nous ne lisons que les journaux français; notre éducation se fait avec les classiques français ; sous le rapport intellectuel nous ne pouvons recevoir nos inspirations que de la France ». Nous avons un autre témoignage analogue qui date de 1858, dans une correspondance d'Hermione Quinet (épouse d'Edgar Quinet écrivain et historien). Voici ce qu'elle écrivait : «  Pendant notre séjour à Amphion nous pressentions déjà l'annexion...On y étudiait que l'Histoire de France, la littérature française; tous les journaux étaient en français. Le moindre fait arrivé de France y était aussitôt connu, tandis qu'on ignorait complètement ce qui se passait à Turin. Le lien avec le Piémont n'avait aucune raison d'être... La partie la plus éclairée de la Savoie eût désiré l'annexion à la Suisse, mais l'intérêt du terroir et le catholicisme la poussait dans les bras de la France; »

En 1848, un député de la Tarentaise (Jean-Antoine Jacquemoud) écrivait quant à lui :

« Ah! Cette soeur qui nous est chère. De tous nos voeux nous l'appelons. Nos coeurs vont où va notre Isère, et le penchant de nos vallons. ».

Tout était dit.


Il faut en outre rappeler :

*que le 21 octobre 1792, après l'invasion de la Savoie par les troupes révolutionnaires, les délégués des 658 communes de Savoie se réunirent dans la cathédrale de Chambéry et 583 d'entre-eux (88,6%) se prononcèrent pour la réunion à la France. Cela fut suivi, en 1796, d'un traité par lequel, le royaume de Sardaigne cédait formellement la Savoie au Directoire.

*que 24.000 savoyards furent soldats dans la « grande armée », que 800 furent officiers et que 23 atteignirent le grade de général. Malgré les pertes, les Savoyards comme beaucoup de Français gardaient de cette période où la France domina l'Europe, un souvenir nostalgique. En 1857, Napoléon III avait créé la médaille de « Ste Hélène » qui avait été distribuée aux « vieux de la vieille », les anciens de la grande armée. Les Savoyards décorés de Ste Hélène furent utilisés en 1860, pour prêcher la réunion à la France

*Qu'il fallait 40 heures à une diligence pour aller de Chambéry à Turin dans la première moitié du XIXe siècle, et encore à condition que la route ne soit pas bloquée par la neige! Le tunnel du Fréjus permettant la liaison ferrée entre la Savoie et Turin ne fut inaugurée que le 17 septembre 1871, alors que le pont ferroviaire de Culoz permettant la liaison avec la France avait été mis en service le 2 septembre 1858.

*Que la Savoie avait été occupée à plusieurs reprises par les troupes françaises ce qui fut le cas

-de 1536 à 1559 sous François 1er et c'est un édit de François 1er en date du 6 janvier 1539 qui imposa l'usage du français en Savoie et que cela facilita probablement grandement la réunion de 1860.

-en 1600/1601 sous Henri IV,

-en 1630/1631 sous Louis XIII

-de 1690 à 1696 et de 1703 à 1713 sous Louis XIV

*Que durant la période d'annexion (1792/1815), la Savoie et Nice avaient été relativement prospères en participant à un marché comprenant la France et ses annexions dont Genève et une partie de l'Italie. Le retour au royaume de Sardaigne vit aussi le retour des frontières avec la France et avec la Suisse, le rétablissement des douanes et des droits sur le transit des marchandises ce qui fut un handicap pour les affaires. En 1848, le député Léon Brunier rédigea un mémoire de 16 pages récapitulant tous les effets négatifs, pour l'économie savoyarde, du rétablissement des frontières avec la France et la Suisse. Le retour au droit et à l'organisation sardes fut également vécu comme une régression par la population. Même le système décimal fut aboli fin 1814 et ne fut rétabli que 31 ans plus tard. Voici le récit d'un voyageur lors de son passage à la frontière des Echelles le 3 juillet 1824.

*Le comté de Nice avait également été occupé par la France de 1691 à 1697 et de 1707 à 1713.

Il convient pour comprendre le résultat d'ajouter plusieurs considérations :

*de nombreux savoyards vivaient en France, dont 50.000 pour la seule ville de Paris (à la même époque, Chambéry avait 19.000 habitants), cela créait des liens. Ces savoyards expatriés militaient de leur côté. Ainsi le 19 mars 1848, le gouvernement provisoire à Paris, représenté par Lamartine, Ministre des Affaires étrangères, recevait une délégation de Savoyards de Paris demandant la réunion de la Savoie à la France.

