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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 11:49

*Une compagnie de charpentiers fut constituée vers 1724 pour la ville et le comté de Philadelphie. Au début des années 1770, ils se construisirent des locaux qui existent encore et sont connus sous le nom de « Carpenters Hall ».

*A l'automne 1774, ils prêtèrent leurs locaux pour une réunion de représentants de 12 des 13 colonies anglaises d'Amérique. A ce stade, il s'agissait juste de dresser un cahier de revendications à adresser au roi d'Angleterre (George II).

*Cette réunion se tint du 5 septembre au 26 octobre 1774. Elle reste dans l'Histoire des États-Unis comme ayant constitué « le premier Congrès Continental ». C'est à cette occasion que le représentant de la Virginie (Patrick Henry) déclara : « Je ne suis pas Virginien mais Américain », phrase qui fait partie de l'Histoire américaine au même titre que le « Ich bin ein Berliner » de John Kennedy (le 26 juin 1963).

*En décembre 1775, eurent lieu, au second étage de la maison des charpentiers des réunions secrètes entre Benjamin Franklin, John Jay, Francis Daymond et Julien Achard De Bonvouloir, un agent secret travaillant pour le compte de la France. A la suite de ces réunions secrètes, un premier représentant ((Silas Deane) fut envoyé en France pour demander l'aide de Louis XVI contre les Anglais.

*Lorsque la guerre contre les Anglais prit de l'importance, une autre délégation fut envoyée à Louis XVI. Thomas Paine en fit partie. A la suite de quoi, cet Américain obtint la nationalité française et fut élu le 6 septembre 1792 député du Pas-de-Calais à la Convention Nationale. Voici, à ce sujet, ce qu'écrit Alphonse de Lamartine (dans « Histoire des Girondins » publiée en 1847, au livre trente-troisième, chapitre VI) :

« Payne avait été comblé d'égards par le roi lorsqu'il était venu à Paris pour implorer le secours de la France en faveur de l'Amérique. Louis XVI avait fait don de six millions à la jeune République. Payne n'eut ni la mémoire ni la convenance de sa situation. Ne pouvant s'énoncer en français à la tribune, il écrivit et fit lire à la Convention (le 20 novembre 1792) une lettre ignoble dans les termes, cruelle dans l'intention : longue injure jetée jusqu'au fond du cachot à l'homme dont il avait jadis sollicité la généreuse assistance et à qui il devait le salut de sa patrie. Considéré comme individu, cet homme n'est pas digne de l'attention de la République ; mais comme complice de la conspiration contre les peuples, vous devez le juger, disait Payne... ».

Pauvre Louis XVI, même ceux qu'il avait aidés lui crachaient dessus : « malheur aux vaincus » !

*Le 14 juin 1776, « l'Assemblée de Pennsylvanie » (organe contrôlé par les Anglais) ne put se réunir faute de participants.

*Le 18 juin 1776, dans la salle des Charpentiers, les délégués de Philadelphie et de 10 autres comtés convoquèrent un « corps extra judiciaire » pour nier l'autorité de « l'Assemblée de Pennsylvanie », approuver les résolutions du congrès de l'automne 1774 et commencer à recruter une milice armée pour combattre l'Angleterre.

*Fin septembre 1777, l'armée anglaise s'empara de Philadelphie, le congrès se transporta à Lancaster (autre ville de Pennsylvanie) puis à York avant de revenir à Philadelphie.

*C'est en juin 1778 que les Anglais durent évacuer la ville ; sur terre, ils étaient encerclés par l'armée de Washington et une flotte française commandée par le comte d'Estaing bloquait l'accès par la mer et la rivière Delaware.

*La guerre contre les Anglais, commencée en 1775 dura jusqu'en 1783. La France d'abord, puis l'Espagne et les Provinces Unies (ancien nom des Pays-Bas) envoyèrent troupes, armes et finances pour aider les Américains. Finalement vaincus, les Anglais signèrent le traité de Paris le 3 septembre 1783, par lequel ils reconnaissaient l'indépendance de leurs anciennes colonies d'Amérique.

*Philadelphie de manière générale et la Maison des Charpentiers de façon particulière tiennent donc une grande place dans l'Histoire des États-Unis.

*Aujourd'hui, les responsables du tourisme local savent d'ailleurs parfaitement utiliser l'Histoire pour attirer les visiteurs, mais on ne s'en plaindra pas.

J.D. 8 mai 2016

Maison des Charpentiers, photo J.D. 23 avril 2016

Maison des Charpentiers, photo J.D. 23 avril 2016

Maison des Charpentiers inscription intérieure, photo J.D. 23 avril 2016

Maison des Charpentiers inscription intérieure, photo J.D. 23 avril 2016

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 09:46

La Révolution de 1789 prôna de grands principes dont celui d'égalité, sauf pour…. les femmes à qui les soi-disant révolutionnaires n'accordèrent même pas le droit de vote !. Pire, ils interdirent même les clubs féminins en 1793, alors qu'au temps de la royauté un certains nombre de femmes eurent le pouvoir en étant régentes !

A la suite, le premier empire, puis le retour des rois (Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe), puis la seconde République (de 1848 à 1852), puis le second empire de 1852 à 1870, puis la troisième République de 1870 à 1940, puis l’État français de 1940 à 1944, ne firent pas mieux pour ce qui concerne le droit de vote des femmes.

La troisième République est particulièrement inexcusable, elle qui encouragea le travail des femmes dans les champs, les usines, les hôpitaux et partout durant la première guerre mondiale pendant que les hommes étaient massivement mobilisés. Les femmes eurent le droit de faire marcher l'économie, de soutenir l'effort de guerre, de soigner les blessés... mais toujours pas de voter !

Il est cependant un domaine où la Révolution assura la stricte égalité hommes/femmes, c'est celui de la guillotine ! Les femmes comme les hommes eurent le droit de « mettre la tête à la lucarne » selon l'expression en vigueur durant la Révolution, c'est-à-dire sous le couperet de la guillotine.

Voici, parmi les plus connues, quelques-unes des femmes guillotinées durant la Révolution :

*Charlotte Corday le 17 juin 1793

*Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

*Olympe de Gouges le 3 novembre 1793

*Manon Roland le 8 novembre 1793

*Comtesse du Barry le 8 décembre 1793

*Lucile Desmoulins le 13 avril 1794

*Françoise Goupil veuve Hébert le 13 avril 1794

*Elisabeth (sœur de Louis XVI) le 10 mai 1794

etc etc etc.

Parmi toutes ces femmes guillotinées, une figure est particulièrement attachante, c'est celle de Manon Roland. Michel Onfray lui a d'ailleurs consacré un article des pages 98 à 102 dans l'hebdomadaire Le Point du jeudi 30 juillet 2015.

Manon Roland :

Elle naquit Jeanne Marie Philipon à Paris le 17 mars 1754 d'un père graveur et d'une mère nommée Marguerite Bimont qui surnomma sa fille « Manon ».

D'un esprit très vif et d'une grande intelligence, Manon lisait beaucoup. Le 7 mai 1765, elle entrait en pension chez les religieuses du couvent des Augustines à Paris.

Le 4 février 1780 elle épousa Jean-Marie Roland de La Platière, économiste déjà réputé, inspecteur des manufactures né le 18 février 1734 et donc de 20 ans l'aîné de Manon. Avec Jean-Marie elle eut une fille, nommée Eudora, née en 1781 et qui vécut jusqu'en 1858.

Elle suivit son mari dans ses différentes affectations : Paris, Amiens puis Lyon et revint à Paris en décembre 1791. Férue de lectures d'auteurs anciens et de philosophes, elle s'enthousiasma pour la Révolution. Elle tint salon où se trama une partie de l'histoire de la Révolution. Voici ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans l'histoire des Girondins publiée en 1847 aux chapitres XV et XVI du livre huitième :

« Brissot, Pétion, Buzot, Robespierre, convinrent de se réunir quatre fois par semaine, le soir, dans le salon de cette femme. L'objet de ces réunions était de conférer secrètement sur les faiblesses de l'Assemblée constituante, sur les pièges que l'aristocratie tendait à la Révolution entravée, et sur la marche à imprimer aux opinions attiédies pour achever de consolider le triomphe. Ils choisirent la maison de madame Roland, parce que cette maison était située (rue Guénégaud, dans le sixième arrondissement, près de l'île de la Cité) dans un quartier assez rapproché du logement de tous les membres qui devaient s'y rencontrer…
Madame Roland se trouvait ainsi jetée, dès les premiers jours, au centre des mouvements. Sa main invisible touchait les premiers fils de la trame encore confuse qui devait dérouler les plus grands événements..
. ».

On notera le nom de Robespierre parmi les premiers assidus au salon de Manon. Elle et son mari aidèrent Robespierre à ses débuts et le prévinrent même d'un danger qui le guettait. Ce que Robespierre oubliera lorsque Manon sera condamnée et guillotinée !

Affilié aux Girondins, Jean-Marie Roland se retrouva ministre de l'Intérieur du 23 mars au 13 juin 1792 et du 10 août 1792 au 23 janvier 1793, au moment où les Girondins dominèrent l'Assemblée.

C'est le mari qui fut ministre mais c'est Manon qui dictait la politique et même qui rédigeait les discours. Voilà ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans « Histoire des Girondins » livre neuvième chapitre I :

« L'éclat et le génie de sa femme attirait les yeux sur lui ; sa médiocrité même, seule puissance qui ait la vertu de neutraliser l'envie, le servait. Comme personne ne le craignait, tout le monde le mettait en avant... ».

L'influence de Manon fut, dès l'époque, de notoriété publique.

Ainsi Danton déclarait à la tribune de l'Assemblée le 29 septembre 1792 :

« Personne ne rend plus de justice que moi à Roland. Mais si vous lui faites une invitation, faites-la donc aussi à sa femme ; car tout le monde sait que Roland n'est pas seul dans son département ».

Un député girondin (Lasource) répondit à Danton : « Qu'importe à la patrie que Roland ait une femme intelligente qui lui inspire ses résolutions, ou qu'il les puise en lui-même. Ce petit moyen n'est pas digne du talent de Danton. »

Ces propos sont rapportés par Alphonse de Lamartine au livre trentième de l'histoire des Girondins ; et Lamartine poursuit :

« Le lendemain, Roland écrivit à la Convention une de ces lettres lues en séance publique, et qui donnaient indirectement la parole dans la Convention et l'influence du talent de sa femme dans l'opinion. Ces lettres aux autorités constituées, aux départements, à la Convention, étaient les discours de madame Roland. Elle rivalisait avec Vergniaud, elle luttait avec Robespierre, elle écrasait Marat. On sentait le génie, on ignorait le sexe. Elle combattait masquée dans la mêlée des partis... »

Un discours de Manon :

Lorsqu'il se retrouva ministre et probablement fier de fréquenter le roi, comme Jean-Marie Roland faisait, devant sa femme, l'éloge du monarque; voilà ce que lui répondit Manon ; propos rapportés (ou imaginés?) par Alphonse de Lamartine dans l'Histoire des Girondins au chapitre X du livre treizième :

« Défie-toi de la perfidie de tous et surtout de ta propre vertu, répondait-elle au faible et orgueilleux Roland ; tu vis dans un monde des Cours où tout n'est qu'apparence, et où les surfaces les plus polies cachent les combinaisons les plus sinistres. Tu n'es qu'un bourgeois honnête égaré parmi ces courtisans, une vertu en péril parmi tous ces vices ; ils parlent notre langue et nous ne savons pas la leur : comment ne nous tromperaient-ils pas ? Louis XVI, d'une race abâtardie, sans élévation dans l'esprit, sans énergie dans la volonté, s'est laissé garrotter dans sa jeunesse par des préjugés religieux qui ont encore rapetissé son âme ; entraîné par une reine étourdie qui joint à l'insolence autrichienne l'ivresse de la beauté et du rang suprême, et qui fait de sa cour secrète et corrompue le sanctuaire de ses voluptés et le culte de ses vices, ce prince, aveuglé d'un côté par les prêtres et de l'autre par l'amour, tient au hasard les rênes flottantes d'un empire qui lui échappe ; la France, épuisée d'hommes, ne lui suscite, ni dans Maurepas, ni dans Necker, ni dans Calonne, un ministre capable de le diriger ; l'aristocratie est stérilisée ; elle ne produit plus que des scandales ; il faut que le gouvernement se retrempe dans une couche plus saine et plus profonde de la nation ; le temps de la démocratie est venu, pourquoi le retarder ? Vous êtes ses hommes, ses vertus, ses caractères, ses lumières ; la Révolution est derrière vous, elle vous salue, elle vous pousse, et vous la livreriez confiante et abusée au premier sourire d'un roi, parce qu'il a la bonhomie d'un homme du peuple ! Non, Louis XVI, à demi détrôné par la nation, ne peut aimer la Constitution qui l'enchaîne ; il peut feindre de caresser ses fers, mais chacune de ses pensées aspire au moment de les secouer. Sa seule ressource aujourd'hui est de protester de son attachement à la Révolution et d'endormir les ministres de la Révolution chargés de surveiller de près ses trames ; mais cette feinte est la dernière et la plus dangereuse de Louis XVI, et les ministres patriotes sont ses surveillants ; il n'y a pas de grandeur abattue qui aime sa déchéance, il n'y a pas d'homme qui aime son humiliation : crois à la nature humaine, Roland, elle seule ne trompe jamais, et défie-toi des cours ; ta vertu est trop haute pour voir les pièges que les courtisans sèment sous tes pas »

Rapporté ou imaginé, ce discours devrait bien être médité par tous ceux qui seraient prêts à tuer père et mère pour un portefeuille de ministre !

La fin :

Manon Roland et d'autres comme elle, furent plus intelligentes que beaucoup de prétentieux révolutionnaires, mais dans le contexte d'une société qui n'était pas prête à l'accepter, elles en perdirent la tête !

Lorsque Jacobins et Cordeliers s'entendirent pour éliminer les Girondins, Manon fut arrêtée le 1er juin 1793. Elle avait eu le temps de confier sa fille à des amis.

Elle fut condamnée par le tribunal révolutionnaire composé probablement d'abrutis notoires. En intelligence, Manon dépassait ses juges de cent coudées, mais c'était là véritablement son crime !

Elle fut guillotinée le 10 novembre 1793 et eut une mort héroïque. Durant ses 5 mois d'emprisonnement elle eut le temps d'écrire des mémoires. Jean-Marie Roland avait pu, lui, fuir en Normandie, mais lorsqu'il apprit l'exécution de Manon, il se suicida.

Qui, un jour, réhabilitera les dizaines de milliers de victimes innocentes de la Révolution ?

J.D. 6 mars 2016

nota : la citation de Lamartine expliquant que Roland était devenu ministre parce qu'il ne gênait personne, me rappelle une réunion tenue à Chambéry au début des années 1970. Réunion provoquée par Pierre Dumas alors maire de Chambéry et député de Maurienne et ce suite à la fermeture d'une usine en Maurienne. Un délégué de la DATAR (à l'époque : Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale) participait à cette réunion et manifestement il ne comprenait rien. J'en fis part en aparté à un ingénieur des Ponts-et-Chaussées auprès de qui j'étais placé. Il me répondit : »C'est parce qu'il est nul qu'il occupe ce poste, il ne gêne personne ».

