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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 17:27

*C'est Henri IV, du Saint empire romain germanique, qui fit don du Bugey à la Maison de Savoie, en 1077

*C'est Henri IV roi de France qui récupéra le Bugey au profit de la France par le traité de Lyon du 17 janvier 1601.

moralité : comme pour les trains de la SNCF, un Henri IV peut en cacher un autre, ou si l'on préfère : deux Henri IV pour le prix d'Ain !.

Le Bugey :

le Bugey historique comprenait 3 sous-régions à cheval sur les actuels départements de l'Ain et de la Savoie :

*le Haut-Bugey qui correspond grosso-modo à l'actuel arrondissement de Nantua dans l'Ain

*le Bas-Bugey qui recouvre l'Arrondissement de Belley dans l'Ain

*le Petit Bugey situé à l'ouest de la Savoie. Lors de la dernière réforme cantonale en France, un nouveau canton appelé » « canton de Bugey savoyard » a d'ailleurs été créé en Savoie par regroupement de 3 anciens cantons (Saint Genix, Yenne et Ruffieux) décret 2014-272 du 27 février 2014

Dans l'antiquité, 3 peuples gaulois se partagèrent le Bugey :

-Les Séquanes dans le Haut Bugey, ils occupaient la Franche-Comté et débordaient sur le Bugey , leur capitale était à Besançon;

-les Allobroges dans la partie savoyarde ou proche de la Savoie. César le confirme dans la guerre des Gaules puisqu'il écrit (au livre I en 11 : « Les Allobroges qui avaient sur la rive droite du Rhône des villages et des propriétés... ». Vienne était la capitale des Allobroges ; mais toute la partie de l'Allobrogie située sur la rive gauche du Rhône avait été annexée par les Romains en -121 ;

-les Ambarres entre les deux précédents. On retrouve le nom de ces Ambarres dans ceux d'Ambérieu, Ambronay etc. Les Ambarres firent partie des nombreux peuples gaulois qui disparurent (en tant que peuples) à l'occasion de la guerre des Gaules. Le chiffre de 300 peuples gaulois avant la guerre et de 60 après, se retrouve chez plusieurs auteurs.

C'est lors de la première année de la guerre des Gaules (donc en -58) que le Bugey fut annexé par Rome. Il suivit alors le sort de Rome et de la Gaule romaine durant environ 5 siècles, puis fut intégré au royaume de Bourgogne avant de tomber sous la coupe des Francs au septième siècle.

Lorsque les petits-fils de Charlemagne se partagèrent son empire (traité de Verdun en 843), le Bugey se retrouva dans la Lotharingie avant d'être donné à la Savoie en 1077 etc.

Henri IV empereur :

Fils d'Henri III empereur germanique et d'Agnès d'Aquitaine, le futur empereur germanique Henri IV naquit le 11 novembre 1050. Henri III avant son décès le 5 octobre 1056, avait fait couronné son fils « roi de Germanie » à Aix-la-Chapelle le 17 juillet 1054. A la mort de son père, Henri avait à peine 6 ans, il régna sous la régence de sa mère et ne sera considéré comme majeur que le 29 mars 1065.

Son règne ne fut pas un long fleuve tranquille. Il dut faire face aux Saxons , aux princes allemands, aux papes successifs, à Mathilde de Toscane alliée du pape et même à ses fils.

Il s'ensuivit de nombreuses années de guerres jusqu'à ce que l'un de ses fils l'oblige à abdiquer le 31 décembre 1105. Il mourut le 7 août 1106.

Les empereurs germaniques s'étaient arrogés le droit de nommer les évêques et par ce biais ils contrôlaient aussi le pape. Mais Henri IV arriva au pouvoir au moment où le Vatican prétendit reprendre le pouvoir sur la nomination de tous les membres du clergé. Ce fut appelé « la querelle des investitures ». Henri IV parvint en janvier 1076, à réunir une assemblée d'évêques qui déposa le pape pendant que le pape excommuniait Henri IV. Il y eut dans ce temps plusieurs papes. Les princes allemands s'étant alliés au pape, Henri IV traversa les Alpes par la Savoie et le Mont Cenis pour empêcher la fusion des armées ennemies. C'est pour récompenser les Savoyards de leur aide à cette occasion qu'il leur fit don du Bugey. En outre, en 1066, Henri avait épousé Berthe, fille d'Adélaïde de Suse et d'Othon, troisième comte de Savoie.

Le pape (Grégoire VII) s'était réfugié dans un château fortifié appartenant à Mathilde de Toscane à Canossa (dans les Apennins). Isolé Henri IV dut venir faire amende honorable le 25 janvier 1077

Henri IV roi de France :

Il naquit à Pau le 13 décembre 1553 et mourut à Paris assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610.

Il est le fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret.

*Son père (1518/1562) était descendant du roi de France Louis IX (Saint Louis) et le frère du prince de Condé. Antoine de Bourbon participa au siège de Rouen pour le compte des armées catholiques. Il fut tué d'un coup d'arquebuse alors qu'il urinait contre les murailles ce qui fit dire à Voltaire : « le prince ici gisant vécut sans gloire et mourut en pissant » !

*Jeanne d'Albret (1528/1572) était par sa mère une nièce de François premier. Henri IV était donc, non seulement descendant de Louis IX par son père mais le petit-neveu de François 1er.

Jeanne d'Albret fut reine de Navarre de 1555 à sa mort en 1572. Très protestante elle se sépara de son mari lorsque celui-ci bascula dans le camp catholique. A sa mort, son fils Henri devint roi de Navarre sous le nom d'Henri III.

*Henri, à sa naissance avait été baptisé catholique, il changea plusieurs fois de camp et de religion. Il fut élevé à la Cour de France de 1561 à 1567.

*Il épousa Marguerite de Valois (la reine Margot), fille de Catherine de Médicis et d'Henri II roi de France le 18 août 1572, à une période où Henri était protestant. Son mariage attira à Paris tout le gratin du protestantisme français, ce qui permit la Saint Barthélemy le 24 août 1572. Sur la responsabilité de ce massacre des protestants, les auteurs sont divisés. L'opinion à laquelle je suis arrivé est que la responsabilité de Catherine de Médicis est évidente mais ce n'est qu'une opinion que personne n'a l'obligation de partager.

*Après l'assassinat du roi de France Henri III le 2 août 1589, Henri III roi de Navarre abjura le calvinisme en la basilique de Saint Denis le 25 juillet 1593 et fut couronné roi de France sous le nom d'Henri IV en la cathédrale de Chartres le 27 février 1594.

*Il se remaria avec Marie de Médicis le 17 décembre 1600 en la cathédrale Saint Jean-Baptiste de Lyon. Avec elle, il eut six enfants dont le futur Louis XIII.

*Henri IV eut beaucoup d'autres enfants d'une quantité de maîtresses, dont 3 enfants avec Gabrielle d'Estrées, 3 enfants avec Catherine Henriette de Balzac d'Entraigues etc etc.

Aujourd'hui, sans le savoir de nombreux citoyens et citoyennes ont le « bon roi Henri » dans leurs ancêtres !

*Il accorda la liberté de culte aux Protestants par l’Édit de Nantes le 30 avril 1598.

*Cet édit fut remis en cause en deux temps : sous Louis XIII l'édit d'Alès le 28 juin 1629 revint sur le droit des Protestants de conserver des places fortes puis sous Louis XIV, l'édit de Fontainebleau du 22 octobre 1685 (plus connu sous le nom de « Révocation de l'édit de Nantes ») leur enleva la liberté de culte.

*Après son assassinat le 14 mai 1610, Henri IV fut inhumé à Saint Denis le 1er juillet 1610. Mais sa tombe comme beaucoup d'autres fut saccagée lors de la Révolution.

Illustration :

on trouvera en illustration une carte de l'Europe en 1095, sous le règne d'Henri IV empereur germanique. J'emprunte cette carte à un article signé Jean-Pierre Fabricius et daté Janvier 2015. Elle est intéressante en soi mais elle le devient beaucoup plus si on la compare à la carte de l'Europe après le traité de Verdun en l'an 843. Lors de ce traité, les 3 petits-fils de Charlemagne se partagèrent son empire en 3, une partie « franque » : la Francie occidentale, une partie « germanique » : la Francie orientale et une partie intermédiaire qui allait de la Mer du Nord à l'Italie, qui englobait Aix-la-Chapelle et qui fut appelée « Lotharingie » parce qu'attribuée à Lothaire. Voir fiche N°248 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/07/charles-le-gros-n-248.html

En 1095, soit 2 siècles et demi plus tard, qu'est devenue la Lotharingie ?

Elle s'est évaporée, « bouffée » par la partie germanique !

