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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 15:15

Durant des siècles, « Dauphinois » et « Savoyards » vécurent sous la même autorité. La plus ancienne connue est celle des Allobroges (voir sur mon blog la note consacrée aux Allobroges et à l'Allobrogie http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-allobroges-62129941.html). Puis l'Allobrogie fut annexée par les Romains en l'an 121 avant notre ère et leur domination dura près de six siècles.

A la fin des années 430, le général romain Aétius laissa les Burgondes s'installer dans la région. Après la chute de l'Empire romain d'occident en l'an 476, un royaume burgonde s'organisa et s'étendit sur une grande partie du sud-est de la France et sur une grande partie de la Suisse.

Rapidement il y eut des conflits pour le pouvoir à l'intérieur du royaume puis des guerres avec les Francs à partir de la fin du cinquième siècle et le royaume de Burgonde disparut en l'an 534 au profit des Francs.

Dauphinois et Savoyards étaient toujours sous la même autorité. Ils connurent les rois Mérovingiens puis les Carolingiens dont le célèbre Charlemagne couronné roi des Francs en l'an 768, puis roi des Lombards en l'an 774 et enfin empereur d'Occident le 25 décembre de l'an 800 à Rome par le pape Léon III.

Avant sa mort à Aix-la-Chapelle le 28 janvier 814, Charlemagne avait couronné son fils Louis (Louis-le-Pieux) empereur d'Occident le 11 septembre 813 à Aix-la-Chapelle. Ce couronnement fut confirmé à Reims en octobre 816 par le pape Etienne IV.

Ce Louis-le-Pieux mourut près de Mayence le 20 juin 840. A la fin de sa vie il dut faire face à des conflits armés contre ses propres fils. Après sa mort les conflits continuèrent pour le pouvoir. Deux des frères, Louis et Charles se liguèrent contre Lothaire, l'aîné. Ce Lothaire avait été couronné co-empereur à Rome par le pape Pascal 1er le 5 avril 823.

Cela se termina le 11 août de l'an 843 par le traité de Verdun par lequel les trois frères se partagèrent l'empire de Charlemagne leur grand-père.

Charles reçut la partie occidentale de l'empire ou « Francie occidentale ». Il devint roi de France sous le nom de Charles II (surnommé « Charles-le-Chauve »), avec pour capitale Paris. Louis hérita de la « Francie orientale » et devint roi de Germanie sous le nom de Louis II surnommé Louis le Germanique avec pour capitale Mayence. Enfin Lothaire, l'aîné, conserva le titre d'Empereur sur la « Francie médiane » qui allait de la mer du Nord à l'Italie et prit plus tard le nom de « Lotharingie » avec pour capitale Aix-la-Chapelle. La Saône servit de frontière entre la Francie occidentale et la Francie médiane; Savoie et Dauphiné se retrouvèrent, toujours unis, dans la Lotharingie.

Lothaire mourut le 29 septembre 855. Avant sa mort il avait lui-même partagé la Francie Médiane entre ses trois fils eux aussi prénommés Lothaire, Charles et Louis, ce qui ne simplifie pas la compréhension de l'Histoire. Lothaire II hérita de la partie nord de la Francie médiane et du titre d'Empereur. Après la mort de Lothaire II le 8 août 869, ses oncles Louis-le-Germanique et Charles-le-Chauve se partagèrent son territoire, ce qui mit en contact le royaume de France et celui de Germanie, ceux-ci n'étant plus séparés par la « Francie médiane ». Enfin, Charles-le-Chauve parvenait à récupérer le titre d'empereur en se faisant couronner à Rome à Noël de l'an 875 par le pape Jean VIII. Pour la petite histoire savoyarde, ce Charles-le-Chauve mourut en Savoie à Avrieux le 6 octobre 877.

Tout ce petit monde, petits-fils et arrières petits-fils de Charlemagne se fit naturellement la guerre, chacun cherchant à augmenter son pouvoir et son territoire. A l'occasion des luttes, alliances et désordres, un Rodolphe reconstitua un royaume de Bourgogne en 888, tandis qu'un Bosson devenait roi de Provence ou d'Arles en 890. Ces deux royaumes fusionnèrent en 933.

Le « Saint Empire romain germanique » succéda à la Lotharingie lorsque Otton fut couronné empereur à Rome le 2 février de l'an 962 par le pape Jean XII.

En 1030, un archevêque de Vienne (Isère), nommé Burchard, légua ses domaines en les partageant entre un Savoyard nommé Humbert, originaire de Maurienne et surnommé « Humbert aux blanches mains » et un Dauphinois nommé Guigues d'Albon et dont la branche s'était attribuée différents titres dont celui de « Dauphins du Viennois ». Humbert est considéré comme le fondateur de la dynastie « Savoie » et les Guigues comme les premiers dauphins. On peut ainsi considérer que les entités « Savoie » et  « Dauphiné » naquirent en même temps. (voir « Histoire de la Savoie » d'Henri Ménabréa, La Fontaine de Siloé 2005, pages 30/31)

En 1032, l'Empereur romain germanique Conrad II récupéra la Bourgogne (partie à l'est de la Saône) après la mort, sans héritier, du dernier roi de Bourgogne Rodolphe III.

Conrad II donna en 1034 un titre de Comte à « Humbert aux blanches mains ». En même temps la Savoie devint vassale du Saint Empire romain germanique et le resta jusqu'à ce que les ducs de Savoie deviennent rois en 1713. (voir sur mon blog l'histoire de la Maison de Savoiehttp://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-de-la-maison-de-savoie-59295182.html).

Le 13 janvier 1155, au cours d'une cérémonie au château de Rivoli (Piémont), le dauphin Guigues V reconnaissait la suzeraineté de Frédéric Barberousse empereur germanique, tandis que cet empereur confirmait les titres que les Dauphins s'étaient attribués.