*Une bonne partie de l'élite savoyarde, dont beaucoup d'anciens de la grande armée, quitta la Savoie pour la France au moment du retour au royaume sarde en 1815, ce qui fut un handicap supplémentaire pour la Savoie.

*En 1848, pour financer la guerre contre l'Autriche, le gouvernement sarde avait lancé un « emprunt forcé » qui avait été très mal ressenti par les Savoyards, et renforça leur sentiment qu'ils fournissaient plus au royaume de Sardaigne qu'ils n'en recevaient. Ils supportaient également mal la présence des carabiniers piémontais.

Voici une caricature de l'époque montrant une vache tarine préférant aller pâturer en France qu'en Italie. (sur cette caricature, c'est le roi Charles-Albert qui essaie de retenir la vache savoyarde)

*Ce furent les autorités françaises et non sardes qui organisèrent la consultation.

*La cour de Turin avait la réputation d'être anti-cléricale. Cavour avait fait voter des lois abolissant tous les privilèges de l'Eglise, entraînant l'expulsion des Jésuites et la saisie des biens de certaines congrégations (les contemplatives). Cavour affirmait par ailleurs haut et fort vouloir récupérer les Etats du Pape en Italie . Le clergé vit donc d'un bon oeil la réunion à l'empire très chrétien de Napoléon III. Le dimanche, les bureaux de vote ouvrirent à 8 heures. Dans beaucoup de paroisses les curés avancèrent l'heure de la messe à 7 heures et c'est un peu partout qu'au sortir de la messe, les paroissiens se rendirent en cortège dans les bureaux de vote, fanfares et drapeaux français en tête.

*Par accord secret avec Cavour, Napoléon III avait obtenu que les troupes de retour d'Italie puissent stationner en Savoie et à Nice pendant la consultation sur la réunion à la France.

*Le 1er avril 1860 le roi Victor Emmanuel avait proclamé officiellement qu'il libérait les Savoyards et les Niçois de leur serment de fidélité envers sa dynastie.

*Le 7 avril 1860 les autorités françaises avaient fait savoir qu'elles s'engageaient à laisser une zone franche autour de Genève et à maintenir la cour d'appel à Chambéry (c'est l'ancien Sénat de Savoie qui était devenu Cour d'Appel suite à un édit du 4 mars 1848). Cela rallia probablement un certain nombre d'opposants.

*Une délégation savoyarde avait été reçue à Paris par l'empereur et l'impératrice le 21 mars. Cette délégation demandait que l'unité de la Savoie soit conservée. Voici une illustration de cette rencontre

 

A la suite de cette consultation, il y eut successivement :

Une ratification par le Parlement de Turin le 29 mai 1860, où il y eut 229 pour et seulement 33 contre. La cour de Turin avait bien abandonné la Savoie et Nice. Voici une caricature de l'époque (parue dans le Charivari, un journal turinois) où l'on voit l'Italie répondre « j'ai bien autre chose à faire pour le moment »

Une ratification par le Sénat de l'empire le 12 juin 1860 avec 126 oui sur 126 votants.

La prise de possession officielle par les Autorités françaises le 14 juin 1860 à midi.Voici une illustration montrant la signature au château de Chambéry du procès-verbal de remise de la Savoie le 14 juin 1860. C'est donc cette date du 14 juin 1860 qu'il convient de retenir comme date réelle de réunion de la Savoie et de Nice à la France. Nice fut rattaché au département des Alpes maritimes et la Savoie divisée en 2 départements. Voici une carte de la Savoie en 1848. Comme le montre cette carte, la Savoie était divisée en 7 arrondissements et c'est une partie de l'actuel arrondissement d'Albertville qui s'appelait « Haute-Savoie », tandis que l'arrondissement de Chambéry s'appelait la Savoie d'où souvent son appellation, à l'époque de « Savoie propre » à l'intérieur de la grande Savoie.. A la tête de chaque arrondissement, il y avait un intendant nommé par Turin; les intendants nommaient les syndics chargés d'administrer les communes. Le tout était chapeauté par un gouverneur représentant le Roi, qui résidait au château de Chambéry et qui était assisté d'un intendant général. Voici la France accueillant ses nouveaux enfants (caricature)