J.D. 30 septembre 2016

carte de l'Europe en 1095

carte de l'Europe en 1095

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 16:37

 

LES ALLOBROGES ET L’ALLOBROGIE

A) Ce que l’on sait des Allobroges aux temps antiques

Des peuples d’origine celtique, se sont installés dans la région des Alpes, entre le VIIe et le Ve siècle avant notre ère selon de nombreux auteurs. En fait on ne sait avec précision ni leur lieu d’origine exact, ni leur date réelle de migration, ni leur parcours ou leurs étapes éventuelles avant de s’installer dans la région Dauphiné-Savoie. La limite de leur territoire n’est pas totalement connue avec certitude malgré des découvertes relativement comtemporaines, bornes milliaires romaines notamment. Ces incertitudes peuvent expliquer par exemple que Symphorien Champier en 1529 étende le territoire des Allobroges jusqu’à Narbonne ou que le dominicain Cajot Joseph écrive (dans “Les antiquités de Metz” publié à Metz chez J. Collignon en 1760) : “ Cy commence ung petit livre du Royaulme des Allobroges, dict long temps après Bourgongne ou Viennois”. Le nom “Allobroge” lui-même n’apparait qu’au IIIè siècle avant notre ère. La plupart des auteurs voient dans “Allobroges” : ALLO qui signifie Autre et BRO qui signifie Pays, ce qui en fait le peuple venu d’autres pays. Strabon (Geographie IV, I, II) écrit : “Les Allobroges vivent en village sauf les plus illustres d’entre eux qui installés à Vienne ont fait de celle-ci qui n’était précédemment qu’un village, quoique portant le titre de métropole de ce peuple, une ville bien équipée”. L’Histoire n’en découvre la trace qu’à travers leurs démêlés avec les Romains soit directement soit indirectement par Hannibal interposé.- La mention la plus ancienne qui en est faite vient de Polybe (Histoires Livre III 49 ...) à l’occasion du passage de l’armée carthaginoise à l’automne de l’an 218 avant notre ère. On trouve ensuite mention des Allobroges dans les textes :

En - 122 : lorsque les Romains firent la conquête de la Provence, les Allobroges vinrent au secours des Salyens. Ils furent vaincus une première fois dans la région d’Aix en Provence par le Consul Sextius puis à Vindalium dans le Vaucluse par Domitius Ahenobarbus (trisaïeul de Néron selon Suétone) Cette dernière bataille fit 20.000 morts dans les rangs des Allobroges. Les Romains poursuivirent les Allobroges. Domitius reçut le renfort du Consul Fabius Maximus et les Allobroges celui des Arvernes. La bataille eut lieu le 8 août -121 au confluent du Rhône et de l’Isère. Les Gaulois étaient cinq (?) fois plus nombreux que les Romains et selon les textes antiques, Bituit roi des Arvernes, aurait dit en considérant le faible nombre des Romains :”Il n’y en a même pas assez pour rassasier les chiens de mes Gaulois”. Les Gaulois furent vaincus. Selon Tite-Live et Orose, la bataille aurait fait entre 120.000 et 150.000 morts dans les rangs Gaulois. On ne sait naturellement pas quelle valeur attribuer à ces chiffres, ils expriment néanmoins une grave défaite gauloise Domitius s’empara alors de tout le territoire des Allobroges. On peut lire au sujet de ce Domitius, dans Suétone (Vies des douze Césars, Livre VI -II) : “Ayant battu les Allobroges et les Arvernes, il parcourut sa province porté par un éléphant et suivi, comme dans la solennité du triomphe, par la foule de ses soldats. C’est à son sujet que l’orateur Licinius Crassus prononça cette parole : Il ne faut pas s’étonner qu’il ait une barbe d’airain, puisqu’il a une bouche de fer, un coeur de plomb.”

En -102 : Profitant d’un passage de “barbares” en Gaule (des Cimbres et des Teutons), les Allobroges reprennent les armes contre les Romains. Ils sont “écrasés” par Marius à Pourrières (Var)

En -77 : A l’occasion des troubles provoqués en Espagne par Sertorius, diverses tribus gauloises, dont les Allobroges, se soulèvent contre Rome. Le Sénat charge Pompée de remettre de l’ordre aussi bien en Espagne qu’en Gaule, au passage. Il semble bien que la répression de Pompée en Gaule fut sanglante, y compris parmi les Allobroges : “Les Allobroges domptés...”. S’appuyant sur Cicéron (pro Fonteio) et sur une lettre de Pompée au Sénat publiée par Salluste, c’est ce qu’affirme Camille Julian (Histoire de la Gaule tome III pages 109 & 110)

En -69 : Une délégation d’Allobrogesconduite par Indutiomare se rend au Sénat de Rome pour se plaindre des exactions du prêteur (gouverneur) Fontéius. Ce Fontéius fut défendu par Cicéron et tous les auteurs contemporains qui parlent des Allobroges ne manquent pas de citer, outrés, les propos de Cicéron et particulièrement cette phrase : “tous ces barbares (les Allobroges) ne valent pas le plus vil des citoyens romains”. Mais Cicéron était, en l’occurrence, avocat et, en outre, son sentiment à l’égard des Gaulois est conforme à celui de tous les auteurs antiques aussi bien grecs que latins pour qui le Gaulois est fourbe, querelleur, vaniteux, instable, ivrogne, avide etc etc . Voir Polybe Histoires (Livre II 5 à 12, 17, 19, 32, 35, 36, livre III 49, 78,79, Livre V 2) Cicéron Discours pour Fontéius XIII, Salluste Conjuration de Catilina XL, Tite-Live Histoire Romaine XXI 20 & 52, XXII 1 & 2 , Strabon Géographie Livre IV, Silius Italicus Guerres puniques Livre III 540, Tacite Histoires Livre I - LI, Florus Oeuvres Livre I -VII,XX, XXXVII, XLV, Livre II -XXII, Ammien Marcellin Histoire Livre XV - XII. Ainsi, de Polybe auteur grec mort vers 120 avant notre ère à Ammien Marcellin latin mort vers 400 de notre ère, les jugements des auteurs antiques sont unanimes et ils mettent tous les Gaulois dans le même sac sans distinction régionale. En ce qui concerne particulièrement les populations des Alpes, nous citerons ce passage de Silius Italicus (mort en 101 de notre ère) lorsque les Carthaginois découvrent les Alpins : “Voici que surgissent des êtres à demi-sauvages, montrant entre les rochers, leurs têtes horribles et repoussantes avec leurs cheveux toujours raides de crasse...”. Aujourd’hui encore voici ce qu’on peut lire dans certains dictionnaires comme le Littré de novembre 1997 sous le mot “Allobroge” :

1 nom d’un peuple de l’ancienne Gaule occupant ce que nous appelons Dauphiné et Savoie

2 Familièrement. Un homme grossier qui manque de sens. C’est un franc Allobroge. A-t-on jamais vu pareil Allobroge”

Il n’y a que César pour ne pas dire du mal des Gaulois; il n’avait évidemment pas intérêt, pour rehausser sa propre gloire, mais l’on sait qu’il ne les épargna pas sur le terrain. Si les auteurs antiques avaient inventé le terme de “gauloiseries”, ils lui auraient donné un sens encore beaucoup plus péjoratif qu’aujourd’hui, cela semble ne pas faire de doutes.

En -66 : nouvelle révolte armée des Allobroges matée par Gaius Pison

En -63 : Une nouvelle délégation d’Allobroges se rend à Rome. C’est pendant ce séjour que se situe la conspiration de Catilinat contre le Sénat et la République; Les Allobroges contactés par les conjurés promettent leur aide, puis font prévenir Cicéron, qui, grâce aux renseignements des Allobroges peut faire échouer la conjuration (voir Salluste :”conjuration de Catilina, XL à XLIII). N’ayant obtenu aucune reconnaissance du Sénat, les Allobroges se révoltent à nouveau contre les Romains.

En -62 : Les Allobroges de la Cité de Vienne expulsent les “Italiens” de la ville. Les Romains chassés de Vienne vont s’installer au confluent du Rhône et de la Saône. C’est pour eux qu’en -43 L. Munatius Plancus (ancien lieutenant de César) lancera la construction d’une nouvelle ville : Lugdunum (Lyon) qui deviendra la capitale des Gaules.

En -61 : L’armée des Allobroges est complètement défaite par C. Pomptinus au cours de deux batailles à Ventia et Solonium (lieux mal identifiés). L’Histoire nous a laissé le nom de Catugnat dernier chef Allobroge qui en -61 périt les armes à la main avec tous ses guerriers.Il s’agit de la dernière révolte des Allobroges. Trois ans plus tard commençait la Guerre des Gaules, non seulement les Allobroges n’y participent pas, mais ils prennent même le parti des Romains puisque l’on peut lire dans la Guerre des Gaules de César (livre VII - 64, 65) :”Vercingétorix (en 52 avant notre ère) ordonne aux Héduens et aux Ségusiaves, qui sont à la frontière de la Province, de mettre sur pied dix mille fantassins; il y joint huit cents cavaliers. Il confie cette troupe au frère d’Eporédorix et lui commande d’attaquer les Allobroges... Cela ne l’empêche point de solliciter en secret les Allobroges par des courriers privés et des ambassades, car il espérait que les souvenirs de la dernière guerre n’étaient pas encore éteints dans leur esprit. Aux chefs il promet des sommes d’argent, et à la nation que toute la Province lui appartiendra... Les Allobroges organisent avec soin et diligence la défense de leurs frontières, en disposant le long du Rhône une ligne serrée de postes...”