Savoie et Dauphiné étaient donc toujours sous la même autorité, mais le Saint Empire romain germanique ne fut pas organisé comme un Etat-nation avec une autorité centralisée, mais comme une confédération d'Etats qui conservaient par ailleurs leur souveraineté. (voir sur mon blog la note intitulée « la fin des quatre empires, partie 1 consacrée à l'Empire allemandhttp://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html) et qui par conséquent pouvaient continuer à se faire « allègrement » la guerre.

Les siècles passent mais la nature humaine évolue peu. Depuis l'aube des temps, sur tous les continents, il y eut des guerres pour le pouvoir, pour les territoires, pour les biens et même pour les femmes (voir « l'enlèvement des Sabines »).

Dauphinois et Savoyards revendiquèrent des mêmes territoires et particulièrement le nord-Isère ou les Alpes du sud. Dans l'Isère par exemple, toute la zone Rives, Voiron, Saint Laurent-du-Pont appartint à la Savoie, quant aux Alpes du sud, il fallait aux Savoyards un passage pour relier Nice et la Savoie. Il y eut donc des guerres, avec une zone qui concentra l'essentiel des combats, celle de Montmélian, Poncharra, Chapareillan. Aujourd'hui, les promeneurs ne se doutent pas que sous leurs pieds des milliers de Dauphinois et de Savoyards s'étripèrent et y laissèrent la vie. Petit résumé :

*C'est le dauphin Guigues IV qui inaugura la première guerre en envahissant en 1133 la Savoie, alors même que le comte de Savoie Amédée III était marié avec la sœur de Guigues IV. Guigues IV fut tué au siège de Montmélian

*En 1153 c'est au tour du dauphin Guigues V d'envahir la Savoie. Il fut vaincu par le comte de Savoie Humbert III

*En 1253, le dauphin Guigues VII épouse Béatrice fille du comte de Savoie Pierre II dit le petit Charlemagne. Elle lui apporte en dot le Faucigny. A cette époque la maison de Savoie avait annexé une partie de la Suisse (l'équivalent de la Suisse francophone d'aujourd'hui sauf Genève). Donner le Faucigny aux Dauphinois c'était introduire le loup au milieu de la bergerie et cela fut bientôt motif de guerres.

*1282, la guerre reprend entre le comte de Savoie Philippe 1er et le dauphin Humbert 1er. Cette guerre qui se poursuivit entre le comte Amédée V et le dauphin Humbert 1er se termina par le traité de Saint Jean de Moirans en 1293.

*7 août 1325 : le comte de Savoie Edouard 1er dit le Libéral fut vaincu par le dauphin Guigues VIII à la bataille de Varey près de Pont d'Ain

*23 juillet 1333 : le dauphin Guigues VIII est tué au siège du château de La Perrière, à Saint Julien de Ratz dans l'Isère (qui à l'époque appartenait à la Savoie)

*En 1334, le comte de Savoie Aymon dit le Pacifique fait un traité de paix (traité de Chapareillan) avec le dauphin Humbert II qui avait succédé à Guigues VIII (un comte de Savoie et un roi d'Italie s'appelèrent aussi Humbert II)

*En 1349, le dauphin Humbert II, sans héritier et criblé de dettes vend le Dauphiné à la France pour 200.000 florins et une rente de 24.000 livres payable chaque année « à Pâques ou à la Trinité ». Le 16 juillet 1349, à Lyon au couvent des Dominicains a lieu une cérémonie appelée « cérémonie de transport du Dauphiné à la France ». Dans les traités qui précédèrent le transfert, il fut prévu que le titre de dauphin reviendrait à l'héritier de la couronne de France. Charles, fils de Jean-le-Bon devient le premier « héritier dauphin ». Il deviendra roi de France sous le nom de Charles V dit Charles-le-Sage de 1364 à 1380. Le plus célèbre « héritier-dauphin » fut Louis II qui devint roi de France sous le nom de Louis XI et qui régna comme roi de France de 1461 à 1483. Pour la petite histoire dauphinoise, le dauphin Guigues VII avait acheté une tour et un hôtel à Grenoble qui servirent de résidence au dauphin Louis II (futur Louis XI) jusqu'en août 1456. C'est sur le même emplacement que sera construit à partir de 1602, l'hôtel de Lesdiguières.

*Pendant que le Dauphiné devenait français, la Savoie restait dans le giron du Saint Empire. Ce fut un motif de plus de guerres, mais avaient-ils besoin de motifs pour s'entre-tuer ? Les guerres prirent seulement une nouvelle dimension. Depuis la fin de l'Empire romain d'occident en l'an 476, l'Italie était restée très morcelée. Elle fut convoitée par plusieurs Etats, principalement l'Autriche, la France, l'Espagne. L'Italie devint un des champs de batailles privilégié de l'Europe. La Savoie se trouvait sur la route d'Italie et vassale du Saint Empire. Certains de ses souverains surent habilement jouer des alliances, mais d'autres non. La Savoie vit défiler les armées françaises de Louis XI, de Charles VIII, de Louis XII, de François 1er, d'Henri II, d'Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV, de la Révolution, de Napoléon, et j'en oublie probablement. Pauvres Savoyards et pauvres Savoyardes car de tous temps, le flux et le reflux des armées entrainèrent des réquisitions (il fallait bien nourrir les troupes), mais aussi des pillages, destructions, viols...! La Savoie fut occupée par la France de 1536 à 1559 sous François 1er et Henri II, En 1630/1631 sous Louis XIII, de 1690 à 1696 et de 1703 à 1713 sous Louis XIV, de fin septembre 1792 à la chute de Napoléon, avant d'être réunie à la France le 14 juin 1860 à midi. Ainsi, à nouveau Savoie et Dauphiné se retrouvèrent sous la même autorité et cela termina les guerres, car même la réunion du Dauphiné à la France n'avait pas arrêté les conflits :

*En avril 1354 le comte de Savoie Amédée VI dit le comte Verd, fut vainqueur du Dauphin Charles et des Dauphinois à la bataille des Abrets. La guerre de « cent ans » entre la France et l'Angleterre avait commencé en 1337. Le Dauphin Charles et son père le roi de France Jean-le-Bon préférèrent négocier avec les Savoyards par le traité de Paris du 5 janvier 1555. La Savoie s'alliait à la France contre l'Angleterre, récupérait le Faucigny, le Beaufortain et diverses baronnies et Amédée VI épousait Bonne de Bourbon cousine de Jean-le-Bon et nièce de Philippe VI qui fut roi de France de 1328 à 1350.