Fin août début septembre 1860, l'empereur et l'impératrice vinrent faire un voyage officiel dans les nouveaux territoires réunis à la France. L'accueil des populations fut partout très enthousiaste. Pour la petite histoire, lors de son passage à Thonon, Napoléon III signa un décret faisant remise de toutes les amendes prononcées à l'encontre des habitants de la Savoie, de la Haute-Savoie et des Alpes-Maritimes par le gouvernement sarde et non encore acquittées. Voici une illustration d'époque montrant Napoléon III et Victor Emmanuel II sous « l'Italie reconnaissante ». D'autres furent plus critiques, telle cette caricature montrant Napoléon III enlevant la Savoie et Nice à l'Italie.

Si le royaume de Sardaigne avait fait son deuil de la Savoie et de Nice, le résultat de la consultation entraîna quelques dépits comme le montre cet article publié le 22 juin 1860 dans « l'indépendant » (journal du val d'Aoste) : «  Il nous a été bien pénible de voir la joie manifestée par la Savoie, le jour de son entrée définitive dans la famille française. Nos frères d'outre-monts, unis à nous par une affection huit fois séculaire, se sont séparés de leurs cadets, sans verser une larme, sans pousser un soupir... La résignation dans les Savoisiens ne nous aurait pas étonnés; ils ont été vendus, il fallait obéir. Mais se détacher du Piémont avec tant de joie, embrasser la France avec tant de bonheur ; voilà ce qui impressionne bien péniblement ». Le Val d'Aoste représentait 85.000 francophones. Le français était devenu la langue officielle du Val d'Aoste suite à un édit du 22 septembre 1561 du duc de Savoie Emmanuel Philibert. Avec les 5 à 600.000 habitants de la Savoie, le Val d'Aoste constituaient un nombre important de francophones dans le royaume de Sardaigne, et le français était une des 2 langues officielles du royaume de Sardaigne. Sans la Savoie, les 85.000 valdotains furent noyés parmi 20 millions d'italiens et dès le 10 août 1860, un décret imposa en Val d'Aoste, l'italien comme langue d'enseignement dans les écoles. Dans le Piémont à l'époque on parlait le Pïémontais lui-même divisé en plusieurs dialectes dont le principal était le « turinois », langue plus proche de l'italien que du français

Les modifications territoriales qui découlèrent des événements de 1859/1860 furent contraire au traité de Vienne de 1815. Malgré cela les autres puissances européennes n'intervinrent pas, probablement pour les raisons suivantes :

*La guerre de Crimée en 1854/1855 avait divisé les alliés de 1815,

*Les négociations entre Napoléon III et Cavour restèrent à l'époque secrètes. Voici un récapitulatif chronologique des événements. Il montre qu'entre la première entrevue à Plombières et la réunion à la France tout fut réglé en moins de 2 ans. La rapidité d'exécution de l'opération en assura aussi probablement le succès.

*C'est l'Autriche qui prit l'initiative de déclarer la guerre,

*Truquée ou pas, l'adhésion massive des populations, pour la réunion à la France, en Savoie et à Nice et pour l'unité italienne de l'autre côté des Alpes, légitima l'opération.

*Si la France seule contre toute l'Europe avait été vaincue en 1815, les idées de la révolution continuaient de faire leur chemin spécialement en ce qui concerne le droit des peuples. C'est ainsi qu'au début de la guerre entre l'Autriche et les troupes franco-sardes, en Angleterre, lord Palmerston (1er ministre de 1855 à 1858 et de 1859 à 1865) déclara : « Si les conséquences de l'agression autrichienne étaient qu'elle se verrait forcée à se retirer jusqu'au nord des Alpes et à rendre l'Italie aux Italiens, tout bon esprit éprouvera le sentiment que parfois, le mal engendre le bien, et nous allons nous féliciter du résultat ».

Cette déclaration de Palmerston est révélatrice : c'est Cavour et son compère Napoléon III qui furent à l'origine des choses, mais ils manigancèrent si bien que l'idée s'imposa jusque dans la tête d'un premier ministre anglais que c'était l'empire autrichien l'agresseur! Ce sentiment était probablement partagé par beaucoup d'européens. Joli coup.

Pour la petite histoire, ce même Palmerston déclara à propos de Napoléon III : »La tête de Napoléon III ressemble à une garenne, les idées s'y reproduisent continuellement comme les lapins ».

