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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:03

Dans une boutique, j'ai trouvé une carte postale publiée par les éditions « Editor » et représentant « la journée de l'élégance à bicyclette » à Paris en juin 1942. Voir la photo en illustration qui montre 3 « élégantes » (on suppose les lauréates du concours).

Chacun est libre des pensées que cela peut lui inspirer. Mais ce qui peut poser problème c'est bien sûr le double contexte :

*celui de juin 1942

*celui de 2014 avec la sortie du livre d'Eric Zemmour : « le suicide français » chez Albin Michel en octobre 2014. Livre qui rappelle (page 70) une contrepèterie datant de l'occupation : « La Française conservera toujours son cœur au vaincu ». (cruel retour sur le passé !)

Voici un petit rappel du contexte de juin 1942 :

En France :

Les Allemands occupent, dans un premier temps, la moitié de la France depuis 2 années c'est-à-dire depuis la débâcle. C'est la seconde fois dans notre histoire que la Loire sert de ligne de démarcation (voir fiche N° 109 http://jean.delisle.over-blog.com/la-guerre-de-cent-ans-n-109), entre une France occupée au nord et une France libre au sud. A Vichy, Pétain est chef de l'Etat français (voir fiche N° 174 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/05/petain-de-gaulle-mitterrand-n-174.html), en 1942 il avait 86 ans, Pierre Laval est le chef du gouvernement et François Mitterrand est encore un collaborateur zélé du régime de Vichy. Le 16 juin 1942, Pierre Laval avait déclaré : « je souhaite la victoire de l'Allemagne ». Pendant les années d'occupation, des Français firent de la Résistance, d'autres de la collaboration, certains passèrent de la collaboration à la résistance quand le vent tourna pour les Allemands, enfin la majorité, probablement, chercha surtout à résoudre ses problèmes quotidiens (rationnement etc) et à survivre en attendant des jours meilleurs. Cette carte postale, néanmoins, nous rappelle que tous les Français ne vécurent pas l'occupation de la même façon.

En Europe :

Au Kremlin, c'est dans la nuit du 23 au 24 août 1939 qu'avaient été signés les deux « pactes germano-soviétiques » (le pacte des assassins selon Max Gallo) qui furent les premiers responsables du déclenchement de la seconde guerre mondiale.

A l'occasion de cérémonies commémoratives de la seconde guerre mondiale (armistice, débarquement...) j'entends souvent des commentateurs aux infos présenter Staline comme le principal acteur de la défaite de l'Allemagne nazie. Pour mon goût ils oublient trop vite :

*l'alliance Hitler/Staline d'août 1939

*que Staline profita de son alliance avec Hitler pour envahir la moitié de la Pologne, les 3 pays baltes, la Finlande. Pendant le même temps son allié Hitler avait envahi l'autre moitié de la Pologne (à compter du 1er septembre 39), le Danemark et la Norvège (à compter du 10 avril 1940), la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et la France (à compter du 10 mai 1940), la Grèce et la Yougoslavie (en avril 1941). Rien que cela !

*que ce n'est pas Staline qui décida de changer de camp mais Hitler qui ordonna l'invasion de l'Union Soviétique le 22 juin 1941 et jeta ainsi Staline dans les bras des Alliés alors que très probablement Staline ne demandait qu'à poursuivre le partage de l'Europe avec son allié Hitler !

En juin 1942, au moment du concours d'élégance, les Allemands ont enfoncé l'armée Rouge. La bataille de Stalingrad et le début des revers allemands ne commenceront qu'en septembre 1942. La rafle du Vel' d'Hiv n'eut lieu que les 16 et 17 juillet 1942, le débarquement américain en Afrique du Nord que le 8 novembre 1942.

Qui pouvait en juin 1942 prévoir la défaite allemande ?

Dans le reste du monde :

Au début de la seconde guerre mondiale l'opinion publique américaine est majoritairement hostile à l'entrée en guerre des Etats-Unis. Ni les invasions successives des complices Hitler/Staline de 1939, 1940 et 1941 ne changèrent l'opinion américaine.

Il fallut que le Japon attaque la base américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 et que cela soit suffisamment médiatisé aux U.S.A. pour que l'opinion se renverse, que les Etats-Unis entrent en guerre et que cela change le cours des événements.

A Pearl Harbor, les Etats-Unis eurent 2.403 tués, 1.178 blessés et perdirent 4 navires de ligne, 3 croiseurs, 3 destroyers et 188 avions. En décembre 1941 Japon et Etats-Unis n'étaient pas en guerre, cette attaque surprise fut un événement suffisamment massif et horrible pour que l'opinion américaine accepte la guerre. On peut comprendre l'intérêt des politiques, des militaires et des industriels américains de l'armement. Mais pourquoi les Japonais allèrent-ils attaquer les Américains dans une base située à 5.500 kms du Japon ?

Les Japonais étaient alors en guerre contre la Chine. Cette guerre avait commencé le 18 septembre 1931, s'était interrompue et avait repris le 7 juillet 1937. Elle ne s'arrêta qu'avec la reddition du Japon signée le 2 septembre 1945 sur le pont de l'USS Missouri dans la baie de Tokyo. La Chine prit part à la signature.

Dans sa guerre contre la Chine, l'armée japonaise eut 1.100.000 tués tandis que les Chinois eurent 12 millions de morts (civils et militaires) en estimation basse.

En dehors de tout jugement moral, on peut comprendre une guerre du Japon contre la Chine, il y en eut aussi contre la Russie. C'étaient des pays proches qui pouvaient permettre une extension territoriale pour le Japon.

On peut toujours trouver des arguments à tout, mais rationnellement j'avoue que je ne trouve pas de raisons plausibles pour expliquer cette attaque des Etats-Unis par le Japon.

J.D. 28 novembre 2014

journée de l'élégance à bicyclette en juin 1942 à Paris, carte publiée par les éditions Editor

journée de l'élégance à bicyclette en juin 1942 à Paris, carte publiée par les éditions Editor

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 08:49

Le 26 mars 1925, Jean Herbette, ambassadeur de France à Moscou, adressait à Aristide Briand un rapport confidentiel sur la situation de la Russie 7 années après la révolution qui mit fin au règne des tsars.

Témoignage rare sur la situation de la Russie et des Russes à cette époque, texte pertinent, sans concession, prémonitoire.

Ce rapport fut retrouvé par Georges Suarez dans les archives de Briand et publié en 1952 dans le tome VI de « Briand », chapitre I. Voici ce rapport :

« Les journaux m'ont permis de suivre, mais de bien loin, la tâche singulièrement difficile que vous avez accomplie à Genève (à la Société des Nations). J'aurais quelque chose à vous raconter dans un instant, comme au représentant de la France dans le Conseil de la Société des Nations. Mais auparavant, il faut que je vous dise un peu ce que j'observe ici. Sans quoi, ma lettre ne serait pas seulement confidentielle : elle serait aussi inintelligible, ce qui paraîtrait assurément exagéré.

Pour avoir vécu deux mois et demi à Moscou, je n'ai pas la prétention de connaître à fond la Russie nouvelle. Mais il me semble apercevoir ceci :

Les pays qui formaient l'ancienne Russie et que Moscou gouverne actuellement ressemblent à une immense forêt sur laquelle un terrible orage aurait passé. Les arbres découronnés, couronne n'étant pas toujours synonyme de tête. Des branches vivantes ont été cassées comme le bois mort. Tous les troncs frêles ou pourris ont été brisés. De loin, pendant des années, cette forêt dévastée a produit l'effet d'un cimetière.

Mais vous rappelez-vous, monsieur le Président, nos petits cimetières de campagne au printemps le long de la Loire ? La nature y reprend son éternelle jeunesse, et la vie triomphe de la mort. La forêt russe reprend de même. Partout des pousses nouvelles crèvent l'écorce des générations décapitées. Les rues de Moscou grouillent d'enfants. Je les regarde jouer dans la neige , ou bien au bord des ruisseaux que la glace laisse couler maintenant en fondant sous le ciel bleu. Ils sont vigoureux. Ils parlent fort. Le dimanche, on les fait défiler par troupes, en chantant, derrière des drapeaux rouges qui sont ici le symbole du gouvernement et non plus de l'émeute, le symbole de l'ordre et de la discipline rigoureuse et exubérante à la fois. Ces enfants-là n'ont jamais connu le tsar. Ils se voient gouvernés par des hommes de vingt-cinq ou de trente ans, qui étaient des gamins eux-mêmes quand la guerre a éclaté en 1914. Un peuple nouveau et dru commence à lever, comme les blés en avril – des blés pleins de coquelicots.

Ce peuple, il lui faudra sa place au soleil. On parle d'impérialisme bolcheviste ? Quelle absurdité ! Nous sommes devant une poussée irrésistible de la nature, et c'est sous un gouvernement internationaliste que cette poussée a encore le plus de chances de se frayer pacifiquement son chemin.

C'est facile à comprendre. Vous qui avez étudié ces questions sociales bien avant moi et bien plus profondément que moi, monsieur le Président, vous le devinez avant que j'aie le temps de l'écrire : le régime actuel de la Russie n'est point - ses chefs eux-mêmes le disent à qui veut l'entendre – la réalisation du communisme ; il n'est point la formule définitive que ses promoteurs rêveraient d'étendre à toute la terre ; il est, eux-mêmes le proclament, une forme de transition qui, comportant le capitalisme d’État et non pas la suppression du capital, la lutte contre les difficultés primitives et non pas le perfectionnement illimité de la production, le renforcement de l'autorité publique et non pas son évanouissement dans le bien-être général, ne constitue encore, aux yeux mêmes de ceux qui dirigent l'expérience, qu'une laborieuse étape vers un idéal lointain.

Alors, tout naturellement, les dirigeants de ce régime ont dû se partager les besognes. Certains d'entre eux continuèrent à ne préparer que la Révolution universelle. Ils prêchent aux autres nations la doctrine de la troisième Internationale. Mais leurs camarades, pendant ce temps, ont à administrer un pays de quelque 120 millions d'âmes. Administrer, au nom de quelque idéal qu'on s'y emploie, c'est un travail qui exige toujours une adaptation aux réalités. Administrer une région déterminée du globe, sous quelque drapeau que ce soit, c'est une opération qui est toujours conditionnée par les mêmes nécessités géographiques, climatiques, économiques et militaires. Ainsi se fait immanquablement la différenciation des fonctions amenant la différenciation des organes -une distinction entre la troisième Internationale et le gouvernement soviétique. Le gouvernement ne peut pas se lancer dans des aventures folles pour faire du prosélytisme à l'étranger. L'Internationale elle-même n'y aurait pas intérêt. Mais le gouvernement lui-même, attelé qu'il est à la formidable tâche de reconstituer cet immense pays, se souvient volontiers que sa doctrine politique est internationale, parce qu'une doctrine internationale permet de résoudre des problèmes intérieurs (autonomie des minorités allogènes) et d'ajourner des problèmes extérieurs (revendications territoriales contre des États voisins). Si bien que le régime bolcheviste, loin de surexciter un impérialisme forcené, est probablement le seul régime russe qui puisse, à l'heure actuelle, être assez fort pour éviter la guerre civile et en même temps assez patient pour éviter la guerre européenne.

Pour changer de régime, il faudrait passer par une nouvelle période de crises, avec massacres et dévastations. Le pays n'en veut pas. La forêt qui repousse ne veut pas être saccagée une fois de plus. Je ne dis pas que les arbres, entre eux, ne gémissent pas sur la dureté des temps. Les impôts sont lourds. Les marchandises sont chères. La dernière récolte n'a pas été abondante. On craint que la prochaine ne soit encore plus médiocre. Les grandes entreprises d’État sont onéreuses. On manque d'outillage, de crédit, de fonds de roulement. Mais qu'est-ce tout cela auprès de ce qu'on a traversé victorieusement ? Et après quelle révolution les chances des contre-révolutionnaires, si grandes qu'elles aient été, n'ont-elles pas été trop petites pour compenser leurs maladresses ?

Mais admettez, monsieur le Président, que l'on regarde le régime actuel comme un simple accident passager. Admettez qu'on croie déjà discerner – cela se voit apparemment mieux de loin que de près – la forme du régime qui lui succédera. En quoi ce changement supprimerait-il le problème essentiel : le problème qui consiste à savoir comment ce peuple, qui renaît en masse, qui occupe un territoire quasiment inaccessible, qui longe toute la hauteur du continent européen, qui borde toute l'Asie en fermentation, qui dispose de ressources inexploitées et indéfinies – comment ce peuple gigantesque se refera une place parmi les principaux États du monde ?

