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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 22:59

*La revue « Sciences et Avenir » d'octobre 2014 consacre un article (page 58) à la découverte effectuée sur le site de Fourvière à Lyon lors de travaux. Il s'agit d'un mur d'époque gauloise, antérieur à l'arrivée des Romains. Pour les spécialistes cela confirme qu'il existait un oppidum (bourg fortifié) gaulois à Lyon avant la création de la ville romaine en 43 avant notre ère par Lucius Munatius Plancus qui avait été un des lieutenants de Jules César. Selon certains auteurs (comme Camille Jullian 1859/1933, dans « Histoire de la Gaule »), César venant en Gaule en -58 pour s'opposer aux Helvètes aurait campé à Lyon et c'est à l'emplacement de ce camp qu'aurait commencé la construction de Lyon (Lugdunum).

*Dans la « Guerre des Gaules », Jules César écrit, au livre VI, dans un chapitre consacré aux druides gaulois :

« Chaque année, à date fixe, ils tiennent leurs assisses en un lieu consacré, dans le pays des Carnutes, qui passe pour occuper le centre de la Gaule. Là, de toutes parts affluent tous ceux qui ont des différents, et ils se soumettent à leurs décisions et à leurs arrêts. On croit que leur doctrine est née en Bretagne (la Grande Bretagne d'aujourd'hui), et a été apportée de cette île dans la Gaule ; de nos jours encore ceux qui veulent en faire une étude approfondie vont le plus souvent s'instruire là-bas. »

*Certains auteurs pensent que la cathédrale de Chartres a été construite à l'emplacement où se réunissaient les druides gaulois. Voir par exemple : « Chartres et l'énigme des Druides » de Jean Markale Editions Pygmalion 1988. La ville de Chartres doit d'ailleurs son nom aux Carnutes.

*Avant la conquête romaine, il y avait de nombreux peuples en Gaule, en rappelant que les Romains distinguaient 2 Gaules : la Gaule cisalpine qui correspondait à l'Italie du Nord d'aujourd'hui et la Gaule transalpine, soit la France actuelle étendue jusqu'au Rhin. Dans la Gaule cisalpine, c'est le Rubicon, fleuve côtier qui se jette dans l'Adriatique entre Ravenne et Rimini, qui constituait la frontière entre la Gaule et l'Italie proprement dite. Cela perdura jusqu'à César, puis la Gaule cisalpine fut considérée comme étant partie intégrante de l'Italie.

*Comme tous les peuples voisins, les diverses tribus gauloises devaient se faire souvent la guerre. Mais si il n'y avait pas d'unité gauloise, le texte de César sur la réunion annuelle des druides montre qu'il y avait quand même une identité gauloise.

*Suétone (auteur latin à cheval sur le premier et le second siècle de notre ère) dans « Vies des douze Césars », au livre premier, en XXV, nous apprend qu'à la fin de la guerre en Gaule, César imposa aux peuples gaulois un tribut annuel de quarante millions de sesterces. Les représentants de ces peuples durent donc continuer à se réunir pour se répartir le tribut à payer.

*Après la fondation de la ville romaine à Lyon, elle se développa rapidement et là comme dans toutes les cités romaines, se construisirent forum, temples (dont le « sanctuaire du confluent » en -14), théâtre (entre -16 et -14), un réseau routier, un atelier monétaire (en -15) etc.

*C'est en -27 que Lugdunum était devenu la capitale des Gaules. C'est en -19 que fut réalisé « l'Amphithéâtre des Trois Gaules ». Cet amphithéâtre construit près de l'actuel jardins des plantes de Lyon, fut réalisé au confluent du Rhône et de la Saône (qui s'est déplacé depuis) au pied de la colline de la Croix-Rousse. Cet amphithéâtre avait complètement disparu. Des premières fouilles sans suite eurent lieu en 1818/1820. C'est la découverte en 1958 de l'inscription dédicatoire qui relança les fouilles, et ce qu'il reste de l'amphithéâtre fut dégagé en 1960.

*A partir de l'an -12, chaque année le 1er août, les représentants des 60 peuples gaulois se réunirent dans cet Amphithéâtre. On peut penser que la région des Carnutes fut la capitale politique de la Gaule gauloise et Lyon celle de la Gaule romaine. Il est probable qu'il y avait plus de 60 peuples avant la guerre contre César. Les Gaulois de la Narbonnaise qui avaient été annexés par Rome dans le dernier quart du second siècle avant notre ère, n'étaient pas concernés par ce tribut.

*Lyon fut la première ville de la Gaule qui se christianisa. C'est la raison pour laquelle l'évêque (ou l'archevêque) de Lyon a le titre de « primat des Gaules ». La communauté chrétienne était déjà importante lorsqu'une persécution s'abattit sur les chrétiens en l'an 177, entre juin et août.

*C'est dans cet amphithéâtre des Trois Gaules que furent martyrisés Blandine et d'autres chrétiens. Aujourd'hui, un poteau carré dans l'amphithéâtre montre l'endroit où l'on suppose que Sainte Blandine rendit son dernier soupir. Lyon avait à cette époque un évêque nommé Pothin, le premier évêque de Lyon et même de la Gaule. En 177 il était très âgé (entre 70 et 90 ans). Il mourut dans son cachot des suites des tortures de ses bourreaux.

*Les touristes ne pénètrent pas dans l'amphithéâtre, mais peuvent aisément le contempler de l'extérieur. Le cachot, ou supposé tel, où mourut le premier évêque de Lyon peut se visiter sous la chapelle de l'Antiquaille (montée Saint Barthélemy).

J.D. 25 septembre 2016

Nota : les Trois Gaules désignent un découpage administratif du territoire décidé par Auguste vers l'an -16. Il y avait la Gaule belgique au nord et à l'est, la Gaule aquitaine au sud-ouest et la Gaule lyonnaise entre les deux et qui formait un arc de cercle allant de la Bretagne à Lyon. L'expression « Trois Gaules » ne comprend pas la Gaule Narbonnaise formée antérieurement.

l'Amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon, image du net

l'Amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon, image du net

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 17:33

Procope naquit en l'an 500 ou un peu avant à Césarée et mourut en l'an 565 à Constantinople. Il fit d'abord des études d 'avocat puis rentra au service de Bélissaire en 527 comme secrétaire et enfin écrivit de nombreux textes sur la fin de sa vie.

*Césarée :

est une ville portuaire située sur la Méditerranée au nord de l'actuel État d'Israël.

Cette ville fut fondée à partir de l'an 586 avant notre ère et fut d'abord appelée « La Tour de Straton ».

En 29 avant notre ère, Octave (futur Auguste premier empereur de l'histoire romaine) donna cette ville à Hérode le Grand à qui le Sénat de Rome avait décerné le titre de « roi de Judée » en décembre de l'an 40 avant notre ère.

*Hérode :

Hérode 1er surnommé « Le Grand » fit de « La Tour de Straton » sa capitale et l'appela « Césarée » en l'honneur de Jules César. Grand massacreur, mais aussi grand bâtisseur, cet Hérode fit beaucoup pour Jérusalem (dont la reconstruction du temple de Salomon, à partir de l'an -20) ainsi que pour Césarée. Cet Hérode, né en -73, mourut en l'an 4 avant notre ère.

Il est beaucoup question d'Hérode dans le Nouveau Testament, mais il ne faut pas confondre Hérode le Grand à qui est attribué le massacre des Saints Innocents et son fils Hérode Antipas (-20/+39) qui fit décapiter Jean le Baptiste.

*Bélissaire :

Après la chute de l'empire romain d'Occident en 476, il restait encore l'empire romain d'Orient ou empire Byzantin. Celui-ci dut faire face à la guerre contre les Perses mais en outre il voulut, sous l'empereur Justinien (482/565), reconquérir les territoires perdus de l'empire d'Occident. Bélissaire (500/565), principal général de Justinien eut d'abord à combattre les Perses à partir de 527, , puis il fit la reconquête de l'Afrique du Nord en 533 qui avait été la proie des Vandales à partir de 439 (voir note N°312 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/09/vandales-et-vandalisme-n-312.html) puis de l'Italie, à partir de 535, tombée aux mains des Ostrogoths. Il reprit Rome en 538 et Ravenne en 540. A la suite de quoi, Justinien le rappela à Constantinople ; les victoires de Bélissaire et la gloire qu'il en tirait, commençaient à faire de l'ombre à Justinien. Né en l'an 500, il mourut en mars 565. Il avait épousé Antonine (ou Antonina) amie de l'impératrice Théodora.

*Justinien :

Il naquit le 11 mai 483. Il fut adopté par l'empereur byzantin Justin 1er dont il était le neveu et lui succéda à la mort de celui-ci en 527. En 523 il avait épousé Théodora.