Manon Roland à la guillotine

Manon Roland à la guillotine

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 11:16

La presse vendue ou placardée joua un grand rôle durant la Révolution française, pour diffuser les idées, les consignes, mobiliser... Voici ce que Alphonse de Lamartine décrit de cette presse au moment de la Révolution, dans « Histoire des Girondins « publiée en 1847, au livre quatrième chapitre II :

« Ce moment des élections (il s'agit des élections du 29 août au 5 septembre 1791 pour l'Assemblée législative qui remplaça l'Assemblée constituante) fut le signal d'une lutte plus acharnée de la presse périodique. Les journaux ne suffisaient pas. On fit crier les opinions dans les rues par des colporteurs, et on inventa les journaux-affiches placardées contre les murs de Paris et groupant le peuple au coin des rues devant ces tribunes de carrefour. Des orateurs nomades, inspirés ou soldés par les différents partis, s'y tenaient en permanence et commentaient tout haut ces écrits passionnés ...C'était la tribune antique transportée au domicile de chaque citoyen et appropriant son langage à toutes les classes, même aux plus illettrés. La colère, le soupçon, la haine, l'envie, le fanatisme, la crédulité, l'injure, la soif de sang, les paniques soudaines, la démence et la raison, la révolte et la fidélité , l'éloquence et la sottise, avaient chacun leur organe dans ce concert de toutes les passions civiles. La ville s'enivrait tous les soirs de ces passions fermentées. Tout travail était ajourné. Son seul travail, c'était le trône à surveiller, les complots réels ou imaginaires de l'aristocratie à prévenir, la patrie à sauver. Les vociférations des colporteurs de ces feuilles publiques, les chants patriotiques des Jacobins sortant des clubs, les rassemblements tumultueux, les convocations aux cérémonies patriotiques, les terreurs factices sur les subsistances, tenaient les masses de la ville et des faubourgs dans une continuelle tension. La pensée publique ne laissait dormir personne. L'indifférence eût semblé trahison. Il fallait feindre la fureur pour être à la hauteur de l'esprit public. Chaque circonstance accroissait les pulsations de cette fièvre. La presse la soufflait dans toutes les veines de la nation. Son langage tenait déjà du délire. La langue s'avilissait jusqu'au cynisme. Elle empruntait à la populace même ses proverbes, sa trivialité, ses obscénités, ses rudesses, et jusqu'à ces jurements dont elle entrecoupe ses paroles, comme pour asséner avec plus de force les coups de l'injure dans l'oreille de ceux qu'elle hait. Danton, Hébert, Marat furent les premiers qui prirent ce ton, ces gestes et ces jurements de la plèbe, pour la flatter par l'imitation de ses vices. Robespierre ne descendit jamais jusque là…. ».

Ce texte de Lamartine me semble bien illustrer l'ambiance de la Révolution qui ne fut pas la même sur tout le territoire français mais qui concerna quand même beaucoup de villes, non seulement Paris mais Lyon, Marseille, Avignon, Toulon, Nantes …

Dans « Les Blancs et les Bleus », roman publié en 1867/1868, Alexandre Dumas tente un bilan de la Révolution entre les horreurs et les aspects positifs, voir note N° 92 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-revolution-francaise-115651234.html

Voici un aperçu, non exhaustif, de la presse au temps de la Révolution :

* »Actes des Apôtres » :

Fut un périodique satirique royaliste qui parut à compter du 2 novembre 1789 à raisons de 3 numéros par semaine et jusqu'en 1791. En tout 311 numéros furent édités. Il fut fondé par Jean-Gabriel Peltier né dans le Maine-et-Loire le 21 octobre 1760. Il s'enfuit en Grande-Bretagne après la prise des Tuileries le 10 août 1792, c'est la raison pour laquelle il put vivre jusqu'en 1825.

* »Annales patriotiques et littéraires de la France»

Journal fondé par Jean-Louis Carra et Louis-Sébastien Mercier. Parut à partir du 5 octobre 1789 jusqu'en 1796 avec des éditions provinciales.

-Jean-Louis Carra né le 9 mars 1742 fut député de Saône-et-Loire à la Convention nationale en septembre 1792. Élu secrétaire de la Convention le 16 novembre 1792 alors qu'il appartenait encore au club des Jacobins. Il rejoignit les Girondins à la fin de 1792 et fit partie des Girondins arrêtés, condamné le 30 octobre 1792, il était guillotiné le 31.

-Louis-Sébastien Mercier naquit le 6 juin 1740. Écrivain, dramaturge, journaliste, il fut l'auteur de nombreuses œuvres dont 50 pièces de théâtre et d'un roman d'anticipation intitulé « l'an 2440 » parut en 1771. Selon certains auteurs, c'est de là que viendrait l'expression « s'en moquer comme de l'an 40 » et non de la guerre de 40 comme doivent le croire beaucoup de gens, alors que cette expression est apparue dès le début des années 1790. Louis-Sébastien Mercier mourut le 25 avril 1814

* »Chronique de Paris »

Journal fondé en 1789, voir fiche N° 262 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/11/les-savoyards-en-mai-1790-n-262.html

* »Courrier de Provence » :

fut la suite aux « lettres du comte Mirabeau à ses commettans » (selon l'orthographe de l'époque)

. 350 numéros se succédèrent de fin juillet 1789 jusqu'au 30 septembre 1791. Le principal rédacteur en fut Pierre Etienne Louis Dumont né à Genève en 1759, pasteur de l'église réformée, vint en France en 1789 et se mit au service de Mirabeau. Il décéda en 1829

*États-Généraux :

fondé par Mirabeau le 2 mai 1789, fut interdit 4 jours plus tard et remplacé par « lettres du comte Mirabeau à ses commettans »

* »Journal de la République française » :

Journal de Jean-Paul Marat, Montagnard, d'abord avec les Cordeliers puis avec les Jacobins. Ce « Journal de la République française » a fait suite à « l'Ami du Peuple » jusqu'à l'assassinat de Marat le 13 juillet 1793

*Journal de la Société de 1789 :

Fondé par C. Dupont de Nemours, Pastoret et André Chénier. 15 numéros parurent du 5 juin au 15 septembre 1790.

Dans le numéro daté du 3 juillet 1790, Condorcet y publia un article intitulé : « Sur l'admission des femmes au droit de Cité ». Extrait :

« Par exemple, tous n’ont-ils pas violé le principe de l’égalité des droits, en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois, en excluant les femmes du droit de cité ? Est-il une plus forte preuve du pouvoir de l’habitude, même sur les hommes éclairés, que de voir invoquer le principe de l’égalité des droits en faveur de trois ou quatre cents hommes qu’un préjugé absurde en avait privés, et l’oublier à l’égard de douze millions de femmes ?

Pour que cette exclusion ne fût pas un acte de tyrannie, il faudrait ou prouver que les droits naturels des femmes ne sont pas absolument les mêmes que ceux des hommes, ou montrer qu’elles ne sont pas capables de les exercer. »

* »Journal de Paris » :

Organe des monarchistes constitutionnels, dirigé par André Chénier Girondin et poète né le 30 octobre 1762. Il condamna la terreur. Après la prise des Tuileries le 10 août 1792, il s'enfuit en Normandie mais revint à Paris puis à Versailles et fut arrêté le 7 mars 1794 et guillotiné le 25 juillet 1794. Parmi ses œuvres il avait composé une « Ode à Marie-Anne-Charlotte Corday ».

*Journal des Amis de la Constitution :

a commencé à paraître le 31 octobre 1790 pour le compte des Jacobins puis des Feuillants après scission avec les Jacobins en juillet 1791. Mais cessa de paraître après le 20 septembre 1791. Le principal rédacteur de ce journal fut Pierre Choderlos de Laclos né à Amiens le 18 octobre 1741. Il commença une carrière militaire dans l'artillerie en 1761, démissionna de l'armée en 1788, fut rappelé par Bonaparte en janvier 1800 avec le grade de général de brigade (dans l'artillerie). Il mourut de maladie le 5 septembre 1803 à Tarente (dans le sud de l'Italie). En même temps que militaire il fit une carrière d'écrivain et publia de nombreuses œuvres dont la plus connue est « Les liaisons dangereuses ».

*Journal des débats des amis de la Constitution :

a succédé au « journal des amis de la Constitution » à compter de juillet 1791 ; présenté comme le journal officiel du Club des Jacobins

*Journal des Débats de la Société des Jacobins amis de la Liberté et de l'Egalité :

a succédé au « Journal des débats des amis de la Constitution », à compter de septembre 1792, jusqu'au 14 décembre 1793. En tout, 556 numéros sont parus.

* »La Bouche de Fer » :

Ce journal parut d'octobre 1790 à juillet 1791. Il fut édité par Nicolas de Bonneville et Claude Fauchet.

-Nicolas de Bonneville, imprimeur, écrivain et journaliste, naquit à Evreux (Eure) le 13 mars 1760 et mourut à Paris le 9 novembre 1828.

-Claude Fauchet naquit à Dornes (Nièvre) le 22 septembre 1744. Entré dans les ordres, il devint évêque constitutionnel du Calvados en mai 1791. Il fut élu député à l'Assemblée législative puis à la Convention nationale. Girondin, il vota contre la mort du roi. Il fit partie des Girondins mis en accusation et fut guillotiné le 31 octobre 1793.

* La Feuille villageoise :

Hebdomadaire créé en septembre 1790 par Joseph-Antoine Cerutti. Cet hebdomadaire qui se voulait pédagogique était expédié chaque semaine à tous les villages de France. Il cessa de paraître après Thermidor (fin juillet 1794).

Joseph-Antoine Cerruti naquit à None (dans la banlieue de Turin) le 13 juin 1738. Arrivé en France en 1752, il obtint la nationalité française. Il fut élu à l'Assemblée législative en septembre 1791 et mourut de maladie le 3 février 1792.

* »L'Ami des Citoyens » :

Journal fondé le 22 septembre 1791 par Jean-Lambert Tallien. Hebdomadaire puis quotidien à compter du 22 octobre 1794. Cessa de paraître en 1795.

Tallien né à Paris le 23 janvier 1767 avait commencé une carrière de notaire. Il siégea à la commune insurrectionnelle de Paris après le 10 août 1792 (prise des Tuileries). Montagnard, proche de Danton, il fut envoyé à Bordeaux, en septembre 1793, pour organiser la répression (contre les ennemis de la Révolution). C'est durant ce séjour à Bordeaux qu'il fit la connaissance de Thérésa Cabarrus (1773/1835). A la demande de Thérésa, des prisonniers furent libérés. Elle fut alors surnommée « Notre Dame de Bon Secours ».

Rentré à Paris, Tallien devint président de la Convention le 21 mars 1794. Thérésa est arrêtée et emprisonnée lorsqu'elle arrive à Paris pour rejoindre Tallien. C'est à la prison des Carmes que Thérésa fit la connaissance de Joséphine de Beauharnais. Cette arrestation de Thérésa et la perspective de la guillotine, décidèrent Tallien à se joindre à la conspiration contre Robespierre. Il fit libérer Thérésa le 13 août 1794 et l'épousa le 26 décembre de la même année. Thérésa fut alors surnommée « Notre Dame de Thermidor ». Deux jours plus tôt (le 24 décembre) il avait fait fermer le club des Jacobins. Bonaparte l'emmena avec lui en Egypte en 1798. De retour en France en 1800, son bateau fut pris par les Anglais. Retenu à Londres, il ne rentra en France qu'en 1802. Il décéda de la lèpre le 16 novembre 1820. Thérésa s'était séparée de Tallien dès 1795, elle en eut un enfant. Ensuite elle multiplia amants (dont Barras) et maris et eut plusieurs autres enfants.

* »L'Ami du Peuple » :

Journal de Jean-Paul Marat, paru du 16 septembre 1789 au 25 septembre 1792, fut remplacé par le Journal de la République française. Sur Marat, voir la fiche N°260 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/11/jean-paul-marat-n-260.html

* »L'Ami du Roi » :

quotidien fondé par des royalistes et qui commença à paraître le 1er juin 1790. Mais les fondateurs se divisèrent et durant quelques mois, 3 quotidiens parurent avec le même titre : « l'Ami du Roi ». Le principal fut celui dirigé par l'abbé Thomas Marie Royou. Né à Quimper le 25 janvier 1743, il eut surtout une fonction d'enseignant et de journaliste. Son journal fut supprimé par décret du 4 mai 1792. L'abbé Royou échappa à la guillotine en se cachant et mourut peu après (le 21 ou le 22 juin 1792).

* »La sentinelle » :

Journal qui commença à paraître tous les 2 jours à partir de mai 1792 sous forme de journal-affiche placardé sur les murs de Paris et des principales villes de provinces. Financé par Jean-Marie Roland de la Platière, le principal rédacteur en fut Jean-Baptiste Louvet. Il cessa de paraître à la chute des Girondins (début juin 1793). Il reparut sous forme de quotidien du 24 juin 1795 au 3 mai 1798.

-Jean-Baptiste Louvet naquit à Paris le 12 juin 1760. Dès 1787 il publia des romans à succès qui le mirent dans l'aisance. En 1789 il s'installa à Nemours où une dame Cholet (née Marguerite Denuelle, surnommée Lodoïska) , qui s'était séparée de son mari, vient le rejoindre. Il fut élu, par le Loiret, député à la Convention Nationale le 8 septembre 1792. Lors de l'arrestation des Girondins (en juin 1793), Louvet s'enfuit d'abord à Caen où il épousa Loïdiska qui avait pu divorcer de son mari suite à la loi du 20 septembre 1792 instituant le divorce en France. Ils passèrent en Gironde puis parvinrent en Suisse en février 1794 où Loïdiska accoucha d'un fils le 22 septembre 1794. Après l'exécution de Robespierre et de ses partisans (28 juillet 1794), ils purent rentrer en France au mois d'octobre 1794. Louvet fut élu au conseil des Cinq-Cents le 15 octobre 1795 et mourut de tuberculose le 25 août 1797 alors qu'il venait d'être nommé consul à Palerme.

-Jean Marie Roland vicomte de la Platière naquit le 18 février 1734 à Thizy (Rhône). Il commença par une carrière d'économiste et devint inspecteur des manufactures. Il fit la connaissance de Manon Philipon en 1776 et l'épousa le 4 février 1780. Nommé à Amiens en février 1781, c'est là que naquit leur fille Eudora. Puis envoyé à Lyon en 1789. Enfin, ils arrivent à Paris en décembre 1791. Girondin, Jean Marie Roland devint ministre de l'intérieur le 23 mars 1792, révoqué par Louis XVI en juin 1792, retrouve son poste après la chute du roi (10 août 1792). Décrété d'arrestation avec d'autres Girondins le 2 juin 1793, il se réfugie à Rouen et se suicidera le 10 novembre 1793 lorsqu'il apprendra la mort de Manon.

-Jeanne-Marie Philipon dite Manon naquit à Paris le 17 mars 1754. Arrivée à Paris avec son mari, elle tint salon et fut l'âme des Girondins. Voici un extrait du texte d'Alphonse de Lamartine sur Manon Roland (dans Histoire des Girondins chapitre I du livre huitième) :

« ...des hommes, les uns Girondins, les autres Jacobins, mais confondus encore sous la dénomination commune de Patriotes, commencèrent à se réunir et à former le noyau d'une grande opinion républicaine…

Le foyer d'une jeune femme, fille d'un graveur du quai des Orfèvres, fut le centre de cette réunion. Ce fut là que les deux plus grands partis de la Révolution, la Gironde et la Montagne, se rencontrèrent, s'unirent, se divisèrent, et, après avoir conquis le pouvoir et renversé ensemble la monarchie, déchirèrent de leurs dissensions le sein de leur patrie, et tuèrent la liberté en s'entretuant…

L'âme ardente et pure d'une femme était digne de devenir le centre où convergeaient tous les rayons de la vérité nouvelle pour s'y féconder à la chaleur de son cœur et pour y allumer le bûcher des vieilles institutions politiques. Les hommes ont le génie de la vérité, les femmes seules en ont la passion. Il faut de l'amour au fond de toutes les créations : il semble que la vérité a deux sexes, comme la nature. Il y a une femme à l'origine de toutes les grandes choses ; il en fallait une au principe de la Révolution. On peut dire que la philosophie trouva cette femme dans madame Roland. L'historien, entraîné par le mouvement des événements qu'il retrace, doit s'arrêter devant cette sévère et touchante figure, comme les passants s'arrêtèrent pour remarquer ses traits sublimes et sa robe blanche sur le tombereau qui conduisait des milliers de victimes à la mort... »

Manon Roland fut arrêtée le 1er juin 1793, jugée et condamnée le 8 novembre 1793, elle fut guillotinée le jour même. L'histoire a retenu cette phrase lorsqu'elle montait à l'échafaud : « ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ».
Une statue réalisée par Emile François Chatrousse vers 1883 représente Manon Roland sur la façade de l'hôtel de Ville de Paris au rez de Chaussée du pavillon gauche côté
Seine.

*La Tribune des Patriotes :

a commencé à paraître le 30 avril 1792 et en mai de la même année, lancée par Camille Desmoulins et Fréron.