Est-ce avec nous, pacifiquement, qu'il reprendra son rang ? Est-ce contre nous, par la force, qu'il essaiera de bousculer les frontières de l'Europe orientale, ouvrant la brèche par où passerait la revanche des nationalistes allemands ? Voilà la question dont dépendent peut-être la paix de toute l'Europe et tout l'avenir de notre pays, qu'une nouvelle saignée épuiserait.

On dit : l'alliance russo-allemande est faite, ou bien elle est inévitable. Qu'elle soit faite, je n'ai pas le droit de le croire ; le contraire m'a été affirmé dans des conditions telles que je ne vois pas pourquoi l'on aurait voulu me tromper ; et d'ailleurs je ne vois pas non plus l'avantage que la Russie trouverait à se lier d'avance. Que l'alliance russo-allemande soit inévitable, je le crois encore moins. Quand un pacte a pour résultat que des millions d'hommes devront se faire trouer la peau, il y a toujours quelque moyen d'empêcher qu'il ne se noue ou bien qu'il s'exécute.

Seulement, pour que la Russie et l'Allemagne ne s'unissent pas dans une combinaison explosive, encore faut-il que les Russes guérissent de la fièvre obsidionale où dix ans de guerre, de révolution, de blocus militaire, social ou économique les ont plongés. Or, on les entretient dans cette fièvre obsidionale, si l'on agite continuellement devant eux je ne sais quels projets de coalition entre États limitrophes. Une propagande perfide exploite ici tous ces projets. On répète aux Russes que l'Angleterre désapprouve l'union des États baltiques, qu'elle se désintéresse de la Pologne, qu'elle ne s'occupe pas de la Roumanie, et que la France, au contraire, travaille perpétuellement à encercler le pays des Soviets. Cette muraille d'encerclement n'effraye d'ailleurs pas les Russes, surtout quand on leur affirme qu'aucun Anglais n'est derrière. Ils ne pensent alors qu'à s'unir aux Allemands pour la renverser.

J'arrive ainsi à ce que je voulais vous raconter, monsieur le Président. Le gouvernement soviétique, tout en refusant d'adhérer à la Société des Nations, s'intéresse cependant à ce qui se fait à Genève. Si on l'y invitait, il enverrait volontiers un observateur à la session de septembre prochain. Il choisirait un homme important qui pourrait figurer dans la salle de l'Assemblée et même s'asseoir à la table du Conseil, tout en n'étant toujours qu'un observateur qui n'engagerait pas son gouvernement. La chose peut-elle se faire ? Je ne suis nullement en état d'en juger, comme vous le pensez bien. Je vous en parle confidentiellement, parce que je comprends, ici, bien plus facilement qu'ailleurs, la nécessité de débloquer la Russie, de créer un terrain de collaboration entre elle et nous, et de sauvegarder ainsi, non seulement l'existence de ses voisins, mais encore la paix de tout le continent et la vie d'innombrables Français. Je tâche de jouer mon modeste rôle de vigie, grimpée en haut d'un mât assez exposé au vent. Je vois un écueil. J'entrevois un cheval. Je n'ai qu'à laisser le reste aux hommes qui savent tenir le gouvernail.
Pardonnez-moi, monsieur le Président, cette interminable lettre que je vous écris la nuit, dans le silence de ma petite maison. Ayez la bonté, je vous prie, de la conserver pour vous seul et veuillez..
. ».

Commentaires :

*Sur le contexte russe :

Lorsque Jean Herbette écrit en 1925, la Russie sort de plusieurs siècles de guerres quasi continues :

-guerres contre l'empire ottoman : il y eut 11 guerres appelées « guerres russo-turques », commencées à la fin du XVIe siècle et avec pour point d'orgue la guerre de Crimée de 1853 à 1856.

-guerre contre la Suède de Charles XII de 1700 à 1718

-guerres contre Napoléon 1er au début du XIXe siècle

-guerres contre le Japon au tournant XIXe/XXe siècle

-première guerre mondiale commencée pour les Russes dès début août 1914

-révolution dite « d'octobre » 1917

-guerre civile avec les Russes « blancs »

-guerre russo-polonaise en 1920/1921

sans compter la désorganisation entraînée par la Révolution, l'exode de l'aristocratie, les méfaits de la collectivisation...

L'ambassadeur explique en termes imagés que la Russie fut saignée mais qu'elle avait encore beaucoup de vitalité et voulait reprendre son rang dans le concert des nations.
Le bruit courait déjà d'un possible rapprochement entre la Russie et l'Allemagne. L'ambassadeur ne veut pas y croire car dit-il : « quand un pacte a pour résultat que des millions d'hommes devront se faire trouer la peau... » et c'est bien ce qui arriva avec les pactes germano-soviétiques du 23 août 1939. Comme quoi si le pire n'est jamais certain, il n'est jamais exclu non plus ! Il faut dire que les Russes avaient alors le pire tsar de toute leur Histoire : Joseph Vissarianovitch Djougachvili plus connu sous son surnom de Stali
ne.

Sur tous ces événements, voir sur mon blog les notes :

N°55 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html

N°152 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/01/la-bataille-de-tannenberg-n-152.html

N°173http://jean.delisle.over-blog.com/2014/05/la-pologne-de-l-entre-deux-guerres-n-173.html

*Sur la troisième internationale :

En Europe, l'année 1848 avait été surnommée « l'année des Révolutions » ou « année du printemps des peuples ». Il y eut partout de la répression ou comme en France le débouché sur un second empire. Mais les idées lentement mais sûrement faisaient leur chemin et le 28 septembre 1864 naissait à Londres « l'Association internationale des travailleurs » qui fut ensuite appelée « première internationale ». Celle-ci prenait fin en 1872.

Une « seconde internationale » voyait le jour lors d'un congrès tenu à Paris en juillet 1889 sous l'impulsion de F. Engels. Cette seconde internationale prenait fin, de fait, avec la guerre de 14 et le ralliement de tous les socialistes à leur cause nationale respective.

La « troisième internationale » (en russe et en abrégé cela donne le « Komintern ») vit le jour en mars 1919 à Moscou sous la direction de Lénine. Lénine qui dicta les « 21 conditions » que devaient remplir les partis étrangers pour adhérer à cette troisième internationale. Ce qui en fit une internationale communiste et entraîna des scissions avec les socialistes dans beaucoup de partis ouvriers européens.

En octobre 1947, le Komintern se transforma en Kominform qui prit fin le 17 avril 1956 à l'époque de Nikita Khrouchtchev. (le « rapport Khouchtchev » sur Staline au XXe congrès du parti communiste de l'Union Soviétique est du 24 février 1956)

En 1938, Léon Trosky avait tenté de fonder une quatrième internationale et une reconstitution théorique de la troisième eut lieu à Sofia en novembre 1995 mais n'eut pas de suite.

L'analyse de Jean Herbette sur le principe de réalité de ceux qui sont au pouvoir est intéressante, on en connaît qui auraient du lire et méditer avant leur campagne électorale !

J.D. 29 juin 2014

P.S. La récapitulation thématique des notes de ce blog et la récapitulation des illustrations se trouvent sur la fiche N°76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

commando féminin de la mort russe, photos publiées dans "Le Miroir" du 12 août 1917

commando féminin de la mort russe, photos publiées dans "Le Miroir" du 12 août 1917

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 16:45

Le 24 mars 1925, Chamberlain fit une déclaration devant la Chambre des Communes qui résume une constante de la politique étrangère britannique au fil des siècles. Cette déclaration est rapportée par Georges Suarez dans « Briand » tome VI (publié en 1952), chapitre I. La voici :

« La France a besoin de sécurité. L'Angleterre reconnaît ce besoin et a le devoir de prêter son aide à la France. D'ailleurs, l'intérêt de l'Angleterre est aussi en jeu. Toutes nos plus grandes guerres ont été menées pour empêcher toute grande puissance européenne de dominer l'Europe et en particulier d'occuper seule les côtes de la Manche et les ports des Pays-Bas. C'est pour cette raison que nos ancêtres ont combattu l'Espagne à l'apogée de sa puissance, que nos grands-pères ont combattu Napoléon et que nous-mêmes, nous avons été en guerre avec l'Allemagne. C'est la question de notre propre sécurité qui se pose en ce moment. D'ailleurs, nous sommes engagés par les articles 42 et 44 du Traité de Versailles qui concernent la rive gauche du Rhin... »

Commentaires :

*Le Chamberlain dont il est question est Austen Chamberlain qui fut ministre britannique des Affaires étrangères de 1925 à 1929 et qu'il ne faut pas confondre avec son demi-frère Arthur Nevillle Chamberlain qui fut premier ministre britannique du 28 mai 1937 au 10 mai 1940. C'est ce dernier qui baissa son froc ainsi que Daladier à Munich en 1938 et qui à leur retour furent accueillis en héros pour « avoir sauvé la paix ». On sait ce qu'il en fut !

*Après l'armistice du 11 novembre 1918, il y eut le désastreux traité de Versailles (œuvre de Clemenceau) et la non moins désastreuse occupation de la Ruhr (œuvre de Poincaré). Voir la fiche N°172 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/04/le-desastreux-traite-de-versailles-n-172.html

*L'intervention d'Austen Chamberlain devant la Chambre des Communes se situe entre la conférence de Cannes (voir la fiche N° 177 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/06/la-conference-de-cannes-n-177.html) et le retour d'Aristide Briand sur la scène politique. Il redevint Président du Conseil du 28 novembre 1925 au 17 juillet 1926 en se réservant en outre le porte-feuilles des Affaires étrangères dont il fut en plus ministre du 23 juillet 1926 au 12 janvier 1932. Durant les années où Briand eut en charge les affaires étrangères de la France, il eut 2 objectifs principaux :

-travailler à réintégrer l'Allemagne dans le concert des Nations et à s'entendre avec l'Allemagne, ce qui fut rendu difficile par l'élection le 26 avril 1925 du maréchal Hindenburg comme chancelier du Reich (c'est-à-dire de la République de Weimar). « Le choix comme président du Reich d'un coupable de guerre, produisit dans les chancelleries et l'opinion l'effet d'une provocation »

-maintenir une alliance défensive avec l'Angleterre pour le cas où le militarisme « prussien » reprendrait le dessus.

Il œuvra en tant que représentant du gouvernement français et aussi au sein de la Société des Nations. Sur le premier point son entente avec Gustav Streisemann, qui eut en charge la politique étrangère de la République de Weimar à partir de 1923, permit d'atteindre les objectifs recherchés et en 1926, cela valut à Briand et Streisemann de recevoir conjointement un prix Nobel de la paix. Mais Streisemann mourut le 3 octobre 1929 et Briand le 7 mars 1932. Et l'on connaît la suite dès 1933 !

*L'intervention de Chamberlain le 24 mars 1925 illustre parfaitement la continuité de la politique britannique au fil des siècles. Ceux-ci surent toujours intervenir dans les affaires des européens continentaux pour sauvegarder leurs intérêts. Mais peut-on reprocher aux Anglais de défendre les intérêts des Anglais ?

Au cours de l'Histoire, ils surent à de nombreuses reprises susciter des coalitions de l'Europe contre la France, mais si la diplomatie britannique fut plus intelligente que la nôtre, à qui la faute ?

*A toutes les époques, il y eut en Angleterre, comme dans tous les pays, de nombreux problèmes internes. N'oublions pas que les Anglais coupèrent la tête à leur roi (Charles 1er décapité le 30 janvier 1649) bien avant que le pauvre Louis XVI ne perde la sienne (le 21 janvier 1793) que Thomas Cromwell fut décapité (le 28 juillet 1540) qu'Henri VIII fit décapiter 2 de ses épouses, qu'Olivier Cromwell mort le 3 septembre 1658, fut déterré pour être décapité, qu'Elisabeth 1ère fit décapiter sa cousine Marie-Stuart (le 8 février 1587) qui avait été reine d'Ecosse et reine de France …sans oublier l'assassinat, le 29 décembre 1170, sur ordre du roi Henri II, de Thomas Becket archevêque de Canterbury etc etc etc

*Des années 1780 à nos jours, la France connut : la royauté, la première République, le premier Empire, le retour des Rois, la seconde République, le second Empire, la troisième République, l’État français, la quatrième puis la cinquième République. Durant le même temps les Anglais conservèrent leur monarchie et le fait que les monarques (depuis Henri VIII) soient aussi chef de l’Église anglicane contribue probablement à la stabilité du système. Bien sûr que les pouvoirs d'Elisabeth II (reine depuis 1952) ne sont plus ceux de son arrière-arrière grand-mère : Victoria (reine de 1837 à 1901) mais la continuité de la royauté explique probablement la continuité du système et la continuité de la politique.