Il lança la reconquête des territoires perdus de l'empire romain d'Occident, fut un bâtisseur avec à son actif particulièrement la reconstruction de l'église sainte Sophie à Constantinople. Le chantier commença en 532 et la basilique fut consacrée le 27 décembre 537. Il mourut le 15 novembre 565 à 82 ans ce qui en fait l'empereur romain ayant vécu le plus longtemps. On lui doit aussi d'avoir fixé la date de la nativité au 25 décembre.

*Théodora et Antonina :

Sur Théodora, voir la fiche N°103 http://jean.delisle.over-blog.com/article-messaline-et-theodora-n-103-116877402.html.

Dépravée et despote, mais énergique et organisée, elle domina son Justinien d'empereur. Ce fut elle qui eut le véritable pouvoir. Née vers l'an 500 comme Bélissaire ou Procope, elle épousa Justinien en 523, devint impératrice lorsqu'il devint empereur en 527 et mourut en 548.

Antonina son amie, aussi dépravée qu'elle, fut mariée à Bélissaire qu'elle domina tout autant. Les deux femmes s'entendirent comme « laronnes en foire » pour tous leurs mauvais coups.

*Procope :

Il naquit vers l'an 500 et mourut en 565 comme Justinien et Bélissaire. Il accompagna Bélissaire dans les guerres contre les Perses puis contre les Vandales et contre les Ostrogoths. Ensuite, il écrivit sur toutes ces guerres où il fait l'apologie de Justinien et de Bélissaire, puis un texte, non achevé, sur les monuments construits sous le règne de Justinien où Procope continue de passer la brosse à reluire. Et enfin il écrit « Histoire secrète de Justinien » de 548 à 550, texte connu aussi sous le nom « Anecdota ». Dans ce texte, virage à 180 degrés, ou Justinien et Bélissaire ne sont plus que des pantins menés par leur épouse respective et où se succèdent : dépravation, assassinats, faux témoignages, faux procès arbitraires, spoliation…..Il compare Justinien à Domitien qui fut empereur à Rome de 81 à 96. Voir fiche N°308 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/08/tacite-le-questionnement-n-308.html.

Il y a tellement de contradictions entre ce dernier texte et les précédents que certains analystes se sont demandés si « l'histoire secrète » était bien du même auteur.

Pour comprendre il faut dire que les premiers textes furent écrits Théodora encore vivante et le dernier après sa mort. Théodora avait son réseau d'espions et ceux qui étaient dénoncés rejoignaient vite le royaume des morts et souvent après d'atroces souffrances. Dans ce contexte s'explique probablement la dissimulation des véritables sentiments. Procope fut d'ailleurs récompensé pour les louanges adressées au pouvoir impérial (il fut admis au Sénat). Mais Théodora morte, et le principal danger écarté, il eut probablement des remords et se rattrapa ; avec cependant des précautions puisque l'écrit sur « l'histoire secrète » ne fut publié qu'après la mort de Procope. Cette histoire eut beaucoup de succès mais disparut un jour, jusqu'à ce qu'un exemplaire soit retrouvé dans la bibliothèque vaticane et qu'une nouvelle publication soit effectuée à Lyon en 1623.

*Ravenne :

Ravenne (Ravenna pour les Italiens) située sur la côte italienne de l'Adriatique devint la capitale de l'empire romain d'Occident en l'an 404 (après Rome depuis l'origine puis Milan en 286), puis la capitale des Hérules lors de la fin de l'empire romain d'Occident en septembre 476, puis la capitale des Ostrogoths en 497, enfin le siège de « l'Exarchat de Ravenne » (là ou siégeait l'Exarque c'est-à-dire le représentant de l'empereur de Byzance chargé d'administrer les territoires italiens reconquis), à partir de 567 et ce jusqu'en 751 date où les Lombards s'emparèrent de Ravenne.

Narsès, qui avait succédé à Bélissaire devint le premier Exarque.

Les Ostrogoths avaient commencé à construire de beaux monuments, les Byzantins continuèrent, si bien que la ville de Ravenne possède un riche patrimoine dont l'essentiel date des cinquième et sixième siècles.

Ces monuments sont surtout réputés pour la richesse de leurs mosaïques qui furent classées au patrimoine de l'Unesco en 1996.

Le plus bel ensemble, qui en outre recoupe notre sujet, est constitué par les mosaïques de la Basilique San Vitale. Il y a particulièrement à San Vitale le panneau impérial représentant Théodora et sa suite et celui de Justinien et sa cour. Ils sont représentés, dans ces mosaïques, l'une et l'autre, avec une auréole !

Dans le panneau de Justinien (voir illustration) , le personnage qui est à sa droite (à gauche pour celui qui contemple la mosaïque) est identifié comme étant Bélissaire, ce qui est logique dans la mesure où c'est lui qui fit la reconquête de la ville de Ravenne sur les Ostrogoths. Le personnage qui est à droite de Bélissaire n'est pas identifié, mais il ressemble beaucoup au personnage qui est à droite de Théodora dans le panneau impérial de Théodora (voir illustration). Compte tenu que Procope accompagna Bélissaire jusqu'à la conquête de Ravenne, il me paraîtrait plausible que ce fut lui qui est à droite de Bélissaire et à droite de Théodora si l'on accepte la ressemblance.

J.D. 15 septembre 2016

San Vitale à Ravenne, mosaïque de Justinien et détail de la mosaïque de Théodora
San Vitale à Ravenne, mosaïque de Justinien et détail de la mosaïque de Théodora

San Vitale à Ravenne, mosaïque de Justinien et détail de la mosaïque de Théodora

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 15:00

1-Saint Louis :

*Le futur roi Louis IX naquit le 25 avril 1214. Il est le fils de Blanche de Castille (1188/1252, fille d'Alphonse VIII roi de Castille et d'Aliénor d'Angleterre, et par elle, nièce de Richard Cœur de Lion) et du roi de France Louis VIII (1187/1226). Il est également, par son père, le petit fils de Philippe-Auguste (1165/1223).

*A la mort de son père, le 8 novembre 1226, il devint roi de France et fut couronné à Reims le 29 novembre 1226. Il avait 12 ans. Il régna donc d'abord sous la régence de sa mère jusqu'en 1234.

*Il dut faire face à des révoltes de seigneurs ainsi qu'à la guerre contre l'Angleterre. Cette dernière se termina par le traité de Paris le 28 mai 1258.

Durant son règne, Louis IX parvint à affermir le pouvoir royal, à en agrandir le domaine, à réformer les institutions, à imposer une monnaie unique sur l'ensemble du domaine royal, à créer la Sorbonne, l'hospice des Quinze-Vingts...Sans oublier que son règne correspond à l'époque de la construction des grandes cathédrales françaises.

*Il acheta à Constantinople les instruments de la passion du Christ, d'abord la couronne d'épines puis le reste et c'est pour eux qu'il fit construire la Sainte Chapelle de Paris à partir de 1242.

*Il épousa Marguerite de Provence, fille de Raymond Béranger comte de Provence et de Béatrice de Savoie (voir note N°5 http://jean.delisle.over-blog.com/article-beatrice-de-savoie-55880926.html).

Le mariage fut célébré le 27 mai 1234 en la cathédrale Saint Étienne de Sens (Yonne) par Guillaume de Savoie évêque de Valence et oncle de Marguerite. Elle fut couronnée reine de France dès le lendemain.

*Il participa à la septième croisade puis à la huitième.

*A la septième croisade, Louis IX embarqua d'Aigues-Mortes le 25 août 1248, guerroya en Egypte où il fut fait prisonnier le 7 avril 1250. Sa femme prit le commandement de l'armée et parvint à réunir la rançon demandée par les musulmans. Louis fut libéré et se rendit en terre sainte avec le reste de son armée. Il réorganisa le domaine chrétien au Proche-Orient, faisant particulièrement renforcer les défenses des places fortes. Il embarqua de Saint Jean d'Acre pour la France le 24 avril 1254. Pendant ces 6 années d'absence, en France ce fut Blanche de Castille qui assura encore la régence.

*Pour la huitième croisade, Louis IX partit encore d'Aigues-Mortes en mai 1270, débarqua près de Tunis le 15 juillet 1270, s'empara de la ville de Carthage le 24 juillet 1270 et mourut de maladie (la peste) sur le site de Carthage le 25 août 1270.

Louis IX fut canonisé par l’Église en août 1297.

L'inhumation et la canonisation de Saint Louis mériteraient d'en écrire un gros roman !

Son fils (1245/1285) devint roi de France sous le nom de Philippe III. Il fut en conflit avec son oncle, Charles d'Anjou (1227/1285) qui fut roi de Naples et de Sicile pour l'inhumation de Louis IX, que Philippe voulait ramener en France et Charles en Sicile. Finalement Charles eut les entrailles et le reste du corps fut disséqué et bouilli pour enlever les chairs. Le reste du squelette fut ramené en France via la Sicile et l'Italie. Il arriva à Paris le 21 mai 1271 et fut inhumé à Saint Denis le 22 mai. Plusieurs tombeaux se succédèrent. Le dernier en or de 1298 disparut vers 1420 récupéré et fondu par les Anglais lors de la guerre de Cent Ans. Entre temps, des morceaux d'os de Saint Louis avaient été donnés à de nombreux souverains d'Europe.