*La tribune du peuple :

Journal de François Noël Babeuf dit Gracchus Babeuf né à Saint Quentin (Aisne) le 23 novembre 1760. Jacobin, il avait d'abord édité « le correspondant picard » en octobre 1790, puis « le journal de la liberté de la presse » à compter du 3 septembre 1794 devenu « le tribun du peuple » le 5 octobre de la même année. Après la chute de Robespierre, il tenta de poursuivre la Révolution (conjuration des Egaux). Arrêté, il tenta de se suicider et fut emmené mourant à la guillotine à Vendôme (Loir-et-Cher) le 27 mai 1797. Il est considéré par certains auteurs comme l'ancêtre du communisme.

* »Le courrier des 83 départements »

a succédé au courrier de Versailles

*Le courrier de Versailles à Paris et de Paris à Versailles

fondé le 5 juillet 1789 par Antoine-Joseph Gorsas. Ce Gorsas né à Limoges en 1752 devint avocat en 1789, puis élu à la Convention nationale en 1792. il siégea avec les Girondins. Lors de l'arrestation des Girondins en juin 1793, il parvint à s'enfuir en Normandie, mais revenu à Paris, il fut arrêté le 6 octobre 1793 et guillotiné le 7 !

A compter du 20 octobre 1789, son journal changea de titre pour devenir : « le courrier de Paris dans les provinces et des provinces à Paris ». Il changea une nouvelle fois de titre pour devenir en 1790 « le courrier des départements », après la création des départements en France par décret de l'Assemblée constituante du 22 décembre 1789, mais avec une mise en place en 1790. Ne parut que jusqu'au 31 mai 1793.

La devise du journal de Gorsas était : « vires acquirit eundo » ce qui signifie : « (la renommée) acquiert ses forces dans sa course ». Cela vient de Virgile (Enéïde IV-175) et a été repris comme devise par la ville de Melbourne.

* »Le défenseur de la Constitution » :

Journal fondé par Robespierre avec le soutien financier de Duplay, il parut du 17 mai au 20 août 1792 et fut remplacé par les Lettres de Maximilien Robespierre

* »Le discours de la lanterne aux Parisiens » :

Il ne s'agit pas à proprement parler d'un journal mais d'une brochure publiée le 15 septembre 1789 par Camille Desmoulins.

Le 22 juillet 1789, avaient été pendus au support d'une lanterne, place de Grève à Paris, un contrôleur général des finances (Foulon de Doué) et son gendre, d'où le titre de la brochure.

Camille Desmoulins né le 2 mars 1760, fut journaliste, avocat et fut élu député à la Convention Nationale en septembre 1792. Siégeant avec les Montagnards, il fut proche à la fois de Danton et de Robespierre. Arrêté avec les « Dantonistes », il fut guillotiné le même jour que Danton (5 avril 1794), et son épouse Lucile le 13 avril 1794. En 1885, une rue de Paris, dans le onzième arrondissement prit le nom de Camille Desmoulins.

* »Le Patriote français » :

journal fondé par le Girondin Brissot. 3 numéros parurent entre le 20 novembre 1790 et le 20 août 1792.

Jacques Pierre Brissot fut l'une des principales figures des Girondins. Né à Chartres le 15 janvier 1754, il fut avocat, écrivain, un moment secrétaire du duc d'Orléans. Il participa en février 1788, à la fondation de la « Société des amis des Noirs », puis passa la même année 4 mois aux États-Unis. Il fut élu à l'Assemblée législative le 18 septembre 1791. Arrêté avec d'autres Girondins (voir fiche N° 251), condamné à mort le 30 octobre 1793, il fut guillotiné le 31.

A partir de 1774, il se fit appeler « Brissot de Warville » nom dérivé de Ouarville, village d'Eure-et-Loir près de Chartres. De même son frère se fit appeler « Brissot de Thivars », nom d'un autre village près de Chartres.

* »Le Père Duchesne » :

Le Père Duchesne, d'abord personnage populaire, fut le titre de plusieurs publications dont la principale fut celle de Jacques René Hébert. Cet Hébert naquit à Alençon le 15 novembre 1757. S'étant orienté vers le journalisme, il publia successivement dans « la lanterne magique », « le petit carême de l'abbé Maury » et « le chien et le chat » avant de fonder « le Père Duchesne » en septembre 1790. Il sortit 4 numéros par décade, c'est-à-dire 12 numéros par mois. Au total il en parut 385 numéros. Sur le fond, le Pére Duchesne fut aussi extrémiste que « l'Ami du Peuple » de Marat, appelant au meurtre à plusieurs reprises. Le Père Duchesne fut en quelque sorte le porte-parole des sans culottes. Sur la forme Hébert en fit volontairement un texte grossier pour ne pas dire ordurier, ce qui semblait plaire beaucoup aux lecteurs. Le roi était traité de gros cochon, de cochon du temple ou de cocu, la reine de guenon ou de garce autrichienne… Les crieurs qui vendaient les numéros proclamaient : « Il est bougrement en colère aujourd'hui le père Duchesne ».

Hébert rejoignit le club des Cordeliers en janvier 1791, il en devint Président au printemps 1792. Il se maria en février 1792 avec Françoise Goupil une ex-religieuse.

Le Père Duchesne se déchaîna d'abord contre les royalistes puis contre les Girondins.

Hébert fut arrêté une première fois le 24 mai 1793, mais le 2 juin « le peuple » (80.000 manifestants armés de 150 canons) envahit la Convention et obtint sa libération. Arrêté à nouveau en mars 1794, condamné à mort le 23 mars il fut guillotiné le 24 mars et sa femme 20 jours plus tard. Si les femmes n'eurent pas le droit de vote sous la Révolution elles eurent le droit d'être guillotinées et elles furent très nombreuses à en perdre la tête !

Les partisans d'Hébert reçurent le nom « d'Hébertistes ».

* »Le Point du jour » :

journal fondé par Bertrand Barère de Vieuzac. Il parut du 19 juin 1789 au 1er octobre 1791, en tout 815 numéros. Ce journal rendait compte des débats de l'Assemblée.

Bertrand Barère de Vieuzac naquit à Tarbes le 10 septembre 1755. Avocat, il fut élu à l'Assemblée nationale constituante puis à la Convention nationale dont il devint le Président. Il vota la mort du roi et fut rapporteur au Comité de Salut Public à partir du 7 avril 1793. Condamné à la déportation le 2 mars 1795, il parvint à s'évader de la prison de Saintes et vécut dans la clandestinité jusqu'à ce qu'il soit amnistié après le coup d'état du 18 brumaire (9 novembre 1799). Il mourut le 13 janvier 1841

* »Le publiciste parisien » :

Premier journal de Jean-Paul Marat qui parut du 11 au 15 septembre 1789 et devint « l'Ami du Peuple »

* »Le Républicain » :

Journal fondé en 1791 par des Girondins : Brissot, Condorcet, Dumont de Genève et Du Châtelet. 4 numéros seulement parurent en juillet 1791

* »Les nouvelles Révolution de France et de Brabant » :

Journal de Camille Desmoulins et Merlin de Thionville qui parut en novembre/décembre 1792 et dont l'épigraphe chaque jour était : « Il n'y a pas de victime plus agréable aux dieux qu'un roi immolé ».

* »Les Révolutions de France et de Brabant » : Journal rédigé par Camille Desmoulins de novembre 1789 jusqu'au 17 juillet 1791

* »Lettres du comte de Mirabeau à ses commettans » (selon l'orthographe de l'époque):

ce périodique parut avec 2 à 3 numéros par semaine à compter du 10 mai 1789 jusqu'au 25 juillet 1789 soit en tout 19 parutions. Fut suivi par « Courrier de Provence »

* »Lettres de Maximilien Robespierre à ses commettans » :

22 lettres furent publiées par Robespierre entre octobre 1792 et février 1793. La « Société des Études Robespierristes » a édité en 11 volumes les « Œuvres de Maximilien Robespierre ». Ces œuvres ont été recensées et commentées par plusieurs générations d'historiens entre 1912 et 1967. Dans la dernière édition, les 22 « Lettres de Maximilien Robespierre à ses commettans » figurent dans le tome 5.

Sur Robespierre, voici un court extrait de « l'histoire des Girondins » d'Alphonse de Lamartine publiée en 1847 ; au chapitre XVII du livre premier :

« Maximilien Robespierre était né à Arras (le 6 mai 1758, il fut guillotiné à Paris le 28 juillet 1794, il avait 36 ans!) d'une famille pauvre, honnête et respectée...Le jeune Robespierre s'était distingué , au collège Louis-le-Grand, par une vie studieuse et par des mœurs austères.

Les lettres et le barreau partageaient son temps. La philosophie de Jean-Jacques Rousseau avait pénétré profondément son intelligence ; cette philosophie, en tombant dans une volonté active n'était pas restée lettre morte : elle était devenue en lui un dogme, une foi, un fanatisme. Robespierre était devenu le Calvin de la politique ; il couvait dans l'obscurité la pensée confuse de la rénovation du monde social et du monde religieux, comme un rêve qui obsédait inutilement sa jeunesse, quand la Révolution vint lui offrir ce que la destinée offre toujours à ceux qui épient sa marche, l'occasion. Il l'a saisit. Il fut nommé député du tiers (il s'agit du Tiers État) aux États généraux. Seul peut-être de tous ces hommes qui ouvraient à Versailles la première scène de ce drame immense, il entrevoyait le dénouement .….il était le dernier mot de la Révolution, mais personne ne pouvait le lire….Tel était alors l'homme qui devait absorber en lui tous ces hommes, et en faire ses victimes après en avoir fait ses instruments. Il n'était d'aucun parti, mais de tous les partis qui servaient tour à tour son idéal de la Révolution. C'était là sa force, car les partis s'arrêtaient, lui ne s'arrêtait pas… «

et au chapitre XXIII du livre premier :

« La Révolution tout entière n'était comprise par personne (en 1789), excepté, peut-être par Robespierre et par les démocrates purs. Le roi n'y voyait qu'une grande réforme, le duc d'Orléans qu'une grande faction, Mirabeau que le côté politique, La Fayette que le côté constitutionnel, les Jacobins qu'une vengeance, le peuple que l'abaissement des grands, la nation que son patriotisme. Nul n'osait voir encore le but final... »

* »Le Vieux Cordelier »

Journal de Camille Desmoulins qui parut à compter du 5 décembre 1793 jusqu'au 25 janvier 1794, au total 6 numéros furent imprimés et diffusés. Un septième numéro rédigé en février 1794, ne vit pas le jour.

* »L'Observateur » :

Journal fondé le 1er août 1789 par Gabriel Feydel, journaliste né en 1756 dans l'Isère (commune de l'Albenc). Feydel fut proscrit en juillet 1794. Il s'embarqua à Marseille pour Constantinople, mais son navire fut pris par les Anglais et il resta prisonnier un an et demi avant de pouvoir rentrer en France. Il décéda le 22 avril 1840

* »L'ombre de Marat » :

parut en 1793 d'abord comme quotidien puis 4 fois par semaine à compter du 23 juillet 1793. Il se voulait le continuateur du journal de Marat. Le rédacteur en était Jacques Roux, né à Pranzac (dans la Charente) le 21 août 1752, ordonné prêtre en 1779. Il prit fait et cause pour la Révolution, classé parmi la faction des « Enragés », il fut surnommé le « curé rouge » ou « le petit Marat ». Il avait été un des premiers prêtres a accepter la Constitution civile du clergé et il avait accompagné Louis XVI à l'échafaud. Mais, il gênait trop de monde, il fut arrêté, emprisonné à Bicêtre où il se suicida le 10 février 1794.

* »L'Orateur du Peuple » :

journal lancé en 1790 par Louis Marie Stanislas Fréron, né à Paris le 17 août 1754. Journaliste, il devint président du club des Cordeliers en avril 1792. participa à l'attaque des Tuileries (10 août 1792), appela aux massacres de septembre (1792), fut élu à la Convention le 14 septembre (1792). Envoyé en mission, il organisa la répression à Marseille et Toulon fin 1793 (voir fiche N°92). Rentré à Paris il participa à la conjuration contre Robespierre (27 juillet 1794). En 1802, il fut envoyé par Bonaparte à Saint-Domingue au moment du soulèvement mené par Toussaint Louverture. Fréron y mourut de fièvre le 15 juillet 1802.

* »Révolutions de Paris » :

journal fondé par Prudhomme dès le 12 juillet 1789 et qui parut jusqu'au 28 février 1794. Ce prudhomme naquit à Lyon en 1752 et mourut à Paris le 20 avril 1830. Son journal fut d'abord très anti-royaliste. Il évolua probablement car en 1797, il publia en 6 volumes « l'histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française ».

Parmi les rédacteurs de « Révolutions de Paris », signalons :

-Philippe-François-Nazaire Fabre dit Fabre d'Eglantine né à Carcassonne le 28 juillet 1750 qui fut acteur, dramaturge, poète (c'est lui qui composa les paroles de « il pleut bergère »), membre des Cordeliers, député à la Convention nationale, proche de Danton, il fut guillotiné à Paris en même temps que Danton (le 5 avril 1794)

-Pierre-Gaspard Chaumette né à Nevers (Nièvre) le 24 mai 1763. Engagé jeune dans la marine, il participa en 1780/1781 aux combats contre les Anglais lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis. De retour en France il milita pour l'abolition de l'esclavage mais fut contre l'émancipation des femmes. Cordelier durant la Révolution il fut guillotiné à Paris le 13 avril 1794.

Ce panorama de la presse durant la Révolution française est loin d'être complet il montre néanmoins déjà l'explosion des idées, de la parole et des écrits durant la Révolution.

J.D. 18 décembre 2015

Manon Roland à la mairie de Paris

Manon Roland à la mairie de Paris

le père Duchesne

le père Duchesne

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 13:25

Le 20 janvier 1791, le quotidien « Chronique de Paris » publiait un article signé Michel de Cubières et intitulé : « Observations à MM les Auteurs de la chronique de Paris, sur l'état actuel de la Savoye, relativement à la révolution de la France ».

*Michel de Cubières (1752/1820) fut poète et auteur dramatique, sans conviction politique très précise , il fit l'éloge de Voltaire en 1780, rédigea aussi bien un « poème à la gloire de Marat » (en août 1793) qu'il honora Napoléon en célébrant la paix de Lunéville et la bataille de Marengo en 1800 puis la bataille d'Austerlitz en 1806 (bataille du 2 décembre 1805).

La Chronique de Paris avait publié un article se demandant qu'elle était l'opinion des Savoyards vis-à-vis de la Révolution française en cours. Michel de Cubières qui s'était rendu en Savoie en mai 1790, envoya un article à la Chronique de Paris, relatant particulièrement un entretien qu'il avait eu avec un vicaire savoyard.

*La Chronique de Paris parut tous les jours du 24 août 1789 au 25 août 1793. Jean-Antoine de Condorcet en fut le principal rédacteur. Girondin, il n'avait pas voté la mort de Louis XVI. Il fit partie de tous les Girondins condamnés en 1793, voir la note N° 251 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/11/les-savoyards-en-mai-1790-n-262.htlm.

Il parvint à s'enfuir, mais le 26 mars 1794, reconnu, il fut arrêté et interné à la prison de Bourg-la-Reine. Le 28, il était retrouvé mort dans sa cellule. Selon Alphonse de Lamartine dans histoire des Girondins, publiée en 1847, au chapitre XVIII du livre cinquante-sixième, il avala du poison qu'il portait toujours sur lui, pour échapper à la guillotine.

Voici le texte de l'article publié le 20 janvier 1791, en respectant l'orthographe de l'article, c'est-à-dire l'orthographe de l'époque :

« ...Le caractère général du Savoyard est la probité, la simplicité et, depuis quelque tems, une sorte de fierté , née sur-tout de la connoissance des droits de l'homme, et de cette voix intérieure et secrète qui crie à chaque peuple mal gouverné : tu n'es pas fait pour être esclave. Le roi, enfin, et toute la cour de Savoye, craignent que la Savoye ne se détache tôt ou tard de l'empire de Sardaigne, et que les Savoyards ne se donnent à la France, autant par amour des Français que par haine des Piémontois.