J.D. 27 juin 2014

Réception de George V à Paris, photo publiée par "Le Miroir" du 8 décembre 1918

Réception de George V à Paris, photo publiée par "Le Miroir" du 8 décembre 1918

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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 17:41

Dans les années 1920, Anglais et Français n'eurent manifestement pas la même perception du danger que pouvait encore représenter l'Allemagne.

Il faut dire que tous les combats de la guerre avaient eu lieu sur le continent. La France avait eu 1.600.000 morts (civils et militaires), 4,2 millions de blessés et 600.000 maisons avaient été détruites dans les zones de combats.
En outre, on ne s'en rend plus compte aujourd'hui, mais il y a un siècle, les Français avaient en tête 4 invasions et 4 occupations du territoire par les Prussiens au cours des 120 années écoulées : Lors de la première abdication de Napoléon (avril 1814), après la bataille de Waterloo (juin 1815), à l'occasion de la guerre de 1870 et de 1914
à 1918.

Le danger prussien passé, l'ambiance de chaque côté de la Manche était devenu exécrable : l'anglophobie d'un côté répondant à la francophobie de l'autre. La presse anglaise alla jusqu'à qualifier la France de « nation satanique » (rapporté par Suarez dans « Briand » tome V chapitre VIII)

La conférence de Washington (voir la note N°176http://jean.delisle.over-blog.com/2014/05/la-conference-de-washington-ou-la-mesentente-cordiale-n-176.html), où la délégation anglaise avait passé son temps à œuvrer contre la France, n'avait rien arrangé.

De retour de Washington, Briand qui avait une claire conscience du danger allemand et qui souhaitait obtenir un engagement de défense réciproque entre l'Angleterre et la France, prit contact avec Lloyd George son homologue britannique.

De son côté, Lloyd George souhaitait organiser une coopération européenne pour relancer l'économie qui avait été mise à mal par les années de guerre. Les deux hommes se rencontrèrent à Londres les 18 et 21 décembre 1921, à Paris le 26 décembre et à Cannes le 4 janvier 1922, juste avant une conférence qui s'ouvrit le 6 janvier à 11 heures au cercle nautique de Cannes (qui fut démoli pour faire place au « Palais des Festivals » en 1947).

Avaient été invités et participèrent à cette conférence des représentants de la Belgique, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Italie et du Japon. En outre les Etats-Unis avaient envoyé un observateur.

Les rencontres entre Briand et Lloyd George firent l'objet de compte-rendus qui furent exploités par Suarez. Voici quelques extraits des propos tenus par Briand à Lloyd George :

« Son principal objet (à Aristide Briand) était d'édifier autour d'un accord franco-anglais une organisation générale tendant au maintien de la paix en Europe. Si d'autres nations avaient l'impression d'une ferme entente entre la France et la Grande-Bretagne pour le maintien de la paix et de l'ordre, la paix ne serait plus menacée de longtemps et l'Allemagne trouverait avantage à se joindre à elles. Ce seul fait barrerait la route aux forces réactionnaires en Allemagne, en rendant inébranlable l'ordre des choses qu'elles cherchent à détruire. Une pareille entente entre France et Angleterre empêcherait les Allemands de former des projets contre les peuples à leurs frontières. Une telle garantie obligerait probablement les Allemands à abandonner leurs desseins militaires par exemple, contre la Pologne et la Russie. Cela aiderait aussi la démocratie allemande à faciliter le retour de l'Allemagne dans la communauté des nations et cela tendrait d'une façon générale à la stabilisation de l'Europe pour une longue période. »

« La Russie a une armée de 800.000 hommes, avec du matériel suffisant, sinon abondant, et un réservoir de un million ou 1.200.000 hommes. Les bolcheviks se procurent du matériel un peu partout. Récemment, un chargement important a été expédié d'Allemagne. Si la Russie venait à s'allier avec l'Allemagne contre la Pologne et la Tchécoslovaquie, il pourrait en résulter un grave péril ».

« On ne peut oublier que l'Allemagne a 20 millions d'habitants de plus que la France, que la démocratie n'est encore, pour la plus grande partie des Allemands, qu'un mot vide de sens et que ce peuple discipliné, laborieux, doué d'un génie fécond d'organisation, mais chez lequel une active propagande politique et intellectuelle, notamment dans les universités et les écoles, entretient un esprit agressif et un désir ardent de revanche, peut rendre un jour inefficaces les mesures de désarmement prescrites par le traité de Versailles. »

Difficile de nier que Briand avait pressenti les événements. De son côté Lloyd George avait « annoncé son intention de demander à la Russie de s'engager à ne pas attaquer la Finlande, les Pays baltes, la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie »

Briand demanda alors à Lloyd George de recommander à l'Allemagne de prendre les mêmes engagements !

A l'ouverture de la conférence de Cannes, Lloyd George annonça son intention de procurer à la France un pacte de garantie en cas d'agression allemande, mais demandait en même temps pour l'Allemagne un allègement des conditions de paiement des réparations de guerre.

Mais pendant que Briand alors président du Conseil négociait à Cannes, un clan anti-Briand s'activait à Paris. Clemenceau n'était plus là mais d'autres avaient pris le relais avec en tête Alexandre Millerand qui était devenu Président de la République, puis Raymond Poincaré qui n'avait pas sollicité un second mandat de président mais qui était devenu président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, et menait, au Sénat, la fronde contre Briand.

Millerand désavoua les négociations de Briand à Cannes et cela se retrouva (pas par hasard) dans la presse. Millerand avait convoqué à Paris 2 conseils des ministres en l'absence de Briand pour faire cautionner sa politique anti-Briand par les ministres du cabinet Briand ! Et l'un des ministres (Barthou) qui soutenait Briand à Cannes, le désavoua à Paris.

Devant cette situation, Briand quitta la conférence de Cannes le 12 janvier pour rentrer à Paris. Il eut une entrevue houleuse avec Millerand puis un nouveau conseil des ministres se réunit. Les mêmes qui critiquaient Briand en son absence l'approuvèrent à l'unanimité.

Le jour même Briand intervenait devant la Chambre (des députés). Après un long exposé sur les négociations en cours à Cannes, il fut acclamé par les députés, mais écœuré Briand déclarait :

« Un homme politique, à la place où je suis et dans les circonstances redoutables que traverse notre pays, n'a pas le droit d'aller au poste de combat s'il n'a pas la certitude qu'il ne lui viendra pas de balles d'ailleurs. Il consent à en recevoir des autres pays mais pas du sien.... »

Puis Briand annonça sa démission. Poincaré devint président du Conseil, Barthou vice-président.... le crime avait payé !

Le 14 janvier Philippe Berthelot qui avait été ministre dans un gouvernement Briand lui adressait une lettre :

« ...Aussi ne puis-je me souvenir sans indignation des attaques abominables et des pièges constants multipliés contre votre gouvernement. Je ne pourrai jamais m'habituer à la politique, à ses travers, à ses bassesses. Je suis heureux de me sentir libre et je ne voudrais à aucun prix recommencer à y être mêlé malgré moi. »

Depuis la plus haute antiquité, la politique a été le domaine par excellence des coups tordus, de l'hypocrisie, des trahisons... Briand dépassait de plusieurs coudées tous ses collègues, ils ne le lui pardonnaient pas !

Dès le 13 janvier 1922, la démission de Briand à Paris mettait fin à la conférence de Cannes qui se séparait sans avoir pris aucune résolution sauf celle de se réunir à nouveau à Gênes. Les magouilles politiciennes et ambitions personnelles en France avaient eu raison d'une conférence internationale qui aurait pu aboutir à un accord de coopération européenne. Les délégations étrangères prirent mal la démission de Briand. La presse internationale accusa la France d'être un pays ingouvernable (déjà!).

Une nouvelle conférence s'ouvrit à Gênes le 10 avril 1922 et se termina le 19 mai.

« Ce fut un fiasco dont la mésentente entre Anglais et Français fut la cause essentielle ». Briand avait cherché un rapprochement avec la Grande-Bretagne, politique que ne suivit pas Poincaré.

Le 16 avril 1922, l'Allemagne et l'URSS avaient conclu le traité de Rapallo et profitaient des dissidences entre France et Grande-Bretagne pour se rapprocher.

En Grande-Bretagne, le ministère de Lloyd George succomba le 19 octobre 1922. Avec son remplaçant (Bonar Law) « le différent franco-britannique s'accentua encore ».

Les événements des années 1930 en Allemagne obligeront France et Grande-Bretagne à s'allier de nouveau, mais avec des hommes qui n'eurent aucun courage et avec des années perdues qui auraient pu être utilisées pour préparer une coopération et une paix durable en Europe.

J.D. 3 juin 2014

Aristide Briand à Cannes entouré par Louis Loucheur et Paul Doumer, publié par Suarez

Aristide Briand à Cannes entouré par Louis Loucheur et Paul Doumer, publié par Suarez

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 10:49

Le 4 mars 1921, un nouveau président (Warren Harding, mort le 2 août 1923, il n'eut pas le temps de finir son mandat) avait pris ses fonctions à Washington. Le 13 juillet 1921 il avait envoyé une invitation aux alliés de la guerre de 14 à venir à Washington pour examiner certains problèmes et principalement :

*la course effrénée aux armements qui avait repris de plus belle surtout dans le domaine de l'armement naval

*les accords passés entre l'Angleterre et le Japon

*la délimitation des zones d'influence entre les puissances dans le Pacifique.

Cette conférence commença le 12 novembre 1921 et se termina le 6 février 1922. Elle entraîna la signature de 2 traités :

*un traité naval le 6 février 1922 pour limiter les droits des puissances dans la construction d'une marine de guerre. Ce traité fut signé par les Etats-Unis, la Grande Bretagne, le Japon, la France et l'Italie. La Grande-Bretagne conservait sa première place comme puissance militaire maritime.

L'Italie de Mussolini fut la première dans les années 30 à dénoncer ce traité. Quant à l'Allemagne, elle ne l'avait pas signé ! Mais les traités furent mal...traités par Hitler de toutes façons! Le Japon et les autres suivirent. La conférence de Washington est aussi souvent appelée « conférence navale ».

*un traité du 13 décembre 1921 réglait les zones d'influence des puissances dans le Pacifique, donnait des droits à la Chine et supprimait de fait les traités antérieurs entre la Grande-Bretagne et le Japon. Outre les 5 signataires du traité du 6 février , la Chine, la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal étaient signataires de ce traité

les traités anglo-nippons : le 16 juillet 1894 avait été signé à Londres un « traité de commerce et de navigation » entre la Grande-Bretagne et le Japon. Puis le 30 janvier 1902 un nouvel accord par lequel l'Angleterre s'engageait à ne pas intervenir en cas de guerre entre le Japon et la Russie et à intervenir aux côtés du Japon au cas où une autre puissance soutiendrait la Russie.

Les Japonais voyaient leur population augmenter régulièrement avec un territoire étroit. Ils avaient l'ambition de s'étendre sur le continent proche. Mais la Russie tsariste avait des ambitions sur les mêmes territoires. Il y avait eu un premier conflit entre Russes et Japonais en 1894 qui s'était terminé par un armistice signé à Tokyo le 30 mars 1895. Puis les Russes avaient pris de l'avance, en négociant avec les Chinois qui leur avaient donné à bail, en 1898, Port-Arthur (port chinois de Mandchourie). Les Russes avaient installé une importante base maritime (militaire) à Port-Arthur.

Forts de leur traité de 1902 avec les Anglais, les Japonais attaquèrent sans déclaration de guerre la flotte russe de Port-Arthur le 8 février 1904 puis firent le siège de la garnison russe qui capitula le 22 janvier 1905. Les Russes furent encore vaincus à la bataille terrestre de Monkden en mars 1905 et à la bataille navale de Tsuhima du 17 au 29 mai 1905. Sous les auspices du Président américain Theodore Roosevelt (président de 1901 à 1909, à ne pas confondre avec Franklin Roosevelt qui, lui, fut président de 1933 à 1945 ; c'est après lui que les mandats de président furent limités à 2), le traité de Portsmouth, signé le 5 septembre 1905, accordait au Japon : la Corée, la moitié de l'île de Sakhaline et la région de Port-Arthur.