III) Les conséquences

Il y eut à tout ceci 3 conséquences principales :

L'unité de l'Italie : très bien

La réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France : très bien

Mais aussi et c'est quelques fois oublié : l'affaiblissement de l'Autriche parce qu'elle avait perdu beaucoup de soldats, de chevaux, de canons dans les batailles, et parce qu'en cédant la Lombardie, elle perdait une zone peuplée c'est-à-dire une zone de recrutement de soldats (un recensement de 1857 donnait 245.000 habitants à la seule ville de Milan, ce qui pour l'époque était beaucoup).

Le congrès de Vienne en 1815 avait laissé 2 puissances principales dans l'espace germanique : l'Autriche au sud, la Prusse au nord.

Tout le monde connait ce proverbe africain : « il ne peut pas y avoir plusieurs crocodiles dans le même marigot ». Or dans le marigot germanique, il y avait 2 crocodiles, c'était un de trop. Pendant que la France et l'Autriche s'affrontaient en Italie, au dessus, le crocodile prussien se léchait les babines, attendant l'heure du festin.

Le 24 septembre 1862, Guillaume 1er nommait le célèbre Bismarck comme président du conseil prussien

Le 16 juin 1866, la Prusse déclarait la guerre à l'Autriche. L'Italie s'alliait à la Prusse.
L'armée Autrichienne fut complètement défaite à Sadowa, ville située dans l'actuelle république tchèque, le 3 juillet 1866. 206.000 soldats autrichiens affrontèrent 221.000 prussiens qui en outre avaient plus de canons. Les Autrichiens eurent 13.660 tués, 8.440 blessés, 22.000 prisonniers et perdirent en outre 6000 chevaux et 116 canons. Un traité fut signé à Prague le 23 août 1866. La Prusse avait écrasé l'Autriche sur le champ de bataille, elle l'écrasa dans la négociation. L'Autriche dut céder plusieurs territoires à la Prusse, accorder l'autonomie à la Hongrie et céder la Vénétie au nouveau royaume d'Italie. Le démantèlement de l'Autriche assurait l'hégémonie de la Prusse sur l'espace germanique.

Si vous connaissez le proverbe africain sur les crocodiles et les marigots, vous connaissez aussi la fable de La Fontaine : « Le chat, la belette et le petit lapin ». une belette et un lapin se disputent un terrier, le chat les met d'accord en les croquant tous les deux. Et bien c'est ce qui s'est passé. Le Raminagrobis prussien après avoir plumé l'aigle autrichien en guise de hors-d'oeuvre, se choisit du coq au vin comme plat de résistance. Du coq gaulois bien entendu, mijoté au vin français, toujours bien entendu. En outre, la firme Krupp avait mis au point un nouveau type de canons beaucoup plus performants que les canons français, il fallait bien les essayer! Ce fut la guerre de 1870. Entre les opérations en Italie en 1859, l'expédition au Mexique de 1861 à 1867, et la guerre de Crimée en 1854/1855 (où l'armée farnçaise avait perdu 95.000 soldats en grande partie à cause du choléra et du typhus), la France avait subit d'importantes pertes et avait surtout pris du retard dans la politique d'armements, car ces guerres au loin avaient coûté très chères. Et voici le résultat :

2 septembre 1870 : capitulation de Sedan, 86.000 soldats se rendirent aux Prussiens

4 septembre 1870 : abdication de Napoléon III

27 octobre 1870 : capitulation de Bazaine à Metz : 173.000 soldats se rendent aux Prussiens qui s'emparent en outre de 1700 pièces d'artillerie. Voici un dessin de l'époque montrant la charge de la cavalerie à Gravelotte.Où ça tombait comme à Gravelotte!

18 janvier 1871 proclamation de l'Empire allemand à Versailles dans la galerie des glaces. Le roi de Prusse devient empereur (Kaiser en allemand). Pauvre Louis XIV, il a dû s'en retourner dans son tombeau à la basilique St Denis.

28 janvier 1871 : capitulation de Paris. Napoléon 1er avait été ramené de Sainte Hélène et transféré aux Invalides le 15 décembre 1840, lui aussi a dû se retourner dans son tombeau.

10 mai 1871 : traité de Francfort, la France cède l'Alsace et la Lorraine au nouvel empire germanique qui s'assure en même temps l'hégémonie sur l'Europe continentale.