...les vertus du roi sont le seul lien qui attache encore le Savoyard au trône de Sardaigne, et après tout, continua-t-il avec vivacité, pourquoi seroit-on surpris d'un pareil événement ? Et pourquoi le trouveroit-on extraordinaire ? Le Piémont et la Savoye sont séparés par les Alpes éternelles, et la nature peut-elle avoir voulu que la Savoye et le Piémont appartinssent à un même souverain ? Non, non, l'ambition des princes ne sauroit réunir ce qu'a divisé la nature. La nature a voulu que le Piémont fit partie de l'Italie, et que les Alpes ont repoussé et repoussent sans cesse la Savoye dans les domaines de la France. Les Savoyards d'ailleurs, ont les mêmes mœurs, les mêmes usages, le même langage que les Français et l'habitude, et mille conformités, et mille rapports indestructibles s'unissent à la nature pour que les Français ne fassent qu'un avec les Savoyards, et pour que ces deux nations soient soumises aux mêmes loix et au même monarque.

Considérez enfin combien est cruelle, depuis la révolution Française ; la situation des Savoyards. Ils adorent les Français, je viens de le prouver sur l'heure ; et par les loix de leur gouvernement monarchique, ils sont obligés de haïr ces mêmes Français…

Ils abhorrent les Piémontois, et le gouvernement leur dit : regardez les Piémontois comme vos compatriotes, et aimez-les comme vos frères. Leur malheur va plus loin encore : ils sont forcés d'avoir des relations d'intérêts et des liaisons de tout genre avec les Piémontois ; qui ne cessent de leur reprocher leur amour pour la France, de commercer avec la France, qui se plaint souvent à eux de leurs liaisons avec les Piémontois, et pour comble d'infortune, ils ne peuvent pas se passer de ces mêmes Français, qu'ils aiment et qu'on leur ordonne de haïr. Croyez-vous qu'un état aussi violent puisse long-tems durer ? Non, Messieurs, non, la nature, l'opinion, la raison et la nécessité semblent s'être unies pour rendre la Savoye Française... ».

*Commentaires :

En 2010, pour préparer une conférence sur la réunion de la Savoie et de l'Arrondissement de Nice à la France en 1860 (voir note N°1 http://jean.delisle.over-blog.com/article-reunion-de-la-savoie-et-de-l-arrondissement-de-nice-a-la-france-en-1860) , j'avais consulté nombre de documents et, sur l'opinion des populations concernées, j'en avais tiré 2 conclusions :

-la consultation des populations en avril 1860 fut une sinistre farce : les fonctionnaires et militaires piémontais avaient quitté Savoie et Nice et ce sont des fonctionnaires français qui ont organisé la consultation et des militaires français qui étaient présents, alors qu'officiellement Savoie et Nice appartenaient encore au royaume de Sardaigne.

Dans les bureaux de vote, il n'y avait à la disposition des électeurs que des bulletins OUI et pas d'isoloirs….

-malgré cela il apparaît que pour tout un tas de raisons, géographiques, linguistiques, économiques, et même religieuses en 1860…. une majorité de la population devait préférer la réunion à la France, d'autant que le souvenir de Napoléon 1er et du grand empire était encore vivace chez les savoyards autant que chez les Niçois (ces territoires annexés par la France en 1792, avaient été rendus au royaume de Sardaigne en 1814/1815) ; et que l'unité de l'Italie n'était pas encore faite. En outre les fonctionnaires et militaires piémontais en poste en Savoie étaient considérés par la population locale comme une troupe d'occupation.

Cet article paru en 1791 dans la Chronique de Paris conforte le sentiment que les Savoyards préféraient la France.

Historiquement, voir fiche N°66 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-de-la-maison-de-savoie-59295182.html, la dynastie Savoie, partie de Maurienne, s'étendit de ce côté-ci des Alpes avant de s'implanter en Italie. Au fil des siècles, la partie italienne grandissait en même temps que la partie française se réduisait et le transfert de la capitale de Chambéry à Turin en 1562 portait en germe la scission.

On trouvera en illustration une caricature publiée dans « Le Chat » le 31 décembre 1848 (cliché bibliothèque municipale de Chambéry) qui montre le souverain de Sardaigne (Charles-Albert) qui tente de retenir une vache qui veut aller brouter en France avec cette légende : « rien à faire, la tarine, si c'en est une, n'entend pâturer que sur territoire français ».

J.D. 28 novembre 2015

Les Savoyards en mai 1790 N°262
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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 17:27

J'ai beaucoup emprunté à l'histoire des Girondins d'Alphonse de Lamartine pour les dernières notes de ce blog consacrées à la Révolution française. Il paraît intéressant de replacer l’œuvre et son auteur dans leur contexte.

Alphonse de Lamartine naquit à Mâcon (Saône-et-Loire) le 21 octobre 1790. Il est le fils de Pierre de Lamartine et d'Alix des Roys.

*1-Pierre de Lamartine naquit à Mâcon le 21 septembre 1752 et décéda le 30 août 1840 à Mâcon. Il est issu d'une famille d'abord appelée « Alamartine », qui fut anoblie en 1651 et devint « de Lamartine ». Il fut capitaine au régiment Dauphin-cavalerie et fut fait « chevalier de Pratz ». Il épousa Alix des Roys à Lyon le 7 janvier 1790. Ils eurent 8 enfants : 6 filles et 2 fils dont l'un décéda à l'âge de 4 ans et l'autre étant Alphonse.

Pierre de Lamartine se trouvait aux Tuileries le 10 août 1792 pour défendre le roi (Louis XVI). Il fut fait prisonnier, parvint à s'évader, ce qui lui sauva la vie car les nobles arrêtés le 10 août furent massacrés soit le jour même soit au début septembre 1792. Il fut à nouveau arrêté et emprisonné mais après les massacres de septembre. Il fut libéré après thermidor c'est-à-dire après l'exécution de Robespierre (le 28 juillet 1794).

En 1797, Pierre et Alix achetèrent le domaine de Milly en Saône-et-Loire à une quinzaine de kms au nord-ouest de Mâcon. Alphonse conserva toute sa vie le souvenir de Milly qui devint « Milly Lamartine » en 1902. Le domaine comportait une maison bourgeoise connue actuellement sous le nom de « château de Milly ».

En 1801, Pierre et Alix achetèrent également le château de Saint Point en Saône-et-Loire. Ils en feront cadeau à Alphonse lors de son mariage en 1820. Lorsqu'ils en firent don, ce château était passablement délabré. Alphonse et son épouse le firent complètement restaurer. Depuis, ce château est souvent appelé « château Lamartine ».

*2-Alix Des Roys : elle naquit à Lyon le 8 novembre 1766 et décéda à Mâcon le 16 novembre 1829. Elle est la fille de Jean-Louis Des Roys (1724/1798) qui fut avocat au parlement de Genève, puis à la Cour de Lyon et intendant général du duc de Chartres (qui récupéra le titre de duc d'Orléans à la mort de son père en 1785 et fut surnommé « Philippe-Égalité le 15.9.1792). Sa mère née Marguerite Gavault le 8 août 1737 à Saint Symphorien (Rhône) fut sous gouvernante des enfants de la duchesse et du duc de Chartres qui devinrent d'Orléans etc. Alix des Roys fut donc élevée avec des enfants dont l'un deviendra le dernier roi de France de 1830 à 1848 sous le nom de Louis-Philippe.

De 1801 à 1829, Alix des Roys tint un journal intime qu'Alphonse fit publier en 1877 sous le titre : « le manuscrit de ma mère ». Pour beaucoup d'auteurs cela fait classer Alix Des Roys parmi les écrivains.

*3-Alphonse : Le rappel de sa parenté montre qu'Alphonse est issu d'une famille profondément royaliste.

-D'octobre 1803 à février 1807, Alphonse fut mit dans un pensionnat des Pères de la Foi (des Jésuites) à Belley (Ain). Durant ce séjour, Alphonse se lia d'amitié avec plusieurs élèves dont il conservera pour au moins 2 d'entre eux (Louis de Vignet et Aymon de Virieu) la relation jusqu'à la fin de sa vie (ou de la leur).

-En 1811, Alphonse effectua son premier voyage en Italie. A Naples, il eut une liaison sans suite avec une napolitaine nommée Mariantonia (surnommée Antoniella). Il en rappellera le souvenir dans « Graziella » en 1849. En partant en Italie, Alphonse s'était arrêté les 15 et 16 juillet chez son ami Louis de Vignet à Servolex (aujourd'hui La Motte-Servolex dans la banlieue de Chambéry). Ce Louis de Vignet était un neveu par sa mère des frères Joseph et Xavier De Maistre.

-En 1812, Alphonse rentre à Milly dont il est nommé Maire. Il a une liaison avec une Nina de Cormatin épouse de Pierreclos qui lui donne un fils naturel prénommé Léon né le 1er mars 1813 et décédé le 27 juillet 1841.

-En 1814, pendant l'exil de Napoléon à l'île d'Elbe, il s'engage dans l'armée (compagnie de Noailles) et fait partie des gardes du corps de Louis XVIII. Il se réfugie en Suisse durant les Cent jours, reprend son poste après Waterloo (18 juin 1815) mais démissionne de l'armée le 1er novembre 1815.

-En 1816, Alphonse effectue son premier séjour à Aix-les-Bains, il en effectuera 8 au total qui auront une grande importance dans sa vie. Ces séjours ont été récapitulés et commentés par Paul Couturier dans un livre édité par la ville d'Aix en décembre 1984 et intitulé : « Monsieur de Lamartine à Aix en Savoie ». Paul Couturier chirurgien-dentiste à Aix-les-Bains s'intéressa à l'histoire locale sur laquelle il publia plusieurs ouvrages. Il naquit à Balbigny dans la Loire le 6 novembre 1920 et décéda à Aix-les-Bains le 5 juin 1985. Je lui ai emprunté une partie des informations qui figurent dans cette note.

On trouvera en illustration, une photo du buste de Lamartine tel qu'il fut inauguré le 12 août 1962 sur la colline de Tresserve (Savoie) à quelques pas de la Mairie et en surplomb au dessus du lac. Malheureusement, pour mon goût, le buste tourne la tête au lac, « son » lac qu'il chanta si bien : « O lac ! L'année à peine a fini sa carrière... ». Pour les lecteurs lointains, il s'agit du lac du Bourget.

*4-Voici la liste des 8 séjours de Lamartine à Aix :

-du 6 au 26 octobre 1816 : Alphonse était arrivé le 15 juillet chez son ami Louis de Vignet avant de rejoindre Aix où il logea à la pension Perrier. Ce Perrier (Pierre-François) né en 1745 en Haute Savoie (et décédé en avril 1833) avait fait une carrière de chirurgien militaire, dans l'armée sarde, avant de se retirer à Aix en 1791 où il tint une pension pour accueillir les curistes et touristes. C'est en faisant des travaux dans les sous-sols de la même maison en 1772 qu'avaient été redécouverts les anciens thermes romains. C'est durant ce séjour de 1816 qu'Alphonse fit la connaissance de Julie Charles (Elvire). Voir ci dessous point 5 consacré à Julie Charles.

-du 21 août au 17 septembre 1817 : Il retourne à la pension Perrier et attend Julie Charles en vain. C'est durant ce séjour qu'il compose le fameux poème : « le lac » qui sera intégré aux « Méditations poétiques » en 1820.

-du 30 juillet au 24 août 1819 : Césarine une sœur d'Alphonse avait épousé Xavier de Vignet un frère de Louis ami d'Alphonse. Alphonse était arrivé en Savoie le 15 juillet 1819 pour visiter son beau-frère et sa sœur alors enceinte. A Chambéry il fait la connaissance de Mary-Ann Birch qu'il retrouve à Aix, Alphonse logeant à nouveau à la pension Perrier tandis que Mary-Ann et sa mère logent à la pension Perret.

Jean-Jacques Perret né à Aix le 25 janvier 1762 se trouvait depuis 3 ans en Egypte lorsque Bonaparte et son armée y débarquèrent en 1798. il servit d'interprète, il revint en Savoie en 1811. Il a donné son nom à un collège d'Aix-les-Bains.

-du 15 avril au 15 juin 1820 : Le mariage avec Mary-Ann ayant été décidé, Alphonse revint à Aix accompagné de sa mère et de Sophie sa dernière sœur. Ils logèrent à la pension Jean-Jacques Perret. Le mariage avec Mary-Ann se fit en 2 temps : mariage anglican à Genève le 28 mai 1820 et mariage catholique le 6 juin à la chapelle du château des ducs de Savoie à Chambéry. En devenant madame de Lamartine, Mary-Anne francisa son nom en Marianne. Mary-Ann était une femme très cultivée qui fut en outre peintre et sculpteur. Ils partirent pour Naples le 15 juin où Alphonse avait été nommé secrétaire d'ambassade.

-de juin au 17 septembre 1821 : retour à Aix d'Alphonse de Marianne et de leur fils Alphonse né à Rome le 14 février 1821 (décédé le 4 novembre 1822 à Paris). Ils logèrent d'abord chez Roissard, logement qu'ils quittèrent très vite pour la villa Chevalley que les « Napoléonides » avaient occupée avant eux.

-en juillet et août 1823 : logement à la pension Jean-Jacques Perret. Le 14 mai était née à Mâcon une fille nommée Julia (décédée à Beyrouth le 7 décembre 1832)

-du 1er juin à fin août 1825 : logement à la pension Jean-Jacques Perret. Le 3 juillet Alphonse avait été nommé ambassadeur extraordinaire auprès du Grand-Duc de Toscane

-du 2 juillet au 2 septembre 1830 : nouveau séjour à la pension Jean-Jacques Perret. C'est durant ce séjour qu'eut lieu à Paris la Révolution des 26 au 28 juillet 1830 qui mit fin au règne de Charles X et amena sur le trône Louis-Philippe. Alphonse envoya sa démission d'ambassadeur.

*5-Julie Charles : Elle naquit à Paris le 4 juillet 1784 sous le nom de Françoise Julie Bouchaud des Hérettes d'une mère créole de Saint-Domingue et d'un père nantais. Après quelques années passées à Saint-Domingue (?), elle fut élevée par un oncle qui habitait à Saint Paterne près de Tours dans une propriété appelée « grange Saint Martin ».

Le 25 juillet 1804, elle avait 20 ans, à Saint Paterne, elle épousa Jacques Charles né le 12 novembre 1746, il avait presque 58 ans, physicien déjà célèbre en son temps. Ce Jacques Charles avait réalisé des expériences sur l'emploi du gaz hydrogène, mais par manque de chance pour lui, vis-à-vis de l'histoire, les frères Montgolfier eurent une longueur d'avance sur lui : Le 4 juin 1783, les frères Joseph et Etienne Montgolfier avaient lancé leur premier ballon propulsé par air chaud, tandis que Jacques Charles ne réalisa son premier vol gonflé à l'hydrogène que le 27 août 1783 soit presque 3 mois plus tard. Les Mongolfier réalisèrent le premier vol humain sur mongolfière le 21 novembre 1783 et Jacques Charles le 1er décembre de la même année soit seulement 10 jours plus tard. On pourra méditer que c'est seulement 186 ans après le premier envol d'un ballon que la mission Apollo 11 permettra à l'Homme de marcher sur la lune !

Pour l'intérêt des Savoyards, Paul Couturier signale le 6 mai 1784, l'envol d'une montgolfière montée par Xavier de Maistre et un ingénieur nommé Brun, depuis le parc de Buisson rond à Chambéry avec un vol de 25 minutes avant de se poser à Challes-les-Eaux.

Pour en revenir à Julie Charles, elle vint en cure à Aix en 1816, logea dans la même pension qu'Alphonse, avec des chambres séparées seulement par une porte. Le 10 octobre, en difficulté sur le lac du Bourget, elle fut secourue par Alphonse et naquit leur idylle.

Elle mourut de tuberculose le 18 décembre 1817. Jacques Charles jaloux, la fit inhumer anonymement dans un cimetière inconnu. Alphonse rappellera le souvenir de Julie, non seulement dans des poèmes, mais aussi en 1849 dans « Raphaël », à moitié biographie, à moitié roman. En 1834, Alphonse participa à la fondation de la « Société française pour l'abolition de l'esclavage ». Certains auteurs y voient l'influence des attaches familiales de Julie à Saint Domingue.