*En 1430, la noblesse savoyarde fut vaincue à Anthon-sur-le-Rhône par les dauphinois.

*De 1591 à 1600 nouvelle guerre entre Dauphinois et Savoyards. La venue d'Henri IV termina le conflit avec la défaite du duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er. Le traité de Lyon du 17 janvier 1601 fit perdre à la Maison de Savoie la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex.

 

Pour se protéger de l'ennemi, Dauphinois et Savoyards avaient construits de nombreux forts. Le plus célèbre fut celui de Montmélian, assiégé de nombreuses fois, pris sous Henri IV et Louis XIV puis démoli. Le plus cocasse est le fort Barraux que fit construire le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er et dont Lesdiguières (pas encore duc) s'empara par une nuit de clair de lune le 15 mars 1598 avant que le fort ne fut armé et occupé.

J.D. 30 septembre 2012

Fort Barraux, vue d'avion, image du net (landes graphisme)

Fort Barraux, vue d'avion, image du net (landes graphisme)

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 16:37

 

LES ALLOBROGES ET L’ALLOBROGIE

A) Ce que l’on sait des Allobroges aux temps antiques

Des peuples d’origine celtique, se sont installés dans la région des Alpes, entre le VIIe et le Ve siècle avant notre ère selon de nombreux auteurs. En fait on ne sait avec précision ni leur lieu d’origine exact, ni leur date réelle de migration, ni leur parcours ou leurs étapes éventuelles avant de s’installer dans la région Dauphiné-Savoie. La limite de leur territoire n’est pas totalement connue avec certitude malgré des découvertes relativement comtemporaines, bornes milliaires romaines notamment. Ces incertitudes peuvent expliquer par exemple que Symphorien Champier en 1529 étende le territoire des Allobroges jusqu’à Narbonne ou que le dominicain Cajot Joseph écrive (dans “Les antiquités de Metz” publié à Metz chez J. Collignon en 1760) : “ Cy commence ung petit livre du Royaulme des Allobroges, dict long temps après Bourgongne ou Viennois”. Le nom “Allobroge” lui-même n’apparait qu’au IIIè siècle avant notre ère. La plupart des auteurs voient dans “Allobroges” : ALLO qui signifie Autre et BRO qui signifie Pays, ce qui en fait le peuple venu d’autres pays. Strabon (Geographie IV, I, II) écrit : “Les Allobroges vivent en village sauf les plus illustres d’entre eux qui installés à Vienne ont fait de celle-ci qui n’était précédemment qu’un village, quoique portant le titre de métropole de ce peuple, une ville bien équipée”. L’Histoire n’en découvre la trace qu’à travers leurs démêlés avec les Romains soit directement soit indirectement par Hannibal interposé.- La mention la plus ancienne qui en est faite vient de Polybe (Histoires Livre III 49 ...) à l’occasion du passage de l’armée carthaginoise à l’automne de l’an 218 avant notre ère. On trouve ensuite mention des Allobroges dans les textes :

En - 122 : lorsque les Romains firent la conquête de la Provence, les Allobroges vinrent au secours des Salyens. Ils furent vaincus une première fois dans la région d’Aix en Provence par le Consul Sextius puis à Vindalium dans le Vaucluse par Domitius Ahenobarbus (trisaïeul de Néron selon Suétone) Cette dernière bataille fit 20.000 morts dans les rangs des Allobroges. Les Romains poursuivirent les Allobroges. Domitius reçut le renfort du Consul Fabius Maximus et les Allobroges celui des Arvernes. La bataille eut lieu le 8 août -121 au confluent du Rhône et de l’Isère. Les Gaulois étaient cinq (?) fois plus nombreux que les Romains et selon les textes antiques, Bituit roi des Arvernes, aurait dit en considérant le faible nombre des Romains :”Il n’y en a même pas assez pour rassasier les chiens de mes Gaulois”. Les Gaulois furent vaincus. Selon Tite-Live et Orose, la bataille aurait fait entre 120.000 et 150.000 morts dans les rangs Gaulois. On ne sait naturellement pas quelle valeur attribuer à ces chiffres, ils expriment néanmoins une grave défaite gauloise Domitius s’empara alors de tout le territoire des Allobroges. On peut lire au sujet de ce Domitius, dans Suétone (Vies des douze Césars, Livre VI -II) : “Ayant battu les Allobroges et les Arvernes, il parcourut sa province porté par un éléphant et suivi, comme dans la solennité du triomphe, par la foule de ses soldats. C’est à son sujet que l’orateur Licinius Crassus prononça cette parole : Il ne faut pas s’étonner qu’il ait une barbe d’airain, puisqu’il a une bouche de fer, un coeur de plomb.”