En -48 : Des Allobroges enrôlés dans les légions de César le trahissent à Dyrrachium en Epire (dans l’actuelle Albanie) au profit de Pompée et permettent la seule victoire remportée par Pompée sur César, (Voir “La guerre Civile” de César livre III) victoire de courte durée puisque quelques jours plus tard c’est la bataille de Pharsale et la fuite de Pompée en Egypte où il trouve la mort.

En -36 : Octave (futur Auguste) accorde à Vienne le statut de colonie honoraire (c’est-à-dire sans installation de colons) de droit latin, un privilège qui permettait aux magistrats de la cité d’obtenir automatiquement la citoyenneté romaine à leur sortie de charge.

En -27 :A partir de -27, Auguste réforme l’administration des Provinces. C’est vers cette époque que toute l’Allobrogie est rattachée à la Cité de Vienne et que le nom du pays des Allobroges disparait dans les textes pour faire place à celui de “Cité de Vienne”.

C’est en l’an 61 avant notre ère (Dion Cassius XXXVII, Florus, Breviarum CIII) que la cité de Vienne fut officiellement rattachée à la Narbonnaise qui avait été créée en l’an -118 (Cicéron pour Fonteïus). Rappelons pour la clarté de l’exposé, qu’aux temps de la République, on distinguait deux Gaules : la Gaule cisalpine qui correspondait grosso modo à l’Italie du nord d’aujourd’hui (c’est par exemple le Rubicon au nord de Rimini qui servait de frontière entre la Gaule et l’Italie et que César et la treizième légion franchirent dans la nuit du 11 au 12 janvier de l’an -49 - c’est d’ailleurs la même année que la Gaule Cisalpine fut rattachée à l’Italie) et la Gaule transalpine soit la France d’aujourd’hui étendue jusqu’au Rhin. Après la création de la Narbonnaise, le reste de la Gaule transalpine fut d’abord appelée “Gaule chevelue”. C’est dans cette Gaule chevelue qu’Auguste créa entre l’an -16 et l’an -13 trois nouvelles provinces en fait trois nouvelles Gaules : l’Aquitaine, la Lyonnaise et la Gaule Belgique.

vers 39/41 (au premier siècle de notre ère), la cité de Vienne fut promue au rang prestigieux de colonie romaine honoraire, ce qui a entraîné l’octroi de la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de son territoire et une modification de la constitution viennoise. Désormais, la cité fut administrée par un conseil municipal et par trois collèges : un collège de duumvirs pour dire le droit, un collège de duumvirs du trésor et un collège de triumvirs locorum publicorum persequendorum, dont le rôle exact reste imprécis (voir Carte archéologique de la Gaule, Savoie, B. Rémy)

L’Allobrogie ne forma longtemps qu’une seule cité, celle de Vienne divisée en pagi et en vici. Cette situation perdura pendant plus de trois siècles, jusqu’à ce que Genève et Grenoble soient élevées au rang de cités. Certains auteurs (par exemple A. Prud’homme dans “Histoire de Grenoble” en 1888) pensent que cela eut lieu sous Gratien donc vers 379/38O; d’autres, ce qui est plus probable, que l’événement est contemporain de Dioclétien vers 286/293 (voir B. REMY : “Dioclétien et la Tétrarchie” Que-sais-je 1998 page 64).C’est également sous Dioclétien et à l’occasion d’une réforme générale de l’empire que les Allobroges sont rattachés à la tribu “Voltinia”. La frontière entre la cité de Grenoble et celle de Genève passe juste au nord d’Aix-les-Bains.

B) La perception actuelle des Allobroges

Les Allobroges connaissent une certaine résurrection dans les temps récents; citons, sans prétendre, et de loin, pouvoir être exhaustif :

* Dès 1535, Aymar du Rivail publiant un livre sur la région l’intitule “De Allobrogibus”,

* en 1623, J.B. Cabias cite “le docte Bremius Professeur dans l’Université de Paris”, qui parlant des bains d’Aix, les appelle “les eaux du pays Allobroge”,

*Les Savoyards de Paris avaient créé un club des Allobroges qui se transforma en une “légion des Allobroges” armée en août 1792, commandée par le Capitaine Dessaix (qui deviendra général d’Empire), elle se joignit à l’armée française lors de la conquête de la Savoie en septembre 1792; (Voir “La Savoie Historique” par Joseph Dessaix, chez Perrin à Chambéry en 1854, tome 1 page 356). A la même époque les Suisses francophones avaient créé à Paris un “club helvétique” dont les membres se joignirent à la légion des Allobroges.

Signalons pour être impartial que cette armée des Allobroges n’eut pas toujours un rôle glorieux, ainsi, lorqu’elle fut envoyée en 1793 par les Conventionnels contre la population de l’Isle sur la Sorgue (Vaucluse). On peut lire en effet dans l’histoire de cette ville : “Les Allobroges dirigés par le chef d’escadron Doppet pillent tuent incendient”.

*la constitution d’une “Assemblée Nationale des Allobroges” proclamée à Chambéry le 23 octobre 1792 par les délégués de toutes les communes de Savoie. Cette assemblée gouverna la Savoie jusqu’à l’annexion à la France, consacrée par un décret de la Convention nationale du 28 novembre 1792;

* On ne compte pas le nombre d’associations, de clubs ou d’entreprises qui ont le mot “Allobroges” dans leur raison sociale, comme le bateau croisière “L’Allobroge” sur le lac d’Annecy (en 1877, un voyageur Charles Besançon signale déjà un bateau nommé Allobroge sur le lac d’Annecy). La création au XIXè siècle d’une Société de crédit “Les Allobroges”, puis en 1919, d’une chaîne de magasins “L’ Allobroge” dont le siège était à Chambéry, absorbée par Genty-Cathiard dans les années 1980 et d’une confiserie et chocolaterie de luxe “l’Allobroge” à Chambéry, ancêtre de la chocolaterie Coppélia; le groupement d’achats “Le rucher des Allobroges” à Barberaz; le centre commercial “les Allobroges” à La Motte Servolex ; le nouveau centre commercial “Courier” ouvert en mars 2001 près de la gare d’Annecy et qui porte le “Chant des Allobroges” gravé dans la pierre en couronne au dessus d’une quinzaine de magasins, (ce chant fut composé par Joseph Dessaix en 1856)

*la dénomination donnée par les communes à des rues, avenues etc; ainsi, l’on trouve un quai des Allobroges aussi bien à Grenoble qu’à Chambéry ou Albertville, une rue des Allobroges à Corbas (dans le Rhône, au sud de Lyon), à Charvieu-Chavanieux (dans l’Isère, entre le Rhône et Satolas), Seyssins, Brignoud, Challes-les-Eaux, La Motte Servolex, Annecy, Saint Cergues, Sallanches, Marnaz, Annemasse, Ville-la-Grand, Megève, ou Genève et Carouge (pour Genève et Carouge, il s’agit d’une seule rue à cheval sur les deux villes), une avenue des Allobroges à Thonon-les-Bains, un pont des Allobroges et une avenue du même nom à Romans, une impasse des Allobroges à Beaurepaire, une place des Allobroges à Vienne, un boulevard des Allobroges à Bonneville, un faubourg des Allobroges à Bons-en-Chablais et à Bonne, une allée des Allobroges et un mail du même nom à Pringy (au nord d’Annecy). La palme de la cité la plus “allobrogique” devant revenir à Cluses qui posséde une place des Allobroges, un passage des Allobroges, une impasse des Allobroges et une maison des Allobroges.

* la réalisation en 1892 par Gustave de Beaumont pour l’Arsenal de Genève d’une fresque “nos ancêtres Les Allobroges” (représentée dans la revue “L’Alpe” N° 17 - automne 2002).

*Citons également la Revue “L’Allobroge” revue scientifique et littéraire des Alpes françaises et de la Savoie d’Eugène Bonnefous à Grenoble de 1840 à 1842; Sabaudia revue historique...du pays des Allobroges et de l’ancien duché de Savoie éditée à Chambéry en 1872 et l’ancien organe communiste régional “Les Allobroges” (organe d’abord clandestin créé par la résistance en février 1942, qui devint public comme organe communiste à la Libération, puis se transforma en supplément départemental à “L’Humanité” à partir de 1948. En 2001 il n’existait plus que “Les Allobroges savoyards” et “Les Allobroges de la Drôme” qui dépendent de leur fédération départementale communiste respective). En Savoie, la fête annuelle du Parti communiste s’appelle d’ailleurs la “fête des Allobroges”.