Quant à la canonisation, entre le décès de Louis IX en 1270 et la canonisation 27 ans plus tard, 10 papes se succédèrent, chacun voulant reprendre le dossier !

2-Carthage :

Selon les fouilles archéologiques et les datations au carbone 14, la cité de Carthage fut fondée en l'an 814 avant notre ère, par les Phéniciens de la cité de Tyr, c'est-à-dire une soixantaine d'années avant Rome. Voir « Carthage » de Serge Lancel Fayard 1992. Cette date ne correspond pas avec celle issue des légendes (Enéide de Virgile…).

Aujourd'hui la ville est située sur le golfe de Tunis dans la banlieue nord-est de Tunis. A noter que l'antique Utique (ça rime) avait été fondée par les Phéniciens sur le golfe de Tunis à une trentaine de kms au nord de Carthage, mais environ 3 siècles avant Carthage.

Très vite, Carthage devint la principale cité phénicienne en Méditerranée occidentale, tandis que Rome prospérait de l'autre côté de la mer. Inévitablement les 2 cités entrèrent en conflit : ce furent les guerres « puniques » de -264 à -146 date de la destruction de Carthage par les Romains.

Plusieurs notes de ce blog sont déjà consacrées aux guerres puniques et à Carthage, voir spécialement la note N°18 http://jean.delisle.over-blog.com/article-hannibal-1-texte-59402856.html et ses annexes et la note N°224 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/02/la-reine-didon-n-224.html

La reconstruction d'une ville (romaine) sur l'ancien site de Carthage se fit sous le règne d'Auguste (de -27 à +14).

A partir de la christianisation de l'empire romain (édit de Milan en 313), la Tunisie devint un important centre de la chrétienté notamment sous l'influence de Saint Augustin (354/430), un des « pères de l'Eglise » qui fut évêque d'Hippone (Annaba au nord-est de l'Algérie).

Les Vandales s'emparèrent de la ville romaine de Carthage en l'an 439, les Byzantins la reprirent en 534 et les Arabes s'emparèrent de la Tunisie entre les années 647 et 670. Les Ottomans s'imposèrent à partir de 1574 et les Tunisiens s'affranchirent des Ottomans en 1612 sous la direction de Mourad Bey.

Lors d'un congrès tenu à Berlin en 1878, Allemands et Anglais donnèrent leur feu vert à la France pour annexer la Tunisie et ce au détriment du nouveau royaume d'Italie qui avait des visées sur ce pays. L'annexion par la France fut effective en 1881.

Des soulèvements pour l'indépendance commencèrent en 1952. Par accords des 3 juin 1955 et 20 mars 1956, la France concéda l'indépendance à la Tunisie mais en conservant la base de Bizerte (sur la Méditerranée, au nord de la Tunisie) qui fut finalement rétrocédée à la Tunisie le 15 octobre 1963.

3-Saint Louis à Carthage :

3a-la chapelle Saint Louis :

Le 8 août 1830, Hussein II bey de Tunis faisait don au roi de France Charles X du terrain situé à Carthage sur la colline de Byrsa où était décédé Saint Louis.
En fait, Charles X venait d'être renversé par la révolution des 27 au 29 juillet 1830 (les Trois Glorieuses). Louis-Philippe prit le relais. La première pierre d'une chapelle dédiée à Saint Louis fut posée le 25 août 1840. Cette chapelle fut construite sur le modèle de la chapelle royale de Dreux (au nord de l'Eure-et-Loir). Cette chapelle terminée en 1845 fut détruite en 195
0.

3b-la cathédrale Saint Louis :

Sur la même colline de Byrsa et proche de la chapelle, une cathédrale dédiée à Saint Louis fut mise en chantier en 1884, année où le cardinal Charles Lavigerie fut nommée archevêque de Carthage. Cette cathédrale Saint Louis fut consacrée le 15 mai 1890. Lavigerie fondateur de l'ordre des « pères blancs » fit construire en annexes de la cathédrale des locaux pour l'ordre des pères blancs qui y organisèrent un musée Saint louis qui regroupait nombre d'antiquités découvertes dans les parages. L'ensemble fut cédé à la Tunisie en 1964.

Depuis, la cathédrale a été transformée en édifice culturel pour expositions etc et dénommé « Acropolium » en 1993. les locaux des pères blancs sont eux devenus le musée national de carthage.

3c-la statue de Saint Louis :

Une statue de Saint Louis, réplique de celle figurant à Saint Denis fut envoyée à Carthage par le roi Louis-Philippe et fut mise en place le 11 août 1841. Elle figure dans les jardins du musée national de Carthage.

On trouvera en illustration, des représentations de la chapelle en 1888, de la cathédrale et de la statue, empruntées sur le net.

J.D. 8 septembre 2016

chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage
chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage
chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage

chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 06:29

En cherchant tout-à-fait autre chose, je suis tombé sur ce texte de Victor Hugo :


« À Paris, le vandalisme fleurit et prospère sous nos yeux. Le vandalisme est architecte. Le vandalisme se carre et se prélasse. Le vandalisme est fêté, applaudi, encouragé, admiré, caressé, protégé, consulté, subventionné, défrayé, naturalisé. Le vandalisme est entrepreneur de travaux pour le compte du gouvernement. Il s’est installé sournoisement dans le budget, et il le grignote à petit bruit, comme le rat son fromage. Et certes, il gagne bien son argent. Tous les jours il démolit quelque chose du peu qui nous reste de cet admirable vieux Paris. Que sais-je ? le vandalisme a badigeonné Notre-Dame, le vandalisme a retouché les tours du Palais-de-Justice, le vandalisme a rasé Saint-Magloire, le vandalisme a détruit le cloître des Jacobins, le vandalisme a amputé deux flèches sur trois à Saint-Germain-des Près. » — (Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs, 1832.)

Depuis 1825, Victor Hugo se désespérait de voir de nombreux monuments anciens démolis pour récupérer les matériaux, pour faire de la place… sans aucune considération pour le passé et l'Histoire. Il réclamait une loi de protection des monuments. L'intérêt pour la conservation du patrimoine avait commencé dans les dernières années du règne de Louis XVI et les premières années de la Révolution mais il fallut attendre octobre 1830 pour que soit créé un poste d'inspecteur des Monuments Historiques, poste qui fut occupé par Prosper Mérimée à compter du 27 mai 1834. Prosper Mérimée travailla avec Eugène Viollet-le-Duc pour sauver et restaurer un certain nombre de monuments.

C'était un début mais la première loi de véritable sauvegarde du patrimoine ne date que du 31 décembre 1913 ; texte qui n'a cessé d'être complété depuis.

On pourrait bien sûr attribuer les paroles de Victor Hugo sur le vandalisme à bien d'autres objets que la préservation du patrimoine monumental ; chacun en fera bien ce qu'il voudra, pour ce qui me concerne, j'ai recherché le lien entre les Vandales et le vandalisme.

Les Vandales :

Il s'agit d'un peuple d'origine germanique qui participa aux grandes invasions « barbares » de l'empire romain à partir du Ve siècle de notre ère. Les Vandales après avoir traversé la Gaule et l'Espagne s'emparèrent de l'Afrique du Nord, de la Corse, de la Sardaigne. Ils créèrent, de 439 à 534, un royaume vandale dont la capitale fut Carthage.

En 455, partis du port de Saldae (Bougie au temps de l'Algérie française et Béjaia maintenant), les Vandales débarquèrent sur la côte du Latium et ravagèrent Rome durant 15 jours. Rome était un symbole et la ville fut mise à sac à plusieurs reprises au cours de l'Histoire dont :

en -390 par les Gaulois de Brennus, en 410 par les Wisigoths, en 455 par les Vandales, en 546 par les Ostrogoths, en 846 par les Sarrasins, en 1084 par les Normands et en 1527 par les troupes de Charles Quint.

Le 31 août 1794, à la tribune de la Convention, l'abbé Henri Grégoire (1750/1831), député, compara les destructions causées par les Révolutionnaires, au sac de Rome par les Vandales en 455. C'est à cette occasion qu'il utilisa le terme de « vandalisme », dont l'histoire lui a conservé la paternité.

Cet abbé Grégoire, originaire de la Meurthe-et-Moselle, avait été élu à la Constituante en 1789 puis à la Convention en 1792 comme député du Loir-et-Cher. Il se prononça pour l'abolition des privilèges, de la peine de mort, de l'esclavage, participa à la rédaction de la déclaration des droits de l'Homme… Il était en mission en Savoie au moment du vote sur la condamnation à mort de Louis XVI, il n'y participa donc pas.

On trouvera en illustration un tableau du peintre russe Karl Pavlovich Bryullov (ou Briullov) -1799/1852- qui représente le sac de Rome par les Vandales en 455.