Revenons à notre case départ. Lorsqu'à Plombières-les-Bains en 1858, Napoléon III promet son aide à Cavour pour taper sur les Autrichiens, il n'avait pas compris qu'un ennemi pouvait en cacher un autre et que l'ennemi autrichien cachait le prussien autrement plus dangereux. A Napoléon III, cela lui a coûté sa couronne. Si Napoléon III avait une femme « d'Eugénie », lui en a manqué sérieusement de génie sur ce coup! Il n'aurait pas dû laisser l'Autriche seule face à la Prusse en 1866. La Prusse pouvait vaincre l'Autriche d'abord, la France ensuite mais pas les 2 ensemble.

On pourrait s'arrêter là, mais aussi poursuivre un peu au jeu des événements qui s'enchaînent. Au début du XXe siècle, beaucoup d'Etats-Majors en Europe souhaitaient la guerre.

*Les Prussiens en faisant la guerre à l'Autriche s'étaient agrandis et idem en faisant la guerre à la France. Dieu que la guerre était belle!,

*L'Autriche humiliée par la France d'abord, par la Prusse ensuite avait besoin de se refaire une santé,

*La Russie poussait ses pions depuis la Grande Catherine c'est-à-dire depuis un siècle dans les Balkans (région de l'Europe comprise entre l'Adriatique et la mer Noire et qui comprend l'Albanie, la Grèce, la Bulgarie ainsi qu'une partie de la Roumanie, de la Turquie et de l'ex Yougoslavie, dont la Serbie). La Russie avait été stoppée net dans ses grandes manoeuvres par la guerre de Crimée qui l'opposa à la France, à l'Angleterre à l'empire Ottoman, ainsi qu'au royaume de Sardaigne qui avait rejoint la coalition. Cette guerre se déroula de mars 1854 à octobre 1855. C'est à cette occasion qu'eurent lieu les batailles de l'Alma avec ses zouaves, de Malakoff, de Sébastopol etc. Napoléon III avait suivi l'Angleterre, cela avait été pour lui l'occasion de diviser les alliés de 1815.

*En France il y avait aussi un parti de la guerre, parmi les politiques qui voulaient récupérer l'Alsace et la Lorraine et aussi surtout parmi les militaires. Ils avaient été humiliés 3 fois : avec l'affaire Dreyfus, avec la guerre de 1870 et avec l'expédition au Mexique commencée en 1861 et dont ils étaient revenus en 1867, comme les chiens, la tête basse et je ne dis pas le reste, et ce malgré la bravoure restée légendaire de 60 légionnaires face à 2.000 soldats mexicains le 30 avril 1863 à Camerone.

Aussi, lorsque le 28 juin 1914, un anarchiste serbe assassine à Sarajevo (en Bosnie) l'archiduc d'Autriche François Ferdinand et son épouse, après la gesticulation diplomatique d'usage, l'Autriche déclare la guerre à la Serbie, qui paraissait une proie à sa portée, le 28 juillet 1914, la Russie à l'Autriche le 29 juillet, l'Empire germanique à la Russie le 1er août puis à la France le 3 août... et ce fut la boucherie que l'on sait. Le Tsar de Russie comme Napoléon III ne comprit pas qu'un ennemi pouvait en cacher un autre, il déclara la guerre à l'Autriche mais dut la faire à la Prusse et cela lui coûta non seulement son trône mais la vie ainsi qu'à toute sa famille.

Pour beaucoup d'historiens, les conditions imposées à l'Allemagne après la première guerre mondiale amenèrent la seconde. En 1919, Henri Barbusse, (écrivain et journaliste) déclarait : « dans 20 ans il y aura une nouvelle guerre qui finira de ruiner le vieux monde en hommes et en argent »!

On ira pas jusqu'à prétendre que l'expédition de Napoléon III en Italie en 1859 est responsable de la seconde guerre mondiale, mais en matière d'histoire, rien n'est sans cause, rien n'est gratuit et tout se paie et hélas souvent au prix fort;

Les causes plus lointaines

Revenons maintenant, si l'on veut, en arrière pour comprendre le cheminement des choses.