*6-Alphonse suite :

On a vu dans les paragraphes qui précédent, que Lamartine fit une brève carrière militaire (en 1814/1815), une carrière diplomatique un peu plus longue (de 1820 à 1830), ensuite, il voyagea (en Orient) puis commença une carrière politique en étant élu député une première fois en 1837 puis réélu en 1842 (à Mâcon). Il était jusqu'à cette date royaliste, mais « légitimiste », il rompit avec le régime (de Louis-Philippe, la « monarchie de juillet ») en 1843, puis évolua vers le républicanisme.

C'est vers la fin de 1842 qu'il commença à écrire l'histoire des Girondins. Est-ce que ce sont ses nouvelles dispositions d'esprit qui le conduisirent à écrire l'histoire de la Révolution française ou est-ce l'écriture de cette histoire qui le fit évoluer ? Je ne saurais le dire.

Toujours est-il que la publication en 1847 eut un énorme succès ; voir la note N°251 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/08/les-girondins-n-251.html. A cette époque, Alphonse était déjà célèbre : par sa carrière diplomatique, par son mandat de député, parce qu'il avait été fait chevalier de la légion d'honneur le 10 mai 1825 et élu à l'Académie française le 3 novembre 1829. Il faut dire qu'il écrivit et publia beaucoup et dans des domaines diversifiés et que nombre de ses œuvres eurent, de son temps, beaucoup de succès ; voir point suivant.

L'histoire des Girondins venait tout juste d'accroître sa popularité lorsque éclata la Révolution de février 1848 qui mit fin non seulement au règne de Louis-Philippe mais à la royauté en France. Cette révolution eut de nombreuses causes : disette, épidémie de choléra, crise financière… mais surtout opposition à François Guizot chef du gouvernement.

Lamartine y participa, le 25 février vers midi il proclama la seconde République française et le soir même un gouvernement provisoire était constitué. Alphonse de Lamartine en fut ministre des Affaires étrangères et de fait chef provisoire du Gouvernement. C'est à ce titre qu'il signa le 27 avril 1848 le décret sur l'abolition de l'esclavage, décret préparé par Victor Schoelcher .

Le tableau de Félix Philippoteaux montrant Alphonse de Lamartine le 25 février 1848 sur le perron de l'hôtel de ville de Paris refusant le drapeau rouge, est très connu.

Le 10 décembre 1848 se déroula l'élection du Président de la République. Il y avait 6 candidats dont Alphonse mais aussi Louis Napoléon Bonaparte, officiellement neveu de Napoléon (voir note N°7 http://jean.delisle.over-blog.com/article-petites-histoires-58615886.html).

Dans la population, le souvenir de Napoléon était encore tellement vivace que le nom de Bonaparte balaya tout. Sur 7.497.000 votants (74,8 % des inscrits), Bonaparte remporta 5.434.226 voix et le pauvre Alphonse 17.210 ! Cela mit fin à sa carrière politique.

En 1860, à court d'argent il dut vendre le domaine de Milly.

Alphonse décéda à Paris le 28 février 1869 et fut inhumé au château de Saint Point où il rejoignit Marianne décédée le 24 mai 1863.

*7-son œuvre : en voici les principaux éléments (non exhaustifs):

-dans le domaine de l'Histoire :

Histoire des Girondins 1847

Trois mois au pouvoir 1848

Histoire de la Révolution de 1848 : 1849

Histoire de la Restauration : 1851

Histoire des Constituants : 1853

Histoire de la Turquie : 1854

Histoire de la Russie : 1855

-récits de voyages :

Voyage en Orient : 1835

Nouveau voyage en Orient : 1853

-biographies :

Histoire de l'humanité par les grands hommes : en 3 volumes de 1852 à 1854

-romans en prose :

Raphaël 1849 et Graziella 1849

-romans en vers :

Jocelyn 1836

la chute d'un ange 1838

-théâtre :

Médée (créé en 1813, publié en 1873)

Toussaint Louverture 1850. Ce Toussaint Louverture de Saint Domingue avait pris la tête du soulèvement commencé en 1791 pour obtenir l'abolition de l'esclavage. Il mourut emprisonné en France dans le Jura le 7 avril 1803

-poésie :

méditations poétiques 1820

nouvelles méditations poétiques 1823

la mort de Socrate 1823

le dernier chant du pèlerinage d'Harold (hommage à Lord Byron mort en avril 1824 alors qu'il était parti soutenir les Grecs dans leur révolte contre les Turcs, voir note N°9 http://jean.delisle.over-blog.com/article-grece-independance-58616338.html)

L’œuvre d'Alphonse de Lamartine mériterait probablement d'être mieux connue.

J.D. 25 novembre 2015

buste de Lamartine à Tresserve (Savoie), photo J.D. 23 novembre 2015 et statue de Lamartine dans l'anse ouest de la baie de Châtillon, photo J.D. 18 juin 2016
buste de Lamartine à Tresserve (Savoie), photo J.D. 23 novembre 2015 et statue de Lamartine dans l'anse ouest de la baie de Châtillon, photo J.D. 18 juin 2016

buste de Lamartine à Tresserve (Savoie), photo J.D. 23 novembre 2015 et statue de Lamartine dans l'anse ouest de la baie de Châtillon, photo J.D. 18 juin 2016

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 11:37

Le 25 octobre 2015, j'ai emmené mon petit-fils Romain visiter le musée de la Révolution au château-musée de Vizille.

Le château fut construit au début du XVIIe siècle par François de Bonne qui reçut le titre de duc de Lesdiguières en 1611, de Maréchal de France en 1621 et de Connétable de France en 1622. Sur le même emplacement on retrouve une mention de château dès l'an 996.

Le domaine de Vizille fut acquis par l’État le 1er janvier 1925 et servit de résidence d'été pour les Présidents de la République jusqu'à la cession au Département de l'Isère le 29 décembre 1972.

C'est en 1984 que le département de l'Isère a créé le musée de la Révolution française à l'intérieur du château.

Ma dernière visite à Vizille remontait à 2009 et j'ai eu, cette fois, la surprise de découvrir dans le parc, juste en face de l'entrée du musée et à seulement quelques mètres une sculpture en bronze de Jean-Paul Marat.

Cette sculpture fut réalisée en 2012 par la fonderie Barthélémy à Crest (Drôme) d'après un modèle en plâtre de 1883 et œuvre d'un artiste nommé Jean Baffier.

Voir photo jointe en illustration. Au verso du socle figure l'inscription suivante :

« Tu te laisseras donc toujours duper

peuple babillard et stupide

Tu ne comprendras jamais qu'il faut te défier

de ceux qui te flattent

l'Ami du Peuple ».

« l'Ami du Peuple » qui était le titre du journal de Marat était devenu le surnom de Marat lui-même.

De tout ce que j'ai lu sur la Révolution de 1789 à 1794 j'ai plutôt le sentiment que Marat par ses discours et ses écrits fut un « pousse au crime », un citoyen peu recommandable et j'ai été surpris de voir que le musée de la Révolution lui rendait hommage. Mais enfin, de son temps il était admiré par beaucoup, tout au moins par les révolutionnaires parisiens et il fut pleuré aussi par beaucoup après son assassinat par Charlotte Corday le 13 juillet 1793. Voir la fiche N°213 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/01/charlotte-corday-n-213.html

N'oublions pas que beaucoup de tyrans sanguinaires comme Néron furent regrettés et pleurés ; et il y a probablement encore, dans leur pays respectif, des citoyens pour regretter Hitler, Staline ou Pol Pot !

Chacun est bien libre d'avoir sur Marat le jugement qui lui convient, sans avoir en outre l'obligation d'avoir une opinion.

Mais pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Révolution française, voici des extraits sur Marat du texte d'Alphonse de Lamartine dans son histoire des Girondins publiée en 1847.

« Marat était né en Suisse (il naquit le 24 mai 1743 à Boudry dans le canton de Neuchâtel qui appartenait depuis 1707 au roi de Prusse. Marat est donc né Prussien, mais Garibaldi ou Verdi sont bien nés Français). Écrivain sans talent, savant sans nom (le 30 juin 1775, Marat avait obtenu un diplôme de médecin en Ecosse, était devenu médecin du comte d'Artois, le futur Charles X, en juin 1777 et jusqu'en 1784, et s'était livré à diverses expériences de physique), passionné pour la gloire sans avoir reçu de la société ni de la nature les moyens de s'illustrer, il se vengeait de tout ce qui était grand, non seulement sur la société, mais sur la nature. Le génie ne lui était pas moins odieux que l'aristocratie. Il le poursuivait comme un ennemi partout où il voyait s'élever ou briller quelque chose. Il aurait voulu niveler la création. L'égalité était sa fureur, parce que la supériorité était son martyre. Il aimait la Révolution, parce qu'elle abaissait tout jusqu'à sa portée ; il l'aimait jusqu'au sang, parce que le sang lavait l'injure de sa longue obscurité. Il s'était fait le dénonciateur en titre du peuple ; il savait que la délation est la flatterie de tout ce qui tremble. Le peuple tremblait toujours. Véritable prophète de la démagogie inspiré par la démence, il donnait ses rêves de la nuit pour les conspirations du jour. Il affectait le mystère, comme tous les oracles. Il vivait dans l'ombre ; il ne sortait que la nuit ; il ne communiquait avec les hommes qu'à travers des précautions sinistres. Un souterrain était sa demeure. Il s'y réfugiait invisible contre le poignard et le poison. Son journal (l'Ami du Peuple) avait pour l'imagination quelque chose de surnaturel. Marat s'était enveloppé d'un véritable fanatisme. La confiance qu'on avait en lui tenait du culte. La fumée du sang qu'il demandait sans cesse lui avait porté à la tête. Il était le délire de la Révolution, délire vivant lui-même ! »

Chapitre VIII livre troisième

« Marat semblait avoir absorbé en lui toutes les haines qui fermentent dans une société en décomposition ; il s'était fait l'expression permanente de la colère du peuple. En la feignant, il l'entretenait ; il écrivait avec de la bile et du sang. Il s'était fait cynique pour pénétrer plus bas dans les masses. Il avait inventé le langage des forcenés. Comme le premier Brutus (celui par qui fut renversé Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome, et institué la République romaine en l'an -509), il contrefaisait le fou, mais ce n'était pas pour sauver la patrie, c'était pour la pousser à tous les vertiges et pour la tyranniser par sa propre démence... »

Chapitre I livre deuxième

« Camille Desmoulins était l'enfant cruel de la Révolution. Marat en était la rage ; il avait les soubresauts de la brute dans la pensée et les grincements dans le style. Son journal, l'Ami du Peuple, suait le sang à chaque ligne »

Chapitre VII livre troisième

« Emporté dès les premiers jours de 89 par le mouvement populaire, il s'y jeta pour l'accélérer. Il vendit jusqu'à son lit pour payer l'imprimeur de ses premières feuilles. Il changea trois fois le titre de son journal (« le Publiciste parisien » du 11 au 15 septembre 1789, « l'Ami du Peuple » du 16 septembre 1789 au 25 septembre 1792 et le « Journal de la République française » ensuite), jamais l'esprit. C'était le rugissement du peuple rédigé chaque nuit en lettres de sang, et demandant chaque matin la tête des traîtres et des conspirateurs....On eût dit dans les temps antiques qu'il était possédé de l'esprit d'extermination. Sa logique violente et atroce aboutissait toujours au meurtre. Tous ses principes demandaient du sang. Sa société ne pouvait se fonder que sur des cadavres et sur les ruines de tout ce qui existait. Il poursuivait son idéal à travers le carnage, et pour lui le seul crime était de s'arrêter devant un crime... »

Chapitre XXVII livre trentième

« L'extérieur de Marat révélait son âme. Petit, maigre, osseux, son corps paraissait incendié par un foyer intérieur. Des taches de bile et de sang marquaient sa peau. Ses yeux, quoique proéminents et plein d'insolence, paraissaient souffrir de l'éblouissement du grand jour. Sa bouche, largement fendue, comme pour lancer l'injure, avait le pli habituel du dédain. Il connaissait la mauvaise opinion qu'on avait de lui et semblait la braver. Il portait la tête haute et un peu penchée à gauche comme dans le défi.

L'ensemble de sa figure, vue de loin et éclairée d'en haut, avait de l'éclat et de la force, mais du désordre. Tous les traits divergeaient comme la pensée. C'était le contraire de la figure de Robespierre, convergente et concentrée comme un système : l'une, méditation constante, l'autre, explosion continue. A l'inverse de Robespierre, qui affectait la propreté et l'élégance, Marat affectait la trivialité et la saleté du costume. Des souliers sans boucles, des semelles de clous, un pantalon d'étoffe grossière et taché de boue, la veste courte des artisans, la chemise ouverte sur la poitrine, laissant à nu les muscles du cou ; les mains épaisses, le poing fermé, les cheveux gras, sans cesse labourés par ses doigts : il voulait que sa personne fut l'enseigne vivante de son système social. »

Chapitre XXIX livre trentième

« Ces lignes (il s'agit d'un extrait de l'Ami du Peuple où Marat se décrit lui-même) révélaient l'âme de Marat, une frénésie de gloire, une explosion perpétuelle de vengeance contre les inégalités sociales, et un amour pour les classes souffrantes, perverti jusqu'à la férocité envers les riches et les heureux.

Une telle soif de justice absolue et de nivellement soudain ne pouvait s'apaiser qu'avec du sang. Marat ne cessait d'en demander au peuple, par suite de cet endurcissement de l'esprit qui jouit d'immoler par la pensée ce qui résiste à l'implacabilité de ses systèmes...

Marat avait, comme Robespierre et comme Rousseau, une foi surnaturelle dans ses principes. Il se respectait lui-même dans ses chimères comme un instrument de Dieu...