En -102 : Profitant d’un passage de “barbares” en Gaule (des Cimbres et des Teutons), les Allobroges reprennent les armes contre les Romains. Ils sont “écrasés” par Marius à Pourrières (Var)

En -77 : A l’occasion des troubles provoqués en Espagne par Sertorius, diverses tribus gauloises, dont les Allobroges, se soulèvent contre Rome. Le Sénat charge Pompée de remettre de l’ordre aussi bien en Espagne qu’en Gaule, au passage. Il semble bien que la répression de Pompée en Gaule fut sanglante, y compris parmi les Allobroges : “Les Allobroges domptés...”. S’appuyant sur Cicéron (pro Fonteio) et sur une lettre de Pompée au Sénat publiée par Salluste, c’est ce qu’affirme Camille Julian (Histoire de la Gaule tome III pages 109 & 110)

En -69 : Une délégation d’Allobrogesconduite par Indutiomare se rend au Sénat de Rome pour se plaindre des exactions du prêteur (gouverneur) Fontéius. Ce Fontéius fut défendu par Cicéron et tous les auteurs contemporains qui parlent des Allobroges ne manquent pas de citer, outrés, les propos de Cicéron et particulièrement cette phrase : “tous ces barbares (les Allobroges) ne valent pas le plus vil des citoyens romains”. Mais Cicéron était, en l’occurrence, avocat et, en outre, son sentiment à l’égard des Gaulois est conforme à celui de tous les auteurs antiques aussi bien grecs que latins pour qui le Gaulois est fourbe, querelleur, vaniteux, instable, ivrogne, avide etc etc . Voir Polybe Histoires (Livre II 5 à 12, 17, 19, 32, 35, 36, livre III 49, 78,79, Livre V 2) Cicéron Discours pour Fontéius XIII, Salluste Conjuration de Catilina XL, Tite-Live Histoire Romaine XXI 20 & 52, XXII 1 & 2 , Strabon Géographie Livre IV, Silius Italicus Guerres puniques Livre III 540, Tacite Histoires Livre I - LI, Florus Oeuvres Livre I -VII,XX, XXXVII, XLV, Livre II -XXII, Ammien Marcellin Histoire Livre XV - XII. Ainsi, de Polybe auteur grec mort vers 120 avant notre ère à Ammien Marcellin latin mort vers 400 de notre ère, les jugements des auteurs antiques sont unanimes et ils mettent tous les Gaulois dans le même sac sans distinction régionale. En ce qui concerne particulièrement les populations des Alpes, nous citerons ce passage de Silius Italicus (mort en 101 de notre ère) lorsque les Carthaginois découvrent les Alpins : “Voici que surgissent des êtres à demi-sauvages, montrant entre les rochers, leurs têtes horribles et repoussantes avec leurs cheveux toujours raides de crasse...”. Aujourd’hui encore voici ce qu’on peut lire dans certains dictionnaires comme le Littré de novembre 1997 sous le mot “Allobroge” :

1 nom d’un peuple de l’ancienne Gaule occupant ce que nous appelons Dauphiné et Savoie

2 Familièrement. Un homme grossier qui manque de sens. C’est un franc Allobroge. A-t-on jamais vu pareil Allobroge”

Il n’y a que César pour ne pas dire du mal des Gaulois; il n’avait évidemment pas intérêt, pour rehausser sa propre gloire, mais l’on sait qu’il ne les épargna pas sur le terrain. Si les auteurs antiques avaient inventé le terme de “gauloiseries”, ils lui auraient donné un sens encore beaucoup plus péjoratif qu’aujourd’hui, cela semble ne pas faire de doutes.

En -66 : nouvelle révolte armée des Allobroges matée par Gaius Pison

En -63 : Une nouvelle délégation d’Allobroges se rend à Rome. C’est pendant ce séjour que se situe la conspiration de Catilinat contre le Sénat et la République; Les Allobroges contactés par les conjurés promettent leur aide, puis font prévenir Cicéron, qui, grâce aux renseignements des Allobroges peut faire échouer la conjuration (voir Salluste :”conjuration de Catilina, XL à XLIII). N’ayant obtenu aucune reconnaissance du Sénat, les Allobroges se révoltent à nouveau contre les Romains.

En -62 : Les Allobroges de la Cité de Vienne expulsent les “Italiens” de la ville. Les Romains chassés de Vienne vont s’installer au confluent du Rhône et de la Saône. C’est pour eux qu’en -43 L. Munatius Plancus (ancien lieutenant de César) lancera la construction d’une nouvelle ville : Lugdunum (Lyon) qui deviendra la capitale des Gaules.

En -61 : L’armée des Allobroges est complètement défaite par C. Pomptinus au cours de deux batailles à Ventia et Solonium (lieux mal identifiés). L’Histoire nous a laissé le nom de Catugnat dernier chef Allobroge qui en -61 périt les armes à la main avec tous ses guerriers.Il s’agit de la dernière révolte des Allobroges. Trois ans plus tard commençait la Guerre des Gaules, non seulement les Allobroges n’y participent pas, mais ils prennent même le parti des Romains puisque l’on peut lire dans la Guerre des Gaules de César (livre VII - 64, 65) :”Vercingétorix (en 52 avant notre ère) ordonne aux Héduens et aux Ségusiaves, qui sont à la frontière de la Province, de mettre sur pied dix mille fantassins; il y joint huit cents cavaliers. Il confie cette troupe au frère d’Eporédorix et lui commande d’attaquer les Allobroges... Cela ne l’empêche point de solliciter en secret les Allobroges par des courriers privés et des ambassades, car il espérait que les souvenirs de la dernière guerre n’étaient pas encore éteints dans leur esprit. Aux chefs il promet des sommes d’argent, et à la nation que toute la Province lui appartiendra... Les Allobroges organisent avec soin et diligence la défense de leurs frontières, en disposant le long du Rhône une ligne serrée de postes...”

En -48 : Des Allobroges enrôlés dans les légions de César le trahissent à Dyrrachium en Epire (dans l’actuelle Albanie) au profit de Pompée et permettent la seule victoire remportée par Pompée sur César, (Voir “La guerre Civile” de César livre III) victoire de courte durée puisque quelques jours plus tard c’est la bataille de Pharsale et la fuite de Pompée en Egypte où il trouve la mort.

En -36 : Octave (futur Auguste) accorde à Vienne le statut de colonie honoraire (c’est-à-dire sans installation de colons) de droit latin, un privilège qui permettait aux magistrats de la cité d’obtenir automatiquement la citoyenneté romaine à leur sortie de charge.