J.D. 4 septembre 2016


le sac de Rome en 455

le sac de Rome en 455

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 17:19

Les Lagides constituent la dernière dynastie de souverains qui aient régné sur l’Égypte avant l'annexion de ce pays par les Romains (après la mort de Cléopâtre VII en -30). Ils régnèrent tout de même 3 siècles.

*Lagos : De Lagos qui donna son nom à la dynastie, on ne sait pas grand-chose sinon qu'il était Macédonien et qu'il accompagna Philippe II roi de Macédoine dans ses combats et expéditions pour agrandir son territoire. Ce Philippe fut roi de Macédoine de -359 à -336 date de son assassinat. Il combattit Athènes, Thèbes (la grecque et non l'égyptienne) et bien d'autres et s'empara de toute la Grèce. Philippe II eut 7 épouses dont Olympias mère le 21 juillet -356 d'Alexandre III qui, après ses conquêtes, fut surnommé Alexandre le Grand.

Lagos pour sa part fut marié avec Arsinoé dont il eut, en -367, le futur Ptolémée 1er qui inaugura la dynastie des Lagides sur L'Egypte. Mais Arsinoé avait la réputation d'avoir la jambe légère et un auteur grec du second siècle de notre ère (Pausonias dans « description de la Grèce ») prétend qu'elle fut la maîtresse de Philippe II et que Ptolémée est bâtard de Philippe et par conséquent demi-frère d'Alexandre. Cette thèse a été reprise par de nombreux auteurs mais bien sûr sans preuves. Toujours est-il qu'Arsinoé avait ses entrées à la cour du roi et que Ptolémée fut compagnon d'enfance et de jeux du futur Alexandre.

*Alexandre : A la mort de Philippe II ce fut la lutte pour le pouvoir entre tous les prétendants, et après x assassinats, Alexandre resta maître du terrain. Il fit face à la révolte de cités soumises par son père mais qui voulurent reprendre leur indépendance. Après avoir repris le contrôle de l'ensemble de la Grèce. Il décida la guerre contre l'empire perse.

C'est au début de l'année -334, qu'Alexandre et son armée (32.000 fantassins et 5.000 cavaliers, mais on trouve des chiffres différents selon les auteurs) franchirent l'Hellespont (nom antique des Dardanelles, qui avec la mer de Marmara et le Bosphore séparent la partie européenne de la Turquie -3 % du territoire en superficie- de la partie asiatique -97 % du territoire turc en superficie).

La première rencontre contre l'armée perse eut lieu en mai -334 au nord de l'actuelle Turquie près d'un fleuve nommé « Granique » et qui a donné son nom à la bataille remportée par les Grecs.

Alexandre s 'empara des villes côtières (de l'actuelle Turquie) puis rencontra une seconde fois l'armée perse, cette fois commandée par Darius III, soi-même, au sud-ouest de la Turquie, à Isos, le 1er novembre -333. Une nouvelle fois les Grecs furent vainqueurs malgré la supériorité numérique des troupes perses.

Alexandre poursuivit sa route vers le sud, s'emparant de la Phénicie (Tyr, Gaza…) puis de l'Egypte en -332. Les Grecs furent accueillis en libérateurs par la population égyptienne qui était occupée par les Perses depuis l'an -341.

Alexandre prit le temps de se rendre au temple d'Amon dans l'oasis de Sioua (s 'écrit aussi Siwa ou Siwah), situé au nord-ouest de l'Egypte, pour se faire proclamer descendant d'Amon, ce qui revenait à lui reconnaître le titre de pharaon.

Il lança la construction de la ville d'Alexandrie, laissa un gouverneur grec nommé Cléomène puis repartit vers l'est.

Il rencontra à nouveau Darius et l'armée perse le 1er octobre -331 à Gaugamèles (au nord de l'actuel Irak, à l'est du Tigre, la bataille de Gaugamèles est parfois aussi appelée bataille d'Arbèles, aujourd'hui Erbil dans le Kurdistan, à une centaine de kms de Gaugamèles). Vaincu, Darius dut s'enfuir abandonnant famille, trésor royal…. Il sera assassiné par ses propres soldats en juillet-330 au sud-est de la mer Caspienne.

Alexandre épousa Stateira fille de Darius puis achèva la conquête de la Perse, poursuivit jusqu'en Indes mais dut faire demi-tour, les soldats refusant d'aller plus loin.

De retour à Babylone, Alexandre mourut d'une « maudite fièvre » le 11 juin -323. Il n'avait pas encore 33 ans. Pour une information plus complète sur Alexandre, voir la note N°105 http://jean.delisle.over-blog.com/alexandre-le-grand-n-105

Babylone est située sur l'Euphrate dans l'actuel Irak à une centaine de kms au sud de Bagdad. Elle fut la capitale de Nabuchodonosor (Nabuchodonor 1er roi de Babylone à la fin du XIIe siècle avant notre ère et Nabuchodonosor II roi de Babylone au début du VIe siècle avant notre ère. C'est ce dernier qui est célèbre pour la construction de la tour de Babel, la destruction du temple de Salomon...) , et où l'on pense que furent situés des jardins suspendus (une des sept merveilles du monde antique) …

La mort d'Alexandre entraîna une nouvelle lutte pour le pouvoir entre les demi-frères (d'Alexandre), ses épouses, concubines, généraux… Tout ce petit monde s'entre tua allègrement, même Olympias la mère d'Alexandre fut exécutée en -317. Il faut dire qu'elle en avait, elle-même, fait assassiner pas mal, après la mort de Philippe II puis à la mort d'Alexandre.

Enfin, ses généraux s'entendirent pour se partager son empire. Ptolémée reçut l'Egypte.

*Ptolémée 1er : Il fut de retour en Égypte en -322 et pour s'imposer, fit exécuter Cléomène, le gouverneur qu'Alexandre avait laissé en Égypte.

Alexandrie était en chantier depuis 10 années lorsque Ptolémée revint en Égypte. Il tomba probablement sous le charme de l’Égypte car il se comporta comme un souverain et non comme un conquérant. Il régna jusqu'à sa mort en -283.

En -297 il avait lancé le chantier de la grande bibliothèque d'Alexandrie et vers -290 du phare d'Alexandrie. C'est sous le règne de son fils (Ptolémée II) que se termina le chantier du phare qui fit aussi partie des sept merveilles du monde. Il fut détruit par un tremblement de terre en 1303. Il servit tout de même presque seize siècles. Actuellement, le gouvernement égyptien du maréchal-président Al Sissi semble vouloir le reconstruire à l'identique.

Il fallut 15 années pour construire le phare d'origine et porter sa hauteur à 130 mètres environ. A titre de comparaison, la pyramide de Khéops avait 146 mètres de haut et celle de Khephren 143 mètres. Le phare fut donc en son temps le troisième monument le plus haut au monde, mais on remarque au passage que les 3 plus hauts furent longtemps en Égypte.

Dans sa jeunesse, Ptolémée avait côtoyé Aristote précepteur d'Alexandre. Il profita de l'exil d'Athènes en -307 de Démétrios de Phalère (-360/-282), élève d'Aristote, pour le faire venir à Alexandrie. C'est avec lui qu'il conçut le projet de grande bibliothèque associée à un établissement pouvant accueillir tous les lettrés, artistes.. (le Mouséion). Le résultat fut à la hauteur de l'espérance, Alexandrie devint rapidement un important centre du savoir antique.

En -324, sur le chemin du retour vers Babylone, Alexandre avait organisé des mariages entre ses officiers grecs et des femmes perses. Il avait lui-même prit pour épouse une perse nommée Roxane qui accoucha d'un fils après la mort d'Alexandre. Cette Roxane fit exécuter Stateira première épouse d'Alexandre et fit reconnaître son fils comme Alexandre IV. Mais elle fut elle-même exécutée ainsi que son fils en -310 !

Lors de ces mariages, Ptolémée avait épousé une perse nommée Artacama qu'il répudia en -321 pour épouser Euridice fille d'Antipater, un des généraux d'Alexandre.

Avec Euridice, Ptolémée eut 3 enfants : 2 filles et un fils nommé Ptolémée, surnommé Keraunos (la foudre). Puis il eut très vite une liaison avec une suivante d'Euridice nommée Bérénice, avec qui il eut d'abord, en -316, une fille : Arsinoé puis un fils en-309 : Ptolémée.

Si les ex-généraux d'Alexandre s'étaient entendus pour se partager l'empire, la concorde fut de courte durée et ils se firent la guerre. Voir fiche N°186 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/07/l-egypte-antique-mais-pas-en-toc-n-186.html

Pour sa succession, Ptolémée 1er préféra son second fils né de Bérénice plutôt que celui né d'Euridice. Évincé d’Égypte, Ptolémée Kéraunos tenta de se tailler un royaume en Grèce . Il fut tué lors d'une invasion gauloise (ou à tout le moins celtique) en Grèce en -279.