Les Japonais étaient entrés dans la guerre de 14 aux côtés des Alliés pour contrer la percée allemande dans le Pacifique. Les Japonais s'emparèrent sans beaucoup d'efforts des colonies allemandes du Pacifique et les conservèrent dans les traités d'après guerre. Voir la fiche N° 172 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/04/le-desastreux-traite-de-versailles-n-172.html.

C'est le 23 août 1914 que le Japon avait déclaré la guerre à l'empire allemand. Pour récupérer les colonies allemandes du Pacifique, il n'en coûta que 415 vies aux Japonais. De tous les belligérants de la première guerre mondiale, les Japonais eurent manifestement le meilleur rapport en termes de coûts/avantages.

Le contexte de la conférence pour les Anglais : Durant 6 siècles (bataille de Bouvines 1214, bataille de Waterloo 1815) les Anglais luttèrent contre l'hégémonie française en Europe. La diplomatie anglaise parvint souvent à réunir des coalitions européennes contre la France. La victoire de l'Europe sur Napoléon 1er mit provisoirement fin à l'hostilité anglaise. Puis les Anglais s'inquiétèrent de la percée russe vers la mer Noire pour avoir un accès à la Méditerranée. Les Anglais se rapprochèrent une première fois des Français et ce fut la guerre de Crimée (1854/1856) contre la Russie.

Secrètement les Anglais durent se réjouir de la cuisante défaite de la France contre la Prusse en 1870. Mais quand ils virent le royaume de Prusse se transformer en Empire allemand et réussir dans tous les domaines, ils se rapprochèrent une nouvelle fois de la France et ce fut « l'Entente cordiale » (le 8 avril 1904).

Les Anglais payèrent leur tribu à la guerre de 14 : 1 million de tués et 1.700.000 blessés. Mais après la guerre les dirigeants britanniques comme la population pensaient que l'Allemagne à genoux n'était plus un danger pour longtemps. Alors les vieux démons francophobes resurgirent. La presse britannique du début des années 1920 accusait la France de vouloir remplacer la Prusse comme puissance militariste et impérialiste. Rien de moins ! Et bien sûr, la population anglaise suivait. De cette situation il existe de nombreux témoignages dans le tome V de la biographie consacrée à Briand par Georges Suarez. Je ne peux pas en recopier des pages pour ne pas alourdir ce texte, voici néanmoins 2 extraits du texte de Suarez pour décrire l'ambiance de l'époque (chapitre VII du tome V) :

« L'extraordinaire violence de la campagne des journaux anglais contre notre puissance militaire était en quelque sorte une préface aux intrigues auxquelles la délégation britannique s'apprêtait à se livrer contre notre pays à Washington ».

« L'armée française était représentée (dans la presse anglaise) comme un obstacle à la paix, un élément de troubles en Europe, une menace pour l'avenir. La France était représentée, par la caricature ou les récits, sous les traits d'un soudard écrasant de sa botte un univers épuisé et sanglant ».

Le 22 novembre 1921, le New-York World publiait un article intitulé « La France préparant une nouvelle guerre... » sous la signature de l'écrivain anglais Wells (l'auteur de la Guerre des Mondes). Article dans lequel on pouvait lire :

« Le fait brutal de la question est que la France maintient une vaste armée en face d'un univers désarmé et qu'elle se prépare énergiquement à de nouvelles opérations belliqueuses en Europe et à une guerre sous-marine contre l'Angleterre »

Et Suarez de commenter : « Cette brutale et invraisemblable accusation sous la plume de Wells, montrait bien que la campagne était depuis longtemps préparée ».

La délégation anglaise à Washington était conduite par lord Balfour qui prenait régulièrement ses ordres auprès de Lloyd George qui était resté à Londres. On apprend au passage que les Américains espionnaient les conversations des différentes délégations avec leur capitale respective !

L'invitation américaine pour la conférence ne portait que sur l'armement naval. Les Anglais parvinrent à obtenir la discussion sur les armements terrestres parce qu'ils souhaitaient une réduction importante des forces terrestres françaises. Ils avaient aussi pour objectif dans cette conférence d'interdire à la France la constitution d'une force sous-marine ! Aristide Briand qui conduisait la délégation parvint à déjouer toutes les manœuvres des Britanniques. Il faudra attendre l'arrivée au pouvoir des nazis pour que l'Angleterre se rapproche une nouvelle fois de la France.

Les Italiens : Les Italiens avaient de la rancœur contre la France (voir sur mon blog les notes N° 161http://jean.delisle.over-blog.com/2014/02/l-italie-et-la-guerre-de-14-n-161.html et 172). Pour isoler la France à la conférence de Washington, la presse anglaise utilisa la mauvaise humeur italienne pour prêter à Briand de faux propos désobligeants contre l'armée italienne. Ces articles furent repris par la Stampa et voici le résultat :

« A Turin, à Rome, à Naples, des cortèges se formèrent aux cris de A bas la France ! A Turin, le Consulat français fut saccagé, vitres brisées, meubles renversés, personnel molesté. Le même soir, les incidents de Washington et de Turin furent évoqués à la Chambre italienne. Le ministre des Affaires étrangères della Toretta lut une dépêche de Schanzer (délégué italien à Washington) qui démentait formellement les propos attribués à Briand sur l'armée italienne. Hughes (secrétaire d'Etat américain aux Affaires étrangères), à son tour, démentit officiellement la nouvelle publiée par le Daily Telegraph et l'Echo de Paris »

Les Italiens avaient été très déçus de la place qui leur avait été faite dans le traité de Versailles et les autres traités d'après guerre. Ils furent autant déçus de la conférence de Washington.

Les Américains: Les Etats-Unis s'inquiétaient de la montée en puissance du Japon dans la zone pacifique. Leur intervention dans la guerre avait coûtait cher, même si elle avait placé les Etat-Unis au premier rang de la diplomatie mondiale. La course au réarmement naval coûtait cher et l'opinion publique américaine n'en voulait pas. Les Américains parvinrent à leurs buts à la conférence de Washington : fin de l'alliance anglo-nippone et limitation des forces navales, au moins provisoirement car l'on sait ce qu'il advint dans les années 1930.

La France : La délégation française à Washington était conduite par Aristide Briand qui était redevenu président du Conseil. Il s'attacha à démontrer aux autres délégations :

*comment les 7 millions de soldats allemands démobilisés étaient repris en main par des associations, théoriquement d'anciens combattants mais qui étaient de fait des organisations para-militaires et comment ils continuaient de s'entraîner .

*que la République de Weimar était trop faible pour constituer une garantie pour les autres nations

*que l'industrie allemande compte-tenu de son importance et de son efficacité pouvait en peu de temps réarmer l'Allemagne.

Quelle clairvoyance, quelle lucidité ! Les Américains qui soutenaient d'abord le point de vue anglais se rallièrent à Briand et la France put conserver tout son potentiel militaire, mais Briand décéda en mars 1932 et l'on sait ce que firent ceux qui suivirent !

Les manœuvres de Clemenceau avaient écarté Briand des responsabilités politiques au moment de la déclaration de la guerre de 14 puis au moment des négociations des traités d'après guerre. La mort l'empêcha d'être présent lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir. Quel drame pour la France et les Français !

J.D. 31 mai 2014

La récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

les délégués français à Washington (Briand est le troisième en partant de la gauche)

les délégués français à Washington (Briand est le troisième en partant de la gauche)

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 16:11

La Pologne possède une longue histoire, mais coincée entre l'Empire russe et le Saint Empire romain germanique, le pays fut à plusieurs reprises amputé ou carrément démembré. La dernière disparition de la Pologne (au moment du traité de Versailles) datait du 3 janvier 1795. Le pays fut alors partagé entre la Russie (encore sous le règne de Catherine II, dite la Grande Catherine) , la Prusse et l'Autriche. Il connut une éphémère résurrection avec la création du "Duché de Varsovie" en 1807 mais qui disparut avec Napoléon.

Après la première guerre mondiale, les traités redonnèrent vie à la Pologne, mais avec un flou artistique concernant les frontières tant à l'est qu'à l'ouest et cela entraîna des conflits.

Avec la Russie (l'appellation d'Union soviétique n'apparaît qu'en décembre 1922):

Les communistes s'étaient emparés du pouvoir à l'occasion de « la révolution d'octobre » (en novembre 1917, mais c'était encore en octobre sous l'ancien calendrier tsariste). En février 1919, les troupes du nouveau régime communiste pénétrèrent en Pologne. Devant les mouvements insurrectionnels qui se produisaient en Allemagne, Lénine espérait s'emparer de la Pologne pour faire le lien avec l'Allemagne et y imposer un régime communiste.

Les Alliés aidèrent la Pologne en envoyant des armes (malgré l'opposition des dockers communistes surtout en Angleterre) mais aussi des contingents militaires surtout la France, mais aussi la Hongrie, l'Ukraine... . Parmi ces militaires français qui aidèrent les Polonais à vaincre l'armée rouge, signalons un capitaine nommé.... Charles De Gaulle qui revint décoré de l'ordre de « Virtuti Militari ».

Parmi les commandants russes, un nommé ….Joseph Staline qui se souviendra en 1939 des défaites russes notamment lors de la bataille de Varsovie du 13 au 25 août 1920.

La guerre russo-polonaise se termina par le traité de Riga le 18 mars 1821, à l'avantage des Polonais. Un mois plus tôt (le 21 février 1921), la France avait signé un traité d'alliance avec la Pologne.

Avec l'Allemagne :

Le traité de Versailles avait restitué son existence et sa souveraineté à la Pologne, mais les négociateurs avaient été embarrassés par la délimitation de la frontière entre Allemagne et Pologne spécialement en ce qui concerne la Silésie. Cette région riche en ressources (spécialement la "Haute-Silésie"), surtout en charbon, est à cheval sur la Pologne, l'Allemagne et la République tchèque. Au moment du traité de Versailles, elle était peuplée d'habitants parlant allemand et d'autres parlant polonais. La Silésie avait appartenu à la Pologne, puis au royaume de Bohème à partir de 1335, à l'Autriche en 1526 puis à la Prusse en 1763. Le traité décida d'une consultation des populations, sous le contrôle d'une commission interalliée (Français, Italiens, Anglais) présidée par le général français Le Rond.

Celle-ci eut lieu le 20 mars 1921. L'Allemagne eut la majorité dans 94 communes, la Pologne dans 462. La Pologne revendiqua la Silésie. Mais c'est dans les villes que l'Allemagne l'avait emporté et en nombre de voix il y eut 491.406 voix pour la Pologne (40,7%) et 716.406 pour l'Allemagne (59,3%). L'Allemagne revendiqua donc aussi la Silésie, arguant en outre qu'elle en avait besoin pour faire face aux réparations.

Pour arranger les choses, l'Angleterre soutenait le point de vue allemand et la France la Pologne !

Quant à partager la Silésie entre les 2 pays, c'était très compliqué, car, paradoxalement, les habitants de langue allemande se trouvaient du côté polonais et vice-versa.

En France, Aristide Briand était redevenu président du Conseil (le 16 janvier 1921), il préconisa de s'en remettre à la nouvelle Société des Nations. Celle-ci commença par demander un rapport d'experts (classique!). Enfin en août 1921, la S.D.N. décida d'attribuer la Silésie à la Pologne. Mais bien sûr à la grande fureur des Allemands.

Dès le 24 mars 1921 (4 jours après le vote de la population) des membres de la commission interalliée présents en Silésie étaient assassinés et le désordre s'installait dans le pays. Les Alliés envoyèrent des troupes. 13.000 soldats français commandés par le général Le Rond arrivèrent en Silésie. Le 9 juin, une patrouille française était attaquée par des Allemands et eut 3 blessés. Le 5 juillet un commandant français (Montalègre) était assassiné et 2 sous-officiers blessés. La situation en Silésie ressemblait à celle que connaît aujourd'hui l'Ukraine, sauf que l'Allemagne ayant été vaincue et désarmée, les partisans de l'Allemagne ne pouvaient espérer le soutien que peuvent recevoir de la Russie, les Russes de l'Ukraine.