En -27 :A partir de -27, Auguste réforme l’administration des Provinces. C’est vers cette époque que toute l’Allobrogie est rattachée à la Cité de Vienne et que le nom du pays des Allobroges disparait dans les textes pour faire place à celui de “Cité de Vienne”.

C’est en l’an 61 avant notre ère (Dion Cassius XXXVII, Florus, Breviarum CIII) que la cité de Vienne fut officiellement rattachée à la Narbonnaise qui avait été créée en l’an -118 (Cicéron pour Fonteïus). Rappelons pour la clarté de l’exposé, qu’aux temps de la République, on distinguait deux Gaules : la Gaule cisalpine qui correspondait grosso modo à l’Italie du nord d’aujourd’hui (c’est par exemple le Rubicon au nord de Rimini qui servait de frontière entre la Gaule et l’Italie et que César et la treizième légion franchirent dans la nuit du 11 au 12 janvier de l’an -49 - c’est d’ailleurs la même année que la Gaule Cisalpine fut rattachée à l’Italie) et la Gaule transalpine soit la France d’aujourd’hui étendue jusqu’au Rhin. Après la création de la Narbonnaise, le reste de la Gaule transalpine fut d’abord appelée “Gaule chevelue”. C’est dans cette Gaule chevelue qu’Auguste créa entre l’an -16 et l’an -13 trois nouvelles provinces en fait trois nouvelles Gaules : l’Aquitaine, la Lyonnaise et la Gaule Belgique.

vers 39/41 (au premier siècle de notre ère), la cité de Vienne fut promue au rang prestigieux de colonie romaine honoraire, ce qui a entraîné l’octroi de la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de son territoire et une modification de la constitution viennoise. Désormais, la cité fut administrée par un conseil municipal et par trois collèges : un collège de duumvirs pour dire le droit, un collège de duumvirs du trésor et un collège de triumvirs locorum publicorum persequendorum, dont le rôle exact reste imprécis (voir Carte archéologique de la Gaule, Savoie, B. Rémy)

L’Allobrogie ne forma longtemps qu’une seule cité, celle de Vienne divisée en pagi et en vici. Cette situation perdura pendant plus de trois siècles, jusqu’à ce que Genève et Grenoble soient élevées au rang de cités. Certains auteurs (par exemple A. Prud’homme dans “Histoire de Grenoble” en 1888) pensent que cela eut lieu sous Gratien donc vers 379/38O; d’autres, ce qui est plus probable, que l’événement est contemporain de Dioclétien vers 286/293 (voir B. REMY : “Dioclétien et la Tétrarchie” Que-sais-je 1998 page 64).C’est également sous Dioclétien et à l’occasion d’une réforme générale de l’empire que les Allobroges sont rattachés à la tribu “Voltinia”. La frontière entre la cité de Grenoble et celle de Genève passe juste au nord d’Aix-les-Bains.

B) La perception actuelle des Allobroges

Les Allobroges connaissent une certaine résurrection dans les temps récents; citons, sans prétendre, et de loin, pouvoir être exhaustif :

* Dès 1535, Aymar du Rivail publiant un livre sur la région l’intitule “De Allobrogibus”,

* en 1623, J.B. Cabias cite “le docte Bremius Professeur dans l’Université de Paris”, qui parlant des bains d’Aix, les appelle “les eaux du pays Allobroge”,

*Les Savoyards de Paris avaient créé un club des Allobroges qui se transforma en une “légion des Allobroges” armée en août 1792, commandée par le Capitaine Dessaix (qui deviendra général d’Empire), elle se joignit à l’armée française lors de la conquête de la Savoie en septembre 1792; (Voir “La Savoie Historique” par Joseph Dessaix, chez Perrin à Chambéry en 1854, tome 1 page 356). A la même époque les Suisses francophones avaient créé à Paris un “club helvétique” dont les membres se joignirent à la légion des Allobroges.

Signalons pour être impartial que cette armée des Allobroges n’eut pas toujours un rôle glorieux, ainsi, lorqu’elle fut envoyée en 1793 par les Conventionnels contre la population de l’Isle sur la Sorgue (Vaucluse). On peut lire en effet dans l’histoire de cette ville : “Les Allobroges dirigés par le chef d’escadron Doppet pillent tuent incendient”.

*la constitution d’une “Assemblée Nationale des Allobroges” proclamée à Chambéry le 23 octobre 1792 par les délégués de toutes les communes de Savoie. Cette assemblée gouverna la Savoie jusqu’à l’annexion à la France, consacrée par un décret de la Convention nationale du 28 novembre 1792;

* On ne compte pas le nombre d’associations, de clubs ou d’entreprises qui ont le mot “Allobroges” dans leur raison sociale, comme le bateau croisière “L’Allobroge” sur le lac d’Annecy (en 1877, un voyageur Charles Besançon signale déjà un bateau nommé Allobroge sur le lac d’Annecy). La création au XIXè siècle d’une Société de crédit “Les Allobroges”, puis en 1919, d’une chaîne de magasins “L’ Allobroge” dont le siège était à Chambéry, absorbée par Genty-Cathiard dans les années 1980 et d’une confiserie et chocolaterie de luxe “l’Allobroge” à Chambéry, ancêtre de la chocolaterie Coppélia; le groupement d’achats “Le rucher des Allobroges” à Barberaz; le centre commercial “les Allobroges” à La Motte Servolex ; le nouveau centre commercial “Courier” ouvert en mars 2001 près de la gare d’Annecy et qui porte le “Chant des Allobroges” gravé dans la pierre en couronne au dessus d’une quinzaine de magasins, (ce chant fut composé par Joseph Dessaix en 1856)