A l'actif de Ptolémée 1er ajoutons encore :

-l'aide accordée à l'île de Rhodes assiégée en -304 ce qui valut à ce Ptolémée le surnom de Ptolémée Sôter (sauveur).

-le détournement vers l'Egypte, de la dépouille d'Alexandre le Grand que ses proches voulaient acheminer jusqu'en Macédoine. Ptolémée 1er fit exposer le sarcophage contenant Alexandre à Memphis puis son successeur Ptolémée II le fit rapatrier à Alexandrie ou, ultérieurement, plusieurs empereurs romains vinrent le visiter, puis on perd sa trace au fil des siècles. La recherche du tombeau d'Alexandre a fait l'objet de très nombreux écrits. La thèse la plus originale, mais pas forcément la meilleure, est celle émise en 2004 par un historien anglais nommé Andrew Chugg dans « Alexandre le Grand, le tombeau perdu ». Selon cet auteur les Vénitiens se sont trompés en 828, ils ont emmené à Venise la relique d'Alexandre et non celle de Saint Marc !

-Ptolémée 1er fit aussi établir par un prêtre égyptien (Manéthon) la liste des pharaons depuis l'origine. Cette liste a servi de base ensuite à beaucoup d'études. C'est dans cette liste que figure durant la VIIe dynastie (vers 2100 avant notre ère) la mention : « 70 pharaons en 70 jours ». Ce qui signifie que celui qui avait le pouvoir le matin, était déjà dans la barque qui l'emmenait au royaume des morts, le soir !

*Suite : Après Ptolémée 1er, ses descendants se succédèrent sur le trône d’Égypte, tous sous le nom de Ptolémée et ce jusqu'à Ptolémée XII. Ils eurent tous un surnom pour les distinguer. Ptolémée XII fut détrôné par sa fille Bérénice qui prit le pouvoir en -58 et jusqu'en -55. Ptolémée XII demanda l'aide des Romains et récupéra son trône, il fit exécuter sa fille.

La dynastie des Lagides se termina en beauté dans tous les sens du terme avec le règne de Cléopâtre VII (voir fiche N° 121 http://jean.delisle.over-blog.com/cleopatre-et-agrippine-n-121) qui succéda à son père (Ptolémée XII) à partir de -51 et qui fut l'épouse de son frère Ptolémée XIII puis de son autre frère Ptolémée XIV avant de devenir la maîtresse de Jules César puis de Marc Antoine. Un fils de Cléopâtre VII et de César eut le titre de Ptolémée XV et fut appelé Césarion par les Romains. Octave vainqueur d'Antoine et de Cléopâtre fit assassiner Césarion.

Cléopâtre se suicida le 12 août -30, mettant fin à l'histoire pharaonique de l'Egypte commencée plus de 3 millénaires avant. La dynastie des Lagides ou trente-deuxième dynastie en fut l'illumination avant extinction. Ils attirèrent à leur Cour de nombreux savants, lettrés… grâce en partie à l'attrait de la Grande Bibliothèque.

Pour conclure, on peut dire que la dynastie des Lagides porta très haut le rayonnement d'Alexandrie dont elle fit le « phare » du monde méditerranéen.

J.D. 31 août 2016

N.B. on trouvera en illustration une reconstitution du phare d'Alexandrie que j'emprunte à un article du net.

le phare d'Alexandrie
le phare d'Alexandrie

le phare d'Alexandrie

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 17:53

*Amman est la capitale de la Jordanie depuis 1921, qui fut d'abord appelée « Transjordanie ». Il s'agit d'une ville très ancienne, située à une quarantaine de kms à l'est du Jourdain et dont il est fait mention plusieurs fois dans l'Ancien Testament de la bible chrétienne ainsi que dans la bible hébraïque (c'est le même texte).

Dans la bible, la ville est appelée « Rabba des Ammonites ». Il est question de la ville ou des Ammonites dans le Deutéronome (en 2-20 et 37 et en 3-11), dans le livre de Josué (en 13-25), dans le second livre de Samuel (en 12-26… et 20-1 à 3), dans Jérémie (en 49-2), dans le livre des Juges (en 11 et 12)....

Cette ville dans l'antiquité fut aussi appelée Rabbath Ammon, du nom de Ben-Ammi, fils de Lot neveu d'Abraham. Il en est question dans l'Ancien Testament : Genèse (en 19-30 à 38).

*Au troisième siècle avant notre ère, le pharaon lagide (c'est-à-dire descendant du Grec Lagos) Ptolémée II changea le nom de la ville et l'appela « Philadelphia ». Elle conserva ce nom durant 9 siècles environ, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'une tribu de « Ghassanides » (tribu arabe chrétienne avant l'islam) ne l'appelle Amman au sixième siècle de notre ère, en références à ses origines bibliques.

*La ville devint romaine en 106 après Jésus-Christ. Elle conserva donc son nom de Philadelphia durant toute la période romaine.

*C'est en décembre -332 qu'Alexandre-le-Grand fit la conquête de l’Égypte et c'est le 11 juin -323 qu'il mourut à Babylone de retour de son expédition jusqu'à la vallée de l'Indus.

*A la mort d'Alexandre, ses généraux se partagèrent son empire. Ptolémée, officiellement fils de Lagos, récupéra l’Égypte avec d'abord un titre de Satrape, puis de roi en -305. Ce Ptolémée (1er), né vers l'an -368 et mort en -283, fut marié en quatrièmes noces vers -316 avec Bérénice 1ère (rien à voir avec la Bérénice de Racine) qui avait déjà eu 3 enfants d'un premier mariage dont une fille (Antigoné) qui fut l'épouse du célèbre Pyrrhus, ce qui faisait de Bérénice la belle-mère de Pyrrhus.

Avec Ptolémée 1er, Bérénice eut deux enfants : Ptolémée (II) et Arsinoé (II)

*Ptolémée II naquit vers l'an -309 et mourut en -246. Il succéda à son père en -283 et reçut le titre de pharaon. En -289, il épousa Arsinoé 1ère, fille de Lysimaque roi de Macédoine. Avec cette Arsinoé, Ptolémée II eut 3 enfants dont le futur Ptolémée III. Il répudia Arsinoé 1ère en -278 pour épouser sa sœur Arsinoé II. Il en reçut le surnom de Ptolémée Philadelphe (amoureux de sa sœur). C'est probablement la raison pour laquelle il changea le nom de Rabba en « Philadelphia ».

*Lorsque sa sœur mourut vers -268, il la fit diviniser. Il avait déjà fait diviniser ses parents après leur mort.

*Cette Arsinoé II avait été mariée en premières noces avec Lysimaque. Elle fut donc la belle-mère d'Arsinoé Ière et devint sa belle-sœur lorsque cette Arsinoé épousa Ptolémée II.

*Une vingtaine de pharaons de la dynastie lagide se succédèrent à la tête de l’Égypte jusqu'à l'annexion du pays par les Romains après la mort de Cléopâtre VII en -30. Cette dynastie lagide est aussi considérée comme la XXXIIe dynastie égyptienne.

*Aujourd'hui plus personne ne sait que la capitale de la Jordanie fut appelée Philadelphia pendant 9 siècles durant l'Antiquité.

*Pour tout le monde, de « Philadelphia » (Philadelphie) il ne reste que la capitale de la Pennsylvanie.

Mais l'intention étymologique des deux villes est la même. Pour Ptolémée II il s'agissait d'honorer l'amour qu'il avait pour sa sœur ; pour William Penn, il s'agissait de fonder une ville d'amour fraternel. Voir note N°286 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/05/william-penn-n-286.html

J.D. 24 août 2016

ruines romaines de Philadelphia, image du net

ruines romaines de Philadelphia, image du net

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 22:48

A Venise, c'est fin mars 1516 qu'a été prise la décision de regrouper, c'est-à-dire d'isoler, les personnes de confession juive, dans un quartier à part avec des contraintes : interdiction de sortir la nuit etc. Ce quartier fut appelé « Geto » qui devint en français ghetto.

A l'occasion du cinquième centenaire de l'institution du ghetto, une Italienne nommée Donatella Calabi, qui a exercé de 1974 à 2014 comme professeur d'histoire urbaine à l'Université de Venise, a publié un livre dont le titre dans l'édition française (chez Liana Levi) est « Ghetto de Venise 500 ans », imprimé en janvier 2016.

Ce livre est très clair, bien illustré et agréable à lire. Je ne vais pas le reprendre, j'y renvoie les lectrices ou les lecteurs intéressés par le sujet. Je rappellerais seulement que c'est l'arrivée de l'armée de Napoléon Bonaparte en 1797 qui a mis fin à la République de Venise et à l'isolement des Juifs, tout au moins à Venise.

La lecture de ce livre m'a amené une fois de plus à me poser la question suivante : pourquoi constate-t-on une constante à travers les siècles et même les millénaires dans l'hostilité pour ne pas dire la haine d'une grande partie de la population envers les Juifs, et ce un peu partout?