*l’ensemble H.L.M. “Les Allobroges” à La Tour du Pin et à La Motte-Servolex, l’agence chambérienne “les Allobroges” de l’OPAC (Office d’H.L.M. de la Savoie), du centre social “Les Allobroges” à Villette d’Anthon -sur le bord du Rhône au nord de Satolas-, de la maison de retraite “Les Allobroges à Chaponnay (Rhône), de la M.J.C. “Les Allobroges” à Grenoble, du collège “Les Allobroges” à La Roche-sur-Foron, de l’école élémentaire et maternelle “Les Allobroges” à Pont de Beauvoisin (Savoie), de l’école des Allobroges à Genève (quartier des Acacias), de la salle municipale “Les Allobroges” à Annecy et à Chambéry, du parking des “Allobroges” à Albertville, de la loge “L’Allobroge” d’Annecy du Grand Orient de France fondée en 1860, et ce malgré le portrait peu flatteur qu’en ont laissé les textes antiques. Le report sur une carte de toutes les villes qui ont donné le nom “Allobroges” à un établissement ou à une rue etc permettrait presque de délimiter le territoire de ce peuple antique.

*Signalons encore l’intéressante exposition consacrée aux Allobroges au Musée Dauphinois de Grenoble du 11 octobre 2002 au 15 septembre 2003, puis successivement au Musée savoisien de Chambéry, au Musée-château d’Annecy, au Musée d’Art et d’Histoire de Genève, et au Musée de Saint-Romain-en-Gal/Vienne.

Témoin de cette renaissance de l’Allobrogie, une étiquette prise en 2001 sur une bouteille de vin et intitulée :”Vin de pays d’Allobrogie”, (appellation réglementée par un arrêté ministériel d’avril 1976 et quelques textes d’application).

Rappelons que Pline l’Ancien (mort en 79 pendant l’éruption du Vésuve) parlait déjà du vin des Allobroges dans “histoire naturelle” (IV-12), en précisant qu’il s’agissait d’un vin au goût de poix délicieux sur place et méconnaissable ailleurs. Columelle écrivain latin du Ier siècle après Jésus-Christ, dans son “traité d’agronomie” (XII-23), célébrait lui aussi les vins de l’Allobrogie appréciés par le plus célèbre des gourmets romains : Luculus le Raffiné. On sait également que ces vins étaient servis sur la table d’Antoine. Citons encore le plus ancien témoignage, celui de Celse médecin latin, qui au tout début de notre ére, parle du “vinum allobrogicum” dans son traité de médecine et le recommande comme remède aux maux d’estomac. Les publicistes semblent en outre avoir retrouvé les vertus des tribus antiques comme symbole des produits naturels, puisque nous avons pu acheter en avril 2001 dans un hypermarché Carrefour un poulet fermier label rouge de la marque : “Délice des Allobroges”. On trouve même des établissements commerciaux au nom des Allobroges en Tarentaise par exemple, alors que ce territoire n’était pas Allobroge, mais il est vrai, que le “Chant des Allobroges” est bien celui des habitants des trois départements des Alpes du Nord. Pour preuve : en novembre 2001, à la caserne des chasseurs alpins de Vars, les soldats l’ont chanté lors d’une cérémonie clôturant la fin du service militaire obligatoire.. On trouve de même une rue des Allobroges à Chamonix ou en Maurienne à Epierre, La Chambre et Saint-Jean-de-Maurienne. A Turin (Torino) au centre de la piazza San Carlo, trône une statue équestre du Duc Emmanuel-Philibert. C'est ce duc qui transféra la capitale des Ducs de Chambéry à Turin en 1562. Sur l'inscription qui se trouve sous la statue, le duc a le titre « d'Allobrogum Duci » (Duc des Allobroges). Cela semble bien confirmer qu'au fil des siècles, l'ensemble du Duché de Savoie s'est identifié comme l'ancien territoire des Allobroges.

Sur la perception contemporaine des Allobroges, on peut encore citer Jules Verne qui en 1879 parle de “l’intelligente tribu gauloise des Allobroges” ou un journaliste parisien originaire de la Meuse (Victor Fournel), qui à l’occasion d’un passage à Aix-les-Bains en septembre 1868 écrit : “Dans l’après-midi, un âne superbe, lauréat du concours de Madame Rattazi, m’a promené quatre heures, avec la démarche imposante et la gravité d’un Allobroge”.

Il semble cependant que la “survivance” régionale des Allobroges s’arrête aux limites du Rhône, car nous ne trouvons plus d’appellation “Allobroges” sur la rive droite du Rhône, ni pour des noms de rues, ni pour des enseignes commerciales. Par contre, l’importante émigration de Savoyards ou de Dauphinois restés attachés à leurs racines, explique que l’on retrouve des appellations “Allobroges” très loin de l’Allobrogie, témoin le livre édité en 1935 (à Blois imprimerie de Grandpré) par Françoise Mournaud et Marie Madeleine de Verchère et intitulé : “Les Allobroges au Canada”; on peut encore citer pêle-mêle, à titre d’exemples : un Boulevard des Allobroges à Toulon, un mail des Allobroges à Meaux (Seine-et-Marne) une allée des Allobroges à Colomiers (Hte Garonne), une résidence des Allobroges à l’Opac de Dijon, une agence “Allobroges immo” à Nogent sur Marne, un club de gymnastique à Nîmes “Les Allobroges Nîmois”, un bar tabac “Les Allobroges” à Antibes (06) ou un bar “Les Allobroges” à Roquebrune Cap Martin (O6), ou encore un restaurant “Les Allobroges” à Paris rue des Grands Champs (20è) et qui avait à son menu (en mai 2003) : “Souris d’Agneau à l’Ail confit Les Allobroges”

Cet attachement collectif aux anciens Allobroges, a piqué notre curiosité, et nous nous sommes demandés si il s’agissait d’une spécificité proprement régionale ou d’un phénomène plus général. La comparaison avec les Arvernes ne semble pas pertinente compte tenu de la stature nationale de Vercingétorix. Non seulement à cause de sa statue qui trône place de Jaude à Clermont-Ferrand, ou du timbre émis à son effigie par la Poste française en 1966 dans la série “Les grands noms de l’Histoire”, mais aussi parce qu’il a donné son nom à une rue de Paris (dans le 14è), à une place de Grenoble etc etc. Le nom de Vercingétorix est probablement le seul nom gaulois connu de tous les Français, (sans parler bien sûr et par Toutatis des personnages de bandes dessinées). Le nom de Brennus, par exemple ne doit être connu que des joueurs de rugby, et encore savent-ils à qui cela correspond ?

Nous avons donc tenté une comparaison avec les Carnutes, autre peuple gaulois qui fut célèbre pour au moins deux raisons : - c’est sur le territoire des Carnutes que se tenait la réunion annuelle des Druides et les Carnutes furent parmi les premiers et aussi parmi les derniers (même après Alésia) à combattre les Romains pendant la guerre des Gaules. Ils donnèrent même du fil à retordre aux Romains, par exemple en massacrant en -52 tous les citoyens romains de Genabum (Orléans). Leurs derniers chefs (Gutruat et Conconnetodumn) meurent comme Catugnat les armes à la main avec tous leurs guerriers. Le territoire des Carnutes est moins bien défini que celui des Allobroges. Il semble cependant correspondre à l’ancienne province de l’Orléanais. Cette province fut divisée en trois départements : le Loiret, le Loir-et-Cher et l’Eure-et-Loir, ce qui représente un territoire de 19.000 kms2 soit un peu plus que celui des Allobroges mais sous réserve de l’imprécision des limites pour ce qui concerne les Carnutes. (A ce sujet, on pourra se reporter à la revue municipale de Chartres en Eure-et-Loir N° 191 de mars 1998, page 42 où l’on peut lire à propos de Chartres-de-Bretagne : “ Des vestiges gallo-romaines récemment mis au jour ont révélé l’existence au sud de Rennes, au début de notre ère, de tout un “Pays des Carnutes” (Pagus cartunensis) témoignage probable de la présence d’une colonie de cette tribu gauloise de la Beauce chez ses frères de l’Ouest”. Dans ces départements, nous avons trouvé une rue des Carnutes à Chartres et une à Orléans; mais point à Blois, ni dans les villes intermédiaires comme Châteaudun... Sur la base de cette comparaison, il semble donc bien y avoir un intérêt régional spécifique dans l’Allobrogie pour les anciennes populations celtiques qui occupaient le territoire avant l’arrivée des Romains.