Les conséquences :

La présence « d'Allemands » dans un territoire attribué à la Pologne servit de prétexte à Hitler pour envahir la Pologne (le 1er septembre 1939) avec la complicité de Staline (voir par exemple « Le pacte des assassins » de Max Gallo chez Fayard février 2008). Car au moment de l'invasion de la Pologne Hitler et Staline s'entendaient encore comme larrons en foire. Le 23 août 1939, ils s'étaient partagés l'Europe et par un nouveau pacte du 29 septembre 1939, ils se partagèrent la Pologne.

Ce ne fut pas Staline qui rompit l'alliance avec l'Allemagne nazie ! Mais beaucoup semblent l'avoir oublié.

J.D. 8 mai 2014

Paroles en polonaisTraduction française

Jeszcze Polska nie zginęła,
Kiedy my żyjemy.
Co nam obca przemoc wzięła,
Szablą odbierzemy.

Refren x2 :
Marsz, marsz, Dąbrowski,
Z ziemi włoskiej do Polski:
Za twoim przewodem,
Złączym się z narodem.

Przejdziem Wisłę, przejdziem Wartę,
Będziem Polakami.
Dał nam przykład Bonaparte,
Jak zwyciężać mamy.

Refren x2

Jak Czarniecki do Poznania
Po szwedzkim zaborze,
Dla Ojczyzny ratowania,
Wrócił się przez morze.

Refren x2

Już tam ojciec do swej Basi
mówi zapłakany:
« Słuchaj jeno, pono Nasi
Biją w tarabany ».

Refren x2

La Pologne n'a pas encore disparu,
Tant que nous vivons.
Ce que l'étranger nous a pris de force,
Nous le reprendrons par le sabre.

Refrain x2 :
Marche, marche Dombrowski,
De la terre italienne vers la Pologne ;
Sous ta direction,
Nous nous unirons avec la nation.

Nous passerons la Vistule, nous passerons la Warta,
Nous serons Polonais.
Bonaparte nous a donné l'exemple,
Comment nous devons vaincre.

Refrain x2

Comme Czarniecki vers Poznań
Après l'invasion suédoise,
Pour sauver la Patrie,
Revint par la mer.

Refrain x2

Déjà, le père à sa Basia
Dit tout en pleurs :
« Écoute ! Il semble que les Nôtres
Battent le tambour. »

Refrain

affiche de propagande allemande en Silésie en 1921 : "le loup polonais menace ta patrie"

affiche de propagande allemande en Silésie en 1921 : "le loup polonais menace ta patrie"

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 17:19

Beaucoup de gens pensent que le 11 novembre 1918 constitue la fin de la première guerre mondiale. En fait le 11 novembre est seulement le jour de l'armistice, c'est-à-dire de la fin des combats sur le front occidental. Cette guerre avait fait plus de 18 millions de morts (militaires et civils) et 21 millions de blessés.

A la suite il y eut une conférence internationale qui se tint à Paris (au Quai d'Orsay) entre le 18 janvier 1919 et août 1920. Cette conférence reçut le nom de « conférence de Paris » mais on trouve aussi souvent l'appellation « conférence de la paix ». Cette conférence s'adjoignit une « commission des réparations » qui commença à fonctionner le 3 février 1919.

De la guerre et de cette conférence il sortit :

*plusieurs traités :

-traité de Versailles entre les Alliés et l'Allemagne, signé le 28 juin 1919 dans la galerie des glaces à Versailles (là où avait été proclamé l'Empire allemand le 18 janvier 1871) et en remarquant que le 28 juin était la date anniversaire du 28 juin 1914 (assassinats à Sarajevo)

-traité de Saint Germain en Laye le 10 septembre 1919 entre les Alliés et l'Autriche

-traité de Neuilly-sur-Seine le 27 novembre 1919 entre les Alliés et la Bulgarie

-traité de Trianon le 4 juin 1920 entre les Alliés et la Hongrie (qui au début de la guerre appartenait à l'Empire d'Autriche-Hongrie)

-traité de Sèvres le 10 août 1920 entre les Alliés et l'Empire ottoman

-premier traité de Rapallo le 12 novembre 1920 entre l'Italie et la Yougoslavie

-traité de Kars le 13 octobre 1921 entre l'URSS et l'Empire ottoman

-second traité de Rapallo le 16 avril 1922 entre l'Allemagne et l'URSS

-traité de Lausanne le 24 juillet 1923 entre les Alliés et la Turquie

*la disparition de 4 empires, voir sur mon blog la fiche N°55 (la fin des 4 empires)http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html

*la création ou la résurrection de plusieurs États : la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, l'Autriche et la Hongrie par séparation, et plusieurs pays au moyen-orient par amputation de l'empire ottoman devenant lui-même la Turquie.

*la création le 28 avril 1919 de la Société des Nations (SDN) avec son siège fixé à Genève. Cet organisme international (ancêtre de l'ONU) avait surtout été voulu par le Président américain Wilson. Paradoxalement le Congrès américain refusa l'adhésion des États-Unis à la SDN en ne signant pas le traité de Versailles.

*des mandats de gestion confiés par la « conférence de San-Remo » le 24 avril 1920 à la Grande-Bretagne (Palestine, Jordanie et Irak) et la France (Liban et Syrie) sur des pays du Moyen-Orient qui appartenaient antérieurement à l'Empire ottoman.

Tout ceci modifia plus profondément l'Europe que ne l'avait fait un siècle plus tôt la conférence de Vienne après la chute de Napoléon 1er.

Le désastreux traité de Versailles :

1-Le contexte en France : Georges Clemenceau était parvenu (en mars 1917) a renverser le cabinet Briand et à prendre sa place comme Président du Conseil. Il avait terminé la guerre et s'était auto-attribué tous les mérites de la victoire. Clemenceau avait bien mérité son surnom de « tigre », animal carnassier si il en fut !

Pour Clemenceau les Allemands étaient responsables de tout, ils devaient payer, il fallait saigner l'Allemand ! Clemenceau, auréolé de son titre de vainqueur, mena la danse à la conférence de Paris. En plus, les succès de l'Empire allemand avaient fait de l'ombre aux Anglais, et les Allemands menaçaient l'hégémonie maritime britannique : crime de lèse-majesté par excellence !

2-Le traité : L'article 231 du traité de Versailles désignait l'Allemagne comme responsable de la guerre et de ses maux. Pour les Allemands cela était inadmissible. Les Allemands ou tout au moins leurs dirigeants avaient voulu la guerre, c'est un fait mais les autres aussi. Les Autrichiens les premiers avaient déclaré la guerre à la Serbie, puis en second les Russes à l'Autriche et les Allemands seulement en troisième lieu.

Le traité imposa aux Allemands :

-la restitution de l'Alsace et de la Lorraine à la France,

-amputa l'Allemagne de territoires au profit de la Belgique, du Danemark et surtout de la Pologne,

-enleva à l'Allemagne toutes ses colonies qui furent récupérées par l'Angleterre (Tanganyika et partie du Togo), la France (Cameroun et partie du Togo), la Belgique (Rwanda et Burundi), l'Union Sud-Africaine (Sud-ouest africain allemand), le Japon (îles Carolines, Marshall et Mariannes) la Nouvelle-Zélande ((îles Samoa) et l'Australie( (Guinée allemande)

-plaça le bassin de la Sarre sous statut international

-obligea l'Allemagne à livrer aux Alliés tous ses canons, ses avions, sa marine etc

-et l'Allemagne fut condamnée à payer à la France et à la Belgique 132 milliards de marks-or d'indemnités, sans se demander si l'Allemagne pouvait payer. Les marins allemands livrèrent leurs navires aux Anglais mais les sabordèrent en Ecosse (à Scapa Flow).

L'énumération ci-dessus montre que l'on exigea des Allemands des indemnités extravagantes tout en leur enlevant leurs richesses c'est-à-dire les moyens de payer ! Avec le recul du temps on peut constater que la haine de l'Allemand aveugla nos politiciens de l'époque.

3-La situation en Allemagne : Lors de l'armistice, la population n'avait pas l'impression que leur pays avait été vaincu militairement mais qu'il avait été trahi par les politiciens. L'empereur (Guillaume II) avait abdiqué le 9 novembre 1918, une république était proclamée. Des élections pour une assemblée nationale constituante eurent lieu le 19 janvier 1919 et une constitution fut adoptée le 31 juillet 1919. Durant des mois, il y eut de graves désordres en Allemagne : grèves, manifestations, émeutes … Le parti communiste allemand avait été créé le 1er janvier 1919 par scission du parti socialiste. Une grève générale avait été déclenchée dans tout le pays le 5 janvier 1919 (jusqu'au 12 janvier). Le 15 janvier Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, principaux dirigeants du nouveau parti communiste, étaient assassinés. La situation à Berlin étant insurrectionnelle, le nouveau gouvernement républicain s'installa à Weimar, au centre de l'Allemagne (dans le land de Thuringe, capitale Erfurt), ce qui fit appelé ce régime du nom de « République de Weimar ».

Les Allemands comme les autres belligérants durent reconvertir les industries de guerre, faire face à la démobilisation et prendre en charges les mutilés et blessés. Pour faire face sur tous les fronts, les Allemands avaient mobilisé plus de 13 millions d'hommes et avaient eu 2 millions de morts et plus de 4 millions de blessés.

En outre les Allemands durent commencer à payer les indemnités prévues dans le traité de Versailles. Comme ils ne le pouvaient pas, les armées française et belge envahirent la Ruhr dont ils prirent le contrôle à compter du 11 janvier 1923. Les travailleurs allemands répondirent par la grève et la résistance passive. L'économie allemande s'écroula. Une inflation galopante sans précédent dans l'histoire en fut la conséquence. Ainsi, par exemple, le 30 novembre 1923, pour poster une lettre courante en Allemagne, cela coûtait 30 milliards de marks !

Les Alliés durent avoir peur d'une prise de pouvoir par les communistes comme en Russie. Ils renégocièrent avec les Allemands. Cela se traduisit par le traité de Locarno signé le 16 octobre 1925.

Entre-temps, une nouvelle monnaie avait été créée pour remplacer les milliards de marks. L'Allemagne commença à aller moins mal à défaut de dire mieux, lorsque survint le jeudi noir de Wall-Street (24 octobre 1929) et la grande crise économique qui suivit. L'Allemagne fut touchée comme les autres pays et les chômeurs se comptèrent par millions.

Dans ce contexte, comment s'étonner que les Allemands aient suivi le pantin Hitler lorsqu'il sortit de sa boîte !

4-La situation de l'Italie : Au début de la guerre de 14, l'Italie était encore alliée de l'Allemagne. Voir la fiche N°161 : « L'Italie et la guerre de 14 »http://jean.delisle.over-blog.com/2014/02/l-italie-et-la-guerre-de-14-n-161.html. Puis l'Italie était entrée en guerre aux côtés des Alliés contre d'importantes promesses d'extensions territoriales (traité de Londres du 26 avril 1915 et accords de Saint Jean de Maurienne du 26 avril 1917). Une fois la guerre terminée non seulement les promesses ne furent pas tenues mais l'Italie fut mal traitée lors de la conférence de Paris. Les Italiens qui combattirent, surtout contre l'Autriche, avaient mobilisé 5.600.000 hommes. Ils avaient eu 1.200.000 tués (civils et militaires) et 950.000 blessés. Ils méritaient d'être considérés. Or, voici ce que l'on trouve sous la plume de Georges Suarez dans « Briand » tome V publié en avril 1941, chapitre I, extraits :

« L'attitude de l'Italie à la conférence de la Paix fut la première manifestation symbolique du désaccord (entre les anciens Alliés). Toutes sortes de raisons, d'ordre interne, la poussaient à rechercher de nouvelles victoires diplomatiques. La misère était grande. Les matières premières manquaient. La lire était dépréciée. Les anciens combattants, au retour des tranchées, avaient vu les parvenus de la guerre étaler un luxe provocant ; leurs places étaient prises par d'autres, qui s'étaient dérobés au devoir militaire ; ceux dont le départ au front avait interrompu les études ou l'apprentissage , avaient perdu le ressort nécessaire pour embrasser un nouveau métier. Ceux qui revenaient du front avec des galons, croyaient déchoir en acceptant des emplois trop modestes. Cette clientèle de mécontents survenait à point pour restituer des forces au parti socialiste. Celui-ci avait été résolument l'adversaire de l'intervention italienne dans la guerre...