Il y a probablement une multitude d'humains qui se sont posés la même question. Je n'ai pas la prétention d'y répondre mais seulement et modestement d'apporter sur ce sujet quelques éléments de réflexion.

J'ai déjà mis sur ce blog un article sur l'histoire d'Israël, note N°6 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-d-israel-55889409.html.

En complément voici quelques données qu'on ne risque pas de trouver sous la plume ou la voix des journalistes du « politiquement correct », mais pour ce qui me concerne, à 77 ans, le politiquement correct….:

Les trois monothéismes :

On entend souvent, très souvent des journalistes employer l'expression « trois monothéismes » pour rassurer les citoyens car cette expression laisse penser que les racines sont les mêmes pour le judaïsme, le christianisme et l'islam et qu'au fond il n'y a pas beaucoup de différences entre les 3.

Il faut d'abord rappeler que la bible hébraïque a au minimum 7 siècles d'antériorité sur la bible chrétienne, que cette bible chrétienne reprend intégralement la bible hébraïque dans sa partie intitulée « ancien testament » et que la bible chrétienne a elle-même 6 siècles d'antériorité sur le coran.

Le coran pour sa part a pillé la bible hébraïque en déformant tout pour l'adapter aux besoins de Mahomet.

Pour les Musulmans, les religions chrétiennes ne sont pas monothéistes à cause de la croyance en la trinité de Dieu. Dans le coran, les chrétiens sont considérés comme des polythéistes, qualifiés « d'associateurs » et « d'impies » voués aux flammes de l'enfer, appelé « géhenne » dans le coran. Voir spécialement les versets 72 et 73 de la sourate V

Juifs et Chrétiens sont appelés « gens du livre » et traités de singes et de porcs. Voir verset 65 sourate II, verset 60 sourate V, verset 166 sourate VII etc.

Mahomet mets les Juifs et les Chrétiens dans le même sac. Voici le texte du verset 51 sourate V :

« Ô vous qui croyez !

Ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens ;

ils sont amis les uns des autres.

Celui qui, parmi vous, les prend pour amis,

est des leurs.

Dieu ne dirige pas le peuple injuste »

Alors, parler des « 3 religions monothéistes » alors que le coran qualifie à de nombreuses reprises les chrétiens de polythéistes, c'est de l'imposture !

Il suffit de lire le coran et si on veut aller plus loin, la sunna, la loi musulmane et la biographie de Mahomet la plus ancienne qui existe. Le coran, ce serait déjà beaucoup, mais je connais des gens très chrétiens qui ne liront jamais le coran, parce qu'ils se doutent que si ils découvrent toutes les monstruosités qu'il y a dans ce livre, cela remettrait en cause leurs grands principes chrétiens de tolérance, de respect, d'écoute, de charité, d’œcuménisme… et ils ne le veulent pas, ce qui est leurs droits, mais mettre la tête dans le sable pour ne rien voir n'est pas la solution.

Les raisons de la haine :

*Les Hébreux sont les premiers à avoir mis leurs textes religieux par écrits et ils se sont auto-proclamés « peuple élu de Dieu », ce qui n'était pas très malin car cela a provoqué la jalousie des autres. De même lorsque Dieu déclare qu'il leur réserve un territoire allant de la Méditerranée à l'Euphrate. Mais si il y a une catégorie de citoyens qui n'auraient pas dû en prendre ombrage, ce sont bien les chrétiens puisque l'alliance de Dieu avec le peuple hébreux est dans l'ancien testament de toutes les bibles chrétiennes (Genèse, 15, 17 et 21). De même pour le territoire allant jusqu'à l'Euphrate, on le trouve 4 fois dans l'ancien testament : Genèse 15, Exode 23, Les Nombres 34 et le livre de Josué 1. En outre les chrétiens ont accusé les Juifs d'avoir tué Jésus alors qu'il fut condamné par Ponce Pilate procurateur romain de Judée et il fut crucifié par des soldats romains.

*Outre la bible hébraïque (dont les 5 premiers livres constituent la Thora, appelée « Pentateuque » dans l'ancien testament), les Juifs ont le Talmud ou interprétation qui a probablement depuis des siècles développé leur esprit d'analyse alors que dans l'islam à l'inverse toute étude historique, critique, rationnelle est interdite. Le résultat est que les Juifs ont souvent développé une intelligence supérieure à la moyenne. Marx, Freud, Einstein… étaient d'origine juive. Il suffit d'ailleurs de consulter les listes de prix « Nobel ». Mais cela a aussi augmenté la jalousie des autres.

*Durant des siècles, l’Église catholique a interdit les métiers de l'argent qui ont été exercés par des Juifs, ce qui n'a pas arrangé leur image.

Mais au-delà de ce qui peut constituer un fond diffus de causes, il faut ajouter la haine particulière contre les Juifs de Mahomet et de Luther.

Mahomet : a passé les dix dernières années de sa vie (de 622 à 632, la période de Médine) à faire la guerre. Il a personnellement participé à 27 batailles dont la liste est fournie dans la biographie la plus ancienne qui existe sur Mahomet, celle d'Ibn 'Ishâq (érudit arabe mort en l'an 768). Comme il avait la haine des Juifs il en a fait exterminer un maximum : les hommes étant décapités par centaines, les femmes faisaient partie du butin réparti entre les combattants musulmans. Si le coran se contente de présenter les Juifs sous un jour très négatif, la sunna appelle ouvertement les musulmans à les tuer ! Mahomet n'a fait qu'amplifier une ancienne tradition puisque au premier siècle de notre ère, Flavius Josèphe parle déjà de la haine des Arabes envers les Juifs (dans « Guerre des Juifs » livres 4 et 5) ! Ignorer tout cela, c'est se condamner à ne rien comprendre à ce qui se passe au Proche-Orient.

Luther : Plus de 8 siècles après Mahomet, Luther (1483/1546) a eut lui aussi la haine des Juifs et si il ne les a pas fait décapiter, il a publié 3 pamphlets particulièrement virulents contre les Juifs. Ce que les nazis 4 siècles plus tard ont exploité au maximum dans une Prusse majoritairement protestante !

En 1944, dans un essais intitulé « sur une philosophie de l'expression », Albert Camus a écrit : « Mal nommer un objet c'est ajouter au malheur du monde »

Cela est souvent repris sous la forme : « mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde ».

Si la citation n'est pas tout à fait exacte, l'idée est la même.

Refuser de considérer le caractère guerrier et antisémite de Mahomet et des textes fondateurs de l'islam, c'est ajouter au malheur du monde !

J.D. 20 août 2016

une entrée du ghetto, image du net (Claudie)

une entrée du ghetto, image du net (Claudie)

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 10:21

*L'histoire de Rome commence par le règne de sept rois dont le premier fut Romulus. Cette période de la royauté romaine s'étend de l'an 753 avant notre ère à l'an -509, date à laquelle le peuple de Rome chassa le dernier roi (Tarquin le Superbe) parce que son fils avait violé Lucrèce, une citoyenne romaine.

*Sur cette période, on a un ensemble de textes mais qui ont été écrits au minimum 5 siècles après les faits. Le résultat est qu'on ne sait pas bien démêler ce qui appartient à l'Histoire et ce qui ressort de la légende.

De mon point de vue, légendaire ou réelle, la fondation de Rome et ses rois appartiennent à l'Histoire de la Rome antique, comme la guerre de Troie appartient à l'Histoire de la Grèce, ou comme Abraham et Moïse appartiennent à l'Histoire des Hébreux c'est-à-dire à Israël etc.

*Après la royauté, dans la Rome antique, il y eut la République de -509 à -27, une République qui fit la conquête du monde méditerranéen. Cette République fut proclamée un an avant la Démocratie à Athènes.

Autre temps, autres mœurs, dans la République romaine, seuls les hommes libres participaient aux votes, ce qui excluait les esclaves, les femmes… mais enfin pour l'époque ce fut un modèle.

*Cette République prit fin après 482 années de « bons et loyaux services » lorsqu'en -27, le Sénat de Rome décerna à Octave (vainqueur d'Antoine et Cléopâtre) tous les titres et lui délégua tous les pouvoirs. Parmi les titres, il y eut celui « d'Auguste » qui devint son nom. Tous les historiens considèrent qu'alors, de fait, la République n'existait plus, l'empire commençait et avec lui une période où des êtres humains eurent un pouvoir absolu y compris le droit de vie et de mort sur leurs semblables. Il y eut bien d'autres pays ou civilisations où cela se produisit, mais Rome est plus proche de nous, à la fois géographiquement et culturellement.

*En fait dans les derniers temps de la République, les grands capitaines avaient déjà pris beaucoup de pouvoir : Marius, Sylla, Pompée, César… et c'est parce que ses ennemis le soupçonnaient de vouloir devenir roi, qu'ils assassinèrent Jules César (le 15 mars de l'an 44 avant notre ère). On attribue à Brutus, un des assassins de César la phrase : « Sic semper tyrannis » qui a été reprise comme devise sur le drapeau de l’État de Virginie aux Etats-Unis. La traduction littérale étant : « toujours pareil pour les tyrans », c'est-à-dire la mort.