C) L’Allobrogie:

Beaucoup d’auteurs antiques dont un certain nombre de ceux cités à propos des Gaulois, ont parlé des Allobroges et de leur territoire. Le vocable “Allobrogie” pour désigner le territoire des Allobroges, ne semble pas avoir été utilisé par les auteurs antiques et ne figure pas dans les dictionnaires contemporains, mais il est utilisé par de très nombreux auteurs au moins depuis 1535. Outre Du Rivail (ou son traducteur), on peut citer : François De Loche fin XVIIIè début XIXè, Charles Despine (dans un mémoire présenté le 26 nivôse an X à l’école de Médecine de Montpellier), Albanis Beaumont 1802, De Verneilh 1807, Delisle 1807, De Malzen 1826, Jenny Bernard 1833, Cassien/Debelle 1835, Constant Despine 1844, Mme Lebrun 1845, De Fortis 1846, Despine fils 1850, Macé 1852, Claude Genoux 1852 (dans “Histoire de Savoie” dont l’introduction commence ainsi : “Le duché de Savoie, l’ancienne Allobrogie...”, Dessaix 1854, Taylor 1854, Audiffred 1856, Bard 1858, Descostes 1867, Raverat 1867, De Saint Genis 1868, J. Mercier curé de St Maurice d’Annecy dans “Souvenirs historiques d’Annecy” publié en 1878, Prud’homme 1888 (Histoire de Grenoble), Ardouin-Dumazet 1896...Au XXè siècle le terme “Allobrogie” semble s’être généralisé chez les auteurs; on peut citer parmi beaucoup d’autres : l’abbé J. Burlet en 1910 dans “L’Allobrogie chrétienne au VIè siècle”, Paul Guichonnet en 1973 (Histoire de la Savoie, Privat), Thérèse Leguay dans “L’Histoire d’Aix-les-Bains et de sa région” en 1988 parle même de “l’Allobrogie romaine”, L. Clerc Jacquier vicaire de Moirans dans “Histoire de Moirans” publié à Paris en 1989, Juliette et Adrien Dieufils dans “Petite histoire du Val Gelon et de La Rochette” publiée par La Fontaine de Siloë, ou Jean Prieur dans de nombreux textes et par exemple dans “La Savoie des origines à l’an mil” où, page 165 le titre du chapitre est : “L’Allobrogie”; sans parler de la consécration donnée le 23 octobre 1792 par “l’Assemblée nationale des Allobroges” réunie dans la cathédrale de Chambéry et qui dans sa 4° séance proclama : “... et l’unité indivisible de l’Allobrogie” ou par l’arrêté ministériel d’avril 1976 pour le “vin de pays d’Allobrogie”. Enfin, signalons que sur Internet le mot “Allobrogie” a entrainé, lorsque nous l’avons consulté, 74 références sur le moteur de recherches “Googol”, ce qui démontre s’il en fallait que l’usage du mot “Allobrogie” pour désigner l’ancien territoire des Allobroges s’est complètement généralisé. En outre, ajoutons encore qu’à défaut du vocable “Allobrogie”, les anciens ont utilisé celui “d’Allobrogique” (Allobrogicus) comme surnom honorifique d’un des vainqueurs des Allobroges (Quintus Fabius Maximus).

D) limites de l’Allobrogie ou de l’antique cité de Vienne:

Au XIXè et XXè siècles, de nombreux auteurs ont étudié les limites du territoire des Allobroges et de la Cité de Vienne à partir des auteurs antiques, des inscriptions ... Une synthèse a été publiée par Rémy dans les “cahiers d’Histoire” de 1970, ou plus récemment dans “la Revue Archéologique de Narbonnaise” N° 33 an 2000 pages 55 à 60. Voir également François Bertrandy : “Bornes milliaires et réseau routier dans la cité de Vienne sous l’empire romain”. Bibliothèque des études savoisiennes, tome IX 2001. Ci après, la carte synthèse issue de ces études qui nous a servi de base pour la délimitation territoriale de notre travail. Par rapport à notre “prédéfinition” simplifiée (territoire compris entre le Rhône et l’Isère), mais que l’on trouve chez de nombreux auteurs, Rémy permet les précisions suivantes :

De Genève à Saint Gingolph, la limite suit les bords du lac, puis emprunte la vallée de la Morge... et non le cours de la Dranse comme l’ont écrit certains auteurs, puis les hautes cimes des Alpes Graiae jusqu’au mont Buet, la vallée de la Diose. Une borne fixée en l’an 74 après J.C. entre Megève et Chamonix, fut découverte en 1853 et permet de fixer de manière sûre la frontière dans ce secteur entre Allobroges et Ceutrons.

Une autre borne découverte en 1963 au col du Jaillet près de Megève a permis d’affiner la frontière des Allobroges dans le secteur de l’Arly. D’autres inscriptions découvertes à Saint Jean-Pied-Gauthier et à la Chapelle Blanche permettent ensuite de fixer la limite des Allobroges au sommet de Belledonne et non au cours de l’Isère. la limite du territoire des Allobroges suit ensuite la Romanche, le Drac et rejoint l’isère mais, sur une grande longueur, les Allobroges occupent les 2 rives des rivières ou du Rhône. Ensuite, une borne découverte à Arras dans l’Ardèche et un texte de Pline permettent de fixer la limite des Allobroges à la crête des Cévennes ce qui constitue une importante portion de territoire à l’ouest du Rhône de Givors jusqu’à la rivière le Doux au sud.

Plus au nord, une borne milliaire découverte à Lyon dans le quartier de la Guillotière (7° arrondissement) à l’hôpital psychiatrique Saint Jean de Dieu, laisse penser que les Romains avaient d’abord pris le Rhône comme limite de la cité de Vienne (donc de l’Allobrogie) et que cette limite fut reculée lors de la création de Lugdunum (Lyon)

D’Authon, à l’embouchure de l’Ain, jusqu’à Genève, un texte de César (“La Guerre des Gaules, livre I-11) laisse penser que les Allobroges occupaient les deux rives du Rhône puisque César écrit : “Enfin des Allobroges qui avaient sur la rive droite du Rhône des villages et des propriétés cherchent un refuge auprès de César...”, mais, lors de l’organisation de la Cité de Vienne, les Romains ramenèrent au Rhône, dans ce secteur, la limite du territoire des Allobroges. C’est cette limite que nous avons pris en compte pour cette étude. Le périmètre ainsi défini représente un territoire de 13.000 km2 environ. Par rapport aux circonscriptions administratives actuelles, l’antique cité de Vienne s’étend : sur la rive gauche du Rhône : outre l’enclave de Genève, sur une grande partie des départements de la Haute-Savoie, de la Savoie et de l’Isère ainsi que sur une petite partie nord de la Drôme, et sur la rive droite du Rhône : sur une portion des départements du Rhône, de la Loire, de la Haute Loire et de l’Ardèche.

 

J.D. 2002, dernière mise à jour : 21 octobre 2010

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 18:43

 

AIX-les-BAINS AU TEMPS DE LA ROME ANTIQUE

 

1-L'OCCUPATION LOINTAINE DANS LA REGION:

Les rives du lac du Bourget connurent l'occupation humaine de très longue date. Le niveau du lac ayant varié au cours des âges, des sites en bord d'eau se sont retrouvés sous l'eau dans des périodes plus récentes. Au XIXe siècle et surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, des plongeurs purent explorer les sites les plus anciens et spécialement les plongeurs du CALAS (Centre d'Archéologie Lacustre d'Aix en Savoie). Grâce à l'évolution des méthodes de datation, les choses purent être précisées. Ainsi, on peut lire dans « Arts et mémoire » (revue de la Société d'Art et d'Histoire d'Aix-les-bains) N° 16 (décembre 2000) : « On peut affirmer maintenant que les premiers hommes se sont installés au bord du lac du Bourget à l'époque du Néolithique (« site d'Hautecombe : -3842, découvert en 1987 » - article d'Elisabeth André). Cette date se retrouve d'ailleurs dans différents autres documents.
Sur ces humains qui peuplaient la région jusqu'à près de 6.000 ans en arrière, on ne sait pas grand chose mais des quantités d'objets ont pu être récupérés par des musées, notamment le Musée Savoisien à Chambéry mais aussi le Muséum d'Histoire naturelle de Lyon ou le British Museum à Londres.

 

2-LES ALLOBROGES

Puis vinrent les Allobroges. Tous les auteurs s'accordent pour présenter cette peuplade comme d'origine celtique. On ne sait pas exactement quand ce peuple s'installa dans la région. Les grandes invasions celtiques étant datées du VIe/Ve siècles avant notre ère, par analogie certains auteurs pensent que cela correspond aussi à la date d'arrivée des Allobroges, mais on a aucune certitude à ce sujet. Le texte le plus ancien qui parle des Allobroges est de Polybe. Ce Polybe est un Grec qui fit partie d'un contingent d'otages remis par les Grecs aux Romains après la bataille de Pydna en Macédoine en -168. Arrivé à Rome, Polybe fut recueilli par Scipion Emilien qui emmena Polybe en Tunisie à l'occasion de la troisième et dernière guerre entre Rome et Carthage. Polybe assista à la destruction totale de Carthage en -146 et de retour à Rome, il écrivit l'histoire des guerres entre Rome et Carthage. Reprenant le récit d'auteurs plus anciens, Polybe raconte le passage des Alpes par Hannibal et c'est à cette occasion qu'il parle des Allobroges. Son récit a été repris (et embelli) par de nombreux auteurs comme Tite-Live, Strabon, Pline, Eutrope... Pour d'autres raisons, d'autres auteurs parlent aussi des Allobroges et spécialement Jules César dans « La guerre des Gaules » mais aussi dans « La guerre civile ». Les Allobroges occupèrent un assez vaste espace sur la rive gauche du Rhône depuis Genève jusqu'à Romans et représentant une bonne partie des actuels départements de la Haute-Savoie, de la Savoie et de l'Isère, ainsi qu'une partie de la rive droite du Rhône, entre le Rhône et le mont Pilat de Vienne jusqu'à Romans. Leur principale cité fut Vienne. La superficie du territoire des anciens Allobroges (l'Allobrogie) est d'environ 13.000 kms2