Malheureusement, écrira Marguerite Sarfatti, la biographe de Mussolini, ceux qui nous dirigeaient n'avaient pourvu à rien. Plus perspicace, la France assurait à ses soldats une récompense matérielle et morale : un défilé et un pécule. Chez nous, même la proposition d'attribuer dix lires aux hommes pour chaque mois de front était repoussée. Et pendant que les troupes bleu-horizon défilaient aux Champs-Elysées, devant le monde entier, l'armée gris-vert se dispersait triste et déçue par tout le pays.

Bientôt éclatèrent des troubles sociaux alimentés à la fois par la propagande bolcheviste et celle d'un étrange mouvement national et révolutionnaire qui se formait au sein du socialisme. Déjà, il avait un nom : le fascisme et un chef : Mussolini... ».

La situation trouvée par les soldats italiens rentrés du front et décrite par Suarez dut être celle de tous les soldats de tous les pays qui furent en guerre. Puis Suarez publie une lettre reçue par Briand d'un correspondant français qui se trouvait à Rome lorsque se déroulait la conférence de Paris. La voici :

« Lorsque le président Wilson lança son message au peuple américain (ce message proposait la création d'un Etat -Etat libre de « Fiume », actuelle Rijeka- alors que cette zone était revendiquée par l'Italie) et que MM. Orlando et Sonnino (les représentants italiens à la conférence de Paris) décidèrent de quitter Paris pour se présenter devant le Parlement (italien), l'alliance avec la France et l'Angleterre était encore intacte....

Les partisans d'une entente étroite avec la France mettaient tout leur espoir dans notre intervention et considéraient que celle-ci se produisant en faveur de l'Italie dans un moment aussi grave de son histoire, aurait pour résultat de consacrer d'une manière définitive les liens d'alliance qui ont uni les deux pays pendant la guerre.
D'autre part, les germanophiles et les neutralistes, confiants dans notre maladresse et notre imprévoyance, disaient bien haut que les événements allaient permettre d'apprécier la valeur de notre amitié. Si la France n'aidait pas l'Italie, la preuve serait faite que l'orientation donnée à la politique italienne depuis quatre ans était mauvaise, qu'il n'y avait rien
à attendre de nous....

Les délégués italiens n'attendaient qu'une parole pour revenir à Paris ; cette parole ne leur a pas été dite. Le gouvernement français n'a rien fait pour hâter leur retour à la Conférence, alors qu'une intervention amicale dans ce sens aurait été d'autant plus appréciée qu'elle était plus désirée.

Deuxième faute : pendant que les délégués italiens sont à Rome, on agit à Paris comme si l'Italie avait rompu l'alliance.

On a laissé clairement entendre que, si l'Italie est absente, on signera sans elle la paix avec l'Allemagne. Les délégués allemands sont convoqués ; l'Italie est amenée à se demander si les Alliés ne vont pas violer le Pacte de Londres. L'opinion s'inquiète. La France et l'Angleterre vont-elles manquer à leurs engagements ? Le seul fait que cette question ait pu être posée a suffi à déterminer dans l'opinion publique une amertume et un ressentiment profonds à l'égard des Alliés et plus particulièrement de la France. Les Italiens considèrent en effet qu'ils nous ont rendu un double service : la neutralité et l'intervention. Ils s'attendaient à être payés de retour. A l'heure de la paix, ils constatent au contraire qu'on est prêt à signer sans eux. Leur indignation se manifeste alors ouvertement ; la Conférence siégeant à Paris sous la présidence d'un Français, c'est la France qu'on rend responsable.

Troisièmement : pendant l'absence des délégués italiens, les délégués autrichiens ont été invités à se rendre à Paris pour signer la paix et c'est le représentant français à Vienne qui a été chargé de transmettre l'invitation. Les Italiens s'en sont montrés profondément blessés. N'avons-nous pas été, ont-ils dit, les principaux adversaires de l'Autriche, n'était-il pas de la plus élémentaire convenance de nous consulter avant d'inviter les Autrichiens à la conférence de la paix ? On a vu dans cette démarche des Alliés et de la France le propos délibéré de traiter l'affaire comme si elle était sortie de l'Alliance.

Quatrièmement : la conclusion d'une alliance franco-anglo-américaine n'a fait que confirmer les Italiens dans l'idée qu'on les mettait systématiquement à l'écart. L'opinion très nerveuse à la suite des faits indiqués plus haut s'est vivement émue. L'Italie, a-t-on dit, a combattu aux côtés des Alliés ; ceux-ci concluent une alliance et ne l'invitent pas à y entrer, la condamnant ainsi à l'isolement ou à une entente avec l'Allemagne.

Cinquièmement : à propos du partage des dépouilles coloniales de l'Allemagne, on a observé que l'Italie ne figurait pas parmi les bénéficiaires...

Sixièmement : les attentions marquées dont on entoure à Saint-Germain les délégués de l'Autriche allemande impressionnent défavorablement une opinion qui nous accuse de vouloir remplacer l'ancien empire des Habsbourg par une confédération danubienne.

Septièmement : ce qui est plus grave, les journaux italiens disent ouvertement que le chef du gouvernement français est profondément hostile à l'Italie. Ils se plaignent de son attitude dans le cours de la négociation; ils reconnaissent que l'opinion française est au contraire généralement favorable à l'Italie, mais, disent-ils, M. Clemenceau est le chef du gouvernement et c'est lui qui décide ; or, dans la dernière phase de la négociation, il nous est aussi hostile qu'au début des conversations. Si l'on aboutit à un résultat, ce sera parce que les Américains auront fait preuve d'un peu de bonne volonté.

La conséquence de tout cela, c'est que la France est considérée comme la principale responsable des obstacles rencontrés par l'Italie à la Conférence. On constate que non seulement notre assistance sur laquelle on comptait a fait entièrement défaut, mais que nous avons fait opposition à la réalisation du programme italien.
Il en résulte dès à présent une sorte de rupture morale entre les deux pays et un accroissement alarmant des tendances germanophiles qui menacent de s'étendre de certaines sphères politiques à l'opinion populaire
. »

Tout ceci est un peu long, mais il m'a semblé que cela donne le ton de l'opinion italienne au sortir de la première guerre mondiale et explique pourquoi les Italiens ont suivi Mussolini et surtout pourquoi ils sont entrés dans la seconde guerre mondiale aux côtés des Allemands.

5-Situation des Etats catholiques dans les traités de paix :

Voici un texte de Suarez (même ouvrage, même tome, même chapitre) qui n'est pas habituel :

« Les historiens pouvaient constater que les traités avaient été négociés et conclus au détriment des Etats catholiques et au profit d'Etats non catholiques ; le maintien de l'unité de l'Allemagne protestante et la destruction de l'Autriche-Hongrie catholique, la Croatie catholique annexée par la Serbie orthodoxe, la Hongrie catholique dépecée par la Roumanie orthodoxe et la Tchécoslovaquie de Jean Huss. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes introduit dans les traités comme une bombe à retardement, jouait contre l'ordre romain et en faveur de la confusion générale en attendant qu'il jouât au profit de l'Allemagne nouvelle.

En somme, les négociateurs du traité avaient bien fait les choses. Ils avaient eux-mêmes suggéré à l'Allemagne de futures et belles compensations à sa défaite.»

6-conclusion :

Il y a quasi unanimité chez les historiens récents pour penser que le traité de Versailles de 1919 portait en germes les événements des années 1930/1940, c'est-à-dire la seconde guerre mondiale. Ainsi Clemenceau en voulant « saigner » l'Allemand, saigna une partie de l'espèce humaine.

Le 17 janvier 1920 eut lieu l'élection présidentielle (pour remplacer Raymond Poincaré qui ne se représentait pas). Paul Deschanel eut 734 voix, un nommé Jonnart 66 et Clemenceau 56. Aristide Briand était passé par là!

Par 2 fois Clemenceau avait fait chuter un gouvernement dirigé par Briand; par 2 fois Briand empêcha Clemenceau de devenir président de la République.
Voici le commentaire que fait Suarez (dans "Briand", tome V, ch
apitre II)

"Le Tigre du reste donnait assez d'occasions de le critiquer ou de le détester pour que la tâche à laquelle allait se vouer Briand, en fut simplifiée.

Il apparaissait aux uns, mal préparé par son caractère, à exercer les fonctions d'arbitre qui sont celles d'un président de la République.

Il voudra, disaient-ils, mener les affaires sous les noms de ses ministres comme il l'a fait étant président du Conseil.
D'autres lui reprochaient le
traité de paix.

Tout le monde expliquaient-ils, sait aujourd'hui que son oeuvre est néfaste, qu'elle n'a résolu aucune question et qu'il faudra pendant toute la législature, l'interpréter, peut-être la modifier ou la compléter.
Sans doute ce jour là (le jour de l'élection présidentielle) un grand acte d'ingratitude fut commis. Une grande maladresse aussi. On aurait pas dû permettre que le principal auteur du traité de Versailles s'en allât ainsi, libre de toutes responsabilités, vers une définiti
ve retraite..."

Il semble donc que dès l'époque du Traité de Versailles, des gens soupçonnèrent les futurs malheurs que portait en lui ce foutu traité. Ainsi le maréchal Foch déclara lors de la signature du traité :"ce n'est pas une paix, c'est un armistice de 20 ans"!

De même, le 21 octobre 1921, à la tribune de la Chambre (des députés) Aristide Briand déclara que "la France devait s'entendre avec l'Allemagne ou se préparer à une nouvelle guerre" (rapporté par Suarez dans "Briand" tome V chapitre VI).

J.D. 25 avril 2014

Nota : fin janvier 1923, le dollar américain valait déjà 49.000 marks allemands, il en valait 109.000 fin juin, 4.600.000 début août, 98 millions fin août, 25 milliards en octobre et 4.200 milliards en décembre.

Le gouvernement allemand encourageait les travailleurs de la Ruhr à faire grève et leur versait même des subsides pour tenir. Le gouvernement français disait : "On évacuera pas la Ruhr tant que vous ne serez pas à jour des indemnités de guerre". Le gouvernement allemand répondait : "nous n'aurons pas les moyens de payer tant que vous occuperez la Ruhr". La situation se débloqua grâce à une médiation américaine (plan Dawes).

timbres allemands de 1923 en millions et en milliards de marks

timbres allemands de 1923 en millions et en milliards de marks

Le désatreux traité de Versailles N°172
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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 14:32

La première guerre mondiale ou guerre de 14 fut riche en innovations pour tuer des humains plus rapidement et surtout en plus grande quantité ! Dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres l'Empire allemand fut en avance sur les alliés. En voici deux exemples :

Les Gothas :

Dès le début de la guerre de 14 des ballons dirigeables genre Zeppelin furent utilisés pour balancer des bombes. La mort venait du ciel, c'était nouveau, mais les dirigeables étaient très vulnérables compte tenu de leur taille.

En Allemagne, l'Etat-Major avait demandé à la firme Gothaer Waggonfabrik de fabriquer des avions capables de transporter des bombes. Le premier de ces avions (un bimoteur, biplan) sortit des chaînes le 27 juillet 1915. Les modèles évoluèrent au fil de la guerre. Mais grosso-modo ces avions comportaient 3 hommes d'équipage : un pilote et 2 mitrailleurs dont l'un balançait des bombes par dessus bord manuellement (ne pas confondre manuellement et Manuel ment). Ces avions avaient une autonomie de 500 à 800 kms selon les modèles. Ces avions furent appelés « Gothas » du nom de la firme qui les fabriquait.

La première utilisation de ces bombardiers fut effectuée à l'automne 1916 sur le front de Roumanie. Ensuite sur Londres. Le 13 juin 1917, 18 Gothas partis de Gand (en Belgique) bombardèrent Londres, il y eut 162 morts et 400 blessés. Paris commença à être bombardée par les Gothas fin janvier 1918.

La grosse Bertha :

A la demande de l'armée, la firme Krupp fabriqua un canon capable de percer les défenses des forteresses. Ce canon reçut le nom de Bertha en l'honneur de Bertha Krupp et fut vite surnommé « la grosse Bertha » (Dicke Bertha pour les Allemands). Ce canon fut utilisé la première fois à Liège le 12 août 1914 et contre les autres places fortes belges (Namur, Anvers, Ypres etc). Il avait une courte portée : 14 kms mais une forte puissance. A peu près en même temps que les Gothas commençaient à bombarder Paris, un canon de longue portée commençait, lui, à canonner Paris. Les médias de l'époque aussi bien que la population confondirent ce canon longue portée (entre 110 et 130 kms) avec la grosse Bertha et attribuèrent les obus qui tombaient sur Paris à la grosse Bertha. Ce canon longue portée fut surnommé par les Allemands : « Pariser Kanonen ». Il avait un tube de 34 mètres de long. Les Allemands en utilisèrent 3 exemplaires pour bombarder Paris.