En l'an 443, les Romains avaient laissé les Burgondes s'installer dans l'est de la France. Ce sont ces Burgondes qui ont donné son nom à la Bourgogne. Malgré la chute de Rome et la fin de l'empire romain d'occident en 476, les Burgondes prospérèrent, devinrent royaume de Bourgogne et n'eurent de cesse d'agrandir leur territoire. Voici le royaume de Bourgogne auVIe siècle. Mais à côté les Francs prospéraient aussi et en vertu du principe des crocodiles et des marigots, ils se firent la guerre. Les Burgondes furent vaincus. Un peu plus tard, Charlemagne en reconstituant un empire les mit d'accord. Voici l'empire de Charlemagne. Mais après Charlemagne, ses petits-fils se partagèrent son empire et les différentes parties se firent la guerre. C'est toujours ainsi. Après la mort d'Alexandre le Grand en 323 avant notre ère, ses généraux se partagèrent son empire et immédiatement se firent la guerre jusqu'à ce que les Romains les mettent tous d'accord. La Bourgogne se trouva divisée en 2 parties : une Bourgogne franque et une germanique. La Savoie fit partie de la Bourgogne germanique. Et c'est à Conrad empereur du St Empire romain germanique qu'Humbert aux blanches mains, premier comte de Savoie doit son titre de Comte en 1034. C'est à Sigismond autre empereur germanique que les comtes de Savoie doivent d'être devenus ducs en 1416.

Après la chute de l 'empire romain, lentement mais sûrement se constituèrent en Europe des Etats-Nations, l'Espagne au sud, l'Angleterre au nord, l'empire germanique à l'est et la France au milieu. Chacun cherchant à agrandir son territoire, et la France se trouvant au centre du dispositif, les zones frontières de la France devinrent l'un des champs habituel de batailles de l'Europe. Regardez par exemple sur Internet l'histoire de Dunkerque. Cette ville fut anglaise, espagnole, autrichienne, hollandaise, française etc Elle changea même plusieurs fois de nationalité la même année Ce fut par exemple Louis XIV qui imposa l'usage du français à Dunkerque en mai 1665.

Durant 6 siècles, de Philippe Auguste à Napoléon 1er, il y eut une succession de coalitions de l'Europe habituellement contre la France avec par exemple 3 coalitions sous Louis XIV, 7 coalitions de 1792 à 1815, sans oublier au début du XVIe siècle une coalition suscitée par le pape Jules II contre la France de Louis XII,etc.

En même temps, l'Italie toujours divisée fut considérée par les autres puissances européennes comme un bien vacant et sans maître et devint aussi un des lieux de batailles privilégié de l'Europe. La Savoie se trouvait à la fois zone frontière et voie d'accès vers l'Italie, en outre vassale de l'empire germanique, elle fut constamment envahie et occupée, que ce soit par les Espagnols de 1743 à 1749 ou par les troupes françaises; celles de Charles VIII, de Louis XII, de François 1er, d'Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV, de la révolution, de Napoléon. C'est à cause de ces invasions incessantes que la maison de Savoie transféra sa capitale de Chambéry à Turin en 1562. Ce transfert de l'autre côté des Alpes portait probablement en germes les événements qui eurent lieu 3 siècles plus tard.

La maison de Savoie compta 19 comtes dont le dernier devint duc, 15 ducs dont le dernier devint roi de Sicile en décembre 1713, puis changea son titre en roi de Sardaigne en septembre 1714, et le huitième et dernier roi de Sardaigne devint roi d'Italie comme nous l'avons vu en 1861. L'histoire de la Savoie fut liée à celle de la maison de Savoie pendant près de 8 siècles et celle du comté de Nice pendant 5 siècles et en ayant connu durant ces 5 siècles quasiment la même histoire (invasions, occupations..;) que la Savoie. C'est lorsqu'ils devinrent rois d'Italie que les souverains de Savoie perdirent la Savoie berceau de leur dynastie. Cela montre encore que l'histoire de la réunion de la Savoie et de Nice à la France est indissociable de l'histoire de l'unité italienne;

La réunion à la France en même temps que l'unité de l'Italie amenèrent la tranquillité en Savoie. Pour résumer sur les rapports entre la Savoie et la France, il y eut des occupations, la plus longue sous François 1er dura 23 ans, une annexion par la révolution française qui dura également 23 ans et enfin la réunion à la France depuis le 14 juin 1860.

Qui aujourd'hui contesterait l'unité de l'Italie et la réunion de la Savoie et de Nice à la France? et quel Français pourrait imaginer maintenant la France sans le Mont Blanc, sans les lacs savoyards, sans les centrales hydro-électriques sans les stations de ski, sans les stations thermales, sans les fromages savoyards et sans la partie la plus célèbre de la Côte d'Azur ?