 

3-ROMAINS ET ALLOBROGES

Les Romains s'étaient emparés de la route littorale qui mène de l'Italie à l'Espagne à l'occasion des guerres contre Carthage. Cette route étant souvent coupée par les populations de l'arrière pays, pour sécuriser leur accès, les Romains entreprirent la conquête de l'arrière pays. Lorsqu'ils combattirent les Salyens (anciens occupants de l'actuelle Provence), les Allobroges, à qui les Romains ne demandaient rien, vinrent au secours des Salyens. Les Allobroges furent vaincus dans la région d'Aix-en-Provence par le Consul Sextius (qui a donné son nom à Aquae Sextiae, aujourd'hui Aix-en Provence), puis à Vindalium dans le Vaucluse par Domitius Ahenobarbus (trisaïeul de Néron selon Suétone, dans « Vies des douze Césars »). Les Romains poursuivirent les Allobroges et remontèrent la vallée du Rhône. Domitius reçut le renfort du Consul Fabius Maximus et les Allobroges celui des Arvernes. La bataille eut lieu le 8 août -121 au confluent du Rhône et de l'Isère. Les Gaulois furent vaincus malgré qu'ils aient été 5 fois plus nombreux que les Romains. Les Romains s'emparèrent alors du territoire des Allobroges qu'ils érigèrent ensuite en cité (la Cité de Vienne) qui fut rattachée à la Gaule Narbonnaise.

A diverses reprises, les Allobroges se soulevèrent contre les Romains mais furent à chaque fois vaincus, si bien qu'ils ne prirent pas part à la guerre des Gaules au temps de César.

 

4-LES ROMAINS A AIX

Dans la région d'Aix-les-Bains, les Romains s'installèrent d'abord sur la zone plate au confluent du Sierroz et du lac, zone appelée « Lafin » (la fin du territoire). Sur la présence romaine dans cette zone il y a de nombreux témoignages et spécialement ceux de François de Mouxy de Loche qui à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe fit de nombreuses communications, publications et laissa beaucoup d'écrits y compris des manuscrits conservés aux Archives municipales d'Aix-les-Bains (2 rue Lamartine, au troisième étage au dessus de la bibliothèque municipale). Ce Mouxy de Loche fut l'un des fondateurs en 1819 de la Sté Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie (alors appelée Sté Royale Académique de Savoie). Il assista lui-même à la découverte d'objets romains dans la zone de Lafin. Déjà, en 1623, le Docteur Cabias (dans « Les merveilles des bains d'Aix en Savoie » et Samuel Guichenon en 1660 (dans « histoire Généalogique de la Royale Maison de Savoie », signalent dans la zone de Lafin, la découverte d'un tombeau portant l'inscription : « L. OPIMIUS CONSUL ». On sait que ce consul fut exilé de Rome en -109 après avoir été accusé de s'être laissé corrompre par Jugurtha ennemi des Romains (voir Salluste : « Guerre de Jugurtha » XVI et XL). En 1802, Albanis Beaumont (dans « description des Alpes Grecques et Cottiennes ») fournit une illustration de ce tombeau.

Etant à cet endroit, les Romains découvrirent des sources chaudes sur la pente boisée qui joignait le lac et le Mont Revard. Ils construisirent des thermes et une ville autour, probablement à la fin du premier siècle avant notre ère. Cela explique que la ville d'Aix, contrairement à Annecy, Genève etc, n'ait pas été construite en bord de lac mais autour des sources thermales.

Aix-les-Bains n'est donc pas une ville gauloise qu'auraient occupée les Romains, mais une ville construite au temps Romains pour leurs usages. On a confirmation de cet état de fait :
en 1988/1989, à l'occasion de la construction d'un parking, appelé parking de l'Hôtel de Ville, la Direction Régionale des Affaires Culturelles entreprit d'importantes fouilles, sous la direction d'Alain Canal, avant la construction du parking. Ce parking est situé entre d'une part la Mairie et le temple dit de Diane, et d'autre part, les anciens thermes romains dont l'Arc de Campanus. Par courrier en date du 30 novembre 1992, le Conservateur Régional de l'Archéologie (Gérard Aubin), adressait au Maire d'Aix-les-Bains (Gratien Ferrari) le « rapport de sauvetage archéologique ». . Sur la première page de ce rapport on peut en effet lire : « Les premières occupations du site entrevues dans l'espace affecté à la fouille semblent apparaître au cours du premier siècle avant J.C. »

Les fouilles effectuées en 1988, ont permis de retrouver (à l'emplacement de l'actuel parking de l'hôtel de ville), un bâtiment octogonal daté du premier siècle de notre ère et détruit au siècle suivant. Le second siècle voyant également la construction du temple dit de Diane. A partir du milieu du troisième siècle et des invasions barbares, les fouilles archéologiques ont montré l'abandon de la ville romaine durant plus d'un siècle. C'est durant cette période qu'apparaissent le port romain de Chatillon (au nord du lac du Bourget) ainsi que l'atelier de poterie de Portout (sur la rive ouest du lac); lesquels cessent leurs activités lorsqu'Aix reprend vie, probablement au temps de l'empereur Gratien (vers les années 380) qui fit un séjour en Gaule de 379 jusqu'à son assassinat à Lyon le 15 août 383. Il fit restaurer plusieurs villes dont Cularo qui prit le nom de Gratianopolis (ville de Gratien) dont découla le nom de Grenoble.

On ne trouve aucune mention d'Aix-les-Bains aux temps romains, ni aucune trace de son nom antique, dans aucun texte, dans aucun document, ni sur aucune pierre ou objet retrouvé dans le sous-sol de la ville. Seul apparaît sur des pierres la mention « Aquenses » qui signifie « habitants de la ville d'eau ».

 

5-LES THERMES ROMAINS

Les thermes romains d'Aix-les-Bains étaient situés à peu près à l'emplacement des thermes nationaux qui furent utilisés jusqu'à la fin du XXe siècle, c'est-à-dire à l'est de l'actuelle place Maurice Mollard. Ils furent redécouverts en 1772 de manière fortuite. On le sait par un texte de 1773 du docteur Joseph Daquin (dans « Analyse des eaux thermales d'Aix-en Savoie »). A partir de cette redécouverte, quelques notables locaux : François de Mouxy de Loche déjà cité, Perrier, officier de santé en retraite, qui tenait une pension, où logea entre autres Lamartine, le docteur Joseph Despine etc se lancèrent dans l'exploration des anciens thermes; en faisant dégager tous les couloirs et pièces obstrués par un éboulement. Ils firent de nombreuses découvertes, établirent des plans... Ultérieurement, une grande partie des restes romains dégagés furent détruits, spécialement lors des extensions successives des thermes nationaux. Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une petite partie des anciens thermes romains, encore conservée et visible.

En 1788, le comte François De Mouxy de Loche présenta au prince Charles-Emmanuel de Savoie (Il s'agit de Charles-Emmanuel IV qui fut roi de Sardaigne de 1796 à 1802), une synthèse des découvertes effectuées depuis 1772 (rapporté par son petit-fils : Jules de Mouxy de Loche dans « Histoire d'Aix-les-Bains »). En 1858, le vicomte Héricart de Thury, membre de l'Institut et Président de la Commission des eaux minérales de France, établit une classification des marbres retrouvés dans les thermes romains. Il recensa ainsi 24 espèces de marbre, en provenance des Alpes, de l'Hérault, de Carrare, de Grèce, de l'Atlas...Ces marbres arrivaient à Aix, en remontant le Rhône, puis par le canal de Savières et le lac. Cela donne une idée de la splendeur et de l'importance que devaient avoir ces thermes romains, et ce malgré qu'une grande partie des marbres avait déjà dû être pillée. On a ainsi le témoignage d'un voyageur (T. Bruant d'Uzelle dans « quinze jours à Aix-les-Bains ») qui écrit en 1859 : « Malheureusement, les curieux qui demandaient à visiter ces antiquités assez intéressantes cassaient, pour la plupart, un petit morceau de marbre pour remporter un souvenir des bains romains, et peu à peu la totalité a disparu sous cette incessante action dévastatrice. Il y a douze ans, quand je visitai ces traces du séjour des maîtres du monde, il existait encore environ les deux cinquièmes de ce riche revêtement, cette année il n'en reste plus rien ».