Danton qui avait longtemps protégé Marat commençait à le craindre. Robespierre le méprisait comme un caprice honteux du peuple. Il en était jaloux, mais il ne s'abaissait pas à mendier si bas sa popularité. Quand Marat et lui se coudoyaient à la Convention, ils échangeaient des regards pleins d'injure et de mépris mutuels : lâche hypocrite ! Murmurait Marat – Vil scélérat ! Balbutiait Robespierre. Mais tous les deux unissaient leur haine contre les Girondins... »

Chapitre IV livre trente-huitième

« Marat sortit de sa retraite (le 13 avril 1793, les Girondins étaient parvenus à le mettre en accusation, il s'était caché) et comparut le 24 avril, devant le Tribunal révolutionnaire. L'audace de son attitude, le défi qu'il jeta aux juges, la foule qui l'escorta au tribunal, les acclamations du peuple qui se pressait en foule autour du palais de Justice, donnèrent d'avance aux jurés l'ordre de reconnaître son innocence. Elle fut proclamée. Un cri de triomphe, parti de l'enceinte du tribunal et prolongé par les groupes jusqu'aux portes de la Convention, apprit aux Girondins l'acquittement de leur ennemi... »

Chapitre IV livre quarantième

« Danton, feignant de partager l'enthousiasme de la foule pour l'idole qu'il méprisait, demanda que le cortège de Marat reçut les honneurs de l'Assemblée en défilant dans son enceinte. Marat, tenant sa couronne à la main, alla s'asseoir au sommet de la Montagne, à côté du féroce Armonville (député de Reims à la Convention). Maintenant, dit-il à haute voix au groupe de députés qui le félicitaient, je tiens les Girondins et les Brissotins ; ils iront en triomphe aussi, mais ce sera à la guillotine. Puis s'adressant aux députés qui l'avaient décrété d'accusation, il les appela par leur nom et les apostropha en termes injurieux...Le scandale des apostrophes de Marat n'excita dans la salle que le sourire du mépris. Robespierre haussa les épaules en signe de dégoût. Marat lui lança un regard de défi et l'appela lâche scélérat... »

Chapitre V livre quarantième

« Là, Marat harangua longtemps la foule, et lui promit du sang. La joie même était sanguinaire dans cet esprit exterminateur. Les cris de mort aux Girondins ! Étaient l'assaisonnement de son triomphe... »

Chapitre VI livre quarantième

« Marat se constituait ainsi lui-même, depuis son triomphe, le plénipotentiaire de la multitude. Il prenait cette dictature qu'il avait vingt fois conjuré le peuple de donner au plus déterminé de ses défenseurs. Sa politique avait pour théorie la mort. Il était l'homme de la circonstance, car il était l'apôtre de l'assassinat en masse... »

Chapitre VII livre quarantième

« Marat seul souffla la colère du peuple et prit corps à corps les Girondins, ses ennemis personnels, jusqu'à ce qu'ils fussent terrassés. Était-ce vengeance, ambition, vanité d'un grand rôle, inquiétude d'un esprit qui ne s'arrêtait jamais ? Il jouissait surtout d'être en scène et de représenter le peuple luttant à mort contre ses prétendus ennemis. »

Chapitre II livre quarante et unième

« Marat s'était constitué, depuis son triomphe, l'accusateur public de la Commune, des Cordeliers et même de la Convention. L'hésitation de Danton, la temporisation de Robespierre, la modération des Jacobins, élevaient en ce moment Marat à l'apogée de sa popularité et de sa puissance. Il osait tout ce qu'il rêvait. Son imagination fiévreuse ne mettait plus de bornes à ses rêves. Il affectait un grand mépris pour la Convention. Il dédaignait d'assister aux séances. Il levait les épaules aux noms de Robespierre et de Danton ; incapables tous deux, disait-il, l'un faute de vertu, l'autre de génie, d'accomplir une révolution et de régénérer un peuple. Il avait les vertiges de la hauteur où sa folie l'avait porté. Il croyait résumer de plein droit dans sa personne le nombre, le droit, la volonté de la multitude. Il adorait en lui la divinité du peuple. »

Chapitre XIV livre quarante-troisième

Après l'assassinat de Marat :

« Le sang de Marat enivra le peuple. La Montagne, Robespierre, Danton, heureux d'être débarrassés de ce rival dont ils redoutaient l'empire sur la multitude, jetèrent son cadavre à la populace pour qu'elle en fit son idole. Ses funérailles (le 15 juillet 1793) ressemblèrent plus à une apothéose qu'à un deuil. La Convention donna le culte de Marat en diversion à l'anarchie. Celui dont elle rougissait comme collègue, elle permit qu'on en fit un dieu. La nuit même qui suivit sa mort, le peuple vint suspendre des couronnes à la porte de sa maison (Marat avait été élu en septembre 1792 député de Paris à la Convention puis président du club des Jacobins le 5 avril 1793. Il avait quitté ses souterrains pour un appartement où il fut assassiné). La Commune (il s'agit de la Commune insurrectionnelle de Paris) inaugura son buste dans la salle des séances. Les sections vinrent processionnellement pleurer à la Convention et demander le Panthéon pour cette cendre. D'autres demandèrent que son corps, embaumé fut promené dans les départements....La Convention décréta qu'elle assisterait en masse aux obsèques. Le peintre David les ordonna. Plagiaire de l'antiquité, il voulut imiter les funérailles de César... Les pèlerinages du peuple à la tombe de Marat s'organisèrent tous les dimanches, et confondirent dans une même adoration le cœur de cet apôtre du meurtre avec le cœur du Christ de paix. Les théâtres se décorèrent tous de son image. Les places et les rues changèrent leur nom pour prendre le sien. Les femmes lui élevèrent un obélisque. Des journalistes (Jacques Roux et Théophile Leclerc) intitulèrent leurs feuilles l'Ombre de Marat. Ce délire se propagea dans les départements. Ce nom devint l'enseigne du patriotisme. Le maire de Nîmes se fit appeler le Marat du Midi ; celui de Strasbourg, le Marat du Rhin (Il ne s'agit pas du baron de Dietrich que fréquenta Rouget de l'Isle. Ce Dietrich ne fut maire de Strasbourg que jusqu'en août 1792. Accusé d'avoir soutenu des prêtres réfractaires, il fut envoyé devant le tribunal révolutionnaire et guillotiné le 29 décembre 1793). Le Conventionnel Carrier appela ses troupes l'armée de Marat. La veuve de l'Ami du Peuple vint demander à la Convention vengeance pour son époux et un tombeau pour elle. Des fêtes funèbres, des processions, des anniversaires furent instituées dans un grand nombre de communes de la République. Des jeunes filles, vêtues de blanc et tenant à la main des couronnes de cyprès et de chêne, y chantaient, autour du catafalque, des hymnes à Marat. Tous les refrains de ces hymnes étaient sanguinaires. Le poignard de Charlotte Corday, au lieu d'étancher le sang, semblait avoir ouvert les veines de la France. »

Chapitres I et II du livre quarante-cinquième

Pour conclure :

L'image qu'Alphonse de Lamartine donne de Marat n'est pas brillante, c'est le moins que l'on puisse dire. C'est peut-être la Révolution entière qui ne fut pas brillante ! Les revendications du peuple étaient légitimes après des siècles d'absolutisme royal, les idées révolutionnaires étaient généreuses, mais dans le concret, la Révolution fut une suite de parodies de justice, de massacres, d'horreurs et de bestialité. La cause en est peut-être à la multitude de conflits simultanés : entre le peuple et l'aristocratie, entre les Royalistes et les Républicains, entre la Capitale et la Province, entre la commune insurrectionnelle de Paris et l'Assemblée, entre les Montagnards et les Girondins puis les Montagnards entre eux, sans oublier les éternelles rivalités de pouvoir entre les individus...

En tout état de cause, il me paraît évident que Lamartine n'aurait pas fait le choix de rendre hommage à Marat devant le Musée de la Révolution française !

Nota : la récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 : http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html et la récapitulation des illustrations sur la fiche N°219 : http://jean.delisle.over-blog.com/2015/01/illustrations-jointes-aux-notes-du-blog-n-219.html

J.D. 8 novembre 2015

Marat à Vizille, photo J.D. 25 octobre 2015

Marat à Vizille, photo J.D. 25 octobre 2015

château-musée de Vizille, photo J.D. 25 octobre 2015

château-musée de Vizille, photo J.D. 25 octobre 2015

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 16:40

Après Louis XVI, il y eut encore 6 rois en France, dont 3 seulement régnèrent, on peut donc contester aux 3 autres d'avoir été rois de France. Mais pour les royalistes, et les historiens « puristes », ils eurent bien le titre de roi même si ce ne fut que de façon très éphémère. Les voici :

Louis XVII :

Fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, il naquit à Versailles le 27 mars 1785 et fut titré « duc de Normandie » à sa naissance. Il fut enfermé à la prison du Temple en même temps que ses parents, sa sœur (Marie-Thérèse) et sa tante (Elisabeth) à partir du 13 août 1792.

A la prison du Temple, ce fut d'abord Louis XVI qui s'occupa de l'éducation de son fils, puis Marie-Antoinette après la mort de Louis XVI (le 21 janvier 1793).

Dès la mort de Louis XVI, les royalistes considérèrent son fils comme le nouveau roi sous le nom de Louis XVII.

Par arrêté du Comité de Salut public du premier juillet 1793, il fut retiré à sa mère et confié, toujours à l'intérieur de la prison du temple, au cordonnier Antoine Simon. Ce Simon était un ivrogne et fut choisi volontairement. Voici ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans « Histoire des Girondins » (publiée en 1847) au livre quarante-sixième, chapitre XI:

« ….Le cordonnier Simon, choisi à la brutalité de ses mœurs, pour remplacer le cœur d'une mère, emporta le Dauphin dans la chambre où ce jeune roi devait mourir. L'enfant resta deux jours couché sur le plancher sans vouloir prendre de nourriture. Aucune supplication de la reine ne put obtenir de la Commune la grâce d'entrevoir une seule fois son fils. Le fanatisme avait tué la nature....

Le cynisme et la brutalité de Simon dépravait à la fois le corps et l'âme de son pupille. Il l'appelait le louveteau du Temple. Il le traitait comme on traite les petits des animaux féroces surpris à la mère et réduits en captivité, à la fois intimidés par les coups et énervés par l'apprivoisement de leurs gardiens. Il punissait en lui la sensibilité. Il récompensait la bassesse. Il encourageait le vice. Il enseignait à l'enfant à injurier la mémoire de son père, les larmes de sa mère, la pitié de sa tante, l'innocence de sa sœur, la fidélité de ses partisans. Il lui faisait chanter des chansons obscènes en l'honneur de la République, de la lanterne et de l'échafaud. Souvent ivre, Simon se plaisait à ces dérisions de la fortune qui réjouissaient sa bassesse. Il se faisait servir à table, lui assis, l'enfant debout...C'était la crapule et la brutalité chargées par le sort d'avilir et de dénaturer le dernier germe de la royauté... ».

et au chapitre IV du livre cinquante-septième du même ouvrage :

« Le 19 janvier (1794), l'avant-veille de l'anniversaire de la mort du roi, on séquestra entièrement le Dauphin, comme une bête fauve, dans une chambre haute de la tour, où personne ne pénétrait plus. Simon seul lui jetait, en entrouvrant la porte, ses aliments. Une cruche d'eau, rarement renouvelée, était son breuvage. Il ne sortait plus de son lit, qui n'était jamais remué. Ses draps, sa chemise, ses chaussures, ne furent pas renouvelés pendant plus d'un an. Sa fenêtre fermée par un cadenas, ne s'ouvrait plus à l'air extérieur. Il respirait continuellement sa propre infection. Il n'avait ni livre, ni jouet, ni outils pour occuper ses mains. Ses facultés actives, refoulées en lui par l'oisiveté et la solitude, se dépravaient. Ses membres se nouaient. Son intelligence s'asphyxiait sous la continuité de sa terreur. Simon semblait avoir reçu l'ordre d'éprouver jusqu'à quel degré d'abrutissement et de misère on pouvait faire descendre le fils d'un roi ».

Dans ces conditions il n'est pas surprenant que l'enfant mourut de tuberculose le 8 juin 1795, à l'âge de 10 ans et après 3 années d'emprisonnement. Une autopsie eut lieu le 9 juin. Le chirurgien enleva le cœur qui passa de main en main, fut l'objet d'une analyse ADN en l'an 2000 (la comparaison put être faite avec des cheveux de Marie-Antoinette) et finalement l'urne funéraire contenant le cœur fut placée le 8 juin 2004 dans la chapelle des Bourbons à la basilique Saint Denis.

*Marie-Thérèse de France sœur de Louis XVII née à Versailles le 19 décembre 1778 et nommée « madame Royale » à sa naissance, fut aussi internée à la prison du Temple. Par décret de la Convention du 30 juin 1795, elle fut échangée le 19 décembre 1795 contre 6 prisonniers français détenus en Autriche dont Drouet qui avait fait arrêter Louis XVI à Varennes (voir note N°253 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/08/varennes-n-253.html).

Elle avait été surnommée « l'orpheline du Temple » et devint duchesse d'Angoulême lorsqu'elle épousa son cousin Louis (fils du futur Charles X) le 10 juin 1799. Elle prit une place importante à la cour de France durant la Restauration. Pendant les « Cent jours », Napoléon dit d'elle, qu'elle était « le seul homme de la famille des Bourbons ». Elle s'exila avec son mari et son beau-père (Charles X qui était aussi son oncle) au moment de la Révolution de 1830 et mourut le 19 octobre 1851. Elle fut inhumée en Slovénie. Elle n'eut pas de descendance mais s'occupa de l'éducation de son neveu Henri (voir ci-dessous à Henri V) et de sa sœur Louise après l'assassinat de leur père le duc de Berry (autre fils de Charles X) le 13 février 1820.

Louis XVIII :

Il naquit à Versailles le 17 novembre 1755. Fils de Louis de France et de Marie-Josèphe de Saxe ; il fut titré comte de Provence à sa naissance.

Il est le frère de Louis XVI, de Charles X, d'Elisabeth... et par conséquent le petit-fils de Louis XV.

Il s'enfuit de France le 20 juin 1791 et parvint à Bruxelles, puis s'installa à Coblence, puis en Suède en 1804, en Lettonie (alors russe) fin 1804 et en Angleterre en juin 1807.

A la mort de Louis XVI, il avait proclamé le dauphin roi de France sous le nom de Louis XVII et s'était attribué le titre de régent, puis de roi après la mort de Louis XVII.

Il devint réellement roi le 6 avril 1814 lors de la première abdication de Napoléon, jusqu'au 20 mars 1815 (retour de Napoléon de l'Ile d'Elbe). Il se réfugia à Gand et fut surnommé par les humoristes : « notre père de Gand ».

Puis à nouveau roi du 8 juillet 1815 (après la seconde abdication de Napoléon) au 16 septembre 1824 date de son décès. Très malade, sa fin de règne fut difficile. Il est inhumé à Saint Denis.

Il épousa à Versailles Marie-Joséphine de Savoie le 14 mai 1771. Celle-ci décéda le 13 novembre 1810 et n'eut par conséquent pas le temps d'être réellement reine de France.

En devenant roi de France, Louis XVIII octroya une constitution parlementaire au peuple de France, tentant ainsi de concilier Révolution, premier empire et royauté.

Le principal fait de son règne est une intervention militaire en Espagne. En juillet 1822, le roi d'Espagne avait été séquestré avec sa famille par des opposants libéraux.

Une réunion de têtes couronnées tenue à Vérone confia à la France le soin de remettre Ferdinand VII sur le trône. Ce fut la première intervention militaire française depuis Waterloo. Elle fut confiée à Louis duc d'Angoulême (fils du futur Charles X et neveu de Louis XVIII) qui parvint à remettre Ferdinand sur son trône. Le principal fait d'armes de cette campagne fut la prise du fort de Trocadéro, près de Cadix le 31 août 1823.

CHARLES X :

Il naquit à Versailles le 9 octobre 1757 et fut titré comte d'Artois. Fils de Louis de France et de Marie-Josèphe de Saxe, et par conséquent frère de Louis XVI, de Louis XVIII, petit-fils de Louis XV...

Il avait émigré dès le 16 juillet 1789 pour Turin puis Bruxelles, Coblence et la Grande-Bretagne.

Il devint roi à la mort de son frère (Louis XVIII). Il se fit couronner roi à Reims le 29 mai 1825, reprenant ainsi les anciennes traditions royales. Partisan du retour au pouvoir royal de l'ancien régime, il mécontenta l'opposition libérale notamment en faisant voter l'indemnisation des nobles spoliés par la Révolution (loi dite du milliard pour les émigrés). Il dut abdiquer lors de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830. Cette abdication fils de son fils Louis le nouveau roi de France.....pendant 20 minutes écrivent les auteurs, car Louis abdiqua lui-même dans la foulée.

Charles avait épousé le 16 novembre 1773 Marie-Thérèse de Savoie (sœur de Marie-Joséphine épouse de Louis XVIII). Marie-Thérèse décéda le 2 juin 1805. Comme sa sœur, elle n'eut pas le temps de devenir reine de France. Sur les relations entre la Cour de France et la Maison de Savoie, voir la note N°66 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-de-la-maison-de-savoie-59295182.html.

Le règne de Charles X fut court mais on lui doit l'intervention de 1827 qui permit l'indépendance de la Grèce alors occupée par les Ottomans (voir la note N°9 http://jean.delisle.over-blog.com/article-grece-independance-58616338.html) et aussi l'intervention en Algérie (prise d'Alger le 6 juillet 1830).

Charles X s'exila d'abord en Ecosse, puis à Prague enfin en Autriche où il mourut du choléra le 6 novembre 1836.

LOUIS XIX :

Il naquit à Versailles le 6 août 1775, fils de Charles X et de Marie-Thérèse de Savoie, titré duc d'Angoulême à sa naissance par Louis XVI.

Il épousa le 10 juin 1799 sa cousine Marie-Thérèse de France fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette dont il n'eut pas de descendance.