En quelque sorte, l'avènement de l'empire et le pouvoir absolu des empereurs étaient la suite logique ou inévitable des dérives de la République.

Sur les premiers siècles de l'empire romain, on a aussi beaucoup de textes qui ont l'avantage d'avoir été écrits par des contemporains des événements. On peut évidemment toujours soupçonner n'importe quel auteur de parti pris et de manquer d'objectivité….

*Parmi les auteurs anciens qui ont écrit sur les conséquences du pouvoir absolu il faut citer particulièrement Suétone et Tacite.

Suétone :

On sait peu de choses sur la vie de Suétone lui-même. Par recoupements les historiens pensent qu'il est né vers l'an 70 au premier siècle de notre ère, peut-être à Rome. Pour son décès 3 dates sont avancées : 122, 130 et même 160.

Issu d'une famille appartenant à l'ordre équestre (noblesse romaine), il devint secrétaire de l'empereur Hadrien vers l'an 113, ce qui lui donna accès aux archives impériales.

Suétone écrivit beaucoup sur des sujets très divers, mais malheureusement la majorité de ses textes ne nous sont pas parvenus. Seuls, subsistent :

*très partiellement un ouvrage sur les Hommes illustres publié vers l'an 113 et qui comprenait 5 parties consacrées aux poètes, aux orateurs, aux historiens, aux philosophes et aux grammairiens et rhéteurs (ceux qui enseignaient l'éloquence)

*en entier : « vies des douze Césars » publiées vers l'an 120. Cet ouvrage concerne : -d'abord Jules César que beaucoup de gens prennent pour un empereur alors que l'on peut considérer que ses exploits constituent l'apothéose de l'histoire de la République romaine.

-puis Octave-Auguste, que l'on peut classer parmi les bons empereurs, de – 27 à +14.

-une série d'empereurs-monstres : Tibère, Caligula, Claude, Néron qui fut contraint de se suicider en 68. Julius Vindex qui commandait les légions romaines de la Gaule lyonnaise avait déclenché, au printemps 68, la révolte contre la bête-Néron. Julius Vindex fut tué mais Néron disparut. Dans la galerie de portraits de cette période, il ne faut pas oublier les femmes comme Messaline (voir la fiche N°103 http://jean.delisle.over-blog.com/article-messaline-et-theodora-n-103-116877402.html) ou Agrippine qui d'après les auteurs anciens eut des relations sexuelles avec son frère l'empereur Caligula, avec son oncle l'empereur Claude et avec son fils l'empereur Néron ! Voir fiche N° 121 (http://jean.delisle.over-blog.com/cleopatre-et-agrippine-n-121)

Il n'est pas surprenant que Juvénal (vers l'an 50/vers l'an 127) prétende dans les « Satires » que les vices de tous les humains qui se succéderont sur la terre ne pourront dépasser les vices des Romains de son temps.

-Après la mort de Néron, il y eut ce que les historiens ont appelé « l'année des 4 empereurs » (Galba, Othon, Vitellius, Vespasien). Chaque légion voulut imposer « son » empereur et il y eut la guerre entre les différentes légions avec d'abominables massacres.

-le règne de Vespasien et de son fils Titus de 69 à 81 fut un intermède heureux.

-puis il y eut le règne de Domitien de 81 à 96 qui renoua avec les pratiques des empereurs montres

-De 96, mort de Domitien à 180 il y eut une succession de « bons empereurs », période la plus heureuse de l'histoire romaine avec Nerva (de 96 à 98), Trajan (de 98 à 117), Hadrien (de117 à 138), Antonin-le-Pieux (de 138 à 161) et Marc Aurèle (de 161 à 180).

*ensuite, il y eut de tout : des bons et des mauvais comme Caracalla (empereur de 211 à 217) digne des Tibère, Caligula… Comme quoi, les humains comptent plus que les Institutions qu'ils font vivre.

Tacite :

Tacite naquit vers l'an 55 et mourut vers l'an 119. Il est, lui aussi, issu d'une famille de l'ordre équestre. Il se destina d'abord à une carrière d'avocat puis obliqua vers une carrière politique commencée sous Vespasien, poursuivie sous Titus puis Domitien. Il remplit différentes charges : questeur, prêteur, tribun...

Il publia également plusieurs ouvrages dont :

-la vie d'Agricola en 98

-la Germanie en 99 : description des différents peuples de Germanie et de leurs mœurs

-les « Histoires » vers 109 et les « Annales » vers 110. Les Annales décrivent l'histoire de Rome de l'an 14 (mort d'Auguste) à 68 (mort de Néron) tandis que les Histoires, pourtant écrites avant, vont de la mort de Néron à la mort de Domitien en 96.

Le texte de Tacite recoupe donc et complète celui de Suétone.

*En 77 Tacite avait épousé la fille de Julius Agricola un des grands généraux de l'histoire romaine. Cet Agricola avait achevé la conquête de la Bretagne (nom qui à l'époque désignait la Grande-Bretagne d'aujourd'hui). Il y acquit une grande renommée. Il mourut le 23 août 93 à Rome. Circula alors la thèse selon laquelle l'empereur Domitien aurait pris ombrage de la popularité d'Agricola et l'aurait fait empoisonner.

*C'est en 98 que Tacite publia la vie d'Agricola , soit 2 ans après la mort de Domitien. Probablement troublé par la mort de son beau-père qu'il admirait, il s'interrogea sur la responsabilité de tous, y compris la sienne, d'avoir accepté la tyrannie. Voici son texte (dans "Vie d'Agricola") :

« Nous lisons que, lorsque Arulenus Rusticus prononça l'éloge de Paestus Thrasea, et Herennius Senecio celui D'Helvetius Priscus, cela leur coûta la vie ; et que l'on ne se contenta pas des auteurs, on se déchaîna même contre leurs livres : les triumvirs (chargés des exécutions) furent chargés de brûler sur le comitium (lieu de rassemblement du peuple sur le forum) , en plein forum, les œuvres laissées par ces illustres génies. On croyait sans doute par ce feu, étouffer la voix du peuple romain, la liberté du sénat, la conscience du genre humain – et, en outre, on avait chassé ceux qui enseignaient la philosophie (en 84), condamné à l'exil toutes les activités honorables, afin que le bien ne se rencontrât plus nulle part. Nous avons donné, en vérité, un admirable exemple de résignation. L'ancien temps avait vu jusqu'où pouvait aller la liberté, mais nous avons vu, nous, jusqu'où peut aller la servitude, quand les espions nous confisquaient jusqu'à la possibilité d'échanger des paroles. Nous aurions même perdu la mémoire avec la voix, s'il était autant en notre pouvoir d'oublier que de nous taire.

Maintenant seulement la vie revient. Mais bien que, dès la naissance de ce siècle bienheureux, Nerva ait allié deux notions autrefois inconciliables, le principat (c'est-à-dire l'empire) et la liberté, bien que Nerva Trajan (Trajan avait été adopté par Nerva) augmente chaque jour le bonheur des temps, bien que la tranquillité générale ne soit plus seulement un espoir et un vœu, et que nous puissions désormais compter fermement sur l'accomplissement de ce vœu, cependant la faiblesse de la nature humaine fait que les remèdes sont plus lents à agir que les maux. Les corps mettent longtemps à grandir, mais on a tôt fait de leur ôter la vie. Il en va de même des esprits et des études : il est plus facile de les étouffer que de les ranimer. L'oisiveté a en elle-même une douceur sournoise et l'inaction, d'abord détestée, finit par être aimée. Alors, que dire de nous ? Pendant quinze années, durée considérable dans la vie d'un mortel, beaucoup sont morts du fait d'accidents fortuits, les plus énergiques, victimes de la cruauté du prince (il s'agit de Domitien), et nous restons un petit nombre à survivre, non seulement aux autres, mais encore, peut-on dire, à nous-mêmes, car tant d'années ont été arrachées du milieu de notre vie, pendant lesquelles nous sommes parvenus, jeunes, à la vieillesse, vieillards, presque au terme ultime de l'existence, en traversant le silence….. »

Ce texte de Tacite mérite d'être médité. Il met en cause la responsabilité des majorités silencieuses qui ne commettent aucun forfait mais laissent faire les autres.

Cela ne concerne pas que les dictatures. Dans une démocratie, élire un président prétentieux, menteur et incompétent n'est guère plus glorieux que de laisser un dictateur arriver au pouvoir.

J.D. 18 août 2016

drapeau de l'Etat de Virginie

drapeau de l'Etat de Virginie

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 18:28

Montmayeur est le nom d'une des grandes familles de Savoie.