Aristide Briand tenait un journal intime dans lequel il rend compte des événements. Son témoignage sur les bombardements de Paris me parait particulièrement intéressant pour reconstituer la manière dont la population dut vivre les choses. Le voici :

*« jeudi 31 janvier 1918 : La nuit dernière les Gothas sont venus sur Paris. Ils y sont restés de minuit à une heure et demie. Nombreuses bombes un peu partout. Il y a des victimes, on parle de vingt morts et de quarante blessés. Il ne semble pas qu'un seul Gotha ait payé ce forfait »

*« vendredi 1er février : Les Gothas ne sont pas revenus. Les pertes dans le dernier raid sont de quarante-cinq morts et deux cent sept blessés »

*« samedi 9 mars : La nuit dernière les Gothas sont venus deux heures sur Paris. Nombreuses bombes sur la rive droite. »

*« mardi 12 mars : La nuit dernière, les Gothas sont revenus sur Paris. Ils étaient parait-il soixante-dix ou quatre-vingts. Nombreuses bombes. Une sur le ministère de la Guerre provoque un incendie. Pendant la durée du raid, je suis allé au Bois (de Boulogne) d'où j'ai assisté à l'attaque. Terrible canonnade. A un moment, les feux de barrage étaient au dessus du bois et j'ai entendu des Gothas passer au-dessus. Ce sont ceux qui, sans doute, sont allés jeter des bombes sur Ville-d'Avray, Saint-Cloud et Reuil. Ils avaient dû s'égarer. Les victimes sont assez nombreuses. Une panique dans une station de métro (Bolivar) a tué plus de gens que les avions allemands. »

* »samedi 23 mars : Un coup de téléphone m'apprend que Paris a été bombardé par un canon à longue portée. Cent vingt kilomètres ! Ce canon serait dans la région de Saint Gobain. »

* »vendredi 29 mars (C'était le vendredi Saint) : Un obus tombe sur l'église Saint-Gervais. Soixante-quinze morts, quatre-vingt-dix blessés. »

* »samedi 30 mars : coups de canon sur Paris »

* »dimanche 31 mars : à la chambre (des députés) vers 3 heures, une détonation dans la direction du quartier latin. C'est le canon allemand qui recommence à bombarder. Trois coups seulement espacés de quart d'heure en quart d'heure »

* »lundi 1er avril : Plusieurs obus sur Paris. Peu de victimes »

* »mardi 2 avril : la nuit dernière, à 3 heures du matin, alerte d'avions. Quelques bombes dans les XIIe et XXe arrondissements. Peu de victimes. Ce matin deux obus. »

* »mercredi 3 avril : 10 heures, un obus envoyé sur Paris. »

* »samedi 6 avril : 11 heures : un obus sur Paris, midi : un obus »

* »vendredi 12 avril : 3 heures et demie : je vais au Sénat – une explosion énorme dans le voisinage. C'est un obus. 7 heures : les obus ont continué à tomber sur Paris. »

* »samedi 13 avril : la nuit dernière, les Gothas sont venus sur Paris. L'alerte n'a pu être donnée qu'au moment où la première bombe tombait sur Paris. Le raid a duré une demi-heure. Un incendie a été provoqué rue de Rivoli à la maison du Bûcheron. Il y a de nombreux morts et blessés. »

* »dimanche 14 avril : la nuit dernière, jusque vers une heure du matin, les obus sont tombés sur Paris malgré le vent qui soufflait en tempête. »

* »mardi 16 avril : cette nuit six obus sur Paris »

* »samedi 1er juin : toutes les nuits, les Parisiens sont alertés par les Gothas »

* »mardi 25 juin : ce sont de nouveaux raids de Gothas »

* »vendredi 28 juin : Raid de Gothas la nuit dernière. Nombreuses bombes sur Paris. Sérieux dégâts. Nombreux morts et blessés. Une bombe est tombée sur la place Vendôme près de la colonne. Une autre sur le ministère de la Justice. Sérieux dégâts. »

* »samedi 29 juin : nouveau raid la nuit dernière. »

* »lundi 15 juillet : couché à la campagne. A minuit réveillé par un roulement continu au loin. Vitres tremblent. C'est le canon du front. L'offensive allemande recommence. On l'a attendue les bras croisés. »

* »mardi 16 juillet : l'offensive allemande est en effet déclenchée sur un front de 80 kilomètres. Région Dormans-Massige. Les canons continuent à faire rage. Nos troupes, parait-il, tiennent partout. »

* »lundi 11 novembre 1918, 11 heures : le canon tonne ; ce n'est plus le canon qui tue, c'est le canon pour rire, le canon d'allégresse pour la victoire. »

J.D. 11 avril 2014

nota : il est question d'Aristide Briand dans une quinzaine de notes de ce blog dont on peut trouver la liste sur la fiche N°76 :

http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

ajout du 31 juillet 2014 : Une lectrice me signale que sa mère chantait : "les Parisiens sont avertis que les Gothas sont sur Paris, ceux qui n'ont pas la gueule cassée, peuvent aller s'r'coucher!"

et précise : "pendant la guerre maman habitait Paris, et c'était la sonnerie du clairon qui sonnait la fin de l'alerte"

La grosse Bertha, illustration parue dans "Le Miroir" du 27 septembre 1914

La grosse Bertha, illustration parue dans "Le Miroir" du 27 septembre 1914

bombardements sur Paris avant les Gothas

bombardements sur Paris avant les Gothas

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 19:02

Du 5 au 7 janvier 1917, une conférence entre les Alliés se tint à Rome.

Voici les principaux participants à cette réunion :

*Pour la Russie : le général Palizine

*Pour l'Italie : Sidney Sonnino ministre des Affaires étrangères, le général Luigi Cadorna chef d'Etat-Major italien

*Pour la Grande-Bretagne : Lloyd George premier ministre, William Robertson chef d'Etat-Major britannique, le général Milne, Sir Francis Eliott ministre de Grande-Bretagne à Athènes et Maurice Hankey secrétaire du Cabinet de guerre ;

*Pour la France : Aristide Briand président du Conseil, le général Lyautey alors ministre de la guerre, le général Sarrail alors commandant du front d'Orient, Albert Thomas ministre de l'armement, Philippe Berthelot représentant le ministère des Affaires étrangères et Camille Barrère ambassadeur de France à Rome.

L'objet premier de cette conférence était d'harmoniser les positions des Alliés sur le comportement à adopter vis-à-vis de la Grèce, puis se greffa une réponse commune à apporter à Woodrow Wilson président des Etats-Unis

La Grèce :

La situation en Grèce était à ce moment là particulièrement confuse. Voir la fiche N°162 intitulée « Les Roumaines », http://jean.delisle.over-blog.com/2014/02/les-roumaines-n-162.html

A Athènes, le roi régnait encore et avait Spyridon Lambros comme premier ministre tandis qu'à Thessalonique, Eleuthère Venizelos l'ex premier ministre du roi, avait formé un nouveau gouvernement contre celui du roi et ce sous la protection des forces alliées, d'abord Français et Anglais renforcés de Russes et d'Italiens.

Fin novembre 1916, les partisans du roi (Constantin 1er, appelé aussi quelquefois Constantin XII par ceux qui le voient comme continuateur de l'Empire romain d'Orient ou Empire byzantin) menaçèrent les délégations de l'entente à Athènes. Des unités de marins Français et Anglais débarquèrent. Ils furent attaqués par la population grecque le 1er décembre 1916 ce qui est souvent connu sous le nom de « vêpres grecques » par analogie avec les « vêpres siciliennes » (massacre de Français en Sicile les 30 et 31 mars 1282 aux cris de : « Morta Alla Francia, Italia Aviva » d'où serait dérivé le mot MAFIA) . Il y eut à Athènes, 69 morts et 160 blessés parmi les marins français, tandis que les Anglais perdaient une quarantaine de marins. L'amiral français Dartige demanda à la marine de tirer sur Athènes. Quatorze obus furent tirés ce qui mit fin au combat mais des partisans de Venizelos à Athènes furent massacrés par les partisans du roi.

Voilà ce que décida sur ce sujet la conférence de Rome comme le rapporte Georges Suarez dans « Briand » tome IV édité en avril 1940, chapitre III :

« Restaient à régler, en ce qui concerne la Grèce, les garanties politiques et militaires à imposer au roi pour assurer la sécurité de l'armée d'Orient. En outre, devait être fixé un programme de réparations et de cérémonies expiatoires pour l'offense faite aux alliés le 1er décembre 1916. Au point de vue militaire, on décida l'envoi de deux divisions françaises de renfort qui traverseraient l'Italie et s'embarqueraient à Tarente pour gagner au plus tôt la Grèce. Au point de vue politique, toutes les mesures formulées dans l'ultimatum du 31 décembre devaient être exécutées dans le plus bref délai. Les troupes constantiniennes devaient être désarmées et maintenues dans le Péloponèse. Les vénizelistes arrêtés devaient être relâchés et dédommagés. Les excuses officielles du gouvernement grec pour les événements du Zappeion devaient être formulées au cours d'une prise d'armes : les troupes de la garnison d'Athènes conduites par leur chef, défileraient devant les détachements alliés et inclineraient leurs drapeaux devant ceux de l'Entente. Quarante-huit heures étaient accordées au roi pour accepter ces conditions. »

Le roi accepta l'ultimatum (livraison de batteries de canons aux forces alliées) le 9 janvier, la cérémonie expiatoire eut lieu le 29 janvier. Les soldats grecs conduits par le prince André défilèrent sur la place du Zappeion et inclinèrent leurs drapeaux devant les drapeaux alliés.

Finalement suite à un nouvel ultimatum des Alliés le 11 juin 1917, le roi Constantin abdiqua, Venizelos redevint premier ministre de tous les Grecs et la Grèce entra en guerre aux côtés des Alliés le 2 juillet 1917.

Woodrow Wilson :

Il fut réélu président des Etats-Unis le 7 novembre 1916. Les nécessités de la campagne électorale américaine lui avaient fait mettre de côté ses démarches diplomatiques pour une médiation en Europe.

Les Allemands l'avaient finalement devancé. Le 12 décembre 1916 le chancelier allemand Bethmann-Hollweg avait, du haut de la tribune du Reichstag, lancé un appel à la paix.

L'empereur d'Autriche François-Joseph 1er était décédé le 21 novembre 1916 après quasiment 68 ans de règne et son successeur (Charles) manifestait, dès le 22 novembre, des sentiments plus pacifistes qui firent craindre aux Allemands que les Autrichiens négocient une paix séparée.

Le 5 novembre 1916, l'empire allemand et l'empire d'Autriche avaient reconstitué un Etat polonais avec monarchie héréditaire et constitutionnelle. Guillaume II avait espéré que cela inciterait de nombreux Polonais à s'engager dans l'armée allemande, mais ce ne fut pas le cas.

Les Allemands avaient peut-être aussi commencé à comprendre qu'avec leurs immenses empires coloniaux, Français et Anglais tiendraient plus longtemps qu'eux.

L'appel du chancelier allemand avait été transmis aux Alliés. Lors d'une réunion tenue à Londres le 26 décembre 1916, ceux-ci répondirent négativement à la proposition allemande. Au point où en étaient les choses, ils ne concevaient plus la fin de la guerre autrement que par une victoire. Le nouvel empereur d'Autriche fit lui aussi des avancées vers la France et l'Angleterre mais reçut la même réponse que les Allemands.

Une autre attitude des Alliés, en cette fin d'année 1916, aurait-elle modifié les événements des années 1930/1940 ? Qui peut répondre ? Mais il n'est pas interdit de se poser la question.

C'est le 20 décembre 1916 que le Président Wilson lança à tous les belligérants son appel à la paix. Les Allemands répondirent les premiers et voici la réponse élaborée à Rome par les Alliés et qui fut transmise le 10 janvier 1917 aux Etats-Unis et telle qu'elle est rapportée par Suarez (livre cité, même tome, même chapitre) ; cette réponse détaille les conditions exigées par les Alliés pour aboutir à la paix :

«1°) Restauration de la Belgique, de la Serbie et du Monténégro avec les dédommagements qui leur sont dus ; évacuation des territoires français, russes et roumains occupés par les puissances centrales avec de justes réparations.

