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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 09:06

On trouvera, jointe en illustration, une carte montrant l'emprise territoriale respective des Républiques maritimes de Gênes et de Venise au tournant XIVe/XVe siècles. Carte publiée sur le net dans le cadre d'un article de Romain Lamothe et Jean-Christophe Ricklin.

Fondée à la fin du septième siècle, comment cette République de Venise « coincée » au fond de l'Adriatique a-t-elle pu parvenir à une telle puissance, non seulement par ses acquisitions terrestres et maritimes, mais par la force de sa monnaie (le ducat d'or vénitien fut créé en 1284), de son économie, de son commerce … ?

Il n'y a probablement pas une réponse unique mais un ensemble de causes, parmi lesquelles je mettrais volontiers en avant d'une part une organisation politique efficace (voir note N°273 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/02/la-venetie-n-273.html) et surtout la puissance de la marine vénitienne aussi bien commerciale que militaire. Cette puissance était elle-même le résultat de l'organisation des chantiers navals.

I-L'Arsenal :

L'Arsenal (arsenale en italien) est situé à l'est de la cité dans le quartier du même nom, mais en signalant que sur certains documents, le quartier « Arsenale » est rattaché au quartier « Castello », mais il paraît plus pertinent de considérer l' »arsenale » comme un quartier à part entière.

*Les premiers chantiers navals à Venise datent du huitième siècle, mais les vrais chantiers navals organisés rationnellement ont été lancés en 1104 par Ordelafo Faliero qui fut de 1102 à 1118 le trente-quatrième doge de Venise. Il mourut à Zadar (en Croatie, sur l'Adriatique, mais ville appelée à l'époque de Faliero : « Zara ») en expédition militaire en 1118. Il fut inhumé dans la basilique Saint Marc.

*Des extensions des chantiers eux-mêmes et/ou de leurs accès à la mer furent réalisés entre 1143 et 1169, entre 1304 et 1325 (arsenale nuovo) en 1473 (arsenale nuovissimo). L'activité de l'arsenal cessa à partir de 1716.

*En 1797, Bonaparte récupéra les armements disponibles et en 1806, fit réaliser une nouvelle extension. En octobre 1866, la Marine italienne en prit possession.

*Dès le doge Faliero, tout fut pensé de façon rationnelle : les approvisionnements, les stockages, les fabrications, les utilisations… non seulement pour les coques des galères mais pour leurs armements (canons, poudres, boulets...) les cordages, les rames, les mâts, les voiles… Au plus fort de l'utilisation de cet arsenal (XVIIe siècle), 16.000 ouvriers y étaient employés, les chantiers avaient la capacité de sortir une galère par jour ! (La galère était un navire navigant à la fois à voiles et à rames. Une copie de galère du XVIIIe siècle a été lancée à Morges, sur le lac Léman, en 2001). Ils étaient alors considérés comme les plus grands chantiers navals au monde. On peut en tout état de cause penser qu'ils furent un modèle très en avance de grande entreprise industrielle. Dès 1297, il fut décidé que les galères construites seraient polyvalentes afin d'être utilisées comme navires de commerce en temps de paix et pouvoir être transformées en navires de guerre en quelques heures en cas de besoin. La marine vénitienne compta jusqu'à 3.000 navires marchands et 300 navires de guerre. Outre le transport marchand pour les négociants vénitiens et les galères armées pour les opérations de guerre de la République, la marine vénitienne servit encore à transporter de nombreuses troupes : pour les croisés, pour le compte d'autres Etats… mais bien sûr la Sérénissime se faisait payer ses services.

*Un bon exemple du génie vénitien d'alors, peut être donné avec l'approvisionnement en bois. Les bois vinrent des préalpes vicentines (au nord de Vicence) , de l'Altopiano dei Sette comuni. Afin de pouvoir évacuer aisément les bois exploités, les Vénitiens créèrent une voie d'accès et de dégagement de 2,5 kms sur 810 mètres de dénivelé, comprenant 4.444 marches et une partie lisse pour la circulation des bois. Cette voie fut appelée : « Calà del Sasso ».

*On enseigne encore Austerlitz dans les écoles de guerre, on devrait enseigner l'organisation de l'Arsenal de Venise dans les écoles de management !

II-le déclin :

L'examen de la carte de l'expansion de Venise et de Gênes montre que Venise investit sur la côte adriatique et sur les îles de la Méditerranée orientale, tandis que Gênes investissait sur les côtes de la Mer Noire mais aussi sur la Méditerranée orientale. Pour les 2 cités-états, il s'agissait de favoriser ses négociants, ses marins marchands dans le commerce orient-occident.

*Les 2 Etats furent forcément en guerre comme Venise le fut avec les autres cités maritimes : Pise, Amalfi, Ancône, Raguse (ancien nom de Dubrovnik)… mais aussi pour l'extension terrestre avec Milan, Florence, les Etats du Vatican, puis à l'extérieur avec l'Autriche, la Hongrie, l'Espagne et la France qui se mêlaient des affaires italiennes…

Dans toutes ces guerres à répétition, Venise connut plus de victoires que de défaites et poursuivit son expansion jusqu'à ce que deux événements nouveaux viennent gripper la belle machine à conquêtes :

*la découverte de l'Amérique, à partir de 1492, entraîna la fréquentation de nouvelles routes maritimes, la découverte de produits nouveaux … ce qui dévalorisa le commerce orient-occident

*mais du point précédent, Venise aurait pu s'en remettre. Pour l'essentiel, ce sont les conquêtes de l'empire ottoman qui amenèrent la décadence de Venise. Après la prise de Constantinople le 29 mai 1453, les Ottomans se répandirent sur l'Europe par l'est et voulurent dominer la Méditerranée. Cela entraîna de nombreuses guerres entre Venise et les Ottomans : de 1499 à 1503, en 1538, de 1570 à 1573, de 1645 à 1669, de 1684 à 1716 etc. Les Ottomans s'emparèrent de Rhodes en 1522, de Chypre en 1571, de la Crète en 1700 et de toutes les îles vénitiennes de la Méditerranée orientale, des possessions sur la côte Yougoslave…. La brillante victoire navale de Lépante (en Grèce dans le golfe de Patras) le 7 octobre 1571, ne modifia pas le cours des choses. C'est donc d'une Venise très affaiblie dont s'empara Bonaparte en 1797.

Si l'on veut résumer : dans l'histoire de Venise, il y eut 8 siècles d'expansion puis 3 siècles de déclin. « La Roche tarpéienne est proche du Capitole » disaient les Romains mais la chute est toujours plus rapide que l 'ascension !

J.D. 26 février 2016

empires de Venise et Gênes, fin XIVe siècle

empires de Venise et Gênes, fin XIVe siècle

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