Il fut colonel des cuirassiers et dragons, grand amiral de France, puis généralissime des armées d'Espagne (voir ci-dessus à Louis XVIII). Devenu roi de France par l'abdication de son père Charles X, il contresigna cette abdication 20 minutes plus tard en faveur d'Henri petit-fils de Charles X. Il s'exila en même temps que son père et mourut le 3 juin 1844 en Autriche et fut inhumé en Slovénie avec Charles X

HENRI V :

Il naquit le 29 septembre 1820 à Paris au palais des Tuileries. Il fut titré duc de Bordeaux par Louis XVIII. Il est le fils de Caroline « de Naples et des 2 Siciles » et du duc de Berry fils de Charles X. Il eut aussi le titre de comte de Chambord. L'abdication successive de Charles X et de Louis XIX faisait de lui un nouveau roi de France. Mais en même temps qu'il abdiquait, et compte tenu que Henri V n'avait que 10 ans, Charles X avait nommé un lointain cousin Régent, lequel conserva le pouvoir après avoir été « Régent du Royaume » du 2 au 9 août 1830. Henri V n'eut donc le titre de roi que durant 7 jours. Il mourut le 24 août 1883 en Autriche.

Il avait épousé le 15 novembre 1846 Marie-Thérèse de Modène dont il n'eut pas de descendance.

Toute sa vie, Henri V tenta de faire valoir ses droits au trône de France. Après la chute de Napoléon III, les élections législatives de février 1871, amenèrent à l'assemblée 240 députés républicains et 400 royalistes. Mais il y avait des divisions entre les royalistes « légitimistes » (partisans des descendants de Charles X donc d'Henri V) et « orléanistes » (partisans des descendants du duc d'Orléans, Philippe-Egalité). En outre Henri V refusa le retour du drapeau tricolore. Ce fut donc la troisième République et non la royauté qui succéda au second empire.

LOUIS-PHILIPPE :

Il naquit le 6 octobre 1773 à Paris au Palais royal. Il est le fils de Marie-Adélaïde de Bourbon et de Philippe duc d'Orléans, surnommé Philippe Egalité (qui fut guillotiné le 6 novembre 1793). A sa naissance, il fut titré duc de Valois, puis duc de Chartres en 1785, duc d'Orléans en 1793 après la mort de son père.

Il devint lieutenant général du royaume du 31 juillet au 2 août 1830, Régent du royaume du 2 au 9 août 1830 puis proclamé « roi des Français » par la Chambre des députés à compter du 9 août 1830.

Il avait obtenu le grade de colonel en juin 1791. Il servit sous les ordres de Dumouriez et participa aux batailles de Valmy et de Jemmapes en y prenant une part importante. Son nom, en tant que duc de Chartres, figure d'ailleurs sur l'Arc de triomphe de l'Etoile. Son frère duc de Montpensier avait été son aide de camp au cours de ces batailles.

Il suivit Dumouriez lorsque celui-ci s'enfuit à l'étranger. Il passa successivement en Suisse, aux Etats-Unis, à La Havane puis en Angleterre à compter de janvier 1800.

Le 25 novembre 1809, il épousa à Palerme Amélie de Bourbon-Siciles (nièce de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise...). Ils eurent 10 enfants dont Louise qui devint la première reine des Belges en épousant Léopold 1er.

Arrivé au pouvoir par la Révolution de 1830, il en fut chassé par celle de 1848 et abdiqua le 24 février 1848, ce qui amena la seconde République française qui n'eut qu'un seul Président (Louis-Napoléon Bonaparte qui fut, de fait, le premier qui eut le titre de Président de la République en France).

Durant le règne de Louis-Philippe, 15 présidents du Conseil se succédèrent dont les plus connus sont Jacques Lafitte, Casimir Perrier, Adolphe Thiers, et François Guizot.

Louis-Philippe qui avait entretenu d'excellentes relations avec la reine Victoria se réfugia en Angleterre où il décéda le 26 août 1850. D'abord inhumé en Angleterre, son corps ainsi que celui de la reine Amélie (décédée en 1864) furent ramenés à la chapelle royale de Dreux en 1866.

L'abdication de Louis-Philippe mit fin non seulement à son règne mais à la royauté française qui avait commencé avec Clovis au cinquième siècle et qui fait partie de notre Histoire de France.

J.D. 21 octobre 2015

Ascendance de Louis-Philippe

Ascendance de Louis-Philippe

initiales de Louis-Philippe sur les portes de la Grand'Chambre du Parlement de Bretagne à Rennes, photo J.D. 22 juin 2015

initiales de Louis-Philippe sur les portes de la Grand'Chambre du Parlement de Bretagne à Rennes, photo J.D. 22 juin 2015

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 11:08

Plusieurs notes de ce blog sont déjà consacrées aux souverains de l'histoire de France (81, 82, 109, 160, 239, 247, 248, 249, 250). Il y a déjà de quoi réviser ses leçons d'histoire. Voici maintenant les derniers rois de France avec une première note relative à Louis XVI :

Les notes N° 245 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/06/louis-xvi-et-nantes-n-245.html et 253 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/08/varennes-n-253.html sont déjà consacrées à ce roi. Voici quelques informations complémentaires :

1-L'acte d'accusation :

*Après la prise des Tuileries (le 10 août 1792), Louis XVI avait été suspendu de ses fonctions de roi par l'Assemblée législative puis interné avec sa famille à la prison du Temple à compter du 13 août. Le 21 septembre 1792, la royauté avait été abolie en France par la Convention qui avait succédé à l'Assemblée législative.

*Dans « Révolution française », publié chez XO Editions en 2008, (tome 1, chapitre 34) Max Gallo rappelle que les sans-culottes venaient hurler sous les fenêtres de la prison « leur haine du gros cochon et de la putain » et au chapitre 36 du même ouvrage qu'un ancien boucher nommé Legendre devenu député avait déclaré à la tribune de la Convention : « Egorgeons le cochon ! Faisons autant de quartiers qu'il y a de départements pour en envoyer un morceau à chacun ! ». C'est à l'image du degré de haine contre la famille royale, probablement d'une minorité de la population, mais c'est celle qui a fait la Révolution.

*Le 6 décembre 1792, la Convention Nationale, constitua une commission de 21 membres « chargés de rédiger l'acte d'accusation de Louis XVI ». Cela montre clairement que Louis XVI fut coupable avant d'être jugé. Le même jour, sur proposition de Marat, l'Assemblée adopte : « lors de tous les scrutins du procès, les votes auront lieu par appel nominal et à voix haute ».

*Peu avant le 10 août 1792, dans un des murs du palais des Tuileries, Louis XVI avait fait pratiquer une armoire secrète. Il s'était fait aider par un serrurier de Versailles qu'il connaissait depuis longtemps et qui s'appelait Gamain (François).

Mais le 20 novembre 1792, ce Gamain alla trouver Roland (Jean-Marie, mari de Manon Roland) un Girondin qui était alors ministre de l'Intérieur, pour lui révéler l'existence de cette cache connue sous le nom « d'armoire de fer ».

*La cache fut ouverte, les papiers analysés. Ils servirent à l'acte d'accusation du roi. Mais comme il n'y avait pas de quoi fouetter un chat ou tout au moins pas de quoi justifier la guillotine (il y avait surtout dans la cache des correspondances avec les frères de Louis XVI exilés à l'étranger ), la commission mit sur le dos de Louis XVI tous les massacres effectués par les révolutionnaires ennemis de Louis XVI. En lui imputant ainsi des milliers de cadavres, il devint coupable.

*Le rapport d'accusation fut lu à la Convention, en présence du roi le 11 décembre 1792. Voici le récit qu'en fait Alphonse de Lamartine dans « histoire des Girondins » (publiée en 1847) au livre trente-quatrième, chapitres V et VI :

« On fit la lecture de l'acte d'accusation : c'était la longue énumération de tous les griefs que les factions de la Révolution avaient successivement élevés contre la couronne, en y comprenant leurs propres actes, depuis les journées des 5 et 6 octobre à Versailles (lorsque la foule obligea la famille royale a quitter Versailles pour venir s'installer à Paris aux Tuileries), jusqu'à la journée du 10 août (1792, il s'agit de la prises des Tuileries). Toutes les tentatives de résistance du roi au mouvement qui précipitait la monarchie étaient appelées trahisons ; c'était bien plus l'acte d'accusation de son caractère et des circonstances que l'acte d'accusation de ses crimes. Il n'y avait que sa nature de coupable. Mais le temps trop lourd pour tous, on le rejetait tout entier sur lui. Il payait pour le trône, pour l'aristocratie, pour le sacerdoce, pour l'émigration, pour La Fayette, pour les Girondins, pour les Jacobins eux-mêmes. C'était l'homme émissaire des temps antiques, inventé pour porter les iniquités de tous.

A mesure qu'on déroulait devant lui ce tableau des fautes de son règne, et qu'on remuait le sang du Champ-de-Mars (fusillade au Champ-de-mars le 17 juillet 1791), du 20 juin (Première invasion des Tuileries le 20 juin 1792 où le roi fut obligé de coiffer le bonnet rouge révolutionnaire et de boire à la santé de la Nation) et du 10 août (seconde invasion des Tuileries le 10 août 1792), pour en détourner la responsabilité sur lui seul, quelques-uns des conspirateurs de ces journées, répandus parmi ses juges, tels que Pétion, Barbaroux, Louvet, Carra, Marat, Danton, Legendre, ne pouvaient s'empêcher de rougir et de baisser les yeux. Leur conscience leur disait intérieurement qu'il y avait pudeur à déclarer auteur de ces attentats celui qui en avait été victime. Ils se vantaient hautement quelques jours avant d'avoir ourdi ces conspirations contre le trône. Mais le sentiment du droit est si fort parmi les hommes, que, même quand ils le violent, ils en affectent encore l'hypocrisie, et que les conspirateurs les plus avoués, non contents d'avoir la victoire, veulent encore avoir la légalité de leur côté.

Le roi écouta cette lecture dans l'attitude d'une impassible attention. Seulement, à deux ou trois passages où l'accusation dépassait les bornes de l'injustice et de la vraisemblance, et où on lui reprochait le sang du peuple si religieusement épargné par lui pendant tout son règne, il ne put s'empêcher de trahir par un sourire amer et par un mouvement involontaire des épaules l'indignation contenue qui l'agitait. On voyait qu'il s'attendait à tout, excepté à l'accusation d'avoir été un prince sanguinaire ».

2-La condamnation :

A la suite de cet acte d'accusation, les députés de la Convention nationale eurent à se prononcer à partir du 15 janvier 1793. Ils durent répondre à 3 questions :

*Louis est-il coupable ?

*La décision de la Convention sera-t-elle soumise à la ratification du peuple ?

*Qu'elle sera la peine ?

-A la première question, 683 députés répondirent que Louis était coupable, 10 députés s'abstinrent, il n'y eut aucune voix contre.

-Sur la seconde question, le recours au peuple fut rejeté par 423 voix (ou 424?) contre 280

-enfin sur la dernière question, par appel nominal et à haute voix à la tribune, (le vote s'étant terminé le 17 janvier à huit heures du soir), 387 voix contre 334

votèrent la mort du roi. Suite à des contestations, un nouveau vote eut lieu le 18 janvier. Il donna 361 voix pour la mort du roi et 360 contre !

Parmi ceux qui votèrent la mort : Philippe duc d'Orléans (le 15 septembre 1792, la Commune de Paris lui avait donné le nom de « Philippe Egalité »), lointain cousin de Louis XVI (ils avaient Louis XIV et son ascendance dans leurs ancêtres communs).

Certains avaient demandé un sursis dans l'exécution du roi. Il fut rejeté le 20 janvier par 380 voix contre 310 et Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793.

3-le contexte du vote :

Un certain nombre de députés qui étaient contre la mort du roi votèrent pour. Quelques-uns par peur pour leur propre vie, d'autres par tactique pour ne pas laisser aux seuls Jacobins, vis-à-vis de l'opinion publique, l'avantage d'avoir tué le roi.

Les Conventionnels (députés de la Convention) furent soumis à une pression extrême. Voici le récit qu'en fait Alphonse de Lamartine dans l'histoire des Girondins au livre trente-cinquième chapitres I et III :

« L'aspect de la ville était menaçant, l'aspect de l'enceinte était sinistre. La Commune (il s'agit de la Commune de Paris) et les Jacobins, décidés à emporter la condamnation de Louis XVI comme une victoire personnelle sur leurs ennemis, et à pousser la contrainte morale jusqu'à la violence, avaient rassemblé depuis plusieurs jours à Paris toutes les forces dont leurs journaux, leurs correspondances et leurs affiliations dans les départements leur permettaient de disposer. Les meneurs des faubourgs avaient recruté leurs bandes de femmes et d'enfants en haillons pour hurler la mort du tyran dans les rues qui avoisinaient la Convention. Théroigne de Méricourt et Saint-Huruge, les assassins d'Avignon (voir note N°95 http://jean.delisle.over-blog.com/article-avignon-et-la-revolution-n-95-116032820.html), les égorgeurs de septembre, les combattants du 10 août, les fédérés accumulés dans Paris avant de se rendre aux frontières; des volontaires et des soldats retenus à Paris par le ministre de la Guerre Pache pour grossir les séditions plus que pour les réprimer ; une population étrangère à toute passion politique, mais sans ouvrage et sans pain, et trompant son désespoir par son agitation ; ces masses de curieux que les grands spectacles font sortir de leurs maisons comme des essaims sortent des ruches à l'approche des orages, et qui, sans passion individuelle, prêtent l'apparence du nombre à la passion de quelques-uns ; les contre-coups d'août (prise des Tuileries le 10 août 1792) et de septembre (massacres de tous les détenus des prisons parisiennes du 2 au 5 septembre 1792) qui ébranlaient encore les imaginations ; la nuit, qui prêtait au tumulte ; la rigueur de la saison qui tendait la fibre et qui portait au désespoir ; enfin ce nom de roi, qui résumait en lui toutes les misères, toutes les iniquités, toutes les trahisons imputées à la royauté, et qui faisait croire au peuple qu'en immolant l'homme qui portait ce titre on immolerait du même coup les calamités, les crimes, les souvenirs et les espérances d'une institution répudiée : tout imprimait à la nuit du 16 janvier (1793) ce caractère d'impulsion irrésistible qui donne à une manifestation populaire la force d'un élément »....

... »Les abords et l'intérieur de la salle de la Convention semblaient plutôt disposés pour une exécution que pour un jugement. L'heure, le lieu, les avenues étroites, les cours tortueuses, les voûtes sombres de l'antique monastère (d'octobre 1789 à mai 1793, l'Assemblée siégea dans le manège des Tuileries auquel avaient été annexés les bâtiments des anciens couvents des Capucins et des Feuillants) , les lanternes rares qui luttaient avec les ténèbres d'une nuit d'hiver et pâlissaient les visages ; les armes qui brillaient et retentissaient à toutes les portes, les pièces de canon que les canonniers, la mèche allumée, semblaient garder aux deux entrées principales, moins pour intimider le peuple que pour tourner ces pièces contre la salle si l'arrêt fatal n'en sortait pas ; le sourd mugissement d'une multitude innombrable veillant debout dans les rues adjacentes et pressant de tous côtés les murs comme pour leur arracher l'arrêt ; le mouvement des patrouilles qui fendaient avec peine cet océan d'hommes pour faire place aux représentants attardés ; les costumes, les physionomies, les bonnets rouges, les carmagnoles, les visages contractés, les voix rauques, les gestes atroces et significatifs, tout semblait calculé pour faire entrer par tous les sens dans l'âme des juges l'inexorable arrêt portée d'avance par le peuple. Ou sa mort ou la tienne ! Tels étaient les seuls mots murmurés tout bas, mais d'un accent impératif, à l'oreille de chaque député qui traversait les groupes pour se rendre à son poste.....

Les couloirs de la Convention, livrés aux chefs les plus sanguinaires des séditions de Paris, étaient également obstrués de groupes armés. Ces hommes s'y tenaient en ordre et en silence par respect du lieu ; mais on les avait postés là comme des symptômes vivants de la terreur que leurs noms, leurs armes et leurs souvenirs devaient imprimer aux juges du roi. Maillard, Fournier l'Américain, Jourdan Coupe-Tête donnaient des ordres par signe à leurs anciens complices, et leur désignaient d'un clin d’œil les noms et les visages qu'ils devaient observer et retenir. Il fallait défiler sous leurs yeux pour pénétrer dans l'enceinte. Ils semblaient écrire les signalements dans leur mémoire. C'étaient les statues de l'assassinat placées aux portes du tribunal du peuple pour commander la mort. Chaque député les coudoyait en entrant.... ».