2°) Respect du droit des nationalités, comportant la restitution des provinces ou des territoires autrefois arrachés aux Alliés par la force ou contre le vœu des populations ; Alsace-Lorraine, etc... ; libération des Italiens, des Slaves, des Roumains, des Tchécoslovaques de la domination étrangère, affranchissement des populations soumises à la sanglante tyrannie des Turcs ; rejet de l'empire ottoman en Asie ;

3°) Réorganisation de l'Europe, c'est-à-dire établissement d'un régime qui assurerait aux petits Etats comme aux grands la peine sécurité et la liberté de développement économique et qui permettrait, par des conventions appropriées de garantir les frontières terrestres et maritimes contre les attaques injustifiées ».

Une telle réponse n'était pas faite pour ouvrir des négociations. Elle est cependant intéressante à méditer sur bien des points. Elle est le reflet du sentiment des participants à la conférence de Rome en janvier 1917 et compte-tenu qu'il leur fallut concilier leurs différents points de vue.

Le 30 janvier 1917, le gouvernement allemand notifiait officiellement aux Etats-Unis la reprise de la guerre sous-marine à outrance. On connaît la suite.

J.D. 16 mars 2014

La récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 intitulée : « blog, liste des articles » références : http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

Les Peaux-Rouges dans la première guerre mondiale, photos "Le Miroir" du 26 août 1917;

Les Peaux-Rouges dans la première guerre mondiale, photos "Le Miroir" du 26 août 1917;

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 18:48

Le 5 février 1916 Sharp, ambassadeur des Etats-Unis en France, avait invité Aristide Briand à dîner en compagnie du colonel américain House. Ce colonel était un ami personnel du Président Wilson et il avait été envoyé faire le tour des capitales européennes en guerre à une époque où Wilson pensait encore que sa médiation permettrait d'arrêter la guerre.

1-Le contexte :

Woodrow Wilson (Thomas Woodrow Wilson 1856/1924) fut président des Etats-Unis du 4 mars 1913 au 4 mars 1921. Il avait été élu en 1912 au titre du parti démocrate, quoique n'ayant pas obtenu 50 % des suffrages exprimés, mais les voix républicaines s'étaient partagées entre 2 candidats.

Le 4 août 1914, les Etats-Unis avaient proclamé leur neutralité dans la guerre qui venait d'éclater en Europe.

L'empire allemand avait commencé une guerre « sous-marine » pour isoler l'Angleterre tandis que l'Angleterre pratiquait le blocus de l'Allemagne. Le 7 mai 1915, un sous-marin allemand torpillait un transatlantique britannique le Lusitania, au large de l'Irlande. Ce qui fit environ 1200 victimes dont plus de 100 passagers de nationalité américaine. Les Etats-Unis protestèrent auprès de Berlin. Le gouvernement allemand présenta des excuses. En fait, en 1972 (près de 60 ans plus tard) l'amirauté britannique reconnaissait que le Lusitania en plus des passagers transportait des armes et des munitions.

Le 7 novembre 1916, Woodrow Wilson était réélu président des Etat-Unis. Il avait fait sa campagne sur le thème « nous ne sommes pas en guerre grâce à moi ».

La guerre sous-marine allemande se poursuivit, d'autres navires transportant des passagers furent coulés comme le Sussex le 24 mars 1916.

En même temps, si les Etats-unis n'étaient pas entrés en guerre, ils avaient commencé à livrer armement et munitions aux pays de l'Entente. Des américains d'origine germanique sabotèrent des stocks d'armes ou de munitions destinés à l'Europe en guerre contre l'Allemagne. Cela acheva d'exaspérer l'opinion publique américaine. Le président Wilson lui-même désespérant de parvenir à stopper la guerre par la médiation pencha pour l'entrée en guerre des Etat-Unis.

Le 3 février 1917, il annonça la rupture des relations diplomatiques avec l'Allemagne. Le 6 avril le Congrès votait la guerre, le 18 mai était institué le service militaire obligatoire aux USA.

Le 13 juin 1917, le général Pershing et son Etat-Major débarquaient à Boulogne-sur-Mer et c'est le 26 juin à Saint Nazaire qu'arrivait la première division d'infanterie américaine.

Près de 2 millions d'Américains arrivèrent de juin 1917 à l'armistice, renversant le rapport des forces avec l'Allemagne. Dans le même temps les alliés de l'Allemagne à l'est (Bulgarie, Autriche, Empire ottoman) cédaient du terrain partout. L'Allemagne dut capituler et ce fut la fin de la guerre.

En janvier 1918, le président Wilson avait fait devant le Congrès américain un discours en 14 points sur les conditions de la paix. Ce discours servit de base aux traités d'après guerre. Dans les 14 points, le président Wilson préconisait la création d'un organisme d'arbitrage international et après la guerre, Wilson employa toute son énergie pour la création de cet organisme qui vit le jour sous le nom de Société des Nations (S.D.N. Ancêtre de l'ONU). Pour cette action, le président américain reçut le prix Nobel de la paix en 1919.

Paradoxalement, les Etats-Unis n'adhérèrent pas à la S.D.N.

2-le dîner du 5 février 1916 :

Le compte-rendu de cette rencontre fut fait par Georges Suarez dans « Briand » tome III (publié en mars 1939) chapitre XI. En rappelant que Suarez fut le premier auteur à avoir accès à toutes les archives d'Aristide Briand qui étaient conservées par sa nièce. Suarez fut en outre l'auteur d'une biographie sur Clemenceau et connu les archives de Poincaré. Il est probablement l'auteur qui eut la connaissance la plus complète des événements de ce temps tout au moins pour la France. Voici ce compte-rendu :

« Après le dîner, le président du Conseil et le messager américain se retirèrent dans un salon pour parler librement. House rappela les deux visites qu'il avait faites en Europe à la veille de la guerre. Et il posa la question :

-Pouvait-on à ce moment là éviter la catastrophe ?

Briand émit un doute : J'ai été invité, vers cette époque, aux régates de Kiel. Je me suis souvent demandé si je n'ai pas eu tort de décliner l'invitation. Ma visite aurait-elle pu modifier les sentiments de Guillaume II ? C'est peu probable, mais le doute subsiste.

House aborda ensuite un sujet qui lui était cher. Il compara les régimes qui gouvernent les peuples en guerre et conclut que dans les périodes exceptionnelles une autocratie a l'avantage sur la démocratie.

-Mais vous-même, fit Briand vous êtes en démocratie.

-Oui, mais aucun monarque du vieux continent n'est aussi puissant que notre président pendant la durée limitée de ses fonctions. Et House cita comme exemple les difficultés et les lenteurs qu'il rencontrait en Angleterre et en France pour arracher à l'administration des décisions et des conclusions. Aux Etats-Unis et en Allemagne nous obtiendrons des résultats plus définitifs dans l'espace d'un jour qu'en un mois en Angleterre ou en France.

Quand ils abordèrent l'examen de la situation d'ensemble, House entendit avec stupéfaction Briand qui disait :

Si l'Allemagne n'avait pas déclaré la guerre en 1914, elle eût réalisé pacifiquement la conquête du monde. La France qui était assez riche pour s'offrir ce luxe, se laissait aller à la paresse et à l'indifférence. L'Allemagne qui ne pêche pas par manque d'initiative eût finalement dominé Britanniques et Français.

La conversation en resta là. House, dans ces contacts, évitait d'effleurer les raisons précises de sa mission et de dévoiler son plan. Il voulait d'abord créer l'atmosphère. Il y était parvenu et il en eut la preuve quelques jours plus tard. Dans un article de l'Homme enchaîné, Clemenceau avait vivement attaqué le président Wilson. Sur les instructions de Berthelot l'article fut censuré .

Ce ne fut que le 7 février, que House dévoila à Briand le désir du président Wilson d'offrir sa médiation. Il insista sur les faiblesses inhérentes au régime démocratique, qui mettaient les Alliés en état d'infériorité vis-à-vis des Allemands et sur les inconvénients incalculables que pourrait engendrer une paix séparée.

Nous sommes capables, nous, Américains, de veiller sur nos propres intérêts et de la façon qui nous plaît, mais nous sommes inquiets de l'avenir des gouvernements démocratiques. Le moment ne parut pas opportun à Briand pour engager des pourparlers de paix. House résuma sa tactique en quelques mots.

-Attendons, fit-il ; si ce printemps ou cet été vous remportiez des succès, nous n'aurons pas à intervenir. Si vous situation empire ou reste stationnaire, nous pourrons entrer dans le jeu. »

3-commentaires :

Clemenceau fut président du Conseil du 16 novembre 1917 au 18 janvier 1920. Il termina donc la guerre et déploya beaucoup d'énergie, ce qui lui valut d'être surnommé « le Père la Victoire ». Mais il tira la couverture à lui et effaça les mérites dans la guerre du président de la République (Poincaré) et d'Aristide Briand qui avait été président du Conseil de 1909 à 1911 puis 2 mois en 1913 et du 29 octobre 1915 au 17 mars 1917. Il avait obtenu l'investiture devant les Chambres le 3 novembre 1915 par 515 voix sur... 515 ; fait probablement unique dans l'histoire des 5 Républiques françaises

Briand fut à l'origine de l'allongement du service militaire et de l'augmentation des crédits de la défense à l'approche de la guerre. Il était président du Conseil lors de la bataille de Verdun et lors de la bataille de la Marne, il est à l'origine de l'organisation de l'armée d'Orient et de l'unité de commandement sur le front entre les Alliés. C'est beaucoup.

Mais Clemenceau avait la haine tenace. Ce n'est pas sans raison qu'il avait été surnommé « le Tigre ». Il avait fait chuter le gouvernement Briand en 1913, il le poursuivit de sa vindicte ensuite. Clemenceau portait mal son nom car il était ni sot ni clément !

Clemenceau avait créé son propre quotidien qui avait commencé à paraître sous le titre de « l'Homme libre » le 6 mai 1913. Suspendu par la censure militaire le 29 septembre 1914, il reparut le 8 octobre 1914 sous le titre : « l'Homme enchaîné », titre qu'il conserva tout le temps de la guerre et cela inspira probablement le couple Maréchal lorsqu'ils firent paraître un hebdomadaire satirique à partir du 5 juillet 1916 sous le titre : »le Canard enchaîné ».

Briand renvoya l'ascenseur à Clemenceau et fit campagne contre la candidature de Clemenceau à la Présidence de la République en janvier 1920 et ce fut Paul Deschanel qui fut élu Président de la République, en remplacement de Poincaré qui ne se représentait pas.

Dans l'échange de propos le 5 février 1916 entre Briand et House, on méditera House expliquant qu'il lui faut un mois en France ou en Angleterre pour obtenir ce qu'il obtient en un jour en Allemagne ou aux Etats-Unis ! (voir la fiche N°135 sur la Constitution américainehttp://jean.delisle.over-blog.com/2013/11/la-constitution-américaine-n-135.html)

Le jugement de Briand sur l'Allemagne qui aurait dominé l'Europe sans la guerre de 14 est aussi intéressant. Guillaume 1er (1797/1888) avait été roi de Prusse à compter de 1861 puis proclamé empereur d'Allemagne le 18 janvier 1871 dans la galerie des glaces à Versailles et fortement aidé de Bismarck, il avait porté haut la puissance de l'Empire allemand et ce dans tous les domaines. Guillaume II ruina tout. Voir sur mon blog la fiche N°55 : « la fin des 4 empires » (références : http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html

Aujourd'hui, il me paraîtrait inapproprié de dire que l'Allemagne domine à nouveau l'Europe, il me semble plutôt qu'elle la porte à bout de bras.

J.D. 28 février 2014

Réception du Président Wilson et de son épouse à Paris le 14 décembre 1918, photos publiées dans "Le Miroir" du 29 décembre 1918

Réception du Président Wilson et de son épouse à Paris le 14 décembre 1918, photos publiées dans "Le Miroir" du 29 décembre 1918

à Saint Nazaire, en front de mer à la hauteur du Bd Wilson, monument en mémoire du débarquement américain de 1917, photos J.D. 21 juin 2015

à Saint Nazaire, en front de mer à la hauteur du Bd Wilson, monument en mémoire du débarquement américain de 1917, photos J.D. 21 juin 2015

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