*la dénomination donnée par les communes à des rues, avenues etc; ainsi, l’on trouve un quai des Allobroges aussi bien à Grenoble qu’à Chambéry ou Albertville, une rue des Allobroges à Corbas (dans le Rhône, au sud de Lyon), à Charvieu-Chavanieux (dans l’Isère, entre le Rhône et Satolas), Seyssins, Brignoud, Challes-les-Eaux, La Motte Servolex, Annecy, Saint Cergues, Sallanches, Marnaz, Annemasse, Ville-la-Grand, Megève, ou Genève et Carouge (pour Genève et Carouge, il s’agit d’une seule rue à cheval sur les deux villes), une avenue des Allobroges à Thonon-les-Bains, un pont des Allobroges et une avenue du même nom à Romans, une impasse des Allobroges à Beaurepaire, une place des Allobroges à Vienne, un boulevard des Allobroges à Bonneville, un faubourg des Allobroges à Bons-en-Chablais et à Bonne, une allée des Allobroges et un mail du même nom à Pringy (au nord d’Annecy). La palme de la cité la plus “allobrogique” devant revenir à Cluses qui posséde une place des Allobroges, un passage des Allobroges, une impasse des Allobroges et une maison des Allobroges.

* la réalisation en 1892 par Gustave de Beaumont pour l’Arsenal de Genève d’une fresque “nos ancêtres Les Allobroges” (représentée dans la revue “L’Alpe” N° 17 - automne 2002).

*Citons également la Revue “L’Allobroge” revue scientifique et littéraire des Alpes françaises et de la Savoie d’Eugène Bonnefous à Grenoble de 1840 à 1842; Sabaudia revue historique...du pays des Allobroges et de l’ancien duché de Savoie éditée à Chambéry en 1872 et l’ancien organe communiste régional “Les Allobroges” (organe d’abord clandestin créé par la résistance en février 1942, qui devint public comme organe communiste à la Libération, puis se transforma en supplément départemental à “L’Humanité” à partir de 1948. En 2001 il n’existait plus que “Les Allobroges savoyards” et “Les Allobroges de la Drôme” qui dépendent de leur fédération départementale communiste respective). En Savoie, la fête annuelle du Parti communiste s’appelle d’ailleurs la “fête des Allobroges”.

*l’ensemble H.L.M. “Les Allobroges” à La Tour du Pin et à La Motte-Servolex, l’agence chambérienne “les Allobroges” de l’OPAC (Office d’H.L.M. de la Savoie), du centre social “Les Allobroges” à Villette d’Anthon -sur le bord du Rhône au nord de Satolas-, de la maison de retraite “Les Allobroges à Chaponnay (Rhône), de la M.J.C. “Les Allobroges” à Grenoble, du collège “Les Allobroges” à La Roche-sur-Foron, de l’école élémentaire et maternelle “Les Allobroges” à Pont de Beauvoisin (Savoie), de l’école des Allobroges à Genève (quartier des Acacias), de la salle municipale “Les Allobroges” à Annecy et à Chambéry, du parking des “Allobroges” à Albertville, de la loge “L’Allobroge” d’Annecy du Grand Orient de France fondée en 1860, et ce malgré le portrait peu flatteur qu’en ont laissé les textes antiques. Le report sur une carte de toutes les villes qui ont donné le nom “Allobroges” à un établissement ou à une rue etc permettrait presque de délimiter le territoire de ce peuple antique.

*Signalons encore l’intéressante exposition consacrée aux Allobroges au Musée Dauphinois de Grenoble du 11 octobre 2002 au 15 septembre 2003, puis successivement au Musée savoisien de Chambéry, au Musée-château d’Annecy, au Musée d’Art et d’Histoire de Genève, et au Musée de Saint-Romain-en-Gal/Vienne.

Témoin de cette renaissance de l’Allobrogie, une étiquette prise en 2001 sur une bouteille de vin et intitulée :”Vin de pays d’Allobrogie”, (appellation réglementée par un arrêté ministériel d’avril 1976 et quelques textes d’application).

Rappelons que Pline l’Ancien (mort en 79 pendant l’éruption du Vésuve) parlait déjà du vin des Allobroges dans “histoire naturelle” (IV-12), en précisant qu’il s’agissait d’un vin au goût de poix délicieux sur place et méconnaissable ailleurs. Columelle écrivain latin du Ier siècle après Jésus-Christ, dans son “traité d’agronomie” (XII-23), célébrait lui aussi les vins de l’Allobrogie appréciés par le plus célèbre des gourmets romains : Luculus le Raffiné. On sait également que ces vins étaient servis sur la table d’Antoine. Citons encore le plus ancien témoignage, celui de Celse médecin latin, qui au tout début de notre ére, parle du “vinum allobrogicum” dans son traité de médecine et le recommande comme remède aux maux d’estomac. Les publicistes semblent en outre avoir retrouvé les vertus des tribus antiques comme symbole des produits naturels, puisque nous avons pu acheter en avril 2001 dans un hypermarché Carrefour un poulet fermier label rouge de la marque : “Délice des Allobroges”. On trouve même des établissements commerciaux au nom des Allobroges en Tarentaise par exemple, alors que ce territoire n’était pas Allobroge, mais il est vrai, que le “Chant des Allobroges” est bien celui des habitants des trois départements des Alpes du Nord. Pour preuve : en novembre 2001, à la caserne des chasseurs alpins de Vars, les soldats l’ont chanté lors d’une cérémonie clôturant la fin du service militaire obligatoire.. On trouve de même une rue des Allobroges à Chamonix ou en Maurienne à Epierre, La Chambre et Saint-Jean-de-Maurienne. A Turin (Torino) au centre de la piazza San Carlo, trône une statue équestre du Duc Emmanuel-Philibert. C'est ce duc qui transféra la capitale des Ducs de Chambéry à Turin en 1562. Sur l'inscription qui se trouve sous la statue, le duc a le titre « d'Allobrogum Duci » (Duc des Allobroges). Cela semble bien confirmer qu'au fil des siècles, l'ensemble du Duché de Savoie s'est identifié comme l'ancien territoire des Allobroges.