 En 1802, Albanis Beaumont, un érudit (qui était passé du service du roi de Sardaigne à celui du duc de Gloucester en Angleterre), qui étudiait les Alpes, avait reporté sur un fond de plan, l'ensemble des découvertes effectuées depuis 1772 et relatives à ces thermes romains. Il interrogea aussi probablement tous ceux qui avaient participé aux fouilles. Il délimita ainsi l'emprise des thermes romains qui étaient très vastes : 26.000 m2 au sol et s'étendaient jusqu'à la Chaudanne au nord. L'utilisation de la pente naturelle du terrain permettait la circulation naturelle de l'eau entre les différents bains selon le schéma classique des thermes romains et en se rappelant que le « Nant de la Reisse » fut comblé en 1751, mais qu'il alimentait les thermes romains en eau froide. Selon les témoignages des premiers découvreurs, les thermes auraient disparu sous un vaste éboulement de terrains provenant de la pente qui menait au Revard, probablement au Ve siècle. Ces témoignages ont été récapitulés par Jules de Mouxy de Loche en 1898 dans « l'Histoire d'Aix-les-Bains » livre I chapitre VI. Les habitants reconstruisirent ensuite sur les éboulements c'est-à-dire au dessus des constructions romaines qui restèrent enfouies de nombreux siècles. De la disparition des bains à leur redécouverte, il n'en subsista que 2 restes visibles : un bain et l'Arc de Campanus qui en était la porte monumentale d'entrée.

5A- LE BAIN

Cet ancien bain fut restauré par Charlemagne. C'est ce que nous dit Andreae Bacci (médecin du pape Sixte V) en 1588 (dans « De Thermis », livre IV). Charlemagne étant parti de Genève en l'an 773 pour aller combattre les Lombards en passant par la Maurienne, il y a de fortes chances qu'il soit passé par Aix-les-Bains, ce qui situe aussi la date de la restauration.

Ce bain prit successivement le nom de :

Bain royal (appellation qui figure dans un acte du 9 mai 1410), Bain de Saint Pol (dénomination sur un document de 1784), Bain des Chevaux, Bain de l'Hôpital, Bains des Pauvres.

Il fut détruit en 1879 (année du deux millième anniversaire de l'arrivée des Romains dans le territoire des Allobroges). Henri IV se baigna dans ce bain le 3 octobre 1600.

5B- l'ARC DE CAMPANUS

En se basant sur la disposition des pilastres et par analogie avec d'autres arcs comme Suse, l'historien savoyard Jean Prieur situe la date de construction de cet arc vers l'an -20. Les dimensions données pour cet arc sont : 9,15 mètres pour la hauteur, 7,10 mètres pour la largeur et 0,75 m. pour l'épaisseur. Huit niches de deux types différents sont creusées dans la frise. Une inscription principale indique (ou indiquait lorsque c'était encore lisible il y a quelques années) : « L. POMPEIUS CAMPANUS VIVUS FECIT » (élevé par L. Pompeius Campanus de son vivant). A noter cependant que Aymar Du Rivail en 1535 (dans « De Allobrogibus ») ne parvient à lire que « Pompeius Campanus », disant que le reste des inscriptions est devenue illisible, tandis que deux autres auteurs : J.B. Cabias en 1623 et Joseph Daquin en 1773 (auteurs déjà cités) donnent, eux, l'inscription suivante : « POMPEIUS CAMPANUS ROMANORUM DUX » (Pompeius Campanus chef des Romains). Six noms figurent sur l'attique et huit sur l'architrave. Il s'agit de membres de la famille de Campanus. Cet arc fut longtemps enterré jusqu'au tiers de sa hauteur, puis intégré vers l'an 1500 dans un bâtiment (écuries du marquis d'Aix). En 1822, le bâtiment qui entourait l'arc fut détruit. En 1870, l'arc fut dégagé en profondeur pour retrouver le niveau du sol romain. En 1930, le sol sur la place autour de l'arc fut à nouveau « décapé » pour donner le niveau actuel inférieur de 75 centimètres au sol romain et inférieur de 1,35 mètres au niveau d'avant 1870.

Selon des textes de :

*1700 (Blaeu dans « Theatrum Sabaudiae »)

*1802 (Albanis Beaumont (déjà cité)

*1828 (François de Mouxy de Loche dans une étude publiée dans le tome 3 des Mémoires de l'Académie de Savoie)

*1844 (docteur Constant Despine dans « Manuel topographique et médical de l'étranger aux eaux d'Aix en Savoie »),

l'arc a subi diverses modifications au fil des siècles. Ainsi, Blaeu écrit : « la partie supérieure de cet Arc ayant été ruinée ou par les Barbares ou par la suite des tems... ».En 1660, Samuel Guichenon (ouvrage cité), représente un sommet en triangle. En 1700, dans Blaeu, on a un sommet d'arc manifestement « rafistolé ». Entre ces 2 représentations, a eu lieu un important tremblement de terre les 11 et 12 mai 1682. (voir étude publiée en 1851 dans les Mémoires de la royale académie de Savoie). Ajoutons, toutes les occupations de troupes (françaises mais aussi espagnoles), le grand incendie de la ville le 9 avril 1739... En 1623, Cabias signale que la ville fut complètement ravagée par les flammes en l'an 230, mais ne cite pas ses sources. Il n'y aurait rien de surprenant à ce que l'arc ait subi des transformations. F. De Mouxy de Loche écrit d'ailleurs en 1828 (dans les Mémoires de l'Académie de Savoie, tome 3) : « Quoi qu'il en soit, il est évident que l'architrave a disparu sous le marteau, dans sa partie au dessous des cavités et niches, et que les noms que l'on y voit ont été substitués aux deux faces ou plates-bandes qui régnaient sans interruption sur tout le monument »

Ce même F. De Mouxy de Loche fut le premier en 1783 (dans « Recherches sur les Monuments antiques d'Aix en Savoie ») a affirmer que cet Arc était la porte d'entrée des thermes romains. Cela fut confirmé par la délimitation de l'emprise des thermes romains effectuée par Albanis Beaumont en 1802. Ce plan montre que l'Arc était strictement au milieu de la façade des thermes romains, à égale distance des 2 sources thermales (d'alun et de soufre). En 1992, nous avons complété le plan d'Albanis Beaumont par toutes les découvertes d'antiquités romaines effectuées depuis 1802, notamment à l'occasion de travaux d'extension des thermes nationaux, et nous avons recoupé au mètre près le plan de 1802. En outre, si l'on s'interroge sur la voie d'accès aux thermes romains, compte tenu de la topographie des lieux et de l'implantation des monuments de l'époque, on voit que l'accès aux thermes passait nécessairement sous l'arc de Campanus, ce qu'affirme déjà F. De Mouxy de Loche en 1783.

Si il ne peut y avoir aucun doute sur la fonction de porte d'entrée monumentale des thermes romains pour l'arc de Campanus, par contre on ne peut affirmer que ce Campanus fut le constructeur des thermes romains. D'une part parce que l'on ne sait pas si les inscriptions qui se trouvent sur l'Arc sont contemporaines de l'Arc; la divergence des témoignages sur les inscriptions, signalée ci-dessus, pourrait laisser penser à des modifications de ces inscriptions au fil du temps. Et d'autre part parce que l'on ne sait pas à quelle époque vécut ce Campanus. Fut-il le constructeur des thermes, ou leur restaurateur à un moment donné ou s'est-il attribué des mérites qu'il n'avait pas ?

 

6-LE TEMPLE DIT DE DIANE

Ce monument romain, attenant à la Mairie d'Aix-les-Bains, est situé du côté ouest de la place Maurice Mollard. Il faisait donc face aux thermes romains.

« Les dimensions extérieures de ce monument sont de 17 mètres sur 13,20. les murs hauts de 9,75 m, formés par des assises de grand appareil, sont couronnés par un entablement de 1,60m.; l'architrave présente 3 plates-bandes comme dans les édifices d'époque augustéenne. » : description de l'historien Jean Prieur (dans « Aix-les-Bains dans l'antiquité » 1978) .

Malgré l'analogie avec l'époque augustéenne, ce monument est daté du second siècle de notre ère. Il fut un moment incorporé dans une tour du château des marquis d'Aix. Le docteur Constant Despine écrit en effet en 1850 (dans « L'été à Aix-en-Savoie ») : « Il formait avant la révolution française, la base d'une tour élevée par les Seigneurs d'Aix; mais Albitte, commissaire de la Convention en Savoie, ayant fait raser sans distinction tours et clochers (décret du 26.1.1794), restitua ainsi, sans s'en douter au monument romain sa physionomie primitive ». (le commissaire Albitte dont parle Despine fut surnommé  le « Robespierre savoyard »). Vers 1850, tous les matériaux qui encombraient le temple jusqu'au tiers de sa hauteur (dûs aux destructions « révolutionnaires » de 1794) furent évacués.