 

Hommage à Garibaldi

Pour terminer, je voudrais rendre un hommage particulier à Guiseppe Garibaldi qui fut non seulement un grand patriote italien mais aussi un ami de la France, ce que beaucoup de Français ignorent. En 1870, Garibaldi recruta des volontaires et vint combattre les Prussiens aux côtés des Français. Voici un dessin montrant des volontaires garibaldiens. Les troupes de Garibaldi passèrent à Chambéry. Après l'abdication de Napoléon III, la République avait été proclamée et un appel aux volontaires lancé. Des volontaires savoyards se joignirent aux troupes de Garibaldi et tous rejoignirent l'armée des Vosges car Léon Gambetta (alors Ministre de la guerre dans le gouvernement provisoire) en avait confié le commandement à Garibaldi et les 25 et 26 septembre 1870, parmi ses faits d'armes, il libéra Dijon occupé par les Prussiens. En 1970 la poste italienne édita un timbre commémoratif représentant Garibaldi à Dijon. Lors des élections législatives du 8 février 1871, Garibaldi qui n'était pas candidat, fut élu député à Paris, à Nice, à Alger et dans la Côte d'Or. Mais il refusa ces mandats et retourna en Italie. En 1914, son fils Ricciotti créa la légion garibaldienne pour combattre les Allemands avec les Français. Parmi 6 petits-fils de Garibaldi qui combattirent dans cette légion, 2 sont morts pour la France à la bataille d'Argonne en 1915. Heureusement, à Chambéry, il y a une rue Garibaldi.

Voici un beau portrait de Garibaldi.



Nota : la plupart des documents présentés proviennent d'études et documents publiés par la Sté Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie.

 

J.D. Octobre 2009, dernière mise à jour : 31 juillet 2010..

Ce texte a fait l'objet d'une conférence à Saint Jean d'Arvey Savoie le 26 mars 2010 et à Bessans Savoie le 5 août 2010

 

 

 

 

 

Liste des annexes

 

1- en-tête du traité du 24 mars 1860 dit traité de Turin

2- carte de l'Italie dans les années 1850

3- liste des Etats de l'Italie dans les années 1850

4- caricature des souverains européens se partageant l'empire de Napoléon 1er

5- carte de l'Europe après le congrès de Vienne en 1815

6- carte de l'Italie du XIe au XIIIe siècles

7- carte du royaume d'Italie créé par Napoléon en 1805

8- couronne de fer des rois lombards

9- partisans italiens écrivant « VIVA VERDI »

10- portrait de Charles-Albert

11- tableau de l'entrée des troupes sardes en Lombardie en 1848

12- portraits de Victor-Emmanuel II et de Cavour

13- Victor-Emmanuel II à cheval

14- Napoléon III à cheval

15- portrait de la comtesse Virginia di Castiglione

16- entrée des troupes françaises à Turin en mai 1859

17- liste des principales batailles de la campagne d'Italie en 1859

18- carte des opérations militaires en 1859

19 à 21 – tableaux des batailles de Palestro, San Martino et Magenta

22- Napoléon III visitant les blessés à Solférino

23- plaquette de timbres avec la bataille de Solférino

24- carte de l'unité italienne

25- principales dispositions du traité de Turin

26- carte du rattachement de l'ancien Comté de Nice à la France

27- résultats de la consultation des populations

28- résultats pour St Jean d'Arvey

29- bulletin de vote « OUI »

30- relation d'un passage à la douane des Echelles le 3.7.1824

31- caricature d'une vache tarine préférant brouter en France

32- tableau d'une délégation savoyarde reçue par Napoléon III

33- caricature montrant l'Italie se désintéressant de la Savoie

34- signature au Château de Chambéry du procès-verbal de remise

35- carte de la Savoie en 1848

36- caricature montrant la France accueillant ses nouveaux enfants

37- dessin montrant Napoléon III et Victor Emmanuel II sous l'Italie reconnaissante

38- caricature montrant Napoléon III enlevant la Savoie et Nice

39- rappel chronologique des événements

40- charge de la cavalerie à Gravelotte

41- carte du royaume de Bourgogne au VIe siècle

42- carte de l'empire carolingien

43- volontaires garibaldiens

44- portrait de Garibaldi

45- chant des Allobroges

 

 

 

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