Sur la perception contemporaine des Allobroges, on peut encore citer Jules Verne qui en 1879 parle de “l’intelligente tribu gauloise des Allobroges” ou un journaliste parisien originaire de la Meuse (Victor Fournel), qui à l’occasion d’un passage à Aix-les-Bains en septembre 1868 écrit : “Dans l’après-midi, un âne superbe, lauréat du concours de Madame Rattazi, m’a promené quatre heures, avec la démarche imposante et la gravité d’un Allobroge”.

Il semble cependant que la “survivance” régionale des Allobroges s’arrête aux limites du Rhône, car nous ne trouvons plus d’appellation “Allobroges” sur la rive droite du Rhône, ni pour des noms de rues, ni pour des enseignes commerciales. Par contre, l’importante émigration de Savoyards ou de Dauphinois restés attachés à leurs racines, explique que l’on retrouve des appellations “Allobroges” très loin de l’Allobrogie, témoin le livre édité en 1935 (à Blois imprimerie de Grandpré) par Françoise Mournaud et Marie Madeleine de Verchère et intitulé : “Les Allobroges au Canada”; on peut encore citer pêle-mêle, à titre d’exemples : un Boulevard des Allobroges à Toulon, un mail des Allobroges à Meaux (Seine-et-Marne) une allée des Allobroges à Colomiers (Hte Garonne), une résidence des Allobroges à l’Opac de Dijon, une agence “Allobroges immo” à Nogent sur Marne, un club de gymnastique à Nîmes “Les Allobroges Nîmois”, un bar tabac “Les Allobroges” à Antibes (06) ou un bar “Les Allobroges” à Roquebrune Cap Martin (O6), ou encore un restaurant “Les Allobroges” à Paris rue des Grands Champs (20è) et qui avait à son menu (en mai 2003) : “Souris d’Agneau à l’Ail confit Les Allobroges”

Cet attachement collectif aux anciens Allobroges, a piqué notre curiosité, et nous nous sommes demandés si il s’agissait d’une spécificité proprement régionale ou d’un phénomène plus général. La comparaison avec les Arvernes ne semble pas pertinente compte tenu de la stature nationale de Vercingétorix. Non seulement à cause de sa statue qui trône place de Jaude à Clermont-Ferrand, ou du timbre émis à son effigie par la Poste française en 1966 dans la série “Les grands noms de l’Histoire”, mais aussi parce qu’il a donné son nom à une rue de Paris (dans le 14è), à une place de Grenoble etc etc. Le nom de Vercingétorix est probablement le seul nom gaulois connu de tous les Français, (sans parler bien sûr et par Toutatis des personnages de bandes dessinées). Le nom de Brennus, par exemple ne doit être connu que des joueurs de rugby, et encore savent-ils à qui cela correspond ?

Nous avons donc tenté une comparaison avec les Carnutes, autre peuple gaulois qui fut célèbre pour au moins deux raisons : - c’est sur le territoire des Carnutes que se tenait la réunion annuelle des Druides et les Carnutes furent parmi les premiers et aussi parmi les derniers (même après Alésia) à combattre les Romains pendant la guerre des Gaules. Ils donnèrent même du fil à retordre aux Romains, par exemple en massacrant en -52 tous les citoyens romains de Genabum (Orléans). Leurs derniers chefs (Gutruat et Conconnetodumn) meurent comme Catugnat les armes à la main avec tous leurs guerriers. Le territoire des Carnutes est moins bien défini que celui des Allobroges. Il semble cependant correspondre à l’ancienne province de l’Orléanais. Cette province fut divisée en trois départements : le Loiret, le Loir-et-Cher et l’Eure-et-Loir, ce qui représente un territoire de 19.000 kms2 soit un peu plus que celui des Allobroges mais sous réserve de l’imprécision des limites pour ce qui concerne les Carnutes. (A ce sujet, on pourra se reporter à la revue municipale de Chartres en Eure-et-Loir N° 191 de mars 1998, page 42 où l’on peut lire à propos de Chartres-de-Bretagne : “ Des vestiges gallo-romaines récemment mis au jour ont révélé l’existence au sud de Rennes, au début de notre ère, de tout un “Pays des Carnutes” (Pagus cartunensis) témoignage probable de la présence d’une colonie de cette tribu gauloise de la Beauce chez ses frères de l’Ouest”. Dans ces départements, nous avons trouvé une rue des Carnutes à Chartres et une à Orléans; mais point à Blois, ni dans les villes intermédiaires comme Châteaudun... Sur la base de cette comparaison, il semble donc bien y avoir un intérêt régional spécifique dans l’Allobrogie pour les anciennes populations celtiques qui occupaient le territoire avant l’arrivée des Romains.

C) L’Allobrogie:

Beaucoup d’auteurs antiques dont un certain nombre de ceux cités à propos des Gaulois, ont parlé des Allobroges et de leur territoire. Le vocable “Allobrogie” pour désigner le territoire des Allobroges, ne semble pas avoir été utilisé par les auteurs antiques et ne figure pas dans les dictionnaires contemporains, mais il est utilisé par de très nombreux auteurs au moins depuis 1535. Outre Du Rivail (ou son traducteur), on peut citer : François De Loche fin XVIIIè début XIXè, Charles Despine (dans un mémoire présenté le 26 nivôse an X à l’école de Médecine de Montpellier), Albanis Beaumont 1802, De Verneilh 1807, Delisle 1807, De Malzen 1826, Jenny Bernard 1833, Cassien/Debelle 1835, Constant Despine 1844, Mme Lebrun 1845, De Fortis 1846, Despine fils 1850, Macé 1852, Claude Genoux 1852 (dans “Histoire de Savoie” dont l’introduction commence ainsi : “Le duché de Savoie, l’ancienne Allobrogie...”, Dessaix 1854, Taylor 1854, Audiffred 1856, Bard 1858, Descostes 1867, Raverat 1867, De Saint Genis 1868, J. Mercier curé de St Maurice d’Annecy dans “Souvenirs historiques d’Annecy” publié en 1878, Prud’homme 1888 (Histoire de Grenoble), Ardouin-Dumazet 1896...Au XXè siècle le terme “Allobrogie” semble s’être généralisé chez les auteurs; on peut citer parmi beaucoup d’autres : l’abbé J. Burlet en 1910 dans “L’Allobrogie chrétienne au VIè siècle”, Paul Guichonnet en 1973 (Histoire de la Savoie, Privat), Thérèse Leguay dans “L’Histoire d’Aix-les-Bains et de sa région” en 1988 parle même de “l’Allobrogie romaine”, L. Clerc Jacquier vicaire de Moirans dans “Histoire de Moirans” publié à Paris en 1989, Juliette et Adrien Dieufils dans “Petite histoire du Val Gelon et de La Rochette” publiée par La Fontaine de Siloë, ou Jean Prieur dans de nombreux textes et par exemple dans “La Savoie des origines à l’an mil” où, page 165 le titre du chapitre est : “L’Allobrogie”; sans parler de la consécration donnée le 23 octobre 1792 par “l’Assemblée nationale des Allobroges” réunie dans la cathédrale de Chambéry et qui dans sa 4° séance proclama : “... et l’unité indivisible de l’Allobrogie” ou par l’arrêté ministériel d’avril 1976 pour le “vin de pays d’Allobrogie”. Enfin, signalons que sur Internet le mot “Allobrogie” a entrainé, lorsque nous l’avons consulté, 74 références sur le moteur de recherches “Googol”, ce qui démontre s’il en fallait que l’usage du mot “Allobrogie” pour désigner l’ancien territoire des Allobroges s’est complètement généralisé. En outre, ajoutons encore qu’à défaut du vocable “Allobrogie”, les anciens ont utilisé celui “d’Allobrogique” (Allobrogicus) comme surnom honorifique d’un des vainqueurs des Allobroges (Quintus Fabius Maximus).

D) limites de l’Allobrogie ou de l’antique cité de Vienne:

Au XIXè et XXè siècles, de nombreux auteurs ont étudié les limites du territoire des Allobroges et de la Cité de Vienne à partir des auteurs antiques, des inscriptions ... Une synthèse a été publiée par Rémy dans les “cahiers d’Histoire” de 1970, ou plus récemment dans “la Revue Archéologique de Narbonnaise” N° 33 an 2000 pages 55 à 60. Voir également François Bertrandy : “Bornes milliaires et réseau routier dans la cité de Vienne sous l’empire romain”. Bibliothèque des études savoisiennes, tome IX 2001. Ci après, la carte synthèse issue de ces études qui nous a servi de base pour la délimitation territoriale de notre travail. Par rapport à notre “prédéfinition” simplifiée (territoire compris entre le Rhône et l’Isère), mais que l’on trouve chez de nombreux auteurs, Rémy permet les précisions suivantes :

De Genève à Saint Gingolph, la limite suit les bords du lac, puis emprunte la vallée de la Morge... et non le cours de la Dranse comme l’ont écrit certains auteurs, puis les hautes cimes des Alpes Graiae jusqu’au mont Buet, la vallée de la Diose. Une borne fixée en l’an 74 après J.C. entre Megève et Chamonix, fut découverte en 1853 et permet de fixer de manière sûre la frontière dans ce secteur entre Allobroges et Ceutrons.

Une autre borne découverte en 1963 au col du Jaillet près de Megève a permis d’affiner la frontière des Allobroges dans le secteur de l’Arly. D’autres inscriptions découvertes à Saint Jean-Pied-Gauthier et à la Chapelle Blanche permettent ensuite de fixer la limite des Allobroges au sommet de Belledonne et non au cours de l’Isère. la limite du territoire des Allobroges suit ensuite la Romanche, le Drac et rejoint l’isère mais, sur une grande longueur, les Allobroges occupent les 2 rives des rivières ou du Rhône. Ensuite, une borne découverte à Arras dans l’Ardèche et un texte de Pline permettent de fixer la limite des Allobroges à la crête des Cévennes ce qui constitue une importante portion de territoire à l’ouest du Rhône de Givors jusqu’à la rivière le Doux au sud.

Plus au nord, une borne milliaire découverte à Lyon dans le quartier de la Guillotière (7° arrondissement) à l’hôpital psychiatrique Saint Jean de Dieu, laisse penser que les Romains avaient d’abord pris le Rhône comme limite de la cité de Vienne (donc de l’Allobrogie) et que cette limite fut reculée lors de la création de Lugdunum (Lyon)

D’Authon, à l’embouchure de l’Ain, jusqu’à Genève, un texte de César (“La Guerre des Gaules, livre I-11) laisse penser que les Allobroges occupaient les deux rives du Rhône puisque César écrit : “Enfin des Allobroges qui avaient sur la rive droite du Rhône des villages et des propriétés cherchent un refuge auprès de César...”, mais, lors de l’organisation de la Cité de Vienne, les Romains ramenèrent au Rhône, dans ce secteur, la limite du territoire des Allobroges. C’est cette limite que nous avons pris en compte pour cette étude. Le périmètre ainsi défini représente un territoire de 13.000 km2 environ. Par rapport aux circonscriptions administratives actuelles, l’antique cité de Vienne s’étend : sur la rive gauche du Rhône : outre l’enclave de Genève, sur une grande partie des départements de la Haute-Savoie, de la Savoie et de l’Isère ainsi que sur une petite partie nord de la Drôme, et sur la rive droite du Rhône : sur une portion des départements du Rhône, de la Loire, de la Haute Loire et de l’Ardèche.

 

J.D. 2002, dernière mise à jour : 21 octobre 2010

 

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