Les avis des auteurs ont longtemps divergé sur la fonction de ce monument : prétoire (pour rendre la justice), nymphaeum (monument consacré aux nymphes), temple... Aujourd'hui la fonction primitive de temple ne semble plus contestée, mais cette fonction a pu évoluer avec le temps. Seul le nom de la divinité auquel il était consacré pose encore problème. Selon les textes les plus anciens, ce temple était dédié à Vénus. C'est ce qu'écrivent Samuel Guichenon en 1660, Joseph Daquin en 1773 et encore Lullin en 1787 (dans « étrennes historiques du département du Mont Blanc »). Mais en 1783, le comte François de Mouxy de Loche (savoyard du bon royaume de Sardaigne, faisant probablement un excès de puritanisme en réaction aux idées qui circulaient dans la France toute proche) décide et écrit que ce temple était dédié à Diane « car cette déesse présidoit aux bains et à la décence qui devoit y régner ». A partir de là, au XIXe siècle, les auteurs écrivent que le temple était dédié à Vénus ou à Diane, puis progressivement ne mentionnent plus que Diane. La dernière mention de Vénus associée à Diane date de 1891 (texte du docteur Brachet édité en anglais à Londres). Aujourd'hui, plus personne ne semble savoir que le seul nom qui apparaissait avant De Loche, pour ce temple, est celui de Vénus. Nom qui correspond d'ailleurs beaucoup mieux au symbole des eaux thermales associées à la fécondité : plusieurs ex-voto de l'époque romaine le confirment, et en 1623, le Docteur Cabias consacre un chapitre de son livre au traitement de la stérilité des femmes à Aix.

L'antériorité des citations sur Vénus, permet d'exclure le nom de Diane, mais n'est pas suffisant pour affirmer que ce temple était dédié à Vénus, car on ne possède aucune autre preuve que les citations de quelques auteurs qui en outre ont pu copier les uns sur les autres. De plus, le nom de Vénus a pu être donné à Aix, à un autre temple et par exemple à celui qui précéda l'église de Sainte Marie devenue église Sainte Croix et démolie au début du XXe siècle (au nord de la place Maurice Mollard). Des fondements de ce monument ont pu être repérés lors des fouilles de 1988/1989. On a souvent observé la continuité des cultes lors du passage des cultes païens à la chrétienté. Une église dédiée à Marie aurait donc très bien pu succéder à un temple à Vénus et ce d'autant que César avait transformé la Vénus/ Aphrodite en Vénus/Génitrix, c'est-à-dire la déesse de l'amour en déesse-mère.

Sur ce temple, dit de Diane, signalons encore que lors des fouilles effectuées en 1988/1989, un chapiteau fut trouvé. Il appartenait probablement à ce temple. Entreposé sur un terrain municipal, il a disparu peu de temps après.

 

7-LES CULTES ROMAINS A AIX-LES-BAINS ET DANS SA REGION

7A VENUS et ISIS

Une tête féminine en marbre blanc fut découverte en 1935 dans les thermes romains (elle est conservée au Musée archéologique d'Aix dans le temple dit de Diane). Cette tête ressemble à différentes têtes attribuées à Vénus et conservées à Vienne, Nîmes et Suse. Plusieurs inscriptions invoquent ou évoquent le nom d'Isis. En 1852, le docteur Constant Despine découvrit un phallus en marbre rouge et blanc dans les anciens thermes romains. Selon Jules De Mouxy de Loche (en 1898), c'était » « une offrande de reconnaissance pour une guérison obtenue par les eaux d'Aix après invocation de la déesse Isis ». Un ex-voto dédié aux déesses-mères fut retrouvé dans le clocher de l'église de Saint Innocent (près d'Aix) où il fut employé comme matériaux de construction. Un autel dédié à Cybèle fut retrouvé en 1945 à Conjux (sur la rive nord-ouest du lac). Il semble donc bien y avoir eu dans l'Aix antique et sa région proche, un culte particulier pour les déesses-mères.

7B-MARS

Des inscriptions à Mars, dieu de la guerre, ont été retrouvées à Saint Innocent et au Mont du Chat. Une inscription incomplète indique : « ...prêtre de Mars a fait construire un temple avec tout son mobilier ».Les légionnaires blessés venaient se refaire une santé dans les stations thermales. Un culte à Mars à Aix serait donc logique, si l'on pense que le temple qui précéda l'église de Sainte Marie était dédié à Vénus, le temple appelé de Diane aurait pu être consacré à Mars.

7C-SYLVAIN

Une stèle à Sylvain a été retrouvée en 1938 à Jongieux (en Savoie canton de Yenne), probablement déplacée après réutilisation. Ce Dieu était le protecteur des sources chaudes, des carrières, des bois et des voyageurs, donc particulièrement adapté à Aix. Il y a en outre mention d'un bois sacré sur 2 inscriptions ce qui confirme probablement un culte à Sylvain à Aix-les-Bains

7D-MERCURE

Ce dieu du commerce et des voyageurs avait un temple au Mont-du-Chat -sur la chaîne de l'Epine qui domine, à l'ouest, le lac du Bourget- (passage de la voie romaine de Milan à Lyon). Un ex-voto à ce dieu a été retrouvé au Mont-du-Chat, En outre, à Aix même, on trouve le nom de Mercure sur une inscription relative au marché

7E-HERCULE

Demi dieu fils de Zeus. Il était le protecteur de l'agriculture, du commerce et des armées. Une statue de ce dieu a été retrouvée dans les anciens thermes en 1830

 

8-INSCRIPTIONS

Outre ce qui est dit au point 7 ci-dessus, de très nombreuses inscriptions furent retrouvées à Aix. Il n'en reste qu'un petit nombre au Musée archéologique. En 1535, Aymar Du Rivail écrit : « Les inscriptions romaines sont si nombreuses à Aix qu'on en trouve sur toutes les maisons et sur tous les édifices de cette ville. Nous pourrions en citer cinq cents : à quoi bon? Il en resterait bien plus encore et de quoi faire un volume »

Distinguons :

les inscriptions funéraires : nombreuses dans lesquelles dominent les noms de la « gens » (famille) TITIA

les briques: Les briques qui ont servi à la construction des thermes romains d'Aix provenaient des fabriques situées le long du Rhône à St Romain en Gal (près de Vienne). Sur les briques, les fabricants plaçaient une empreinte particulière à chacun d'eux. Cette marque est ordinairement un pied de quelque animal. Le choix du nom même de l'ouvrier est déjà une distinction. A Aix les marques relevées sur les briques ont été : une patte d'ours, un pied de cheval et quelques noms dont celui de Clarianus, nom que l'on retrouve également à Uriage, Vienne, Annecy, Lyon....

Les poteries : De tous temps, de nombreuses poteries de l'époque romaine furent retrouvées dans le sous-sol aixois. La grande majorité de celles retrouvées à Aix, étaient des poteries « noires » ou poteries « populaires » d'usage courant, de fabrication locale utilisant l'argile abondante sur toute l'étendue de l'ancien glacier du Rhône. Une quinzaine de marques de potiers ont pu être recensées à Aix

Les pierres: Aix était un « vicus » dépendant de la cité de Vienne avant que la cité de Vienne ne soit divisée en trois cités (Vienne, Grenoble et Genève, vers la fin du IIIe siècle ou vers la fin du IVe). Deux inscriptions nous apprennent que la cité était dirigée par un collège de dix membres choisis parmi les propriétaires, dont les noms figurent sur ces inscriptions. L'une d'elle nous apprend qu'ils offrirent sur leurs deniers un autel et un four de potiers aux habitants d'Aix et l'autre qu'ils ont donné un bois avec son vignoble afin de célébrer des jeux pour le salut de l'empereur Auguste. Compte tenu de l'importance supposée de l'Aix romaine, il devait au minimum y avoir un théâtre dont personne n'a jamais retrouvé traces. Eu égard à la topographie des lieux, si ce théâtre a existé , il se serait probablement trouvé à l'emplacement de l'actuel parc de verdure.

 

9-AUTRES DECOUVERTES

Les monnaies: De très nombreuses monnaies furent retrouvées à Aix, principalement à l'effigie des empereurs. Dans un rapport de novembre 1992 de la Direction régionale des Affaires Culturelles, on peut lire : « La vie économique des Thermes, d'après les monnaies retrouvées lors de la fouille de ce lieu, atteint son apogée sous Marc Aurèle » (qui fut empereur de l'an 161 à l'an 180)

autres objets : une multitude d'autres objets furent retrouvés au cours des siècles à Aix tels que : amphores, armes, baignoires, bijoux, lampes, outils, parties de monuments, poids, statues, tombeaux, vases etc L'essentiel de ces découvertes a disparu. Quelques-unes sont conservées dans le musée archéologique d'Aix (dans le temple dit de Diane) ou dans d'autres musées. Signalons particulièrement un cadran solaire retrouvé en 1804 dans les anciens thermes. François de Mouxy de Loche fit une communication sur ce cadran solaire en 1806 dans le volume 3 des Mémoires de l'Académie de Turin.

 

10 Et si il fallait une conclusion...

Tout ce qui fut accumulé peut amener à conclure qu'Aix dans l'antiquité eut la fonction d'une ville thermale, de passage, de commerces et peut-être de jeux.

Comme quoi, au fil des siècles, il n'y eut guère de nouveau sous le ciel de la cité aixoise.

J.D. 1er novembre 2010

 

Nota : sur les monuments romains d'Aix-les-Bains, j'ai eu l'occasion de faire une conférence le 6 décembre 2013 à la salle des fêtes de Saint Jean d'Arvey (Savoie) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le lac d'après Raymond Castel et Elisabeth André

le lac d'après Raymond Castel et Elisabeth André

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