De la même façon, voici ce qu'écrit Max Gallo dans « Révolution française » tome I chapitre 38 :

« Tandis que les citoyens honnêtes de cette ville attendent dans un calme profond le jugement de Louis XVI, peut-on lire dans les Annales républicaines du 18 janvier (1793) toutes les avenues de la Convention sont entourées d'une foule inconnue d'agitateurs dont les vociférations se font entendre jusque dans le temple législatif, et semblent vouloir influencer les opinions de nos mandataires. On les entend beugler de toutes leurs forces que si Louis XVI n'est pas condamné à mort, ils iront eux-même l'assassiner. Quelques députés en entrant hier dans la salle ont été menacés d'être massacrés s'ils ne votent pas la mort... ».

Conclusions :

L'acte d'accusation de Louis XVI fut une farce grotesque et son jugement par les députés conventionnels fut effectué dans un climat de terreur.

Dans l'histoire de France, si il y a un roi qui ne méritait pas d'être guillotiné, c'est bien Louis XVI, mais enfin chacun est libre d'avoir un jugement différent. Personne ne nous fera un procès sur notre opinion concernant la mort de Louis XVI.

Pour ce qui me concerne, je dis bravo aux Nantais qui ont conservé la statue de Louis XVI érigée en 1823 place maréchal Foch. Une autre statue de Louis XVI qui avait été réalisée en 1829 par Nicolas Raggi fut détruite début 1942 alors qu'elle était conservée au musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

On trouvera en illustration un tableau publié par le quotidien belge « Le Peuple » le 16 octobre 2015 avec comme titre : « La mort héroïque de Marie-Antoinette le 16 octobre 1793 ».

J.D. 17 octobre 2015

Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 07:14

A Lyon, dans le deuxième arrondissement, quasiment à mi-chemin entre la Saône et le Rhône, se trouve une place dénommée « des Jacobins » ornée d'une fontaine du même nom.

Les touristes qui passent ou même probablement des Lyonnais, doivent croire que ce nom a un lien avec les terribles Jacobins de la Révolution surtout si ils connaissent la fontaine des Girondins (place des Quinconces à Bordeaux), le parallèle se fait naturellement . Mais il n'en est rien.

I-La place des Jacobins :

Cette place primitivement appelée place Confort a reçu son nom de place des Jacobins à compter de 1783 donc avant la Révolution. A compter de 1794 et successivement elle s'est appelée « place de la Fraternité », « place de la Préfecture », « place de l'Impératrice » (en l'honneur d'Eugénie) puis a repris son nom de place des Jacobins depuis février 1871.
Cette appellation de « Jacobins » était due à la présence, sur l'un des côtés de la place, d'un couvent de Dominicains qui avaient été surnommés « Jac
obins ».

2-la fontaine des Jacobins :

Une fontaine sur la place a été inaugurée le 14 juillet 1885. Voir illustration. Elle comporte 4 étages de bassins et de vasques avec au sommet une construction de plan carré dont les ouvertures, sur les 4 côtés, abritent des statues de personnages nés à Lyon et symbolisant à la fois les arts et les siècles :

*pour le seizième siècle : Philibert Delorme, architecte (Lyon 1514, Paris 1570)

*pour le dix-septième siècle : Gérard Audran graveur (Lyon 1640, Paris 1703)

*pour le dix-huitième siècle : Guillaume Coustou sculpteur (Lyon 1677, Paris 1746)

*pour le dix-neuvième siècle : Hippolyte Flandrin peintre (Lyon 1809, Rome 1864)

Cette fontaine a été classée à l'inventaire des monuments historiques le 18 mai 1992.

3-la Révolution à Lyon :

La ville de Lyon fut confrontée à la Révolution comme beaucoup d'autres villes à la même époque.

*A Lyon un nommé Marie-Joseph Chalier proche des Jacobins parvint à s'emparer de la mairie en novembre 1792 et commença à imposer des mesures « révolutionnaires », créant un Comité de salut Public et une armée révolutionnaire. Ce Chalier avait participé à la prise de la Bastille à Paris le 14 juillet 1789.

*Les Lyonnais qui étaient majoritairement plus proches des Girondins, renversèrent Chalier, le 29 mai 1793, le jugèrent et le guillotinèrent le 17 juillet 1793, place des Terreaux.

*Le 12 juillet 1793, la Convention décréta « Lyon en état de rébellion contre l'autorité légitime ». La Convention mobilisa d'importantes troupes sous le commandement de Kellermann. En face, les Lyonnais s'étaient armés, avaient constitué une armée dont le commandement fut confié au comte de Précy (Louis-François Perrin comte de Précy).

*La ville fut assiégée à partir du 9 août 1793. Les Lyonnais n'avaient guère plus de 10.000 hommes à opposer aux 60.000 de Kellermann. En outre les canons bombardèrent la ville dès la nuit du 23 au 23 août 1793 jusqu'à la reddition le 9 octobre 1793.

*Les départements avaient été créés le 4 mars 1790. Lyon s'était trouvé chef-lieu du département « Rhône-Loire » qui comprenait 6 districts : ville de Lyon, campagne lyonnaise, Montbrison, Roanne, Saint-Etienne, Villefranche. Pour punir les Lyonnais de leur rébellion, le 12 août 1793 fut décidée la séparation de la Loire et du Rhône.

*Les combats avaient fait beaucoup de victimes, en outre, lorsque la ville fut investie, 1604 Lyonnais furent fusillés ou guillotinés. Par décret du 12 octobre 1793, la Convention décida d'effacer le nom de Lyon et d'appeler cette cité : « ville-affranchie ». Le même décret ordonna la destruction de la ville sauf les maisons des pauvres, les ateliers, les hospices et les maisons consacrées à l'instruction publique.

*Georges Couthon fut d'abord envoyé pour exécuter ce sinistre décret. Mais il n'avait pas l'âme d'un sanguinaire. Au témoignage d'Alphonse de Lamartine (dans « Histoire des Girondins » publiée en 1847, au livre cinquantième, chapitre III), voici ce que fit Couthon :

« Il se borna, conformément aux lois existantes, à renvoyer devant une commission militaire les Lyonnais fugitifs pris les armes à la main, après la capitulation. Il institua, quelques jours après, par ordre du Comité de salut public, un second tribunal sous le nom de Commission de justice populaire. Ce tribunal devait juger tous ceux des citoyens qui, sans être militaires, auraient trempé dans la résistance armée de Lyon à la République. Les formes judiciaires et lentes de ce tribunal donnaient, sinon des garanties à l'innocence, du moins du temps à la réflexion. Couthon garda dix jours le décret qui instituait ce tribunal, pour donner aux individus compromis et aux signataires des actes incriminés pendant le siège le temps de s'évader. Vingt mille citoyens, prévenus par ses soins du danger qui les menaçait, sortirent de la ville et se réfugièrent en Suisse ou dans les montagnes du Forez. »

Mais Couthon fut rappelé à Paris et remplacé par des durs dont Fouché (Joseph) et Collot d'Herbois (Jean-Marie) qui firent peu de destructions à Lyon mais beaucoup d'exécutions. Comme la guillotine était trop lente, ils organisèrent des exécutions collectives près de la grange de Part-Dieu au moyen de trois canons chargés à mitraille.

4-Jugement :

C'est en juin 1793 que les Girondins commencèrent à être guillotinés à Paris. Lorsque la ville de Lyon fut assiégée militairement et que de nombreux Lyonnais furent exécutés, ce sont donc les Jacobins qui étaient au pouvoir.

Lorsqu'en février 1871, la place reprit son nom de Jacobins, les Lyonnais, au nom de l'histoire, auraient pu trouver une autre appellation. Mais enfin personne n'est obligé de partager cette opinion.

J.D. 14 octobre 2015

fontaine des Jacobins à Lyon, photo J.D. 2 août 2015

fontaine des Jacobins à Lyon, photo J.D. 2 août 2015

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 20:13

Tout le monde sait, tout au moins en France, que notre hymne national doit son nom à un bataillon de fédérés marseillais qui entrèrent dans la capitale en chantant un hymne composé par Claude Joseph Rouget de Lisle et d'abord appelé « chant de guerre pour l'armée du Rhin ». Voir la fiche N° 49 http://jean.delisle.over-blog.com/article-rouget-de-lisle-le-et-la-86379435.html

Mais combien savent pourquoi ces Marseillais vinrent à Paris et ce qu'ils y firent ?.

Explications :

1-Pourquoi sont-ils venus ? :

Avec le développement de la Révolution, une coalition se forma en Europe contre la France. La première coalition pour cette période (il y en eut 7 de 1792 à 1815) regroupa : les royaumes de Grande-Bretagne, de Sardaigne, d'Espagne, de Naples, de Prusse du Portugal, Les Provinces Unies (la Hollande) et le Saint Empire (à l'époque : Autriche, Hongrie, Bohême).

La crainte d'une invasion et de voir Paris assiégé, amena l'Assemblée législative, par décret du 8 juin 1792, à réclamer la levée en province de 20.000 gardes nationaux. Cela est à replacer, en outre, dans le contexte de la rivalité entre les Girondins qui tenaient la province et avaient alors le pouvoir et les Montagnards (Jacobins et Cordeliers) qui contrôlaient Paris.

A Marseille, un bataillon de 516 hommes fut enrôlé les 25 et 26 juin 1792, se mit en route, à pied, pour Paris le 3 juillet et arriva dans la capitale le 29 juillet. En traversant la France, tout au long de leur parcours, ces soldats furent accueillis et fêtés par les populations locales. Ces recrues avaient pris le nom de « fédérés ». (nom donné en lien avec la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 et pour fêter l'union, la « fédération » de la garde nationale et des gardes venus de province).

Il en vint d'autres provinces ou villes françaises, les premiers étaient parvenus à Paris le 17 juillet ; mais les Marseillais restèrent les plus célèbres. En arrivant à Paris, plusieurs groupes de Fédérés remirent à l'Assemblée une pétition demandant la destitution du roi.

2-Que firent-ils à Paris ? :

*Malgré l'importance de la coalition, Paris ne fut pas assiégé à ce moment là. Les coalisés étaient divisés ou avaient d'autres priorités. Les Prussiens par exemple étaient préoccupés des visées russes sur la Pologne.

*Le duc de Brunswick (Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick né le 9 octobre 1735) avait été mis à la tête des troupes de la coalition. Il fit preuve de beaucoup d'inertie. Certains l'accusèrent d'incompétence d'autres même de trahison. Je n'ai pas d'avis sur la question.

*Ce Brunswick avait donné son nom à un manifeste en date du 25 juillet 1792 qui menaçait la population française de représailles. Au lieu de calmer la fureur révolutionnaire, cela l'excita et conduisit à l'invasion des Tuileries le 10 août 1792.

*Ce jour là, 20.000 manifestants soutenus par les fédérés surtout ceux de Brest et de Marseille s'emparèrent du palais des Tuileries qui était encore occupé par la famille royale. Le palais était défendu par 950 gardes Suisses et quelques 200 nobles venus en renforts. Il y eut des combats et des morts de chaque côté, mais surtout du côté de ceux qui défendaient les Tuileries et le roi et ce d'autant que les fédérés possédaient 12 canons. La garde nationale laissa faire et ce ne fut pas un combat mais une boucherie.

*600 gardes Suisses furent massacrés les autres faits prisonniers, dont 60 emmenés à l'hôtel de ville furent immédiatement massacrés, les autres internés à la prison du Châtelet, de la conciergerie ou de la Force.

Il en fut de même des nobles, quelques-uns parvinrent à s'enfuir dont Pierre de Lamartine père d'Alphonse.

*Louis XVI et la famille royale ne durent (ce jour là) leur salut qu'en se réfugiant à l'Assemblée législative qui suspendit le roi. Trois jours plus tard (le 13 septembre 1792) la famille royale était internée à la prison du Temple.

*Certains meneurs dont Marat, à travers son journal l'ami du peuple, ou Danton appelèrent au meurtre des ennemis du peuple. C'était clairement les Suisses et les Nobles emprisonnés qui avaient échappés au massacre du 10 août qui étaient visés.

*A l'époque il n'y avait pas besoin de beaucoup pousser le peuple pour qu'il démarre au quart de tour. Des commandos s'organisèrent et firent le tour des prisons du 2 au 6 septembre 1792 pour en massacrer tout le contenu. Non seulement les Suisses et les Nobles mais par exemple 92 prêtres au séminaire Saint Firmin, 186 prostituées à la Salpétrière, les fous à Bicêtre etc.

*Dans « histoire des Girondins » (chapitre XX du livre vingt-cinquième) Alphonse de Lamartine décrit par exemple un des égorgeurs nommé Delorme :

»infatigable au meurtre, égorgea à lui seul plus de deux cents prisonniers pendant les trois jours et trois nuits du massacre, sans prendre d'autre relâches que les courtes orgies où il allait retremper ses forces dans le vin ».

*Voici comment de son côté Max Gallo décrit ces massacres (dans « Révolution française » tome 1 paru en 2008 chez XO éditions) :

« On tue donc sans hésitation, gaiement.

Autour des cadavres on danse, on chante La Carmagnolle. ..

On les sabre, on les pique, on les dépèce, on arrache leurs entrailles, on tranche leur sexe. On dispose des bancs pour les habitants du quartier qu'on réveille afin qu'ils puissent assister au spectacle purificateur. Et qui oserait refuser quoi que ce soit à ces hommes armés ? Ils posent des lampions sur chaque cadavre.

Et pour que l'ennui de tuer ne vienne pas tuer l'ardeur, on s'excite, on jouit de faire souffrir. On met les condamnés à nu, on entaille leur corps.

Voici la princesse de Lamballe, amie de la reine. C'est une petite femme vêtue de blanc, raconte un témoin, que les bourreaux armés de toutes sortes d'armes assommèrent. On lui coupe la tête, on traîne son corps. On le fend, on arrache le cœur. La rumeur se répand qu'on l'a fait griller et qu'un homme l'a mangé.

On promène la tête et les parties génitales- dit un témoin- jusqu'au Temple. On interpelle Marie-Antoinette. On veut qu'elle voie comment le peuple se venge de ses tyrans... »

*La garde nationale, une nouvelle fois, laissa faire. Quant aux fédérés, si leur participation aux massacres des Tuileries est avérée, elle est moins nette pour les massacres de septembre 1792. Mais à tout le moins ils protégèrent les massacreurs.

3-Leur retour à Marseille :

Les fédérés marseillais étaient de retour dans leur ville le 22 octobre 1792 où ils furent accueillis en héros !

Pour beaucoup leur intervention avait permis l'abolition de la royauté, pour d'autres leur périple à Paris les avait rendus complices de massacreurs.

A chacun de se faire son opinion, étant entendu que personne n'a l'obligation d'avoir une opinion.

J.D. 11 octobre 2015

massacres à la Salpétrière le 3 septembre 1792, auteur anonyme, au musée du Louvre

massacres à la Salpétrière le 3 septembre 1792, auteur anonyme, au musée du Louvre

violon sur lequel Rouget de Lisle composa la musique de La Marseillaise dans la nuit du 25 au 26 avril  2016. Exposé au musée le-Saunier, photo J.D. 4 juillet 2016 et document daté du 3 septembre 1904, photo Anne Delisle-Dugast le 4 juillet 2016 rue du Commerce à Lons-le-Saunier
violon sur lequel Rouget de Lisle composa la musique de La Marseillaise dans la nuit du 25 au 26 avril  2016. Exposé au musée le-Saunier, photo J.D. 4 juillet 2016 et document daté du 3 septembre 1904, photo Anne Delisle-Dugast le 4 juillet 2016 rue du Commerce à Lons-le-Saunier

violon sur lequel Rouget de Lisle composa la musique de La Marseillaise dans la nuit du 25 au 26 avril 2016. Exposé au musée le-Saunier, photo J.D. 4 juillet 2016 et document daté du 3 septembre 1904, photo Anne Delisle-Dugast le 4 juillet 2016 rue du Commerce à Lons-le-Saunier

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