Les traces les plus anciennes de cette famille remontent au XIIe siècle

Au XIVe siècle, ils sont intitulés « seigneurs de Villar-Sallet et Moutier » selon l'orthographe de l'époque. En fait ils ont autorité sur une zone assez grande comprenant principalement la Tarentaise, la vallée de l'Isère (partie savoyarde), la vallée du Gelon et les Bauges.

Ils ont le titre de « seigneurs de Montmayeur » au début du XVe siècle puis reçoivent le titre de comtes en 1449, alors que les comtes de Savoie sont devenus ducs en 1416.

Jusqu'à la disparition des différentes branches de la famille, au dix-septième siècle, ils furent vassaux de la Maison de Savoie, participant aux côtés des comtes puis des ducs de Savoie à leurs croisades, guerres... et fournirent à la Savoie de nombreux conseillers et plusieurs « maréchaux de Savoie ».

Aujourd'hui, il reste deux principaux témoignages de cette famille : à Villard Sallet, dans la vallée du Gelon (canton de La Rochette) et à Aime en Tarentaise.

Villard Sallet : Sur cette commune a été construit au douzième siècle un « château de Montmayeur » qui fut ravagé en 1597 par les troupes dauphinoises de Lesdiguières qui devint duc par la grâce de Louis XIII en 1611.

De ce château, aujourd'hui, il reste le donjon carré de 19,60 mètres de haut et de 7,60 mètres de côté ainsi qu'une tour. Donjon et tour ont été classés par les Monuments Historiques le 19 septembre 1989. Voici ce que l'on peut lire à leur sujet dans le dictionnaire du duché de Savoie daté de 1840 :

*à Montmayeur : « Ancien château situé sur une colline qui domine la vallée des Molettes, de Saint-Pierre de Soucy et de Sainte-Hélène du Lac à l'ouest et celle de La Rochette à l'est. Il ne reste de ce château, berceau de la plus illustre et la plus puissante maison de la Savoie, que deux vieilles tours noircies et élancées qui se dessinent sur les Alpes. C'était une branche de celle de Miolans (il s'agit de la famille de Miolans). Le drame qui fit raser leur château au commencement du XVe siècle n'est pas de notre ressort. Sur la sommité de la commune de Montmayeur, on voit les traces d'une voie romaine assez bien conservée ».

*à Villard-Sallet (écrit aussi Villarsallet dans le document de 1840) : « ...Située sur la rive gauche du Gelon, au revers oriental de la colline de Montmayeur...On y voit un vieux château qu'ont habité les comtes de Savoie. »

Les visites sont libres toute l'année

Aime : Il reste une tour carrée du quatorzième siècle appelée « tour de Montmayeur » de 19,30 mètres de haut et de 9,55 mètres de côté qui était entourée d'une enceinte, qui, elle, a disparu. Cette tour a été classée par les Monuments Historiques le 21 août 1983. Voici ce que l'on peut lire sur le dictionnaire du duché de Savoie de 1840 :

« C'est le Forum Claudi des Romains et il fut la capitale d'une de leurs provinces, comme on le voit par des inscriptions conservées. Il était jadis clos de murs ; on y voit encore des portes, des restes de fortifications, de souterrains et de tours. »

Aujourd'hui, la tour appartient à la commune d'Aime, qui l'a transformée en musée : *au sous-sol, le vin en Savoie au Moyen-Age,

*au rez-de-chaussée, niveau qui servait de salle de justice, reconstitution d'une scène d'époque médiévale,

*sur les 3 premiers étages : données sur les constructions en Tarentaise en fonction de l'altitude

*au dernier niveau : documents sur l'histoire de la Savoie et de la famille Montmayeur, avec une terrasse d'où l'on a une vue superbe sur l'environnement d'Aime.

Les expositions présentées sont de qualité mais l'entrée est payante avec un tarif modeste

J.D. 16 août 2016

tour Montmayeur à Aime (Savoie), photo J.D. 11 août 2016

tour Montmayeur à Aime (Savoie), photo J.D. 11 août 2016

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 16:40

La tradition chrétienne reconnaît 3 archanges : Gabriel, Michel et Raphaël.

Michel est probablement le plus populaire. Lorsque l'Europe a commencé à se christianiser dans les premiers siècles de notre ère, les cultes à Saint Michel ont souvent remplacer les cultes à Jupiter et comme eux, se retrouvent de manière fréquente sur des monts, des hauteurs ou sommets.

*En ce qui concerne les églises dédiées à Saint Michel, il n'y a donc rien de surprenant si elles se retrouvent souvent sur des hauteurs comme celle du « Mont Saint Michel » à la limite entre Bretagne et Normandie, la plus connue, jusqu'à celle de « Monte Sant' Angelo » dans le massif du Gargano en Italie, située à 800 mètres d'altitude et qui surplombe la mer Adriatique, en passant par la « Sacra di San Michele » (appelée en France Saint Michel de la Cluse), sur le Mont Pirchiriano, à l'ouest de Turin qui domine le débouché de la vallée de Suse à 960 mètres d'altitude.

*Sur ces trois sites, il existe une abondante littérature qui prétend qu'ils sont alignés et qu'en prolongeant la ligne Mont Saint Michel France, Sacra di San Michele, et Monte Sant' Angelo, on aboutit à Jérusalem. Je n'ai pas vérifié.

Le culte à Saint Michel est aussi très important dans le monde orthodoxe, voir la cathédrale de l'archange Saint Michel à Moscou.

*L'archange Saint Michel est souvent représenté terrassant le démon ou le dragon symbolisant le démon. Les statues consacrées à Saint Michel sont elles aussi fréquemment situées sur des sommets : sommet de l'abbaye du Mont Saint Michel, sommet du chevet de la cathédrale de Chartres, sommet de l'hôtel de ville de Bruxelles (Saint Michel est d'ailleurs le Saint Patron de Bruxelles, enfin...encore!), sommet de Notre-Dame de Fourvières à Lyon, sommet du mausolée consacré à Hadrien à Rome et qui a, du coup, pris le nom de Château Saint Ange (Castel Sant' Angelo) etc etc

*En Savoie le culte à Saint Michel est rendu dans le nom d'une ville (Saint Michel de Maurienne), d'une pointe à 3252 mètres d'altitude en Maurienne, d'un col (col Saint Michel qui franchit la chaîne de l'Epine) et dans le nom d'un mont sans compter les paroisses dédiées à Saint Michel comme aux Déserts (voir note N° 299 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/06/les-deserts-savoie-n-299.html).

*Le col Saint Michel doit vraisemblablement son nom au fait qu'il y avait au sommet de ce col un culte à Jupiter. Voir « Le col Saint Michel vrai passage des Romains à travers la Montagne d'Aiguebelette » du Commandant de Bissy, édité en 1921 aux Imprimeries réunies à Chambéry.

*Le Mont Saint Michel quant à lui est situé dans la pointe sud du massif des Bauges et culmine à 895 mètres d'altitude. Une chapelle Saint Michel surplombe la cluse de Chambéry dans sa partie sud au dessus de Challes-les-Eaux. Elle est située sur le territoire de la commune de Curienne et a été construite en 1879 à l'initiative du curé de Curienne nommé Bassat. Elle a été restaurée pour son centenaire en 1979. De sa plate-forme arrière la vue est magnifique sur l'agglomération de Chambéry et son environnement de montagnes.

*Quelques mètres plus bas en altitude et quelques dizaines de mètres en distance (en direction de Curienne) une autre chapelle dédiée à Saint Michel, l'avait précédée.

On ne sait pas grand-chose sur cette chapelle primitive ou ces chapelles primitives. Un rapport pastoral daté de 1829 parle d'un bâtiment délabré mais signale à l'intérieur un tableau représentant Saint Michel. Ce qu'il restait de cette chapelle s' est effondré en 1918.

*Compte tenu du lieu, du culte et par analogie avec d'autres sites, on peut penser qu'il y eut primitivement à cet emplacement un culte à Jupiter qui fut remplacé lors de la christianisation par un culte à Saint Michel. Pour parvenir jusqu'en 1918, on peut supposer que plusieurs bâtiments se sont succédés ou ont été réparés x fois. Sur le site, des pierres permettent encore de deviner le périmètre de cette ancienne chapelle.

J.D. 8 août 2016

l'archange Saint Michel au sommet de l'hôtel de ville de Bruxelles, au sommet du castel Sant'Angelo à Rome et chapelle sur le mont Saint Michel Savoie
l'archange Saint Michel au sommet de l'hôtel de ville de Bruxelles, au sommet du castel Sant'Angelo à Rome et chapelle sur le mont Saint Michel Savoie
l'archange Saint Michel au sommet de l'hôtel de ville de Bruxelles, au sommet du castel Sant'Angelo à Rome et chapelle sur le mont Saint Michel Savoie

l'archange Saint Michel au sommet de l'hôtel de ville de Bruxelles, au sommet du castel Sant'Angelo à Rome et chapelle sur le mont Saint Michel Savoie

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